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Full text of "Histoire littéraire de l'Alsace à la fin du XVe et au commencement du XVIe siècle"

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HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE 



A LA FIN DU XV« ET AU COMMENCEMENT DU XVr SIÈCLE 



rmiAttnorKo, TTPOGKAPRn: o. FiacimÀCH, srccr dk a. AiiiSi^MAxx 



HISTOIRE LITTÉRAIRE 

DE L'ALSACE 

A LA FIX nu W ET AU COMMENCEMENT DU XVP SIÈCLE 

PAR - - /" ■ ,- ■; y 

CHARLES SCh'mID't 

HOPBaaBCB ÏMËRITB DE LA rACI!LTE DR TH^OLOOIB DE BTEABBDUEO, 

Uembn dtnngfir 

a» l'Acudilnils romle d» Klancn da Hanlch, 

de 11 Boeiité giainlt d'hlitolrs iuIhc, de U SwiiU blMoiiqne de Btlt, d* U SocldW 

ie l'hletolre de Belgique, du Vuti» Uilorlque da UuRiiHue, etc. 

Chenller de le Uglon d'IiODneur. 

TOME SECOND 




PARIS 

LIBRAIRIE SANDOZ ET FISCHBACHER 
G. FISCHBACHER, SUCCESSEUR 



HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE 

A LA FIN DU XV' ET AU COMMENCEMENT DU XVI' SIÈCLE. 



LIVRE QUATRIÈME 



COLLABORATEURS ET DISCIPLES DE WIMPHELING. 

Les trois auteurs que nous avons essayé de caractériser dans notre 
premier volume méritent, malgré leurs imperfections, qui sont en 
grande partie celles de leur temps, la place d'honneur ; ils ont été les 
maîtres, c'est eux priiTcipalement qui ont réveillé les esprits et secoué 
les consciences pour arriver à raccomplissemcnt de leur vœu d'une 
réforme des études et des mœurs. Autour d'eux vient se ranger un 
groupe de collaborateurs et do disciples, de talents inégaux, mais 
professant les mômes principes et poursuivant le même but par des 
moyens, divers. Humanistes, poètes, historiens, géographes, péda- 
gogues, traducteurs, ils ont mis en pratique et en circulation les idées 
nouvelles; l'examen de leurs œuvres très-variées ajoutera quelques 
traits au tableau de la vie intellectuelle de leur époque. Coiçime la 
plupart d'entre eux ne se sont pas occupés d'une seule branche de la 
science, il terait difficile de les classer d'après les matières qu'ils ont 
traitées; nous nous proposons de les énumérer, autant que possible, 
^- d'après l'ordre chronologique. 






HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



CHAPITRE PREMIER.' 

PIERRE SCHOTT. 

1458-1400. 

• 

Le premier qui, en Alsace, se consacra aux études classiques do 
la Renaissance fut le chanoine strasbourgeois Pierre Schott. Mort 
jeune, avant que Wimpheling et Brant fussent revenus dans leur 
province natale, il n'exerça que peu d'influence sur ses compatriotes ; 
il ne fut pour ainsi dire que le précurseur de Tliumanisme. Ses 
œuvres ne se composent que de lettres, les unes familières, les autres 
officielles, de harangues, de consultations juridiques ou casuistiques, 
de poésies latines, d'un petit traité de morale religieuse et d'un 
autre sur la prosodie : toutes choses qui passeraient peut-être inaper- 
çues si elles venaient d'une époque plus féconde et plus avancée • 
maïs quelque peu que cela paraisse, c'est plein d'intérêt quand on se 
reporte à la fin du quinzième siècle ; on y trouve des matériaux suffi- 
sants pour se faire une idée de l'existence d'un jeune et riche savant 
strasbourgeois et pour apprécier l'état intellectuel de son temps. 

Pierre Schott appartenait à une des principales familles de la bour- 
geoisie patricienne de notre ville. Depuis le treizième siècle on ren- 
contre des Schott parmi les membres du magistrat et parmi les cha- 
noines des chapitres secondaires*. Il en est qui cultivèrent les arts ; 
vers 1^64 Frédéric Schott fut graveur et sculpteur; son fils, Martin, 



1 Les Bavants dont il sera traite dans ce cliapitre sont morts , les uns dans les 
dernières années du XV® siècle, les autres dans les premières du XVl^ ; s'il ne 
s^agissait que de chronologie, j^aurais dû parler aussi de Jean Burkart, de Stras- 
bourg, mûtre des cerdmonies de la cour pontificale, auteur d'un Diarium important 
pour Thistoire des papes, et mort seulement en 150G ; mais par ses tendances et 
par sa manière décrire il appartient au XV® siècle bien plutôt qu'à la période de 
rhuraanisme; j'ai donc cru devoir le réserver. 

2 Les Schott de Strasbourg avaient des armoiries bourgeoises, un arbre avec ses 
racines, tel qu*on le voit, avec les initiales P. S., à la fin des Lucubratiuiicuiœ do 
Pierre. Ind. bibl. 214. C'est aussi la marque de l'imprimeur Jean Schott. La famille 
noble des Schott d'Artolsheim et celle des Schott de Ilaguenau avaient des insignes 
différents. Bemhard Hertzog, I^cUsische Chronih, Lib. 6, p. 203; Lib. 9, p. 163. 



LIVUK IV. r- PIERRE SCHOTT. 3 



gendre de Mcntel, devint imprimeur; Jean, fils de Martin, fit de 
bonnes études latines et continua d'exercer la typographie. Un des 
plus distingués de la famille fut Pierre, quatre fois ammeistcr dans 
rintervalle de 1470 à 1488; pendant les guerres de Charles le Témé- 
raire avec les Suisses, il commanda, avec le chevalier Frédéric Bock, 
les secours que les Strasbourgeois envoyèrent aux confédérés; en 
1474 il fut un des juges du bailli Pierre de Hagenbach et, lorsque en 
automne de Tannée suivante on appréhenda chez nous une attaque du 
duc de Bourgogne, il fut un des huit notables chargés de veiller à la 
défense de la ville. Sa connaissance des affaires le fit choisir à 
diverses reprises pour être député dans des négociations importantes ; 
il fut plusieurs fois envoyé en Suisse, en 1490 il assista à une conférence 
a Oppenheim pour s'entendre avec les délégués des villes du Rhin sur 
le poids des monnaies d'or. C'était un homme religieux et bienfaisant 
envers les pauvres'; dans sa maison il recevait avec honneur les 
ecclésiastiques et les savants étrangers; il aimait les lettres et les 
arts; il fit don à la bibliothèque de la cathédrale de quelques livres*; 
sur le désir d*une de ses filles, il fit ériger en 1494, dans l'église de 
Sainte-Marguerite, un autel avec des peintures qui lui coûta 200 flo- 
rins ; pour sa propre maison il avait fait exécuter une crèche artiste- 
ment sculptée en bois '. Sa femme, Susanne de Collen, lui était 
égale en piété et en noblesse de caractère. Ils avaient un fils et quatre 
filles. Une de celles-ci, Anne, devint religieu^se à Sainte-Agnès, puis 
à Sainte-Marguerite, et se fit remarquer par ses connaissances; une 
autre, Odile, épousa Pierre de Collen et en secondes noces Zeisolf 
d'Adelsheim, qui, conjointement avec ses frères, vendit en 149G le 
château et le bourg de Wasselonne à la ville de Strasboiu'g; une fille 
d'Odile, de son premier mariage et nommée comme elle, devint la 
femme du chevalier Martin Sturm de Sturmeck, dont le fils Jacques 
fut plus tard un des citoyens les plus illustres de notre République. 
Les deux autres filles de Schott étaient Marguerite, femme de Guil- 

^ Geiler, Pater nostei^, fi> F, 3. Ind. bilil. 184. 

* SchadftuSy J^ummum templum Argerit.j p. 79. 

^ Siir le devant de Tautel on voyait ses armoiries et celles de sa femme. Kcicbatdt, 
Wappenbuchf vol. 4 (manuscrit brûle). V. aussi les notes gçne'alogiqiics do M. Tabbd 
Straub, sur la famille Scliott, dans le Bulletin de la Sociëto pour la conservation 
des monuments historiques d^ Alsace. T. 9, p. 82. 



4 HISTOIRE LITTÉRAIRE. DE L'aLSACE. 

laume Betscholt, et Marie, femme du négociant Florent Mucg. Le 
fils, probablement le plus jeune des enfants, s'appelait Pierre, comme 
le père ^ ; c'est de lui que nous allons nous occuper. 

Il naquit le 9 juillet 1458, une année après Sébastien Brant, dont 
il devint l'ami intime. Son père l'envoya de bonne heure, en lui don- 
nant pour gouverneur Jean Muller, de Kastatt, à l'école de Schlcstadt 
que Mtlller lui-même avait fréquentée. Le jeune Schott y eut pour 
condisciples quelques Alsaciens, qui bientôt figurèrent comme lui 
parmi les restaurateurs des lettres : Jacques Merswin, de Strasbourg, 
qui s'acquit de la réputation comme jurisconsulte ; Sébastien Murr, 
de Colmar; Jodocus Gallus, de Roufifach. On sait que, quelque 
bonnes que fussent les intentions du recteur de l'école, Louis Drin- 
genberg, le latin qu'il enseignait à ses élèves était encore loin de 
l'élégance classique. A peine âgé de dix ans, Pierre Schott dut s'exer- 
cer à faire des vers, dont voici un échantillon qui caractérise le goût 

littéraire et le tact pédagogique du maître : 

* 

Inveta^ata peti non simea débet in œdes^ 
Ursus silvestris , presbitei' etjuvenis. 

Le texte allemand que Dringenberg lui avait fourni pour ce distique, 
était un proverbe usité dans la province'. Outre la grammaire, 
Schott apprit à Schlcstadt un peu de dialectique, d'après un des 
manuels qui bientôt après deviendront la risée des humanistes. Les 
quelques notions de littérature classique qu'il rapporta de l'école do 
Dringenberg, lui inspirèrent le désir d'en savoir davantage. Quand 
il fut revenu à la maison paternelle, Jean Millier, qui en 1470 obtint 
le bénéfice de la cure de Dambach, continua de diriger son instruc- 
tion*. Son père le destinait à la carrière du droit; mais avant d'en- 

^ En 1-181 un Schott est citJ parmi les dominicains du couvent do Strasbourg; on 
1471, une Marguerite Schott parmi les religieuses de S*« Marguerite. 

^ Prîmiciœ carminum Pétri Schotti nondum deceimis. Lucubrat., fo 154. — Le pro* 
verbe allemand est: Alt ajf\ jnnij Pfoffy darzu irîid liiiren^ sol nieman in ain htcn 
hegeren. II). Le même est cite pur (îoilerdanH nn de ses sermons, J)e arbore hinnanoy 
fo 91. Ind. bibl. 189. 

8 Bohuslaw de Lobkowicz, Oratîo de Petro Schotto. Lucuhrat,, Î9 181. — En 1450 
rëvêquo Robert avait uni la paroisse de Dambach à Thôpital de Strasbourg ; ce 
dernier percevait les dinies, à condition do fournir au vicaire perpétuel ou cure sa 
portion congrue. Le 18 août 1470 les administrateurs de Thôpital nommèrent h cette 
place Joharmes Moliioris de HasteUen. Arch. des hospices. 



LIVRE IV. — PIERRE SCHOTT. 5 



trer en cette faculté, il dut suivre les cours d'une faculté des arts. A 
cet effet, on l'envoya à Paris, accompagné de son précepteur. Avec 
son compatriote et ami Jean Rot, il suivit dans la célèbre université 
des leçons de physique, d'astronomie, d'éthique, do dialectique. 
L'année de son arrivée dans la capitale de la France, 1473, était une 
époque importante dans l'histoire de la philosophie scolastique en 
décadence ; Louis XI venait d'interdire l'étude du nominalisme; dans 
les bibliothèques, les ouvrages des docteurs de cette école avaient été 
mis à l'abri au moyen de chaînes de fer qui ne se détachaient plus 
pour les étudiants. Parmi les réalistes triomphants il y avait Jean 
Heynlîn a Lapide, que Schott retrouvera plus tard à Bâle comme 
ami de Brant, et l'Alsacien Jean ScrfptoriSj de Kaysersberg, qui 
avait étudié avec Geiler à Fribourg et qui à Paris avait assisté, en 
qualité de professeur de la faculté des arts^ à l'assemblée convoquée 
pour condamner le nominalisme ^. C'est sous Scriptoris que Schott 
étudia la philosophie do Duns Scot, un des docteurs dont l'édit royal 
autorisait l'usage. Il s'exerça à construire et à transformer des syllo- 
gismes, à composer des argumentations d'après les nombreuses 
figures de la logique du temps, et prétend y avoir trouvé les jouis- 
sances les plus vives *°. Une disputation sur des thèses en apparence 
inextricables lui procura le grade de bachelier es arts ^*. C'est tout ce 
qu'il gagna à Paris; à cette époque l'aurore de la Renaissance ne 
s'était pas encore levée sur la grande université. Il revint à Stras- 
bourg en automne 1476. Après avoir passé trois mois dans la maison 
paternelle, à laquelle il était tellement attaché que, même plus tard, 
quand il fut devenu chanoine, il ne voulut jamais en habiter d'autre, 
il partit avec son précepteur Millier pour Bologne, pour y acquérir, 
selon le désir de son père, le grade de docteur en droit civil et cano- 
nique. 

En Italie le mouvement de la Renaissance, commencé dès les pre- 
mières années du siècle, était devenu plus ardent, plus général, 
depuis l'introduction de l'imprimerie et l'arrivée des Grecs de Con- 



^ En 1484 Jean Scriptoris est prédicateur à Mnyence. 

'^ ... Nannunquxim tartuosis dialecticœ nodis certanie8,nunc siUogi^moa complectendoj 
eosque complexoê convertendoyîiunc entileumatihua, nuiic dyleumatibus reduceiulis intenti.., 
A Jean Rot, 15 sept. 1478, Bologne. Lucubrat.^ f=> 5. 

11 Bohaslaw, Oratio de P. ScIioHo. O. c, f» 182. 



6 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACK. 



stantinople; rérudîtion classique était la passion des prêtres, des 
savants, des nobles ; on oubliait la langue de Dante et de Boecace 
pour parler celle de Cicéron; on voulait redevenir Romain, souvent 
même dans les mœurs. On recherchait les manuscrits des anciens 
auteurs, on en publiait des éditions rapidement écoulées ; on venait 
d'imprimer Térence, Virgile, Horace, Cicéron; poètes et orateurs 
imitaient à Tenvi ces glorieux modèles; Ange Politien, Tami de Cômo 
dé Médicis, écrivait des vers qu'on vantait presque à Tégal de ceux de 
Virgile. Bologne, une des plus anciennes et des plus illustres écoles 
de droit, était en même temps im des plus brillants foyers des lettres 
classiques. Urcéus et Béroalde enseignaient la littérature latine; sous 
ces professeurs, Pierre Schott entreprit Tétude de la poésie et de Tart 
oratoire; Antoine Manlius Britoiioriensis lui apprit le grec*-. Quel 
sujet d'étonnement pour le jeune homme, quand pour la première fois 
il entendit les anciens lus et expliqués par des professeurs enthou- 
siastes! Quel contraste avec ce qu'il avait vu jusque-là! Après les 
vers raboteux duDoctrinal, la poésie gracieuse de Virgile et d'Horace ; 
après la prose indigeste des commentateurs de la dialectique et 
l'obscure philosophie de Scot, l'admirable langage de Cicéron et sa 
sagesse pratique et claire! Au lieu de se fatiguer l'esprit par des 
règles stériles ou des questions oiseuses, il est initié à un monde nou- 
veau, plein de charmes; séduit par l'harmonieuse élégance d'un stylo 
dont il avait à peine entrevu les richesses, il se hâte de s'en appro- 
prier, sinon l'esprit, du moins les formes ; la mythologie elle-même, 
qui a imprimé son cachet païen à la Renaissance italienne, est un 
sujet de ravissement pour lui; il s'en empare avec une avidité naïve, 
croyant y trouver une mine inépuisable de métaphores brillantes. Il 
ne tarda pas à faire lui-même des discours et des vers, plus attiré par 
ces exercices que par l'étude du droit. Cependant, pour obéir à la 
volonté paternelle, il persévéra dans cette étude ; il y avança même 
assez vite, pour que bientôt, selon le témoignage d'un ami, il n'y eût 
plus d'énigme trop obscure, de nœud trop embrouillé pour sa saga- 
cité»'. 

En 1478, une peste qui éclata à Bologne le força de revenir à 

12 O. c, fo42. 

ï3 Bohuslaw, Oratio. O. c, fo 183, 



LIVRE IV. — PIERRE SCHOTT. 



Strasbourg. Il y apporta son enthousiatime littéraire; il rexprima 
dans une lettre à Brant, alors à Baie, auquel il fit aussi Téloge de 
Reuchlin, dont il suivait avec admiration les efforts pour rétablir une 
meilleure latinité et pour propager l'étude du gi'ec**. Le printemps 
suivant il retourna à Bologne, en compagnie de son ami Frédéric 
Bttchsener, d'une ancienne famille de patriciens strasbourgeois; cette 
fois-ci son précepteur Muller ne Taccompagna plus. Il lui restait à 
étudier le droit canonique ; après s'en être occupé pendant deux ans, 
il obtint en 1481 le grade de docteur utriusque juris. 

Pëhdant ses deux séjours à Bologne il s'était lié avec plusieurs 
jeunes gens qui, quelques années plus tard, se distinguèrent dans des 
carrières diverses : avec le Flamand Gaultier d'Haluvin, dans la suite 
bailli de Bruges : avec Henri Moser, qui devint avocat à Constance ; 
avec Ulric Buck, précepteur d'Albert, fils du prince Louis de Ba- 
vière, et surtout avec un jeune seigneur de Bohème, le baron Bohus- 
law de Lobkowicz. Boliuslaw, destiné à l'état ecclésiastique, étudiait 
avec Schott le droit canon , et cultivait comme lui l'éloquence et la 
poésie ^^. L'amitié des deux jeunes gens fut pour eux une source de 
plaisirs intellectuels ; ils auraient voulu passer leur vie ensemble, loin 
des affaires, uniquement voués à l'étude des anciens. A Bologne ils 
s'adressaient des vers, en mètre élégiaque, pour se dire, avec un 
grand renfort d'hyperboles et d'expressions mythologiques, des choses 
agréables. Un jour, Schott ayant fait pour Bohusiaw quelques disti- 
ques élogieux, celui-ci lui en envoya d'autres, où il dit : „De même 
que Phébus, sortant des ténèbres de l'océan, surpasse en splendeur 
tous les astres du ciel, toi, issu d'un sang barbare, nous te voyons 
supérieur à tous les poètes; loin de nous, Latins ! célébrez votre Vir- 
gile à votre aise ! notre Rhin sera plus illustre que l'Eridan." Schott, 
flatté du compliment, quoique choqué d'être appelé fils de barbare, 
répliqua par un morceau de 120 vers ; il se lamente de n'avoir pas 
assez de talent pour louer dignement son ami: ^Comment, dit-il, 
c^est moi qui dois te chanter, toi qui semblés né au bord même de 
l'Hippocrène? toi, le favori du fils de Cithère et des Muses? toi, dont 
les accents forcent l'impétueux Aufide de suspendre son cours? Les 

^4 A Seb. Brant, 12 dëc. 1478, Strasbourg. 0. c, P 6. 

^û V. sur Bohusiaw : Comova, Der grosse B'ôhme Bohusiaw von Lobkomez und zu 
flassensteirif nach seimn eigenen Schri/ten geschUdert. Praguo 1808. 



8 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

tigres et les lions do Numidie s'arrêtent étonnés quand ils entendent 
ta voix; Homère t'abandonne Téloge d'Ulysse, les nymphes cham- 
pêtres refusent d'écouter Virgile, Ovide sera privé de sa couronne de 
laurier et de myrte, car elle est plus digne de ton front. Tu surpasses 
les plus grands poètes, autant qu'ils surpassent eux-mêmes l'inepte 
Chérilus." Dans ce qui suit, Schott prouve qu'il est injuste d'accuser 
les Allemands de barbarie, il vante leurs vertus, leur puissance, leur 
zèle pour l'étude, leurs imiversités, leurs poètes qui ne le cèdent à ceux 
d'aucun autre peuple. Bohuslaw lui répond de nouveau : il accorde 
que les Germains ne sont pas des barbares, si le mot barbarie est 
pris comme synonyme d'ignorance ; ils sont b§,rbares dans le sens que 
les anciens ont attribué à ce mot ; puis il décline les flatteries de 
Schott et l'accable à son tour d'un flux de louanges érudites ; il dit 
entre autres : „Une chose qui m'a pénétré d'une douleur profonde , 
c'est que tu as laissé tomber de ta bouche cette parole impie : pour 
moi, je n'ai pas droit à la gloire ! Tu oses le dire, toi qui es né pour 
les triomphes!... Personne, fût-il originaire du Latium même, ne 
connaît mieux que toi les règles de la grammaire latine ; Aristote , 
dont le nom est dans toutes les bouches, ne possédait pas comme toi 
l'art de la logique. Que dirai-je de l'éloquence du grand Cicéron et 
de la lyre d'Homère? Orateur, tu tonnes comme si tu étais l'oiseau 
de Tégée, comme si tu devais arrêter les eaux du Phlégéton. Poète, 
tes chants sont plus doux que le miel de l'Hy mette, plus agréables 
que les parfums de l'Assyrie. A ta voix, des fleuves entiers sortent de 
la source castalienne, et les arbres de la forêt sacrée verdoient et se 
couvrent de fleurs" *®. Schott s'étant plaint un jour du long silence de 
Bohuslaw, celui-ci s'excusa par une maladie et lui envoya le mor- 
ceau suivant : „Je vis, quoique peut-être Némésis en veuille à mes 
jours ; mais la divaparenSy qui ou^Te l'accès à l'Olympe, ne permet 
pas que mon âme quitte le corps terrestre avant d'avoir effacé par 
des larmes ses péchés antérieurs. Ni Lachésis, ni Clotho, ni Atropos 
ne pourront s'emparer de moi ; la mère adorable de Jupiter tonnant 
me protège, elle à laquelle obéissent l'océan, la terre et les astres. 
Elle m'a secouru dans ma détresse, elle m'a retiré des eaux du Styx 
quand j'étais sur le point de voir les feux du Phlégéton" ". On le 

*® Lucubrat.f f^ 154 et buîv. 
17 0. c, fo 20. 



LIVRE IV. — PIERRE SCHOTT. 

voit, les deux amis ne s'épargnaient ni les compliments, ni les har- 
diesses mythologiques. L'admiration que ces poésies d'ccoliers exci- 
tèrent un peu plus tard chez les plus graves de nos humanistes , nous 
montre avec quelle naïveté on confondait encore l'aptitude pour l'imi- 
tation avec le talent naturel. 

C'est à Bologne que Schott apprit la nomination de Geiler do 
Kaysersbcrg comme prédicateur de notre cathédrale. Geiler avait dû 
cette place principalement aux efforts du père du jeune savant; 
celui-ci félicita sa ville natale d'avoir acquis un docteur pareil, dont 
Brant lui avait loué le talent et la piété et qu'il avait peut-être appris 
à connaître en passant par Baie pour se rendre en Italie. Ce qu'il 
voyait en ce pays, lui faisait sentir plus vivement le besoin d'une 
réforme de la prédication : „L'Italie, écrivit-il, a beaucoup de prédica- 
teurs dont elle se vante ; ils sont éloquents, je ne le nie pas, pleins 
de science ; mais ils n'aspirent qu'à se faire admirer pour leur mé- 
moire ou pour leur faconde ; ils appuient leurs assertions , non sur les 
Évangiles ou sur les Pères, mais sur les philosophes et les poètes pro- 
fanes ; souvent, pour exciter davantage la curiosité des auditeurs, ils 
se provoquent réciproquement à des disputes, se disent des injures, 
se qualifient l'un l'autre d'hérétiques ; ne pouvant se défendre par la 
religion, ils se font des partisans dans la foule. ^ Schott communiqua 
ces détails à Geiler ^*, qui, pour témoigner sa reconnaissance au père 
du jeune liomme, avait envoyé à ce dernier quelques conseils sur ses 
études ; il désirait qu'il se vouât à la théologie plutôt qu'à la profes- 
sion du droit. Schott était disposé à suivre ce conseil ; il n'avait pas 
plus do goût pour les Décrétales que pour le Code , et s'il n'interrompit 
pas brusquement sa carrière juridique, il ne le fit que par déférence 
pour son père. Celui-ci, après quelque hésitation, consentit à ce qu'il 
s'occupât de théologie *® ; sa fille Anne, la religieuse de Sainte-Mar- 
guerite, contribua à lui faire prendre cette résolution. Lors du départ 
de Pierre pour l'Italie, elle avait été moins préoccupée du droit qu'il 
allait étudier et qu'elle appelait une science folle '" , que du bonheur 



18 30 janv. 1480, Bologne. O. c, fo 8. 

*» Schott à Geiler, 20 déc. 1480, Ferraro; au même, 5 mars 1481. O. c, f^ 7, 10. 

^0 Eine dorehte kunat. Schott k sa sœur Anne, 3 mars 1476, Bologne. Chez Weis- 
linger, Amiameniarium catholicum, p. 680. L'original de la lettre, dont Weislinger 
n*a pa8 exactement reproduit le texte, a existé h la bibliothèque de Strasbourg. 



10 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACë. 

qu'il aurait de visiter le sépulcre de saint Dominique •, elle lui avait 
recommandé de prier pour elle devant le corps du saint. Grâce à ses 
instances, jointes aux conseils de Geiler, Pierre Schott finit par céder 
à la prière de son fils de quitter le droit pour la théologie. J'ignore 
sous quels professeurs il aborda en Italie cette science, dans laquelle, 
en tout cas, il ne paraît pas avoir pris de grade. 

Pendant Thiver de 1480 à 1481 il aurait voulu passer quelques 
mois à Rome ; il en fut empêché par une épidémie qui régnait en cotte 
ville. Ce n'est qu'après sa promotion au doctorat en droit qu'il quitta 
Bologne, assez précipitamment, à cause d'une querelle entre des 
Allemands et des Italiens^'. En février 1481 il fut à Ferrare, avec 
son ami Bohuslaw de Lobkowicz ; il passa le carême à Rome, „atin 
d'avoir vu au moins la ville , si par accident elle était bientôt prise 
par les Turcs*^ **. En juin il retourna par Ferrare et Venise à Stras- 
bourg. 

Avant de quitter l'Italie, il avait expédié par les soins d'un négo- 
ciant des caisses renfermant ses livres ainsi que ceux que son ancien 
précepteur Mtiller et quelques amis d'Alsace l'avaient chargé d'ache- 
ter pour eux en Italie. Outre des classiques latins, il s'était procuré, 
pour 12 ducats, les commentaires de Nicolas de Sicile sur les Décré- 
tales, imprimés à Venise. Pour le chanoine Thomas Wolf, l'aîné, 
il avait acheté un Digeste ; pour le prévôt de Surbourg, le commen- 
taire de Donat sifrTérence; pour MuUer, plusieurs ouvrages de droit 
canonique et de théologie, une Bible, un traité de prosodie, un Mam- 
inotrecttiSy un vocabulaire grec, ayant coûté 2 ducats d'or; les 
Epîtrcs de Cicéron, les Satires d'Horace, les ArgonauHca de Valé- 
rius Flaccus, les œuvres d'Hésiode*'. 

Pour un jeune humaniste revenant d'Italie, le séjour de Strasbourg 
était peu attrayant. On ne connaissait pas encore chez nous les charmes 
de la vie littéraire ; on s'occupait , comme dit Schott dans une lettre 

^^ A (.{eiler, 20 Aéc. 1480; à Vitus Mttler, 29 juin 1481; an prof, de Bologne 
.lorôme de Zanctivîs, 27 juin 1485. Lucubrat., f» 8, 10, 41. 

^^ ... ut si a thurcis ait capienda^ pritts eam viderim. A Geilor, 6 mars 1481, Bolo- 
gne. 0. c, f^ 11. — Fin mai il est h Ferrare, fin juillet à Strasbourg. 

^3 A Jean Mûller, in arce ISculenaiy s. d. Bologne. Lucubrat., f^ 110. Scliott donna 
la caisse au négociant Antoine de Matugliano, pour Texpédier avec ses marchan- 
dises h Venise, d'où elle devait être envoy<5e à Strasbourg au négociant Wolf 
Kammerer. 



LIVRE IV. — PIERHE SCHOTT. 11 



3o 1485, bien plus de festins et <rexercîces militaires, que d'éloquence 
ou de poésie ■^*. Sauf de trcs-rares exceptions, les laïques, ceux mêmes 
qui avaient fait quelques études, les médecins, les juristes, n'avaient 
pas de goût pour les lettres ; dans les chapitres ut dans les couvents 
quelques rares érudits ne cultivaient que la théologie ou le droit 
canon. En fait do littérature classique, Schott en savait j)lus que tous 
les docteurs de la ville, il était le seul qui eût quelque connaissance 
du grec -"•. Quant à la jurisprudence, il ne songea pas im instant h la 
pratiquer ; il ne fréquenta ni les tribunaux civils ni ceux de Tévéque 
et des archidiacres ; il reprit avec d'autant plus d'ardeur ses études 
théologiques, non pour se faire moine, disait-il , ni pour convoiter des 
dignités sacerdotales, mais parce que ces études étaient plus con- 
formes à son désir de mener une vie tranquille; ses confrères, le 
voyant si peu disposé à s'occuper de ce qui jiouvait le détourner de 
ses lectures et de ses méditations religieuses, lui donnèrent le surnom 
de docteur béguinal '^. Le 21 décembre 1482 il fut consacré prêtre -'; 
comme les fonctions actives dans l'Eglise ne répugnaient pas moins 
à sa nature un peu indolente que la pratique judiciaire, sa famille fit 
des démarches pour lui obtenir une prébende canoniale ; par égard 
pour son père , le magistmt appuya la demande auprès du pape et de 
quelques cardinaux; cliose singulière, le jeune homme lui-même dut 
rédiger ces lettres ; a la cour romaine il fut soutenu par le franciscain 
Eméric Kémel, du couvent d'Ara-Cœli, qui peu de temps auparavant 
était venu à Strasbourg comme nonce apostolique et avait été reyu 
avec distinction dans la maison de Vammeisfer Schott **. En sa qualité 
de fils d'un riche patricien, il fut pourvu d'un canonicat à Saint- 
Pierre-le- Jeune ; c'est le seul bénéfice qu'il ait jamais sollicité et pos- 

^* Atfjue ifa manere apud nosiroa co'jor^ uhl amplior est epulis atque arinis locus 
quam lUeris. A Antoine Manlius, 6 oct. 1485. O. c, f** 42, 

^^ Qiunnvis quamplures aliarum factdtatum docfos sodas studiorum haheam^ e^jo 
tamen unus in urbe nostra, id parum tpioil novi yrmcarum litterarum prœferrr, possuni. 
Atque ita onine tempus pnrtim lectiunl accommodoy partim ocio et corporis refocillaci&ixL 
G oct. 1485. O. c, fo 42. 

^6 Extra damurHy nihll ago publici . Ainicoj aliquando convenlo. Judiclum neque secu- 
lareaieque spiriiuale uUuvi ridi, Adeo ut me doctores plerique bec/inalem doctoremrocentf 
qui prediccUiones quam iudicia plus ri^itein. A Boliuslaw, 5 sept. 1481. O. c, f" 14. 

5*7 A Thomas Wolf raînt-, 23 dcc. 1482. O. c., 1^ 17. 

*« G. c, ft>97 et suiv.; ft> 18. 



12 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



sédé. En février 1483 il dit sa première messe ; d'ordinaire cette 
solennité était Toccasion d'un grand concours de curieux et d'un 
festin pour les amis ; Schott refusa de suivre cet usage, qui lui sem- 
blait peu digne de la gravité de l'acte ; il ne célébra sa messe qu'en 
présence des chanoines et des vicaires de son cliapitre et des membres 
de sa famille, auxquels après la cérémonie il adressa un petit discours 
de remercîment*®. Après avoir fait, conformément aux statuts capi- 
tulaires, son année de résidence, il voulut se rendre à Paris pour y 
étudier la théologie avec plus de méthode qu'il n'avait pu le faire jus- 
qu'alors. Comme sa santé était peu robuste, ses parents hésitèrent à 
le laisser partir ; il ne put obtenir qu'à grand'peine leur consente- 
ment. Il demanda des lettres de recommandation à son ancien profes- 
seur, le docteur Scriptoris, qui en 1478 avait rempli à Paris les 
fonctions de prieur de la Sorbonne et qui depuis peu remplissait celles 
de prédicateur à Mayence ; en outre il écrivit à Jean Millier, en ce 
moment à Paris comme précepteur de Jacques, fils du margrave 
Christophe de Bade, pour le prier de le faire admettre au nombre 
des élèves de la Sorbonne. Tout était prêt pour le voyage, son famu- 
lus Gangolphe et les malles étaient en route, lorsqu'une lettre de 
Millier, annonçant que la peste régnait dans la capitale, fit de nou- 
veau ajourner le départ '°. D'abord il ne devait être remis qu'au prin- 
temps prochain ; mais la sollicitude inquiète de ses parents finit par 
détourner définitivement le jeune chanoine de son projet tant caressé. 
Il se soumit à regret, car à Strasbourg il ne trouvait nuls moyens de 
se perfectionner; Geiler n'avait pas le loisir de s'occuper de ^on 
instruction ; pour faire des études sans maître il lui aurait fallu des 
livres, et parmi ceux qu'on avait imprimés à cette époque il y avait 
plus de médiocres que de bons. A son âge, du reste, il avait eucoro 
besoin que la parole vive d'un professeur s'ajoutât à l'étude d'un 
texte ; il le savait par l'expérience qu'il en avait faite en Italie. Il 
suivit donc les leçons que le docteur Conrad de Bondorf , lecteur des 
franciscains, prédicateur estimé, faisait dans son couvent sur le qua- 
trième livre des questions de Duns Scot sur les Sentences, devant un 

29 A Thomas Wolf, !«' mars 1483 ; — Gratiarum acHofaeta his qui prîmicih suis 
interfuerunt O. c, f» 22, 121. 

»o A Bolmslaw, IG nov. 1482; h Jean Mftller, 5 mars, 23 juillet, 30 nov. 1484; h 
Jean Scriptoris, 30 juillet 1484. O. c, f» 20, 30, 32, 83, 35. 



LIVRE IV. — PIERRE SCllOTT. 13 



nombreux auditoire de moines et de prêtres séculiers ^'. Bientôt il se 
crut obligé à défendre Thonneur de Scot. 

Le suffragant de Tévêque de Strasbourg, le dominicain Je^ui Ortwin 
de Vendenlieim, évéquu in partibus de Mathone'*, peiné de voir un 
jeune homme que tout le monde vantait pour ses talents se mettre du 
côté des scotistes, entreprît de le faire revenir de sa préférence pour 
le Docteur subtil; il lui envoya les œuvres do Thomas d'Aquin, en 
lui faisant observer qu'on y trouve plus de vi^aie science et plus de 
traces du Saint-Esprit que dans celles de Scot ; TEglise, dit-il, qui 
doit savoir ce qu'elle fait, Ta prouvé en canonisant Thomas sans 
accorder le même privilège au théologien des franciscains. Pour lui 
citer un exemple, Ortwin appela son attention sur la doctrine des deux 
scolastiques relativement a la question : les démons peuvent-ils con- 
naître les pensées des hommes? Schott lui répondit qu'il n'était pas 
assez savant pour décider entre de si graves docteurs ; cependant il 
essaya d'examiner le problème et conclut que la solution négative de 
Thomas no lui semblait pas assez claire. L'évoque de Mathone se mit 
en demeure de la lui éclaircir, mais ne paraît pas y avoir réussi '*. 
D'ailleurs les querelles entre les thomistes et les scotistes sur des 
questions de cette espèce étaient fort indifférentes à Schott, qui, sous 
l'influence de Geiler, s'adonnait à une théologie plus édifiante. Il no 
manquait aucun des sermons du pieux et original prédicateur; il prit 
l'habitude, en les écoutant, de noter les morceaux les plus saillants, 
les préceptes, les comparaisons qui le frappaient le plus. Après sa 
mort on trouva parmi ses papiers une série de ces passages traduits 
en latin ^*. Geiler lui inspira aussi le goût de la théologie mystique, 
telle qu'elle était enseignée dans les livres de Gerson. Lorsqu'il 
publia lui-même les œuvres de l'illustre chancelier de Paris, il fit 
rédiger par Schott, pour être mise en tête de l'édition, une courte 
notice sur les mérites do l'auteur ''*, dont la tendance contemplative 

ai 6. c, r> 30. 

3^ Il mourut en 1514; sa pierre tombale, avec son image sculptée en relief, était 

conservée au Temple-Neuf; elle a été brisée ou partie par le bombardement de 
1870. 

33 Lucubrat., {^ 102 et muîv. 

3* Imitât luiiculfii morales similltudinum et sentetitiarum quas ex doctore Joh. Kaiserë- 
herg'to in Vuifjua veimacula audivit et deinde in IcUinum fraduxit. O. c, f^ 191 et suiv. 

5^ Compeiuliosa laus Joh. de Gerson. Opéra Gersoniiy T. 1. Ind. Ivbl. 174. — Lu- 
cubrat.y f^ 149. 



14 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

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avait plus d'attrait pour le jeuno chanoine que les syllogismes des 
scolastiques. Il admettait les dogmes sans vouloir les démontrer, 
comme on prétendait le faire dans les écoles ; il disait même, avec un 
peu trop de modestie, qu'il était peu versé dans TEcriture sainte. 
Cependant il prêchait parfois et rédigeait des méditations sur quel- 
ques parties de la Bible. Ces méditations étaient toutes pratiques et 
intimes, la conscience religieuse y avait plus de part que le raisonne- 
ment '°. Il écrivit à un ami qui venait d'être nommé à une cure : ^11 
te faut Tart des arts, non celui que les dialecticiens se vantent de 
nous enseigner, mais Tart que Dieu seul donne à ceux qu'il aime et 
qui consiste à paître ton troupeau en lui offrant l'exemple de tes 
bonnes œuvres et la vérité de la doctrine" ''. Entraîné par ses goûts 
mystiques et en général par l'esprit du siècle, il se plaisait à chercher 
des allégories. Le frère Jean Negwiller, de la chartreuse de Stras- 
bourg, le pria de raconter, en vers sans doute, la navigation de sainte 
Ursule. Il essaya, mais ne réussit point*, ce qu'il écrivait, dit-il, lui 
semblait aride et sec, puisque au lieu de reproduire la légende dans 
un langage plus ou moins orné, il se laissait aller à en faire des appli- 
cations aux destinées de l'Eglise militante, ce qui n'était pas ce que 
le chartreux désirait ^*. Il a exposé ses principes religieux dans un 
petit traité pour son ami Bohuslaw de Lobkowicz. Dans une pièce do 
vers qu'il avait faite pour ce dernier, lors de leur commun scjour à 
Bologne, il avait exprimé l'espoir que quand Bohuslaw serait revenu 
dans sa patrie, il s'efforcerait de faire rentrer ses compatriotes hus- 
sites dans le sein de l'Eglise catholique ^°. Bohuslaw, devenu archi- 
chancelier de Bohème et secrétaire d'Etat de Hongrie, se prononçait 
en effet contre le schisme, mais composait en même temps des satires 
contre la corruption du clergé et contre les abus commis à la cour do 
Rome*°. En août 1487 il écrivit à Schott qu'il se consacrait à la 
réconciliation des deux partis religieux en Bohème et le pria de rédi- 
ger pour lui un traité qui pût lui servir à ce but. Bientôt après il 

3'> ... Scrijdunc sancUe, fjtiarum ego sum impcritus. 1485. O. c, f^ 36. — Il a existe 
do lui des notes manuscrites sur quelques chapitres de rÉvangile do »S. Jean. 

37 A Jean Kot, nomme cure de Dambacli, 12 juin H80, Bologne. O. c, f" 0. 

38 Au frère NegwUer, 23 dëc. 1485. O. c, f" 36. 
3i» O. c, fo 166. 

^^ Cornova, p. 102 et suiv. 



LIVRE IV. — PIERRE SCHOTT. 15 

lui fit parvenir quelques ouvrages évidemment hussites, dont Schott 
fut effraye*, il les trouva „pleins de perfidies hypocrites, capables de 
séduire les esprits simples"; ce n'étaient pas des productions de 
Bohuslaw lui-même, autrement Schott n'aurait pas dit que sans 
aucun doute son ami s'était aperçu du poison caché sous le miel *'. 
Il lui envoya quelques pages sur la conduite d'un chrétien vivant au 
milieu des vices d'une cour et entouré d'hérétiques*^. Selon son 
propre aveu, il n'y consigna que des préceptes qu'il tenait de Geiler ; 
le chrétien, dit-il, doit suivre une autre sagesse que celle des philo- 
sophes païens; le principe de cette sagesse est la foi, qui se mani- 
feste par la charité envers les hommes, par la soumission à la volonté 
divine, par le zèle dans l'accomplissement des devoirs. Le moyen 
d'acquérir ces vertus est la prière, la récompense en est la félicité 
céleste. Dans ce traité Schott ne réfute aucune des opinions des hus- 
sites ; il 80 borne à conseiller à Bohuslaw de ne pas se laisser gagner 
parleurs doctrines; obligé de vivre en contact avec eux, qu'il leur 
enseigne par son exemple les qualités qui naissent de l'orthodoxie. 
Ce petit écrit n'a nulle prétention théologique ; Schott ne cite ni un 
Père ni un docteur, et taudis que d'autres prêtres du temps en appe- 
laient indistinctement aux classiques et aux catholiques, il dit que, 
quand on veut connaître les principes de la foi et de la vie chrétiennes, 
il faut mettre de côté tout ce qu'on a appris chez les rhéteurs et les 
philosophes. Il ne se préoccupait que du côté pratique de la religion ; 
de là aussi ses désirs de réforme morale. 

Indigné de l'abus du cumul et content pour sa personne d'une 
seule prébende, il aurait voulu que tous les prêtres et surtout ses 
amis fussent aussi sévères que lui-même. Un de ses anciens condisci- 
ples, le docteur Vitus Maler, de Memmingen, occupait à Rome le 
poste lucratif de solliciteur de lettres apostoliques, tout en jouissant 
de plusieurs prébendes en Allemagne. Ce personnage prenait une 
large part au trafic organisé à la cour romaine, où les grâces, les dis- 
penses, les prébendes se vendaient au plus offrant, quelles que fus- 
sent ses capacités ou ses mœurs. Schott lui écrivit des lettres nom- 
breuses pour le rappeler au devoir. „Je crains, lui dit-il un jour en 

*l Bohuslaw h Schott, 10 août 1487, llaasenstcin; Schott h Boliuslaw, 10 sept. 
1487 et 5 fûv. 1488. Lucnbrat., fo G5, (54, 65. 
4* Dt christlana vUa saltthritcr instiiuenda. 0. c, fo 6G et suiv. 



16 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'aLSACE, 

faisant un jeu de mots significatif, qne les lettres apostoliques ne t'aient 
fait oublier les préceptes apostoliques". Une autre fois il lui reproche 
de demander autant de bénéfices que dans sa jeunesse il avait désiré 
de florins de rente; ou bien il lui représente les dangers auxquels il 
expose le salut de son âme en voulant servir à la fois Mammon et 
Jésus-Christ*'. Il ne fit une exception que pour son ancien précep- 
teur Jean Millier. A plusieui's reprises il essaya de lui procurer des 
prébendes en Alsace, bien qu'il fût déjà doyen de Pforzheim et doyen 
de Bade. Enfin en 1490 il lui annonça „que Dieu avait bien voulu le 
faire nommer", par suite de premières prières impériales, chanoine 
de Saint-Pierre-le- Vieux ; il prêta lui-même le serment en son nom 
et avança pour lui les 20 florins d'or exigés par les statuts du cha- 
pitre **. 

8i dans cette occasion la reconnaissance de Schott pour son maître 
remporta sur Thonnêteté habituoUe de ses principes, ce fut une de 
ces inconséquences auxquelles à cette époque les meilleurs mêmes se 
laissaient entraîner. Il la compensa par le concours qu'il prêta à 



*3 20 oct. 1483, 3 déc. 1485. O. c, fo 34, 44. Etc. 

^* MfiUer, qui en 1479 devint doyen du chapitre de Uade, résigna la cure de Dam- 
back le 2 fëv. 1480; Rot fut nommd à sa place, le 5 du même mois, par les admi- 
nistrateurs de Thôpital de Strasbourg; il rdsîgna à son tour le 3 août 1482. Des 1483 
Millier parait aussi comme doyen de Pforzheim. £n 1485, pendant quMl est à Paris 
comme précepteur de Jacques de Bade, meurt à Strasbourg Grégoire Stuckmanii, 
vicaire perpétuel k la fois de la Cathédrale et de S. Thomas. Schott écrit alors h 
Vitus Mâler, à Kome, pour qu^il tâche de procurer une de ces prébendes îi Millier, 
qui, dit-il, jouit de deux chapellenies. Tune rapportant 40 florins, Tautrc 30, et dont 
lui, Schott, ne sait pas dire où elles se trouvent. (Et les deux décanats ?) 28 sept. 
1485. O. c, f^ 41. L^année suivante, MiiUer remplit à Paris les fonctions de recteur 
de Tuniversité; Schott soUicite pour lui la cure d'Andlau, 29 mai 1486. O. c, f> 51. 
En 1487 Millier se rend avec son élëve à Padoue; là il devient docteur ulriustjttc 
juriê. La relation d'un voyage qu'il fit avec Jacques de Bade à Rome, en 1489, est 
publiée a la suite de Tédition de la Germania d'Énée Silvius faite par Wimpheling. 
— Sur le canonicat de S. Pierre-le-vicux , v. les lettres de Schott h Miiller, lo"*, 3, 
6 sept. 1490. Lucubrat.f 1^ 93 et suiv. — En 1479, pendant que M'illcr était h la 
cour du margrave de Bade, in arce Bademiy il peignit en rouge les initiales d'un 
exempLiiro de la Summa de cagihus conscieMiœ. 8. 1. et a., in-f^ (impression de Mentcl 
ou d'Eggestein). Il paraît qu'il fit cadeau de cet ouvrage h Martin Ergersheim, rec- 
teur do l'église de Schlestadt, avec lequel il s'était lié probablement lors du ses 
fonctions comme curé h Dambach. Le volume, admirablement conservé, fut donné, 
avec les autres livres de Martin Ergersheim, par son frcro Melchior îi la biblio- 
thèque ])aroissiale de Schlestadt; aujourd'hui il appartient k la bibliotlièque publi- 
que de cette ville. 



LIVRE IV. — PIERRE SCHOTT. 17 

l'œuvre de régénération morale et religieuse que Geiler avait entre- 
prise dans notre ville. Pour éviter des répétitions, je renvoie à la 
notice sur Geiler pour le récit des démarches que fit Schott pour le 
retenir quand il eut reçu un appel pour Augsbourg, et pour la part 
qu^il prit à ses luttes contre diverses coutumes judiciaires et liturgi- 
ques qu'ils considéraient l'un et l'autre comme injustes ou abusives. 
Schott soutenait de même leur ami commun Jean Rot, qui, après 
avoir succédé à MuIIcr dans la cure de Dambach, était devenu curé 
do la paroisse de la cathédrale. Rot fit peindre dans la cliapelle de 
Saint-Laurent un tableau représentant la porte large et la porte étroite. 
Parmi la foule se pressant par la première, on voyait aussi des pré- 
lats, des prêtres, des religieux, entre autres un franciscain portant 
une bourse. Les moines mendiants virent dans cette peinture une 
satire offensante ; les frères mineurs surtout se plaignirent et en appe- 
lèrent à une bulle pontificale qui, suivant eux, les autorisait à porter 
sur eux de l'argent*'. Schott, qui ne trouvait pas que l'intention du 
curé fût répréhensible, s'informa de l'existence de la bulle, afin que, 
si elle était fictive, comme il le supposait, il pût mieux prendre la 
défense de son ami. Nous ne savons rien sur l'authenticité de la pièce 
ni siu' la suite de l'affaire ; je n'ai rappelé le fait que comme un témoi- 
gnage des dispositions de Jean Rot et de son défenseur. 

J'ai dit dans l'introduction que d'après d'anciens rituels le jour de 
Saint-Nicolas, 6 décembre, était une fête pour les écoliers, dont saint 
Nicolas était le patron. Ils se choisissaient un évêque et se préparaient 
à célébrer, à leur manière, le jour des Innocents*®. Ce jour-là, cou- 
verts de déguisements et précédés de leurs maîtres, ils conduisaient 
leur évêque, revêtu d'habits pontificaux, à travers les rues et 
entraient dans les églises ; à la cathédrale l 'évêque montait au siège 
épiscopal ; les autres, placés dans les stalles du chœur, chantaient 



^^ Cum Î8 (J. Rot) depi^igi tussent in ecdesia Argentinensi, veltU Pytagoricum îUud 
ypsylon vias utrasque^ artam quœ ad vitam, et latam quœ in mortem ducitf et summa 
quadam industrie in latiori omnium homtnum genus cum peculiaribus suis notis con- 
finxerity negue clericis et prœlatis pepercerit...y soli patres,.. prœdicatoreSy minores et 
augustinenses pati non posse ridentur... Frcccipue atitevi minores lœdif, quodcum mar* 
cupio frater quidam appareaty quasi per hoc slgnificetur, non licere eis pecuniis ut eœterîs 
iitl, contra sedis apostoliae (quod te v'idîsse asserunt) indultum... Au frère Jean de 
Ladenbourg, îi Mayence, 24 mars 1490. Lucubrat., fo 88. 

*« Grandidîcr, Essais sur la cathédrale. Strasb. 1782, p. 72. 



18 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

les antiennes et les répons pendant que rùcolâtre disait la grand'- 
mcsse. Depuis longtemps cette coutume avait dégénéré on farce ; en 
France, en Allemagne, en Hollande, en Suisse, ces fêtes scolaires 
étaient devenues des mascarades, dont s^indignaient les hommes 
sérieux et dont riait la foule. 

Pendant les processions, les enfants et les maîtres chantaient des 
strophes religieuses ; il existe encore une cantilène en Thonneur de 
saint Nicolas faite en 1404 pour les écoliers de la maison de Saint- 
Jean*' ; une autre, chantée encore en 1506, avait pour sujet les qua- 
lités que doit avoir un bon évêque*®. La gravité des paroles formait 
un contraste choquant avec Findécence des actes. Schott, qui désirait 
en vain la suppression de ces cérémonies, essaya au moins de leur 
donner un caractère plus moral et plus littéraire. Le Camien sœciilare 
d'Horace lui inspira Tidée de transformer les mascarades en solenni- 
tés classiques et religieuses. Il composa quelques pièces de vers 
latins, destinées à être chantées par les écoliers le jour de Saint- 
Nicolas dans les églises, et pendant l'octave des Innocents sur les 
places publiques**. L'objet en est en général l'éloge des bonnes 
études et d'une vie honnête. Schott ne voulait pas que les enfants 
fassent privés d'une réjouissance, seulement il la voulait décente et 
instructive; il exprima cette pensée dans un de ses carmina les mieux 
réussis : „Loin de nous les farces ignobles, que des masques impies 
ne profanent pas la maison sainte !" Il fit la plupart de ces vers pour 
l'école du chapitre de Saint-Pierre-le-Jeune ; le ludimagister devait 
les expliquer aux élèves ; pour lui venir en aide, Schott ajouta à 
quelques-uns de ces petits poèmes des commentaires éclaircissiint, 
par des citations tirées des anciens, le sens des mots et des figurés. 
D'autres de ses pièces étaient pour l'école de Saint-Pierre-le-Vieux ; 
en voici une qu'il indique comme pouvant être chantée à trois voix : 
„Les architectes consolident les maisons par des charpentes de chêne, 

*7 Elle a ett5 publiée par Mono, d'après un nis, de notre ancienne bibl. de S. .lean, 
dans Lateinûcfic Jlymnen^ T. 3, p. 405. 

■** Die hind siwjen es uff dçr gassen an tS. Mclamtag. Cieiler, Evamj. mit uszleg , 
f»213. 

*• Lucubrat.y fo 163 et suiv. — Une de ces pièces, Elegiacum ut more alioruni 
arttficum scholares quœrant et prœceptores et dodrinas vielioresy fut ajoutc^e par llutten 
h sa pot^sie Vxr bonus, Erfurt 1513, Huttcni opéra, T. 3, p. 17 ; elle se trouve aussi 
dans la Margarita phUosophica^ cd. do Grilningor, 1515. 



LIVRE IV. — PIERRE SCIIOTT. 19 

ot songent à les rendre semblables au labyrinthe de Dédale 5 ceux 
qui sculptent le marbre s'efforcent de dépasser Lysippe, les peintres 
ont l'ambition de mieux faire qu'Apelles. Voyez-les tous, l'artisan le 
plus humble, jusqu'au cordonnier et au cuisinier, veut atteindre au 
faîte de son art : c'est que cela seul est la condition de la gloire ; il 
n'y a que la main exercée qui procure à l'artiste le profit et l'hon- 
neur. Quelle honte, ô jeunes gens, d'étudier des livres barbares, 
maintenant que vous trouvez sans peine des ouvrages écrits dans un 
latin plus pur ! Déjà la muse du grand Virgile se vend pour un 
denier, et la toge de Cicéron pour le prix d'un hareng ; et cependant 
la jeunesse ignorante, dirigée par des ignorants, continue de parler 
un langage grossier. Que sert-il d'avoir parcouru tant de fois les 
grammairiens, si l'on ne sait joindre ensemble dix mots? L'usage est 
plus utile pour former la langue que les règles; vous voulez des 
expressions latines, lisez donc les auteurs latins. Les ouvrages des 
Romains forment le style, pourvu que la loi divine dirige la vie ; la 
sagesse, qui commence par la crainte de Dieu, ne sera jamais le par- 
tiige de celui qui reste dans les chaînes du péché." Schott termine ce 
morceau par une allusion aux saints Michel et Pierre, auxquels était 
dédiée l'église de Saint-Pierre-le- Vieux : „L'archange, armé du glaive, 
éloigne du paradis les» coupables ; toi, ô Pierre, qui en tiens les clefs, 
daigne nous en ouvrir les portes" ***, Dans un autre de ses poèmes sco- 
laires, Schott, se souvenant que saint Nicolas était aussi le patron des 
bateliers, le loue d'avoir obtenu l'entrée du ciel pour quelques écoliers 
qui s'étaient noyés ; il le compare à Orphée qui par les sons di; sa 
lyre apaisait les divinités infernales, il le montre même plus puissant 
que l'époux d'Eurydice, attendu que le dieu qui gouverne à la fois le 
Styx et l'Olympe ne peut rien refuser aux prières d'un saint ®'. Les 
préceptes littéraires contenus dans quelques-uns de ces vers n'étaient 
pas à dédaigner, mais il fallait tout le pédantisme philologique et 
pédagogique de l'époque pour les faire chanter par des enfants ; et eu 
fait de travestissement, le Dieu chrétien travesti en Jupiter valait 
bien un écolier déguisé en évoque. Il faut rendre à Schott l'hommage 
d'avoir été le premier qui à Strasbourg ait recommandé de quitter la 

ôo 1481 Lueuhrat.y f» 163. 
81 1483. O. c, f9 163. 



20 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 

routine grammaticale et de revenir aux classiques ; mais ses hexa- 
mètres , moins propres au chant que les proses du moyen âge , ne 
paraissent pas avoir remplacé dans la pratique les anciennes cantî- 
lènes ; les processions elles-mêmes conservèrent leur caractère pro- 
fane ; encore près de trente ans plus tard , le successeur de Geiler 
dans la chaire de la cathédrale, Pierre Wickram, fit un sermon aussi 
érudit que vigoureux contre le scandale que donnaient les prêtres en 
se mêlant, travestis, aux cérémonies puériles de Toctave des Inno- 
cents ^^. 

La réputation que Schott s'était acquise comme docteur en droit et 
comme littérateur pratiquant Télégance latine, le faisait rechercher 
fréquemment quand il s'agissait d'écrire des consultations ou des 
lettres officielles. On en a vu des exemples dans la biographie de 
Geiler. Des corporations ou des individus lui demandaient des con- 
seils ou le priaient de rédiger des actes sur des matières diverses. En 
1480 vingt-quatre religieuses du couvent de Klingenthal à Baie furent 
expulsées de leur maison, pour avoir refusé do se soumettre à une 
réforme ordonnée par Sixte IV; on les remplaça par quelques nonnes 
de Guebwiller. Comme les bannies appartenaient à des familles nobles, 
elles agitèrent le pays par leurs plaintes et firent si bien que, peu 
d'années après, elles purent rentrer à Klingenthal et en chasser les 
sœurs qui avaient dû introduire la réforme et celles qui l'avaient 
adoptée. Fugitives à leur tour, ces dernières furent recueillies provi- 
soirement, les unes par l'évêque de Strasbourg, au couvent alors in- 
habité d'Obersteigen " ; les autres par les comtes de Linange, à celui 
de Rentingen, près de Sarrebourg, dans le diocèse de Metz. En 1484 
l'évêque Robert fit écrire par Schott des lettres en leur faveur au 
pape, au roi de France et à des personnages influents auprès de cette 

SI Sermo contra levitatem ecuxrdoium se ludiê puerililms ingerenttum. Semiones et 
varii tradatua Kaisersbergii, Î9 144 et suiv. 

6' Le couvent d^Obeinteîgeny prës de Savenic, et les quatre autres du petit ordre 
des fratres steigenses, étaient, à la fin du XY^ sibcle, tellement appau%Tis qu'ils ne 
pouvaient plus remplir leurs obligations de venir en aide aux voyageurs. En 1482 
Sixte IV les sdcularisa, c.-à-d. les transforma en maisons de clercs se'cnliers dis- 
penses de Tancienne règle. SchOpflin, ÂUatia diplomattca^ T. 2, p. 41G. — A Ober- 
steigcn il n'y avait plus personne; les bâtiments furent vendus U Christopbe d'Uten- 
lieim, chanoine de S. Thomas. Le couvent de Rentingen venait d'otrc fonde' on 
1478 par les comtes de Linange-Rechicourt pour des pënitentes de Tordre des domi- 
nicains. 



LIVRE IV. — PIERRE SCHOTT. 21 



cour ; Wimpheling trouva son épître au pape si touchante qu'elle eût 
ému un Turc, mais hélas, ajouta-t-il, sans argent on ne peut rien 
obtenir à Rome '*. Il paraît toutefois que cet argent se trouva et qu'on 
put renforcer les sollicitations pathétiques de Schott par des argu- 
ments plus sonores encore ; car après qu'il eut écrit do nouveau à 
Rome, en 1486, Innocent VIII autorisa, le 14 mars 1487, les nonnes, 
tant celles qui avaient trouvé un asile à Rentingen , que celles qu'on 
avait reçues à Obersteigen , à s'établir en ce dernier lieu , avec tous 
les privilèges de leur ordre. Obersteigen appartenait alors au prévôt 
de Saint-Thomas, Christophe d'Utenheim; celui-ci renonça à son 
droit de propriété, à condition pour les nouvelles habitantes de lui 
payer une rente viagère d'un marc d'argent par an ''. 

Dans une autre circonstance, où l'on eut également recours à la 
plume de Schott, son talent épistolaire ne fut pas couronné du même 
succès. Après l'élection du doyen de Strasbourg, Frédéric de Zol- 
lern, à l'évêché d'Augsbourg, en 1486, le doyenné resta vacant pen- 
dant deux ans ; la cour romaine voulait conférer le bénéfice par pro- 
vision apostolique; le chapitre, qui s'opposait à cette prétention, finit 
par élire un de ses membres, le baron Jean de Brandis. Schott, 
chargé de rédiger la requête par laquelle on supplia le pape de con- 
firmer ce choix, y exposa les inconvénients que la vacance prolongée 
avait entnunés pour la discipline et pour le culte ; il soutînt que 
d'après une coutume immémoriale, approuvée par le saint-siége lui- 
même, le chapitre seul avait le droit de se choisir son doyen, que par 
conséquent le pape, en voulant nommer quelqu'un à cette dignité par 
provision, est induit en erreur sur ses privilèges ; qu'enfin dans l'intérêt 
de l'Eglise de Strasbourg il ne devrait pas tarder à confirmer le digni- 
taire élu par le chapitre ***. A Rome on persista à en vouloir un autre, 
et le chapitre dut se soumettre; dès 1488 Jean de Brandis, qui du 
reste ne pouvait pas se plaindre, car il était encore prévôt de Coire 



6* LucubreU.^ P 25 et suiv. — ... Adeo dévote et efficacker ut Saracenta aut Thur- 
eus hiê tnoveri potuisset, sed omnia heu vencUia Romœ. Ib., Î9 29. 

6S Brefs d'Innocent VIII, 29 juin 1487, !«' et 9 fév. 1490. Acte notarié, du 5 oct. 
1487, publie par T^vêque Albert. Archives de la Basse-Alsace. -^ En 1489 la prieure 
et le couvent d'Obersteigen empruntèrent du chapitre de S. Thomas une somme de 
400 florins. — V. aussi Dacheux, Vie de Oeiler, p. 304 et suiv. 

56 LueubrcU.f f> 105 et suiv. 



'« 



22 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

dans les Grisons, reparaît comme simple chanoine, tandis que le 
comte Hoyer de Barby occupe le doyenné ^\ 

En 1485 le bruit se répandit en Allemagne qu'avant de mourir le 
pape Sixte IV, à la sollicitation de quelques chanoines nobles, avait 
décrété qu'à Tavenir les chapitres des églises cathédrales ne devaient 
plus admettre des bourgeois. Cette mesure, disait-on, visait spéciale- 
ment l'Eglise de Spire, pour laquelle l'évêque Raban, très-sage 
quoique très-belliqueux, avait obtenu, au commencement du quin- 
zième siècle, l'autorisation d'admettre des savants, quand même ils 
ne seraient pas nobles. Aussi le chapitre de Spire était-il devenu un 
des plus instruits, des plus éclairés de l'Allemagne. L'annonce du 
décret attribué à Sixte IV y produisit une vive émotion ; Wimphcling, 
en ce moment prédicateur de la cathédrale de Spire, en informa 
Schott, celui-ci proposa d'envoyer à Innocent VIII une députation 
chargée de l'engager, au nom des magistrats, des chapitres et des 
universités, à revenir sur la défense qu'on disait émanée de Tson pré- 
décesseur, et qui était aussi funeste pour l'Eglise que pour les bonnes 
études sans lesquelles la religion ne saurait prospérer. Il rédigea 
deux projets, l'un d'une harangue à prononcer devant le pape, l'autre 
d'une lettre, dans le cas où l'on n'enverrait pas de députés**. J'ignore 
si la proposition de Schott fut mise à exécution. 

D'autres fois il fut choisi comme orateur dans des occasions solen- 
nelles, ou prié de recommander par une lettre bien tournée quelque 
ouvrage nouveau ; c'est ainsi que lors d'une visite faite à Strasbourg par 
le général des dominicains, il le harangua au nom des religieuses de 
Saint-Nicolas-aux- Ondes *®, et qu'il appela l'attention des moines de 
Prémontré sur l'édition du bréviaire de leur ordre publiée à Strasbourg 
par Berthold Dtirr, abbé d'Adelberg dans le diocèse de Constance ^'^\ 
Ou bien on le sollicitait d'user, en faveur de toutes sortes de per- 
sonnes, de son influence soit auprès de l'évêque de Strasbourg, soit à 
la cour de Rome, où il avait des amis; tantôt c'est un prêtre pauvre 
qui désire un petit bénéfice, tantôt un bourgeois qui demande une 



S7 Comp. notre T. 1, p. 355. 
*8 Tjucuhr.^ fo 46 et suiv. 
5« O. c, f» 119. 

^^ O. c., f^ 120. Je n'aî troiivd dans aucun ouvrage bibliographique une mention 
de ce bréviaire. 



LIVRE IV. — PIERRE SCHOTT. 23 

dispense pour pouvoir se marier. Plus fréquemment encore on lui 
demandait des consultations sur des cas de conscience jugés difficiles ; 
même le provincial des augustins, le frère Daniel de Strasbourg, en 
appela un jour à ses lumières, disant que la question sur laquelle il 
voulait être éclairé, dépassait sa science ; on n'en doute pas en voyant 
le latin de ce moine ^*. Les questions étaient en général de bien peu 
d'importance; il s'agissait de décider, par exemple, si le samedi on 
pouvait manger du lard, ou si à un religieux qui d'après les coutumes 
de son ordre ne devait pas raser la tête entière, il était permis de 
laisser retomber quelques cheveux sur les oreilles^*. On peut admirer 
le sérieux et l'érudition dont Schott fait preuve dans ces discussions ; 
mais n^ous préférons reconnaître les services qu'il a rendus à la cause 
des mœurs en s'associant aux efforts de Geiler, et ceux que, dans 
la mesure alors possible, il a rendus à la cause des lettres. 

Les principaux propagateurs de l'humanisme sur les bords du Rhin 
étaient à cette époque Rodolphe Agricola et Jean Reuchlin. Schott 
s'enthousiasma pour l'un et pour l'autre. Il se lia de bonne heure avec 
Reuchlin, qui n'était que de deux ans plus âgé que lui, et dont peut- 
être il avait fait la connaissance en Italie. Plus tard, Reuchlin venant 
Hn jour à Strasbourg, l'invita à dîner, en lui envoyant des distiques 
pleins de gaîté et d'affection^'. C'est aussi en Italie, à Ferrare, que 
Schott entendit* pour la première fois parler d' Agricola ; on le louait 
beaucoup, bien que, dit-il, les Italiens fussent peu disposés à louer 
d'autres qu'eux-mêmes. A Strasbourg le chanoine Thomas Wolf 
l'aîné et l'imprimeur Adolphe Rusch lui confirmèrent les mérites du 
courageux adversaire de la scolastique ; il lui écrivit pour rechercher 
son amitié ®*, et lors de sa mort en 1485 il adressa à Rusch une élégie 
sur la perte „de cet homme célèbre, qui avait ramené en Allemagne 
la Minerve grecque et latine et les Muses de l'Hélicon" ^^. Il parta- 
geait les vues d' Agricola sur l'objet et l'utilité de la dialectique. 
Après avoir pratiqué cet art d'après la méthode du moyen âge, il 
avait fini par ne plus l'envisager comme un but, mais comme un 



61 0. c, fto 122. 

62 0. c, fo 128 et suiv. 
«3 0. c, fo 178. 

6* 18 fév. 1485. O. c, f» 36. 
«* O. c, f> 162. 



24 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

■ ■ ■ I ■ 

moyen pouvant servir à toutes les sciences. Quelqu'un lui ayant dit 
que les arts libéraux étaient inutiles pour Tétude des lois, il s'indigna 
de cette opinion qui réduisait la jurisprudence à un simple exercice 
de mémoire; il démontra que le droit a besoin de philosophie pour 
être compris, et de dialectique pour être pratiqué ; il prouva la néces- 
sité de cette dernière pour toute science quelconque, dos qu'on ne la 
considère que comme un instrument dont on se sert pour le dévelop- 
pement de la pensée; il avait entrevu que, cultivée pour elle seule, 
elle est un art sans objet, une escrime dans le vide. 

De môme qu'Agricola et Reuchlin, Schott s'efforçait aussi de puri- 
fier la langue latine. En Allemagne c'était la chose urgente; avant 
de parler de rhétorique et de poétique, il fallait refaire la grammaire. 
On voit par les questions que s'adressaient les savants, combien, aux 
premières origines de la Renaissance en Alsace, ils étaient encore 
éloignés de la qualité la plus élémentaire du style, à savoir de la cor- 
rection. On est tenté de sourire de leur ignorance, mais ils avaient le 
sentiment de ce qui leur manquait et le désir de s'affranchir de la 
barbarie. Schott, qui pourtant avait fait des études en Italie et qui 
écrivit à un jeune homme : „Aie soin de m'envoyer des lettres plus 
élégantes ou au moins plus latines" ^®, demanda lui-même à Rodolphe' 
Agricola si charitaSy qu'il croit être un mot grec, devrait avoir un h 
dans le cas que ce serait latin; il lui demanda aussi si dans l'hymne 
de saint Ambroise Nunc sancte nobis spiritus, tel qu'on le chantait à 
Strasbourg, il était correct de dire flammascat igné charitas; flam- 
mescat lui paraît meilleur, mais il n'en est pas sûr, ^puisque, dit-il, 
je trouve Idbasco et ingravesco^ ^'. Il rédigea une sorte de vocabulaire 
des instruments et outils employés par divers artisans; il le soumit à 
Bohuslaw de Lobkowicz, pour qu'il examinât si les termes étaient 
classiques ®®. Plus il cherchait à s'éclairer, plus il se faisait la réputa- 
tation d'être un latiniste consciencieux. De divers côtés on lui deman- 
dait des explications sur des questions dans le genre de celles qui 

<^6 Curahia nitidtus, aut saltem latiTie tid me epistolaa conficere. 1486. O. c, f> 58. 

®7 18 fév. 14Ô6. O. c, f> 37. Le mot flammascat se trouve au passage îndiquo, 
dans un recueil de psaumes et d'hymnes. S. tît., I. et a., in-4o, f^ 150 (probable- 
ment imprimé à Strasbourg). Dans VElueidarius eccUsiasHcus de Clictou, BÂle 1519, 
în-f^, fo 4, il y a flammescat. 

«« 5 sept. 1481. LucubraLj f^ 14. 



LIVRE IV. — PIERRE SCHOTT. 25 

rembarrassaient lui-même, mais qu'il était assez avancé pour résoudre 
convenablement. Le franciscain mayençais Jean de Ladenbourg 
voulut savoir de lui s'il fallait dire quœstio tJieologalis ou theologicalis; 
il répondit que Tun était aussi barbare que Tautre et que la seule 
bonne forme était theohgica^^. Wimpheling lui-môme qui, quoique 
son aîné, reconnaissait la supériorité d'un humaniste qui avait visité 
ritalie et qu'il appelait pour cette raison son respectable maître, lui 
demanda au nom de plusieurs amis des lettres son opinion sur la 
quantité prosodique de différents mots, tels que tenebrœ, catliedra^ 
latebreBy celeber, etc.; en réponse Schott lui cita de nombreux pas- 
sages tirés aes poètes classiques. Une autre fois il apprit à Wimphe- 
ling, incertain s'il fallait dire idolâtra ou idololatray que ce dernier 
est seul autorisé par l'étymologie, mais qu'il convient de l'éviter 
comme n'étant pas assez harmonieux '®. Il fit pour son ami Bohuslaw 
un petit traité de prosodie, résumant les règles sur la quantité et 
apprenant à scander en latin et même en grec'*. Dans l'espoir d'in- 
troduire à Strasbourg la connaissance de la langue d'Homère, il désira 
en 1485 qur' Antoine Manlius, qui à Bologne lui en avait enseigné les 
éléments, vînt s'établir chez nous ; Manlius, qui était alors à Rome, 
se montrait disposé si son ancien élève pouvait lui procurer un béné- 
fice ; Schott lui répondit qu'il ferait bien d'en demander un lui-même, 
étant près de l'atelier où ces choses-là se fabriquent '^. Ce ne fut que 
trente ans plus tard que la société littéraire de Strasbourg fit venir 
im professeur de grec. 

Schott n'était pas seulement grammairien ; on a vu qu'il passait 
aussi pour orateur et poèt.e. Les quelques courtes harangues qu'on 
rencontre dans le recueil de ses œuvres, ainsi que les épîtres de solli- 
citation ou de recommandation qu'à diverses reprises il fut chargé 
d'adresser à de grands personnages, ont la solennité emphatique qui 
semblait commandée par les circonstances. Ses lettres particulières, 
au contraire, qu'il n'écrivait pas en vue de la publicité, sont simples, 
familières, quelquefois spirituelles et toujours dépourvues de l'affecta- 

6» 24 mars 1490. 0. c, fo 88. 

70 Wimpheling à Schott, 26 juillet 1486; rëponses, 20 août et 23 sept. O. c., 
f9b2 etsuiv. — 11 mars 1488. Ib., f» 76. 
7* Comova, p. 13. 
7^ ... ubi officina est, in qua hœc cuduntur. 6 oct. 1485. Lucubrat., î° 42. 



2G HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

» ' ..Il . .1 ■ 

tîon classique qiii dépare ses poésies. Sous ce rapport elles sont supé- 
rieures à celles que les pédants écrivaient alors en se conformant à 
Tun ou à l'autre des nombreux manuels de Fart épistolaire, répandus 
en France, en Allemagne, en Italie, et consacrant le pathos le plus 
fade exprimé dans le latin le plus détestable. Depuis des siècles on 
avait adopté Tusage de dire voîiSSLUX personnes qu'on voulait honorer; 
du langage latin il avait passé dans les langues vulgaires ; il est vrai 
que de temps à autre on le trouvait déraisonnable, mais les grandes 
autorités grammaticales du moyen âge étaient d'un avis différent ; le 
frère Jean Balbi, de Gênes, Fauteur du Catholicon^ qualifia de truant 
un versificateur qui avait osé dire : 

Unutn vosamus falso^ vereque tuamus. 

Il en était résulté que le vosare, devenu le signe d'une bonne édu- 
cation, avait prévalu partout, dans la conversation, dans les discours, 
dans les lettres. Les auteui's des Modus epistolandi^ espèces HiQprccimx 
ridicules du quinzième siècle, renchérissant encore sur cette poli- 
tesse, y avaient ajouté des formules de salutation où s'accumulaient 
les unes sur les autres les hyperboles et les métaphores. Tout cela 
répugnait au bon sens de Schott; le vosare même lui paraissait injus- 
tifiable ; c'est une prétention, disait-il, inconnue des anciens et aussi 
contraire au goût qu'à la raison ^'. Dans ses lettres non officielles il 
évitait les faux compliments et les banalités sonores ; elles n'en sont 
que plus intéressantes pour l'histoire de son temps. Bien avant le 
quinzième siècle la littérature épistolaire sérieuse et intime avait à 
peu près disparu ; on ne s'écrivait pas, parce que les communications 
étaient rares, et aussi parce qu'on n'avait pas grand'chose à se dire. 
Le retour de cette littérature, on l'a dit avec raison, fut un signe du 
réveil de l'intelligence, une preuve que les esprits cultivés éprou- 
vaient de nouveau le besoin de se mettre en rapport entre eux. Aussi 
la Renaissance nous a-t-elle légué des correspondances où, mieux 
souvent que dans les livres, on peut suivre le mouvement littéraire et 
les préoccupations des humanistes. Pour Strasbourg, à la fin du 
quinzième siècle, celle de Schott n'a pas moins d'intérêt que celles 
de Reuchlin ou d'Erasme pour l'Allemagne ou celles des savants ita- 

73 A Jean Rot, 15 sept 1478. O. c:. f=> 5. 



laVRE IV. — PIERRE SCIÏOTT, 27 

r ■ ■ 

liens pour leur pays vers la même époque ; ses lettres contiennent une 
foule de détails sur sa vie de famille, sur ses travaux et sur ceux de 
ses amis, sur les faits ecclésiastiques et littéraires, sur Tesprit et les 
mœurs du monde auquel il appartenait. 

Ses poésies au contraire sont, bien plus que ses lettres, des imita- 
tions des classiques. On y rencontre ce qu'on rencontre dans la plu- 
part de celles de nos autres humanistes : le travail pénible plutôt que 
l'inspiration, la prétention à l'élégance sans la simplicité, la recher- 
che de la pompe sans la grandeur vraie. Le goût et l'imagination ne 
manquent pas tout à fait à Schott, mais l'un est toujours sacrifié à 
des jeux de mots et à des hyperboles, et l'autre est gênée par une 
érudition encore trop confuse pour être réellement utile. Comme tous 
ses contemporains, il transporte POIympe au milieu du christianisme 
et prête ses vêtements aux faits et aux idées de l'Eglise. Ce paganisme 
fait un eflfet d'autant plus étrange qu'il ne doit avoir chez lui que la 
valeur d'une métaphore. Tandis qu'en Italie , et bientôt aussi en 
Allemagne, d'autres poètes deviennent franchement païens et em- 
pruntent à l'antiquité, non-seulement l'éclat de la forme, mais aussi la 
frivolité des sujets, Schott ne se plaît qu'à des matières trop sérieuses 
pour supporter le travestissement mythologique. Un Allemand s'étant 
plu à imiter l'indécence de certains poètes italiens, il lui adressa une 
épigramme dont le sens est : „Reste fidèle aux mœurs de ta patrie , 
spurcitiemque Itàlis linquito^ '*. La spiircities est étrangère à ses vers, 
mais il n'y en a pas un, pour ainsi dire, où ne paraisse quelque divi- 
nité. S'il traite parfois de petites choses avec une grande emphase, le 
sentiment au moins qui l'inspire est toujours honnête ; tantôt il chante 
les plaisirs de l'étude, tantôt il fait l'éloge de quelque personnage 
distingué, tantôt il met en vers des sujets politiques, moraux ou reli- 
gieux. Des réminiscences de Virgile, de Térence, de Plante, d'Ovide, 
d'Horace, sont côtoyées par des expressions appartenant encore au 
latin de la scolastique: la versification n'est pas toujours facile, et 
malgré la réputation de Schott d'être un oracle en fait de prosodie, il 
lui échappe des fautes contre les règles de la quantité. J'ai donné 
plus haut quelques échantillons de sa Muse; j'en ajouterai encore un, 
qui sera en même temps un témoignage de ses sentiments patrioti- 

7* 0. c, îo 175. 



28 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

« . . 

ques; c'est une pièce destinée à être chantée par les écoliers et adres- 
sée à la ville de Strasbourg, lorsqu'on 1486 on eut reçu la nouvelle 
que Ratisbonne, ne pouvant pas payer ses dettes, avait été occupée 
par le duc de Bavière : ^Strasbourg, ô cité célèbre, qui brilles comme 
le métal qui t'a donné le nom (allusion à Argentoratum), puissante par 
ta noblesse vaillante et tes hautes murailles, plus favorisée de Cérès 
et de Bacchus que les autres villes baignées par les ondes bleuâtres 
du Rhin, toi qui n'es inférieure à personne dans les conseils et dans 
la guerre, accepte, ô mère chérie, les saluts que nous, tes fils, nous 
t'oflfrons pieusement par ces vers. Heureuse, si tu gouvernes les tiens 
en justice, si tu ne souffres pas qu'ils soient pervers, qu'ils méprisent 
impimément Dieu et les lois, qu'ils dissipent leurs biens dans le jeu 
ou dans des festins splendides. Heureuse, si tu honores les bons 
citoyens, ceux qui te servent par leur prudence et leur intégrité. Que 
les dangers que cette année a apportés à nos voisins te rendent cir- 
conspecte. Vois ta sœur jadis illustre, la noble Ratisbonne, naguère 
un des ornements du Saint^Empire, si fière du pont qu'elle a jeté sur 
le Danube rapide : elle est privée de son antique liberté, elle a 
appris la servitude, elle porte le joug d'un maître, et poui*quoi? parce 
qu'elle s'est écartée d'une sage tempérance. Afin que rien de sem- 
blable ne t'arrive, nous supplions ta patronne, dont l'image brille sur 
ta bannière et que tu adores dans ta magnifique cathédrale, de te 
protéger et de te défendre*' '**. Je mentionnerai encore une pièce sur 
les trois saints du nom de Jean, le Baptiste, l'Évangéliste et Chry- 
sostôme ; un épithalame poui* le mariage de Matthias, roi de Hongrie, 
avec la fille du roi Ferdinand de Naples ; une élégie sur la variabilité 
des choses humaines, et une autre sur l'endurcissement des hommes 
que ne touchent ni les bienfaits ni les châtiments de Dieu '®. Tous 
ces morceaux sont on vers élégiaques; mais déjà Schott s'essayait 
aussi aux mètres lyriques ; on a de lui une ode saphique à un ami 
sur Ja chasteté, et un carmm asdepiadeum choriambicum tetrametron 
ntonocolon sur cette arrestation du roi Maximilien par les Flamands ^^, 
qui excitii à un si liaut degré les colères de Brant. Il n'y a rien à dire 

76 O. c, ft> 166. 

76 O. c, f» 159, 161, 165, 164. 

77 O. c, fo 174, 170. 



LIVRE IV. — PIERRE SCHOTT. 29 

sur ces deux pièces, si ce n'est que les constructions sont si forcées et 
qu'il y a une telle profusion de mythologie qu'il faut les lire plusieurs 
fois pour en deviner le sens ; aussi la seconde est-elle accompagnée 
d'un commentaire explicatif. 

C'est dans ces occupations que Schott passait une existence con- 
forme à ses goûts. Sa vie à Strasbourg est le type de la vie d'un de 
ces savants riches, tranquilles, ennemis du bruit, comme il y en avait 
beaucoup dans les premiers temps de la Renaissance avant qu'elle 
fût devenue militante. Simple dans ses mœurs et doux de caractère, 
désintéressé pour sa personne et dévoué à ses amis, timide, comme 
il l'affirme lui-même, dans la conversation, mais assez disert quand 
il avait le temps de s'y préparer, il vivait dans la maison paternelle, 
préférant la vie do famille à l'isolement, fréquentant les rares hommes 
de lettres de Strasbourg, correspondant avec ceux du dehors, visi- 
tant souvent sa sœur Anne, dont il achevait l'instruction ; il lui fai- 
sait cadeau d'ouvrages divers et l'aidait dans le choix des traités 
allemands qu'elle aimait à copier'*; il lui enseigna assez de latin 
pour qu'elle pût prononcer un jour devant Maximilien un discours 
dont ce prince fut si enchanté qu'il accorda au couvent de Sainte- 
Marguerite quelques privilèges '•. 

Schott était en relation avec la plupart des savants qui en AUe- 

7® En 1480 elle copia un recueil de prières en prose et en vers, formant un 
volume in-12<'. Schopflin, AUaHa litt.y vol. 2. Entre autres livres son frërc lui donna 
un volume în-f* contenant: S. Vincentii Ferrerii Sermones de aanctis. Col. 1487; 
OrtUio Oeileri habita in eynodo Argent. , 1482; Cmnpendioaum scriptum psalterii inten- 
cîonem brevisaime dedarana et exponens» S. 1. et a. A la suite des sermons de Vin- 
cent, Anne insëra quelques feuillets ëcrits do la main de son frbre, contenant des 
notes latines explicatives et édifiantes sur les chapitres 13 à 17 do TEvangilo de 
S. Jean; elle écrivit au bas: THsz buch hat min brader doctor Schott geben mir. Puis 
venait une lettre latine manuscrite, donnant des conseils de piëtë et datëe in pro- 
feito nativitatia virglnis gloriosœ 1490. Jacobua Sturm manu propria, Anne avait ajoute: 
Jacop Sturm het disz geschriben in sim X jor, Weislinger, -drwiamcn^. cailiol.y p. 555, 
publie cette lettre comme ëtant de Jacques Sturm ; il a oublie que ce dernier n'ëtait 
ne qu*en 1489; sa tante Anne a voulu dire que dans sa dixième année il avait copié 
la lettre. Enfin sur rintdrieur de la couverture Anne avait collé la lettre de son 
frère dont il est parld ci-dessus, note 20, Le volume a existé à la bibliothèque de 
Strasbourg. 

75 Weislinger, Armam, cathol.j p. 681. Le discours d'Anne h Maximilien fut pro- 
nonce après la mort de Pierre lors d'une visite que l'Empereur fit au couvent de 
St« Marguerite, situé dans le voisinage de la maison de S. Jean où il avait coutume 
de demeurer quand il venait à Strasbourg. 



30 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

magne commençaient à cultiver les lettres classiques. Beaucoup 
d'entre eux sont tombés dans Toubli; mais à Tépoque où ils ont vécu 
un humaniste était encore un phénomène trop rare pour qu'on ne se 
hâtât pas de le qualifier d'homme illustre et de rechercher son amitié. 
Pour peu qu'on fût atteint du souffle de l'esprit nouveau, on était 
heureux et fier d'être en rapport avec un homme qui savait le latin 
et le grec. Schott exprime ce sentiment dans plusieurs endroits de sa 
correspondance : „A peine eus-je entendu parler de toi, écrit-il à 
Agricola, que je t'ai aimé, bien que je ne te connusse point; j'ai féli- 
cité l'Allemagne de posséder un si grand maître des études meil- 
leures; bénissant le succès de tes efforts, j'éprouve un vif désir de me 
rapprocher de toi" ^^. Parmi ceux avec lesquels il entretenait des 
relations je nommerai encore : Craton Hofmann, le nouveau recteur 
de l'école de Schlestadt; le moine Conrad Léontorius, l'ami de 
Reuchlin et de Wimpheling; Pallas Spangel, professeur de théologie 
à lleidelberg, sur le conseil duquel l'imprimeur Martin Flach, aidé 
de Schott, avait entrepris la publication des commentaires du moine 
augustin Thomas de Strasbourg sur les quatre livres des Sentences ; 
Adolphe Occo, médecin de l'archiduc Sigismond, qui s'empara un 
jour chez Schott d'un paquet de «es lettres et de ses vers, et que 
Schott exhorta à écrire l'histoire de l'Allemagne ®* ; le professeur de 
Tubingue Gabriel Biel, auquel il soumettait des séries de cas de cou- 
science qu'il n'osait pas résoudre lui-môme**; Sigismond Gossenbrot, 
le premier introducteur de l'humanisme à Augsbourg. Le meilleur de 
ses amis était Bohuslaw de Lobkowicz; depuis leur séjour à Bologne, 
ils entrenaient un commerce de lettres en prose et en vers ; ils s'en- 
voyaient des cadeaux, des semences de fleurs, des livres. Lors de 
son retour d'Italie, Bohuslaw vint passer quelques jours à Strasbourg; 
ne pouvant décider Schott à le suivre en Bohème, il emmena Frédé- 
ric Biichsener, leur ancien condisciple et ami commun. En 1487 
Bohuslaw, résidant au château de Hassenstein, fit à Schott une des- 
cription de sa vie champêtre, du bonheur qu'il trouve au milieu de la 



80 18 fëvrîer 1485. LucuhrcU.y fo 37. 

81 Schott à Spangel, 23 mars 1490. O. c, fo 87. L'ouvrage de Thomas parut à 
Strash., 1490, 2 vol. iu-fo. — Schott a Occo, lO" déc. 1489, 10 juill. 1490. Lucuhrat., 
f> 86, 91 . 

82 O. c, fo 144 et suiv. 



LIVRE IV. — PIERRE SCHOTT. 31 



nature, loîn du bruit de la cour. Trois années après il lui écrivit de 
Venise, où il s'embarquait pour un voyage en Orient; il voulait voir 
la Palestine, l'Arabie, l'Egypte, Constantinople , les îles de la Grèce 
^célébrées par tant de poètes" *'. Ce fut la dernière lettre qu'il adressa 
à Schott. 

Celui-ci, maladif depuis sa jeunesse, ne prolongeait son existence 
qu'au moyen des plus grands ménagements. Tout en se plaignant 
parfois de la tendresse trop anxieuse de ses parents ** , il ne cessait 
de consulter son ami le docteur Jean Widmann, professeur de méde- 
cine à Tubingue, un des praticiens les plus renommés du temps et 
grand amateur des lettres classiques. Widmann lui conseillait ainsi 
qu'à son père tantôt les eaux de Wildbad dans la Forêt-Noire , sur 
les vertus desquelles il publia un traité , tantôt celles de Bade dans 
le Margraviat **. Chaque année Schott passait avec ses parents quel- 
ques semaines dans l'un ou l'autre de ces bains. Il raconte qu'à Bade 
ils logeaient, ^malgré l'enseigne néfaste", à l'auberge de la mauvaise 
fortune, jsum Ungemach^^. On restait quati'e à cinq heui'es dans une 
cuve, on se promenait dans la foret, on racontait des anecdotes et des 
facéties, on faisait des dîners assaisonnés de ces propos de table fort 
salés, mais pas toujours de sel attique, qui étaient une des distrac- 
tions des plus graves personnages du temps. L'usage voulait aussi 
qu'on envoyât aux amis qui étaient aux eaux des présents pour dis- 
siper les ennuis des longues heures passées dans le bain; c'est pour 
ce motif que Schott envoya à Geiler, à Bade, son poème sur les trois 
saints Jean ; pour Adolph Rusch, malade à Bade en 1481) , il fit des 
énigmes en distiques latins*'; peu de jours après les avoir reçus, 
Rusch mourut, pendant qu'à Strasbourg on préparait pour son compte 
une édition de Virgile, pour laquelle Schott s'était chargé de lui pro- 
curer des images gravées sur bois**. Quand il était lui-même aux 

83 10 août 1487, 16 mai 1490. O. c, fo 65, 88. 

8* A Antoine Manlius, 14 oct. 1485. O. c, f» 42. 

85 II y a do Schott de nombreuses lettres îi Widman, pleines de détails sur Tdtat 
de sa santtS et de celle de ses parents. Widmann ou Salicëtus ëtait médecin du 
duc de Wurtemberg; ilcstrauteur de plusieurs traites, entre autres d'un Trctctatu» 
de balneis themiarum ferinarunif vuIqo WUdbaden^ penUilis balnearl volentibua ibidem. 
Tubing. 1513, in-4o. 

88 A Geiler, 31 juill. 1487. Lucubrat., P 62. 

87 14 mai 1489. O. c, f» 83. 

88 Rusch mourut le 26 mai 1489. L. c. 



32 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

eaux et qu'il s'y rencontrait avec Geiler et Jean Rot, leur plaisir était 
au comble quand à leur société venait se joindre Jean Kcrer, docteur 
en droit canonique et professeur à Fribourg ; un jour, à Wildbad, ce 
plaisant personnage, plus tard sufFragant de Tévêque d'Augsbourg, 
égaya si bien le repas par „ses homélies et ses facéties", que les 
domestiques qui servaient à table eurent un accès de rire dont Schott 
raconte un peu trop naïvement les suites *•. 

De temps à autre, Schott allait avec ses parents au château de 
Wasselonne pour y voir sa sœur Odile, dont le beau-frère, le docteur 
Godefroi d'Adelsheim, prévôt de Wimpfcn, était très-lié avec lui. 
D'autres fois il accompagnait son père dans ses ambassades en Suisse ; 
en 1484 il fut à Bâle, où son ami Brant prenait le grade de licencié 
en droit, et où il entendit prêcher l'ancien docteur réaliste de Paris, 
Jean Hcynlin ®**. Dans un autre de ses voyages il visita avec son père 
Nicolas de Fluo : „Nous trouvâmes, dit-il, un homme à la chevelure 
inculte, au visage sillonné de rides et comme couvert de poussière, 
mais non désagréable ; par dessus ses membres longs et maigres il ne 
portait qu'un seul vêtement ; il nous reçut avec douceur et simplicité, 
sans aucune hypocrisie"^*. L'évêque Frédéric d'Augsbourg invita 
Schott à plusieurs reprises à venir le voir ; il ne paraît s'être rendu à 
sa prière qu'une seule fois, peu après l'élection du prélat; avec Geiler 
et Rot il passa quelque temps chez lui à Dillingen, où il lui offrit, 
accompagnées de quelques distiques, les Vitae et coUcUiones pcUnim °^. 
Il a aussi visité Gabriel Biel ; encore en 1489, une année avant sa 
mort, il reçut de lui l'invitation d'assister à Tubingue à une solennité 
académique ; mais , probablement à cause de sa santé de plus en plus 
chancelante, ses parents s'opposèrent à son départ*'. 

Il mourut le 12 septembre 1490, victime d'une épidémie®*. On 

89 A Geîler, 7 août 1481. Lucubrat.y f^ 12. 

90 O. c, f> 36. 

»i A Bohuslaw, 10 sept. 1487. O. c, fP 64. 

9« 22 juin. 1486. O. c, ft> 169. 

»» Schott îi Biel, 13 août 1489. O. c, fo 85. 

9* Sa dernière lettre est datëe du 6 sept. 1490. 0. c, fo 97. — Weîslinger, Amia- 
ment. cathoL, p. 780, et d'après lui Ricgger, -4m<r7HV. friburtj.^ p. 189, Strobel, Gesch. 
(les Elsassei, T. 3, p. 454, Rohrich, ^fittheilungen, T. 1, p. 91, font mourir Schott en 
1492; cela vient d'une erreur de Weîslinger, qui avait mal lu Tëpitaphe, où la date 
de la mort est indiquée ainsi : M.CCCC.LXXXX. II. Id. sept. Au lieu de rapporter 
le II aux Ides, Weislinger le rapporte au millésime. Trithémius, Catal, ill, tir., 



LIVRE IV. — PIERRE SCHOTT. 33 

Tenterra à Saint-Pierre-le- Jeune , où ses amîs lui érigèrent une épi- 
taphe faisant Téloge de Finnocence de sa vie, de sa piété filiale, do 
ses connaissances en latin et en grec , de ses talents comme poète et 
comme orateur®'. Sa mort fut déplorée par les humanistes rhénans et 
alsaciens ; Jodocus Gallus en fit le sujet d'une élégie qu'il adressa aux 
chanoines de Saint-Pierre-le-Jeune ; Conrad Léontorius et Jean Simler 
exprimèrent leurs regrets dans des lettres à Wimphcling "* ; Trîthé- 
mius inscrivit Schott dans son catalogue des écrivains illustres ®\ 
Bohuslaw de Lobkowicz, débarquant à Venise en revenant de l'Orient, 
où l'avait accompagné Frédéric Btlchsener et d'où il rapporta de nom- 
breux manuscrits , trouva les lettres qui lui annonçaient la mort de 
Schott ; il en écrivit à Qeiler et composa, „dans le genre démonstra- 
tif", un éloge funèbre de son ami adressé à la cité de Strasbourg"*; 
le jeune savant, modeste et simple, aurait mérité autre chose que ce 
pompeux panégyrique. 

Geiler et Wimphcling songèrent à publier ses écrits ; en 1494 
Geiler demanda à Reuchlin °®, et probablement à d'autres savants, la 
communication des lettres qu'ils avaient reçues de lui ; elles devaient 



r> 55, le dit mort en 1490; item Luck dans son Wappenbuch et Schupflin dans son 
AitcUia litteratay T. 2, f^ 43. — Specklin, dans ses CoUectaiiea, avait arrange sur la 
mort de Schott un récit de fantaisie, comme il avait Thabitude d'en faire : 1490. 
DcmoUen wahr ein gelerter thumherr als man nit finden mochtj zum junyen S. Peter ^ 
nit iiber 30 jar aU, Peter Schott genandt. Der hube ahn ans Qottes wort aile Icuter zu 
ttroffen, vencarfe den gekaufften ahloaz^ so ohne retc und hesserung des leben haufft 
tpurdej verwurffe auch des papata ansehen der sich iiber Christum xcolte aetzeriy und nit 
ein vergotter menschy sunder dise ehr gehortte Christo zUy der uns mit seinem leiden 
und sterben ablosz erwarben hette^ wer solches mit walirem glauben annehme. Als er aher 
etiic/ie geistliche misbreuch daneben der geistlichen gotlos leben auch ahngriffey xcardt er 
in drei stunden dott^ dan jme mit gifft umgeben wurde^ als er eins mais bey dem Propst 
aste, dessen kochinjm in einem drunck solches zugereicht habe. Ce que Specklin raconte 
des opinions do Schott sur les indulgences est aussi faux que Tliistoire de Tem- 
poisonnement 

9* Petro Schotto. Argen, Uuius divi Pétri çedis canonico. Presbytero innocentissimo» 
Juriseonsulto et oratori poetœque darissimo ac grœcœ lingiur. docto. Pétri Schotti sena- 
toris Stisannœque filio pientissimo. Amici mcesti posuere. Vix. ann, XXXJI, m» IL 
d, III. Mort, anno Christi M.COCC.LXXXX. II. Id. septemb. Cette inscription existe 
encore dans IVglise catholique de S. Pierre-le-jeune. — La mère de Schott mourut 
en 1498, son père en 1504. 

•0 Lueubrat., f» 179 et suiv. 

'^ Cotai. iUustrium rirontm, f° 55. 

»8 Lucubrat., f> 180 et suiv. 

.^^ Epistolœ iU, vir. ad Beuchlinutn, f> E, 3. 

Il » 



34 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

être imprimées, avec ses poésies,, à Bâie par Jean Amerbach *^**. 
Dans son résumé de l'histoire de l'Allemagne, que Wimpheling 
n'acheva qu'en 1504, il disait* dès avant 1498 que les œuvres de 
Schott étaient réclamées partout *®^ La publication n'eut lieu qu'en 
1498, à Strasbourg chez Martin Schott, un des parents de Pierre *®^. 
"W impheling mit en tête du recueil une courte notice sur la vie de l'au- 
teur et quelques distiques pouvant servir d'épitaphes ; à la fin il ajouta 
une exhortation à ceux qui en Alsace cultivaient les lettres, pour 
leur oflFrir en modèle le jeune chanoine qu'il appelle une des gloires 
de sa patrie. En 1500 il publia aussi son traité de prosodie, avec des 
vers de quelques-uns de ses propres disciples , qui recommandent les 
préceptes de ce doctUoquus votes à ceux qui aspirent au laurier des 
poètes*®'. Quel que soit le mérite de Schott, nous ne prendrons pas 
à la lettre ces exagérations dictées par l'amitié. Ce n'est qu'à la fin 
du quinzième siècle, quand l'humanisme alsacien n'était pas encore 
arrivé à sa maturité et qu'on admirait sans discernement tout ce qui 
semblait différer du latin du moyen âge, que Wimpheling a pu 
demander, même avant leur publication , que les carmina de Schott 
fussent introduits dans les écoles *®*, et s'écrier qu'il ne savait si ses 
épîtres n'étaient pas dignes de Cicéron et que si on avait trouvé son 
petit traité sur la vie chrétienne parmi les œuvres de Lactance, de 
saint Jérôme, de saint Augustin, on ne l'aurait pas attribué à l'un ou 
à l'autre de ces Pères '*^*. Wimpheling est plus naturel quand dans son 
opuscule De integritaéey destiné à Jacques Sturm, il recommanda à 
ce dernier de suivre l'exemple de la vie honnête et studieuse de son 
grand-oncle, et quand ailleurs il se fâche contre „un ambitieux détrac- 
teur" qui ne trouvait absolument rien de bon dans les Lucubratiun- 
cuUb *®^. Schott marque chez nous ces commencements de la Renais - 

100 i^e 19 nov. 1494 Conrad Lëontorius ëcrivit à Jean Amerbach (autogi*.) : deinde, 
cum eeiam adhuc duo apud te tmprimenda extare opéra j unum... Johannis Heuchlin.., 
de verho mirificOj aUerum qnstolarum disertissimi quondam doctoria Pétri Scotti Ânjen- 
tinensis... 

101 Cvjus editlones et ingenii monutneiUa uinque expetuntur. Epitome rerum german. 
cap. 57. 

102 ind. bibl. 201. 
10» Ib. 202. 

10* Jsidoneua germanicusj cap. 29. 

106 Lucubrat,, fo 186. 

106 j)g integritatet cap. 1, et la lettre de Wimpheling à Jacques Sturm et h 



t ■ 



LIVRE IV. — PIERRE SCHOTT. 35 

sance , où Ton ne savait encore que très-peu de grec , et où Ton était 
incertain sur des questions d'orthographe, d'étymologie, de prosodie, 
tout en se iiâtant de produire des œuvres imitées des classiques. Il 
est le premier qui ait apporté à Strasbourg les tendances littéraires ; 
mais ses vers et ses traités, qui de son vivant n'ont existé qu'en 
manuscrit, sont restés sans action sur ses contemporains; il mourut à 
l'âge de 32 ans sans avoir rien publié ; ce n'est qu'après sa mort qu'on 
apprit à le connaître ; les quelques semences qu'il avait répandues ne 
commencèrent à fructifier que lorsque Sébastien Brant, revenu de 
Baie, inaugura dans sa ville natale le mouvement humaniste. 

CoRmas Wolf, 13 nov. 150G, en tôle de D. Bernardus in aymbolum apost. Ind. l)îbl. 
71. — Dans sa Diatriba de proha puerorum inêtitutione^ cap. 16, Wiinpheling dît 
qu*iin ambiliosua rahula^ cantemptar acholastica: theologiœ a prétendu der Scftoti hat 
vil zusammen geschitt, und ist doch nichts giUs oder hubsch darin. D'aprës une dpi- 
grammo d'un ccrtairf Albert de Wînterkaston, dans le pamphlet de Wîmpheling 
CknUra turpem libellum I*hUomuHf f" d, 6, ce rabula aurait é\é Loelier. 



36 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



CHAPITRE IL 

SÉBASTIEN MURR. — JODOCUS GALLUS. — JACQUES HAN. 
JEAN HUGONIS. — ULRIC SURGANT. 



§ 1. SÉBASTIEN MURR. 

Sébastien Murr, latinisé MurrhOy était de Colmar\ Il fut d'abord 
élève de Dringenberg à Schlestadt, obtint en 1471 à Tuniversité de 
Bâle le grade de maître es arts*, étudia ensuite la théologie et le 
droit à Heidelberg, et devint chanoine de Téglise de Saint-Martin 
dans sa ville natale. De 1486 à 1492 il remplit pour le chapitre les 
fonctions de collecteur des anniversaires. Au commencement de 1491 
il fut un des arbitres choisis par le prieur et les religieux de Paris 
dans une contestation avec deux bourgeois de Colmar au sujet de 
certaines propriétés'^. Il ne quitta plus Colmar que très-rarement ; il y 
donna le spectacle, assez commun à cette époque, d'une existence 
tranquille, studieuse, mais peu conforme aux lois de TEglise ; vivant 
avec une femme dont il eut trois enfants, il consacrait à Tétude le 
loisir que lui laissaient les devoirs du prêtre et ceux du père de 
famille. Malgré ce ménage si peu canonique, Murr était estimé des 
hommes les plus considérables, de Trithémius, de Reuchlin, de 
Georges de Gemmingen de Spire, de Tévêque Dalburg de Worms. 

^ En 1428 lo tailleur Nicolas Murr, de Colmar, fait un petit legs à Tëglise de 
S. Martin; en 1466 Conrad Mun-e est reçu bourgeois do la même ville, il demeu- 
rait dans la Bletterltrugasse, aujourd'hui Petite rue des Tanneurs. Communication 
de M. Mossmann. — Wîmpheling parle d'un Gaspard Murr que, pendant son sëjour 
à Spire, il ramena du droit h la théologie, en lui faisant lire les Œu\Tes de Gerson. 
De integritat^, cap. 29. Dans son Isidoneus germ,, f^ 19, il dit que c'est à la 
demande de ce Gaspard qu'il a écrit ce traite. Il le nomme encore une fois dans 
sa IHatribay f^ 2. Serait-il de la même famille que Sébastien ? 

^ A la matricule de Bàle il est inscrit sous le nom de Seb, Morer de Columbaria. 

3 Communications de M. Mossmann. 



LIVRE IV. — SÉBASTIEN MUUR. 37 

Un de ses amis les plus intimes était le moine Conrad Léontorius^ 
qui en 1494 passa quelque temps à Colmar*. Wimphcling lui-même, 
qui plus que tout autre aurait dû être choqué du genre de vie de 
Murr, faisait plier la rigueur de ses principes en faveur d'un savant 
dont il était Tami et l'admirateur. 

Murr n'est pas seulement un des premiers qui en Alsace aient 
conçu l'histoire autrement que les chroniqueurs du moyen âge, 
Trithémius vantait aussi ses connaissances en astronomie, en cosmo- 
graphie, en architecture, en musique, en droit ^. Au mois de 
juin 1474 il copia, peut-être pour en faire une édition, les Paradoxa 
de Cicéron ; comme ce livre avait déjà paru antérieurement à Rome, 
à Venise, à Mayeuce, à Strasbourg, il est impossible de dire si Murr 
a fait sa copie d'après un manuscrit ou d'après un texte déjà imprimé ®. 
Outre le latin et le grec, il a su l'hébreu, il l'avait même appris assez 
tard', mais assez bien pour entrer en correspondance avec Reuchlin. 
En 1487 celui-ci lui demanda un Pentateuquc ; il lui répondit qu'il 
l'enverrait, s'il était interprestatm, en entier, qu'à cause de la „ pénurie 
de livres hébreux" il ne possédait encore que l'Exode, et que le 
copiste, très-occupé, ne pouvait y mettre tout son temps*. Il s'agit 
donc d'une traduction; suivant Geiger^ c'était une traduction 
grecque, mais on voit par une lettre de Léontorius qu'un certain 
Paul, juif baptisé vivant à Colmar, avait été chargé d'écrire pour 
Reuchlin les livres de Moïse „en langue allemande" *°. C'est à cette 
transcription que se rapporte le passage de Murr sur l'Exode. Murr 
donna un fragment de ce dernier à Léontorius, avec des notes 
extraites des ouvrages de Reuchlin. II fit aussi parvenir quelques 
livres hébraïques au chapelain Adam Potken de Xaiithen \ dans l'his- 

* Conradtts Léontorius, quo a secretis familiariter utimur. Marr à Georges de Gem- 
mingen, dëdicace de la 2® Parihenica, Ind. bibl. 303. 

5 OUal. iU. vir., fo 56. 

6 Cette copie autographe, sîgnëe Seb. Murr et formant 15 pages in-f , est con- 
servëe aux arch. de S. Thomas. 

^ Seb, Murrho Colmarienaiê, qui maxlma cura llngiiam hebrœam senior et prœter 
sacerdoUs dignitatem iam tribus liberis genitis, teste me et inspiciente, studere voluit et 
apprehendere. Ldontorius à Brunon Amerbach, 8 janv. 1509. Autogr. Bâle. 

• ^ Epistolœ m. mr, ad Beuchlinumj lib. 1, f° Ii, 4. 

^ Reucfdins JBriefwechsel, p. 13. 

^^ V. la lettre de Léontorius citée note 7. 



38 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

toire de la renaissance de ces études^ qui avaient encore tant d'adver- 
saireSy il mérite donc de ne pas être oublié. 

Envoyé pour je ne sais quelle mission à la cour de Télecteur 
palatin Philippe, il fut introduit auprès du prince par Tévêque de 
Worms lui-même ; celui-ci lui montra sa propre bibliothèque, et lui 
prêta quelques volumes dont Tun était hébreu**. 

Nous avons dit dans la notice sur Wimpheling que ce dernier 
engagea Murr à écrire Thistoire des empereurs d'Allemagne ; dès 
1492 Wimpheling mentionna ce travail dans son supplément au cata- 
logue de Trithémius des Allemands illustres, sous le titre De virtuti- 
bus et magnificentia Gernianorum^* . Interrompu par la mort de Murr, 
l'ouvrage fut complété, remanié et publié par Wimpheling lui-même, 
de telle sorte qu'il est difficile de démêler la part qui en revient à l'au- 
teur proprement dit*'; on ne peut que constater le zèle et jusqu'à un 
certain point l'habileté avec lesquels il avait réuni ses matériaux ; 
Georges de Gemmingen et Dalburg avaient mis à sa disposition des 
manuscrits et des livres**. On a vu aussi qu'à la prière de Wimphe- 
ling et de Gemmingen, il avait entrepris des commentaires sur les 
poésies de Baptiste do Mantoue. Il ne laissa que des notes sur les 
deux premières Parfhenicœ et sur une partie de VOpus calamitatum. 
Wimpheling assure que s'il avait vécu plus longtemps, cette œuvre, 
qu'il n'avait pu ni terminer ni revoir, eût été moins imparfaite'*. 
Suivant Trithémius elle fut reprise par Léontorius*®; nous ignorons si 

1 1 Murr à Dalburg, 20 janv. 1494, Colmar. Dédicace de la l^® Farthenica, 

i« A Tarticle sur le pape Etienne Cotai, Ul. vir.y f» O, 4. — Le 8 fév 1491 Tri- 
thëuiius avait ëcrit à Wimpheling, o. c, ft> 1 : Seboêtianum quoque Murrhonem^ Col- 
mariensem, virum undecunque dodisaimum ^ triumque linguarum princtpaltum non 
mediocriter peritum, tuis cohortcUionibus eousque perduxUtif ut de laudibus Oemiatio- 
rum epitoma perpidchrum ediderit, in quo res fortUer gestoB noatrorum principum pro 
jide catholicaj pro repubUca^ pro aancta rfiomana ecclesia, Itteulento sermotie dû/essity ei 
nationis noatrœ clariaaima ingentUy opéra et inventa brevi compendio. En 1495, o. c, 
f^ 56, le même dit que Murr avait fait pour Wimpheling brève quidem acd perpid- 
chrum epitoma de kiatoria et laudibus yermanonim principum etpopulorum. 

^3 C'est VEpitome rerum germanicorum.^nà. bibl. 20. 

** Georges de Gemmingen à Rcuchlin, 3 déc, s. a., £!pp. Ul. vir. ad Beuchl.y 
lib. 1, fo e, 2. 

^* 8eb. Murrho... aaaiduia et conatantiaatmia precibua meta tandem perauaaua i;» Bap- 
tiatam Mantuanum commentaria ludere ccepit^ melioraque et l<nige tersiora reddidiaaety 
ai non immaturo noatrœque palriœ pemicioao fato a nobia prœriperetury lucubratiuncula 
aua nec expleta nec révisa. laid, germ., f« 13. 

16 Catal. vir. Ul., (o 56, 70. 



LIVRE IV. — SÉBASTIEN MURR. :39 



celui-ci la continua ; ce fut Brant qui acheva le commentaire sur le 
livre des infortunes. Ce qui reste de Murr lui-même témoigne de 
bonnes connaissances en mythologie , en histoire et en géographie ; 
on voit qu^il avait lu un grand nombre d'auteurs classiques; mais 
comme dans tous les ouvrages do ce genre de Tépoque de l'huma- 
nisme, Texplication n'a d'autre but que de rendre plus faciles la lec- 
ture et l'imitation des poèmes de Baptiste , Murr dit lui-même qu'elle 
était destinée aux maîtres des écoles triviales *\ Trithémius lui attri- 
bue encore des poésies, des lettres et des discours. Il mourut en 1495 
d'une épidémie**. 

Un fils de Murr, appelé Sébastien comme lui et, à ce qu'il paraît, 
légitimé, fit des études à Paris, s'y familiarisa avec la littérature latine 
par les leçons de Fausto Andrelini, mais moins doué ou moins stu- 
dieux que son père, il n'apprit ni l'hébreu ni le grec. Do 1512 à 1514 
il demeure à Strasbourg chez son ami Matthias Schtlrer, auquel il sert 
de correcteur ; il écrit des préfaces ou des vers pour plusieurs de ses 
publications. En tête d'une édition du De officiis de Cicéron, il mit 
une lettre à Sapidus, l'engageant à introduire ce livre dans l'école do 
Schlestadt ; peu d'ouvrages, dit-il, sont plus utiles, car on y trouve 
réuni tout ce que le divin Platon, le savant Aristote et l'école stoï- 
cienne ont enseigné sur les mœurs*". Il corrigea et recommanda en 
outre les lettres de Politien , la traduction faite par le même de V His- 
toire des empereurs par Hérodien*", l'ouvrage de Suétone avec le com- 

IT Ind. bibl. 303, 119. 

*8 ObiU 1495 peste suhlcUus, Trithémius, 1. c. — On lui fit ces deux cpitaphos, 
publiées à la suite de la premiers Parthenica : 

Clauditur hoc saxo vir nuUi lande secundus, 

Maxirna germani spesque decusque soli. 
Contulit hui<i laurum duplicis facundia lingtue^ 

Excvlto tantum prœstiiit ingénia . 
Qtàcquid enim laudis Latium^ quid Grœcia docta^ 

Quicquid et Hœbrœus possidet, hic meruit» 
Clara riri phamam célèbres Oolmaria tantij 

Et vivat Murrho semper in ore tuo. 

JSœcula tôt comix tôt vivit sœcula cervus^ 
Murrho obit ante diem^ theutona ferra geniat. 

Le dernier distique n'est quVne variante de celui que Wimpheling avait consacré 
à Pierre Schott. Lucuhrat,, P 2. 

*^ M, F, Oiceronis de officiis libri très, cum indice auctorum adajiorunique suo loco 
eittUorum. A la fin : marque do Sch tirer. S. 1. et a., in-4o. La préface de Murr est 
datée ex adibus Schurerii^ 11 juill. 1512. 

^® Angeli Politiani et aliorum virorum illustrium epistolarum libri duodeeim. Argen- 



40 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

mentaire de Dominique Machanéus de Turin ; pour ce dernier volume 
il prit la peine de vérifier les citations du commentateur, mais confes- 
sait qu'étant peu versé en grec, il n'avait pas osé toucher aux pas- 
sages appartenant à cette langue**. Deux distiques à Téloge du traité 
d'Erasme De duplici copia verborum et rerum^^ , une pièce plus longue 
sur l'accueil fait à Rome à l'envoyé impérial Matthieu Lang, et sur l'es- 
poir que Murr prête aux Romains de célébrer bientôt dans leurs murs 
le triomphe de Maximilien*', une autre où il prône Celtes d'avoir fait 
retentir le premier en Allemagne les sons de la lyre d'Apollon**, 
révèlent un talent assez heureux pour la poésie ; seulement la der- 
nière de ces pièces devait peu plaire à Wimpheling. Celtes y est 
vanté surtout à cause de ses odes amoureuses, et comme un digne 
émule d'Ovide, de Tibulle, de Catulle. Murr fut enlevé jeune encore 
par la mort, sans qu'il eût produit de livre**. 

§ 2. JODOCUS GALLUS. 
1469 K 1517. 

Jodocus Gallus, en allemand Jost Galtz, naquit on 1459 à Rouf- 
fach, dans la Haute-Alsace, où son père, Jean Galtz, était un tail- 
leur peu aisé * . Les franciscains , au couvent desquels Jodocus fut 



toratif ex officina Schurerianoy mense Augusto anno M.D.XIII, iii-4o. — Herodiani 
hutorici grœci lihri octo. Argentorati ex œdibuê Schurerianiê ^ niense novembri anno 
M.D.XIII. in-40. 

** Suetonii Tranquilli de vit a duodecim Cœsarum. Argentorati in adibuê Matthi^ 
Schurerii, mense aprili M,D,XII, în-4o. — Ib., 1515 et 1517. 

*2 Argent. y ex œdibus Schurerianis. M.D.XIV. in-4o; et dans toutes les éditions 
subsëquentes faites à Strasbourg. 

*3 Pierii VcUeriani de honoribus OurcenH ciesareo totius Jtaliœ vicario tirbeni ingrc- 
dienti hctbitis epistola etc. (éd. Beatus Rhenanus). Argentorati^ Matthias Sclwreriusy 
mense fébruario anno M,D.XIII. in-4o. 

24 Jn latidem, Conradi Celtis, dans Conradi Celtis... libri odartim quatuor. Argento- 
rati ex officina Schurerianay ductu Leonhardi et Lucœ Alantsee fratrum, anno 31. D, XIII 
mense Maio. în-4o. 

*^ Habuit (Colmaria) insignem in literis virum patrum memoria Sebastianum Murr- 
honemj et huius Jilium eodem nomine, qui juvenis periit. B. Rhenanus. Berum germ.y 
libri 3, p. 147. 

^ On a cru généralement que le nom allemand de Jodocus Gallus avait été 
Hahn, mais on apprend par Tautobiograpliie de son neveu Conrad Pellican qu'il 
s'est appelé Galtz. Son përe avait un frère aîné, également appelé Jean, plus riche 



• LIVRE IV. — JODOGUS GALLUS. 41 

reçu ea 1470 lors d'une peste ^ qui enleva plusieurs membres de sa 
famille; s'occupèrent de son éducation; ils l'envoyèrent d'abord à 
l'école de Schlestadt^ puis à leur couvent de Bâle^ qu'il quitta bientôt 
pour l'université de Heidelberg*. Les frères mineurs désiraient qu'il 
entrât dans leur ordre ^ mais ayant fait de bonnes études sous 
Rodolphe Agricola et sous Wimpheling, il se décida^ sur le conseil 
sans doute de ce dernier, pour la carrièrô de prêtre séculier. Après 
avoir été promu maître es arts, l'université le chargea de la direc- 
tion d'une bourse, aux élèves de laquelle il eut à expliquer la logique 
d'Aristote et les parva hgicalia de Pierre l'Espagnol '. Sous la pré- 
sidence de Wimpheling il prononça, lors d'une disputation récréative, 
un discours où il révèle la tournure de son esprit *. Il débute par une 
prière adressée à ses auditeurs, de venir en aide à un homme chargé 
d'un fardeau que les épaules les plus robustes pourraient porter à 
peine : il doit exposer ce qu'est la machine appelée lAchtschiff. Son 
condisciple et compatriote, Nicolas Germanus, s'étant aperçu que la 
plupart des habitants do Heidelberg et de Rouffach sont embarqués 
dans cette nef ou se préparent à y monter, voudrait savoir si dans le 
nombre il y a aussi des étudiants. Là-dessus Gallus déclare que le 
vaisseau est destiné à ceux qui ont allégé leur bourse par leur paresse 
ou par leurs débauches ; de là le nom de Lichtschiff {leicht Schiff), 
vaisseau léger. Les patrons sont des princes temporels et spirituels ; 
l'orateur prend la précaution de dire qu'il ne songe pas „à ceux qui 
régnent sur nos pays", car le navire ne pourrait pas porter leurs 
richesses ; il nomme une foule de rois imaginaires, auxquels il ajoute 
la reine de la Petite-Egypte, les comtes de Kalenberg, de Hum- 
meneck, de Schwartzenloch et ceux de Geroldseck; ce dernier trait 



et cultivateur; pour distinguer les deux frères, les gens do Kouffach qualifiaient le 
tailleur de Kleinhans. Le cultivateur avait un fils, Waltber, qui devint chapelain 
de rëglise paroissiale de Koufiach. Une sœur de Jodocus ëpousa le pelletier Con- 
rad Kilrsner, dont le fils Conrad, d'abord franciscain, puis un des plus savants 
hébraïsantg de Tëpoque et collaborateur de Zwingle à Zurich, a ëcrit, sous le titre 
de Chranicon, sa propre biographie, pleine de renseignements des plus intëres- 
sants. 

^ Wimpheling, laid, germ.f f» 7. — Chronican PeUicani^ p. 5 et suiv. 

3 Chronicon Fellicanif p. 6, 9. 

^ Dans le Direciorium steUuum^ f^ e, 6, ind. bibl. 49; dans la table des matières 
de ce volume le nom de Gallus est faussement rendu par Gallicus. Sur la date du 
discours, y. la notice sur Wimpheling, T. 1, p. 12. 



42 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'àLSACE. 



étaît une pointe contre la seule de ces familles qui fût réelle et qui 
était alors fortement endettée. Puis viennent les chevaliers, auxquels 
il applique le proverbe : Vieux reîtres bons traîtres; „nos pères spiri- 
tuels^, au premier rang desquels sont le pape et les évêques, après 
eux la plupart des abbés, les moines non réformés, les chanoines, les 
curés, les chapelains, qui tous acceptent des prébendes dont ils 
dépensent les revenus pour d'autres besoins que ceux de TEglise; les 
alchimistes, les marchands, les juifs baptisés, les changeurs, les 
aubergistes, les artisans, les médecins, les poètes, les théologiens, les 
astrologues, les musiciens. Ce qui attire au vaisseau tant de passagers, 
ce sont les privilèges dont il jouit; d'autres nefs ne sont faites que 
pour Teau, lui au contraire sait naviguer aussi sur la terre ferme ; ni 
les montagnes ni les écueils ne Tarrêtent; il traverse toutes les con- 
trées du monde, passe rapidement à travers celles qui sont riches, et 
stationne volontiers dans celles qui sont appauvries, telles que le 
Palatinat et la Foret-Noire. Quiconque y demande l'admission l'ob- 
tient sans cérémonie. Gomme il ne porte pas de trésors, il ne craint 
ni les voleurs ni les pirates. Enfin, pour répondre à la question spé- 
ciale de Germanus, Gallus énumère ceux qui, après s'être ruinés 
pendant leur temps d'études, embrassent les carrières les plus 
diverses et souvent les moins honorables '. Cette harangue, remplie 
d'expressions allemandes et d'échantillons d'un latin barbare, feder- 
latinum, mais écrite dans un style facile et assez correct, montre que 
Gallus a eu de la verve satirique et que, de même que son maître 
Wimpheling, dont il reproduit les griefs habituels, il a eu le courage 
de signaler les abus du temps. 

Quand Wimpheling fut parti pour Spire et qu'il eut composé son 
poème sur les louanges de la cathédrale et du chapitre de cette ville, 
Gallus, très-convaincu du mérite poétique de son ancien professeur, 



ft FiurU enim ex studerUibus optimi balneatores ^ campanaiores y coci, apostatanies 
monachi, prœconeSf husones^ scabini tortortSy jUcales^ lictores dlmicatoreSf scUtatoreSj cur- 
ioreêj quœstores, siationariifjoctdatoreêy histriones, mtmij lenoneSy cynedi, celimones, por- 
Htoresy vigiles^ custodes^ impressoreSf corre<:tore8y librorum venditores^ iîligatoresy Ulutni- 
naiores, pincemœj dtvinatoreSf matkemattciy herald iy hoc est hyppenmennery placzmeiêtery 
tnrfelleger, zinckemelery hupplety hurevy hurenicirtiy bureiijegery lantzknecÀty wiirtzhiechty 
pfafferiknechiy heruelin, icinruffery seharwechtery henckershundy schelmenschindery koUreger^ 
sacktregeTy feumery wUznery farend schuler et quos videmus hodie errahumlos in Ileidel- 
berga clamantes : schomsteinfeger schormtein ! EUo eUo sauber sauber sauber! fo f, 4*». 



LIVRE IV. — JODOGUS GALLUS. 43 



lo pria de lui permettre de publier cette pièce, qui ne poiyrait que con- 
solider sa réputation®. Quelques années plus tard, étant devenu bache- 
lier en théologie, il fut appelé lui-même à Spire pour prêcher devant 
le synode diocésain. Son sermon, prononcé le 12 mai 1489, est sin- 
gulier d'un bout à Tautre '. Dans Texorde il demande qu'on lui par- 
donne d'avoir accepté cette mission difficile ; il lui manque, dit-il, la 
perfection du débit oratoire ; en humaniste un peu pédant, il cite les 
anciens qui ont insisté sur la nécessité d'une bonne déclamation, il 
affirme que les Allemands ne possèdent pas cet art, que les moines 
mendiants en ont quelque chose, mais qu'on n'apprend qu'en Italie la 
vraie manière de varier les intonations et d'approprier aux paroles 
l'expression du visage et le geste. Quant à lui, qui n'est ni moine, ni 
Italien, ni formé à la pratique de l'éloquence, il suivra la méthode 
accoutumée, en parlant sans gesticuler. Après ce préambule assez 
familier il aborde son sujet, qui est l'abus de donner des bénéfices à 
des prêtres qui ne les méritent point. Au lieu de choisir la forme de 
la démonstration rhétorique, il prend celle, plus libre, d'un dialogue; 
les interlocuteurs sont un sacerdos et un presbyter; le sacerdos est un 
personnage qui a reçu le caractère sacerdotal , mais dont les mœurs 
n'y répondent pas; le presbyter est celui qui par la pureté de sa vie 
feit respecter son caractère. Le dialogue roule sur les reproches que 
le second fait au premier : il a obtenu ses prébendes par simonie, il 
entretient une femme, il a de beaux revenus en blé, en vin, en 
deniers; mais, mécontent de sa cure de campagne, il cherche une 
place dans une ville où il aura de gais compagnons, il veut jouir de 
la vie sans avoir beaucoup de messes à dire. Ces reproches, qui ne 
s'adressent pas seulement au Sdcerdos, mais aux évêques et à la cour 
de Rome, sont exprimés avec plus de véhémence que d'ironie ; dans 
la péroraison Gallus s'écrie que les prêtres qui ressemblent au por- 
trait qu'il vient de tracer, seront livrés à la damnation éternelle. La 
forme et les idées de ce sermon trahissent encore le disciple de Wim- 
pheling. 

Quelques semaines avant de débiter ce discours, Gallus avait con- 
couru à une publication d'un autre genre, plus conforme à son humeur 

* Gallus k Wimpbeling, 10 janv. 1486, en tête des Laudes eccl. Spireiiêts, Ind. 
bibl. 1. 
7 Dans le Directorium steUuum, fo b, 6. 



44 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSâGE. 

facétieuse qu'à sa vocation théologique. Pour rimprimcur Jacques 
Kdbel il avait revu, avec son ami Jean Vigilius, alors bachelier en 
droit canonique, la Mensa philosophicaj ouvrage en quatre livres sur 
ce qu'il convient de manger et sur la manière de se tenir et de s'en- 
tretenir à table*. Dans une lettre à Timprimeur, mise en tête, il 
déclarait que le volume n'était pas de ceux qui promettent beaucoup 
et qui ne donnent rien, qu'il suffit de tourner quelques feuillets pour 
se convaincre du profit moral et de l'agrément qu'il procure. Comme 
à la fin il restait deux feuillets vides, Gallus ajouta une anecdote; 
Kôbel lui-même y en joignit deux autres, dont les acteurs sont des 
moines et qui sont d'un tel cynisme, qu'elles forment un étrange 
dessert de la table philosophique. 

Le 6 juillet suivant Gallus publia, en l'accompagnant d'un distique 
et d'un court épilogue, un traité d'un chartreux italien sur la néces- 
sité d'apprendre à se connaître soi-même ^. En 1491 il fit venir à 
Heidelberg son neveu Conrad Pellican, pour le diriger dans ses 
études ; mais dès le mois de septembre de l'année suivante il le ren- 
voya à sa famille, soit qu'il eût à se plaindre de la négligence du 
jeune homme, soit qu'il trouvât la dépense trop forte *°. Ayant obtenu 
un vicariat à l'église du Saint-Esprit, il eut à remplir des fonctions 
sacerdotales; en même temps il suppléait le professeur de théologie 
André Pfad et faisait des cours de littérature **. 

En août 1493 il vint à Roufiiach, où il apprit avec le plus vif 
déplaisir que son neveu s'était fait novice chez les franciscains. Peu 
après on le trouve comme curé à Neckar-Steinach **. Quand l'uni- 
versité lui eut décerné le grade de docteur en théologie, il fut appelé 
à Spire comme successeur de Wimphcling dans la charge de prédi- 
cateur de la cathédrale; à cette occasion il fut élu chanoine de l'église 
de Saint-Germain et Saint-Maurice. Pénétré des principes de son 
ancien maître sur le cumul, il résigna, „parce qu'il craignait Dieu", 
une prébende à Sinsheim ainsi que le bénéfice de la cure de Sprend- 



« lud. bibl. 204. 

9 Ib. 206. 

*® Chronican Pelltcanlf p. 9. 

11 0. c, p. 6. — Vîgilius à Celtes, 6 mai 1495. Godex episL C, CelUs. Ms. — Tri- 
thdmiuB, Cotai. Ul. vir., ft> 72. 
1* Chranicon PeUicani^ p. 10. 



LIVRE IV. — JODOCUS GALLUS. 45 



lîngen qu'il ne pouvait pas desservir. A Spire il corrigea le bréviaire 
du diocèse*'. 

Vers cette époque il entra en relation avec Reuchlin, sur le conseil 
duquel il se mit encore à apprendre le grec; il se fit venir de Venise 
un cursm grœcus et essaya de lire l'Évangile de saint Matthieu dans 
le texte original; quand il était embarrassé d'une question de gram- 
mairC; il demandait des expUcations à Reuchlin ; un jour il le pria 
aussi de lui dire si c'était à Rome, à Pathmos ou ailleurs que saint Jean 
avait été plongé dans une cuve d'huile bouillante **. 

En 1508 il composa; sous la forme d'une lettre à Jean Kierher, de 
Schlestadt; qui se préparait à publier les Convivia de Philelphe, une 
EpUhoma eptdaris lœtitiœ, extraite d'un traité de Jean Pontanus, qui 
recommandait des repas simples , mais assaisonnés de propos instruc- 
tifs et agréables **. On voit que les facetiœ mensœ étaient une des 
matières de prédilection de cet esprit plus jovial que grave. 

En 1510 Gallus assista à un synode provincial tenu à Cologne *° ; 
l'année suivante, en juin, il fit avec Wimpheling un voyage dans la 
Haute-Âlsace, revit sa ville natale et visita les couvents de Murbach 
et de Marbach*'; au mois de novembre suivant l'évêque de Spire 
l'envoya à Pforzheim, où avait éclaté entre le curé et les moines 
mendiants une de ces querelles si fréquentes à cette époque ; il réussit 
à rétablir la paix*". Après avoir souffert pendant seize ans de la 
goutte, il mourut le 21 mars 1517, léguant ses épargnes au chapitre 
de Spire et sa bibliothèque aux fils d'une de ses nièces, à condition 
que jusqu'à ce qu'ils pussent s'en servir, elle serait confiée aux frères 
mineurs de Rouffach *®. 

Jusque vers l'âge de quarante ans il avait eu l'habitude d'inscrire 

*' O. c, p. 69 et suiv. 

i* Gallus h Reuchlin, 9 sept. 1499, 21 janv. 1500, 23 fëv. 1501. EpUtolœ ill. tnV. ad 
Heuchl., lîb. 1, f> e, 2, 3. 

16 Ind. bibl., 206. L'ëpître de Gallus est du 19 fëv. 1508, Spire. 
*^ Chronicon Pellicani, p. 40. 

17 Ib., p. 42. 

18 Ib., p. 41. 

19 Ib., p. 71, 57, 67, 68. La bîbliotkbque ëtait destinée aux fils de la sœur de 
Conrad Pellican; ceux-ci ëtant morts, elle dut rester aux franciscains. En 1518 Pel- 
licanse rendit à Spire pour faire emballer les livres; comme le couvent de Rouffach 
possédait dëjà les œuvres de S. Jérôme et celles de S. Augustin, Texemplaire des 
premières provenant de Gallus fut cëdë aux frères mineurs de Wissembourg, celui 
des autres à ceux do Saveme. Gallus laissa une fille, quMl avait fait recevoir parmi 
les religieuses du tiers-ordre de S. François. O. c, p. 52, 70. 



46 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



dans les livres, dont il se servait le plus fréquemment, des souvenirs 
de famille et d'autres ; en 1500 il avait commencé im journal régu- 
lier'*®. Ces notes et ce journal, que Pellicanus a encore eus sous les 
yeux, sont malheureusement perdus. Quant aux productions poétiques 
de Gallus, une élégie sur la mort de Pierre Schott, quelques vers 
insérés dans diverses publications de Wimpheling, etc., sont les 
seules qui soient parvenues jusqu'à nous'*; s'il en a fait d'autres, 
comme on peut le supposer d'après Trithémius, la perte en est peu 
regrettable ; Gallus a versifié, comme plus d'un de ses contemporains, 
sans être poète. Trithémius cite encore de lui des discours prononcés 
à Heidelberg lors de la réception de bacheliers, deux dialogues pour 
la promotion de maîtres es arts, un deuxième sermon synodal fait à 
Spire, un sermon adressé au clergé de Worms et un autre à un clergé 
rural, ces deux derniers rédigés par Gallus, mais débités par un de 
ses amis ^'. U passait pour être un bon théologien et un ami éclairé 
des lettres. Le dominicain Jean Cun, Conan, de Nuremberg, savant 
helléniste, qu'il avait recommandé à l'imprimeur Amerbach, lui dédia 
un traité de Basile le Grand *', Jean Adelphus son recueil de bons 
mots de Geiler, Jacques Other son édition des sermons du même sur 
l'oraison dominicale, Béatus Rhénanus sa notice biographique sur le 
prédicateur. Wimpheling, qui le comptait parmi les théologiens les 
plus remarquables du temps, fit sur sa mort un carmen que je n'ai 
pas retrouvé **. Béatus Rhénanus le rangea, en y mettant toute la 
complaisance du patriotisme provincial, au nombre des illustrations 
littéraires de l'Alsace**; son neveu Conrad Pellican, tout en s'étant 
déclaré pour la Réformation, fit longuement l'éloge de ses vertus*^. 



«0 Chr<micQn PeUicani, p. 23, 42. 

«1 Schott, Ijucuhrat., f> 180. -- Wimpheling, AdoUscentia, éd. do 1505, P 67; De 
triplici candore h, Virg.^ éd. de 1493, Î9 e, 2. — Rabanuê Maurus^ de laudibus crucin, 
ind. bibl. 62. — BaHonarium evangelistarum. Thomas Anshelmus, Pforaheim, 1505, 
in'49, C^est le même traite que celni dont nous mentionnons dans Tind. bibl. 159 
une ddit. de 1502, laquelle ne contient pas encore les vers de Gallus. 

«« CataL iU. vir., f> 72. 

*^ Dans Qregorii Nytseni libri octo, Argent.^ Schiirer, 1512, in-f». 

24 DicUriba, cap. 7. — Par lettre du 15 fëv. 1518 les neveux de Wimpheling 
envoyèrent ces vers à un personnage non nomme. Autogr. Arch. de S. Thomas. 

** A Lefèvre d'E tapies, dans Tëdit. de Grégoire de Nysse, f» 45. 

*® Chronicon, p. 68 et suiv. 



LIVRE IV. — JACQUES HAN. 47 



8 3. JACQUES HAN. 
Mort 1510. 

De Jacques Han , fils légitimé de maître Henri Han^ chanoine de 
Saint-Pierre-le- Jeune à Strasbourg % nous avons encore moins de 
monuments littéraires que de Jodocus Gallus, dont il fut l'ami et le 
condisciple^ mais le peu qui reste de lui n'est pas sans intérêt histo- 
rique. Lui aussi se rattache à l'école de Wimpheling ; à Heidelberg 
il étudia la théologie et le droit^ et obtint le grade de docteur 
idriusque juris. En 1492 il était de retour à Strasbourg ; c'est là dans 
la maison du chanoine son père que le rencontra le jeune Conrad 
Pellican, quand Gallus l'eut renvoyé de l'université. Lorsqu'on 1493 
Wimpheling publia son poème sur la triple pureté de la Vierge, Han 
y ajouta quelques vers sur le changement moral qui s'était opéré chez 
son maître ; ils m'ont paru assez caractéristiques pour être rappelés 
dans la biographie du savant de Schlestadt ^. 

Au mois d'avril de la même année 1493 fut tenu à Spire un synode 
diocésain; Han, quoique jeune encore, fut choisi pour être un des 
orateurs chargés de haranguer l'assemblée ; il affirme qu'il dut cet 
honneur à un ami ; cet ami ne peut avoir été que Wimpheling. Le 
sermon que le 30 avril il prononça dans la cathédrale, est un témoi- 
gnage de plus ajouté à tant d'autres, de la dépravation de la hiérar- 
chie, et de la franchise avec laquelle les élèves de Wimpheling 
avaient appris à censurer les mœurs cléricales'. Han s'excuse de ce 
que, malgré sa jeunesse, il ose traiter un sujet aussi grave devant une 
réunion d'hommes aussi vénérables; cependant, tout jeune qu'il est, il 
a le courage de dire qu'il n'imitera pas ces prédicateurs qui ;,par un 
vol réputé honnête" , empruntent leur matière à quelque docteur, au 
lieu de recourir à la seule Ecriture ; il est plus sûr, dit-il, d'enseigner 
ce qu'a enseigné Jésus-Christ, qui est la vérité et la vie ; on ne risque 
pas alors de débiter des fables apocryphes ou des inventions 
humaines. Il rappelle alors la peinture que Jésus a faite des scribes et 
des pharisiens (saint Matthieu XXIH, 13 et suiv.), et dans cette pein- 

^ Cihronicon Pellicani, p. 9. — Le chanoine maître Henri Han est mentionne 
en 1466. 

2 V. T. 1, p. 7. 
5 Ind. bibl. 207. 



48 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

ture il reconnaît les prélats^ les chanoines^ les prêtres, les religieux 
de son propre temps. Son discours, simple paraphrase du texte appli- 
qué aux circonstances modernes^ est étranger au formalisme de la 
rhétorique scolastique ; il est une homélie dans le genre de celles des 
Pères, et présente ainsi l'exemple d*une innovation plus heureuse que 
la forme du dialogue essayée quatre ans auparavant par Jodocus 
Gallus. Les vices que Han reproche au clergé sont ceux dont bien 
souvent il avait entendu parler son maître Wimpheling ; celui sur 
lequel il insiste* le plus est Thypocrisie, qui sert de manteau à tous les 
autres. On ne pouvait pas s'attendre à ce qu'un jeune homme, sans 
beaucoup d'expérience, illustrât son discours de faits et d'exemples 
empnmtés à la vie réelle ; il reste dans ces généralités qui à tout le 
monde paraissent vraies et qui ne touchent personne ; mais tout en 
évitant les anecdotes, aussi bien que les fleurs et les citations, son 
discours, ferme et sobre, devient par moments singulièrement éner- 
gique; „nos prêtres, dit-il par exemple, ferment aux hommes le 
royaume des cieux en ne leur expliquant pas l'Ecriture ; mais com- 
ment l'expliqueraient-ils puisqu'ils ne la connaissent pas? et com- 
ment la connaîtraient-ils, eux qui ne l'ont jamais étudiée? Que font- 
ils ? Ils suivent les opinions variables des hommes, ils ne songent qu'à 
se procurer de l'honneur ou du gain, ils excitent des disputes inter- 
minables où ils luttent pour se surpasser les uns les autres en saga- 
cité". Citons encore ce passage : „Que pensent nos pharisiens hypo- 
crites, quand ils bâtissent ou restaurent des églises, quand ils y sus- 
pendent des tapisseries , quand ils les font décorer de vitraux, quand 
ils donnent des chasubles ou d'autres ornements pour le culte, quand 
ils commandent des tableaux pour les autels, quand ils font copier ou 
imprimer des livres liturgiques? N'ont-ils pas soin d'y faire inscrire 
ou graver leurs noms, leurs titres, leurs armoiries, en fournissant 
ainsi un témoignage public de leur vanité ? On se trompe en croyant 
honorer Dieu par ces folles dépenses pendant que les pauvres 
pleurent. Et que pensent-ils ceux qui, soit de leur vivant soit par 
leurs exécuteurs testamentaires , font ériger des sépulcres splendides, 
non pour des prophètes ou des justes, mais pour eux-mêmes qui ne 
sont que des pécheurs maudits ? Ils y font mettre des épitaphes men- 
songères ; on les voit sculptés, à genoux, élevant les mains vers quel- 
que saint pour lui demander on ne sait quoi et pour le lui demander 



LIVRE IV. — JACQUES HAN. 49 



en vain. Insensés ! à quoi vous sert ce monument après la mort, quand 
là où vous n'etea plus on fait votre éloge, tandis que là où vous êtes, 
vous souffrez les peines étemelles?" 

Quand on lit des discours comme celui que je viens d'analyser et 
comme celui que Jodocus Gallus avait prononcé dans la môme ville 
de Spire, on est tellement étonné de la hardiesse des jeunes orateurs, 
qu'on se demande si cette hardiesse était spontanée, ou si après tout 
ces mercuriales n'ont pas de l'analogie avec celles qu'on adressait 
aux licenciés la veille du jour où ils recevaient le chapeau de docteur, 
en d'autres termes, si ce n'étaient pas des formalités commandées par 
la coutume. Les prélats jugeaient à propos de faire, une fois par an, 
iîensurer d'office et en bloc les prêtres de. leurs diocèses ; celui de 
Spire en chargeait quelque bachelier de Heidelberg, qu'on lui recom- 
mandait à cause de son talent, mais dont la parole n'avait pas encore 
d'autorité; pour les auditeurs les invectives du jeune homme n'étaient 
qu'un exercice de rhétorique qui ne tirait pas à conséquence, et les 
choses continuaient d'aller du même train qu'auparavant. Mais s'il 
n'y avait pas eu des abus réels, si tout avait été parfait et correct, les 
prédicateurs n'auraient pas trouvé de matière pour leurs harangues ; 
tonner contre des vices qui n'existent pas, c'est perdre gratuitement 
son temps. Les peintures de mœurs qu'on trouve dans ces sermons ne 
sont donc pas de simples tableaux de fantaisie, et à moins d'en consi- 
dérer les auteurs comme des hypocrites plus grands encore que ceux 
qu'ils blâment, on doit leur supposer de la sincérité et par suite un 
certain degré de courage ; ce n'était pas leur faute si leurs auditeurs 
les jugeaient autrement. 

En août 1497 Han est de nouveau à Strasbourg, où il écrit pour 
VIsidaneus de Wimpheling ime dédicace à l'écolatre Henri de Henne- 
berg, qui lui avait témoigné de la bienveillance ; il lui recommande 
l'œuvre et la personne de son ancien maître, et le prie de l'admettre 
lui-même au nombre de ses clients*. 

Le chapitre de Saint-Etienne lui conféra un canonicat ; l'évêque le 
désigna pour être son vicaire in spirUuàlibtis. Guillaume de Honstein, 

^ Cette dédicace est datëe ex Argentuaria. Par ce nom nos premiers humanistes 
désignaient quelquefois Golmar. Han aurait-il ét6 en cett« ville en 1497? Je crois 
plutôt qu'il a voulu parler de Strasbourg, et que Ârgentuaria est une affectation 
d^archaïsmc, de même que Wimpheling aimait h. dire ArgerUoracum. 

II 4 



50 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

souvent sollicité par Geilcr et Wimpheling de faire corriger les livres 
liturgiques, chargea Han de la révision du bréviaire usité dans le 
diocèse. Pendant qu'il était occupé de ce travail, il fut atteint de la 
lèpre*, ce qui l'obligea à se démettre de son vicariat. La commission 
chargée d'éloigner les lépreux de la ville lui signifia qu'il eût à 
quitter son domicile et à se retirer à la campagne. Le 30 janvier 1510 
il adressa une supplique au sénat, lui représentant combien cette 
mesure lui serait onéreuse , qu'il ne saurait où aller avec ses livres et 
ses meubles , qu'il perdrait une partie de son revenu après avoir eu 
déjà de grosses dépenses pour le médecin et le pharmacien, que 
d'ailleurs son habitation, près de Saint-£tienne, était éloignée des 
quartiers plus populeux, qu'il s'engagerait à ne pas sortir et à ne voir 
personne, qu'enfin si, en considération des services que dans l'exer- 
cice de ses fonctions il avait rendus aux habitants, on lui accordait de 
pouvoir rester chez lui, il ferait un legs en faveur d'un hospice®. Le 
sénat crut devoir passer à l'ordre du jour, L'évêque Guillaume, s'in- 
téressant à son ancien vicaire, supplia l'empereur d'intervenir en sa 
faveur ; le 5 mars Maximilien écrivit au magistrat pour prier qu'on 
laissât £[an sa vie durant avec trois ou quatre personnes dans son 
domicile, qu'il ne quitterait plus, et où il se bornerait à donner des 
consultations d'avocat à ceux qui pourraient lui en demander \ C'est 
alors qu'on lui permit de s'enfermer dans sa maison ; peu après il y 
mourut*. Wimpheling lui a rendu le témoignage d'être un de ceux 
qui avaient montré qu'on pouvait acquérir des connaissances et du 
style sans fréquenter des universités étrangères®. 



6 Dans sa sappliqae au magistrat, citëe plus bas, Ilan appelle la maladie die 
h'ôsen blcUem; d'ordinaire on entendait par là la syphilis; Tempereur, dans sa lettre, 
le dit mit der kranckheit der mcUetzey beletden ; maletzey dtait la lèpre ; comme Han 
ajoute que ce sont les Pfieger der guten lute, des Idpreux, qui lui ont donne Tordre 
de quitter la ville, et que pour les syphilitiques il y avait un hospice spucial, dcu 
JilaUerhauSf administre par une commission différente de celle de la léproserie, il 
faut admettre qu'en disant die b'ôsen blaterrij Han a voulu parler do la lèpre. 

^ Autogr. Arch. de S. Thomas. 

7 Original. Arch. de la ville. 

8 TaTidem lepra affectusy danii clausus usque ad moriem. Chron. Pellicani, p. 9. — 
Le Breviarium argenHnense parut le 1^' mars 1511 chez les héritiers de Jean Priiss, 
avec cotte note h la fin : Bx commisaione reverendissimi in Christo patris ac domini 
domini Ouilhelmi argentinensis episcopi breviarium hoc imprimis ab egrcgio doctore 
Jacobo Ilan in spiritualibus {dum vixit) vicario pro maiori parie ccutigatum... C'est un 
volume in-8<>, imprimé en noir et en rouge, avec deux gravures h la fin. 

^ Diatriboy cap. 7. 



LIVRE IV. — JEAN HUGONIS. 51 



§ 4. JEAN HUGONIS. 

Jean Hugonis, fils d'un certain Hugues de Schlestadt, suivit dans 
Técole de cette ville les leçons de Dringenberg * . Il fit des études de 
théologie et de droit, en se consacrant surtout à ces dernières. A 
Strasbourg il devint curé de la paroisse de Saint-Etienne ; il se quali- 
fiait de notaire apostolique et impérial. Lors d'un de ses séjours dans 
notre ville, le légat Raymond, cardinal de Gurck, le choisit pour être 
un de ses chapelains, titre honorifique, que Jean dut à son zèle pour 
les intérêts du saint-siége. Il se signala par un ouvrage de politique 
ecclésiastique, auquel il donna un titre qui ne témoigne pas en faveur 
de ses connaissances philologiques : Quadruvium ecclesûe; il voulait 
dire quadrigUy car il s'agit du char de l'Église et de l'attelage qui 1^ 
fait marcher'. Il assure que le spectacle des dangers auxquels 
l'Eglise était exposée alors lui inspira la pensée de composer ce livre : 
les princes ne s'appuient que sur la force, ils méprisent les immu- 
nités du clergé, ils l'attaquent dans ses privilèges et dans ses posses- 
sions, les peuples commencent à refuser l'obéissance, les prêtres eux- 
mêmes se livrent à la corruption. C'étaient là, on se le rappelle, 
les préoccupations constantes de Wimpheling. Le traité sur les quatre 
prœlati qui traînent le char de l'Eglise et que tous les chrétiens sont 
tenus de suivre, est adressé à l'empereur Maximilien; l'auteur le fit 
approuver par l'archevêque Berthold de Mayence, et le 13 mars 1498 
il lut devant un notaire et des témoins une déclaration, par laquelle 
il protestait de l'innocence de ses intentions : il n'a voulu donner des 
leçons ni aux princes ni aux évêques, son seul but est de leur rap- 
peler des exhortations salutaires; si on peut lui citer des passages 
contraires aux lois ou aux canons, il est prêt à les rétracter. Il eût été 
difficile, en effet, de trouver de ces passages, car tout l'ouvrage n'est 
qu'une compilation de textes du droit impérial et surtout du droit 
canonique. Le fond est la doctrine ultramontaine de la suprématie 
universelle du pape et de l'autorité absolue de la hiérarchie. Les 
quatre coursiers attelés au char sont le pape, l'évêque, le curé, l'em- 

* Wimpheling, Isidoneus germ., f» 7. 

2 Ind. bibl. 211. Quadruviiinif proprement quadrivium, carrefoar. 



{ 



52 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

pereur; Jésus-Christ, en fondant TEglise, Ta soumise aux trois pre- 
miers quant aux choses spirituelles; au quatrième il a confié les choses 
temporelles. Ils sont représentés par les quatre fleuves du paradis, 
par les quatre animaux de TApocalypse IV, 6 et suiv., par les quatre 
anneaux de l'arche du tabernacle. Le sacerdoce et Tempire tirent 
leur origine de Noô et de ses fils ; quand après le déluge le patriarche 
se fut réveillé de son ivresse (Gen. IX, 21 et suiv.), il bénit Sem et 
le constitua ainsi prêtre et roi ; il voulut que Japhet logeât dans les 
tentes de Sem, et que Cham et ses descendants fussent leurs serviteurs. 
A Sem se rattachent les ecclésiastiques, à Japhet les princes et les 
hommes libres, à Cham les serfs. A la tête du clergé est le pape; 
comme vicaire de Jésus-Christ il a le pouvoir suprême, principcUus, 
aussi bien dans le temporel que dans le spirituel ; il est armé des deux 
glaives, „tout droit est caché en son sein^, le soin de toutes les âmes 
lui est confié et chacun lui doit obéissance ; il a droit au dixième 
de toutes les dîmes. Après lui viennent les évêques, qui sont les suc- 
cesseurs des apôtres; le pape leur délègue „une partie de sa tâche ^, 
ne pouvant être partout pour la remplir en personne. A cet endroit 
Jean Hugonis rappelle, outre les droits des évêques, les canons qui 
leur défendent d'abuser de leur pouvoir; il demande notamment qu'ils 
He se considèrent que comme les administrateurs des biens de l'Église 
et non comme en étant les maîtres. Les curés enfin, qui représentent 
les soixante-douze disciples, sont chargés, sous la direction des 
évêques, de la mission que ceux-ci ne peuvent pas remplir eux- 
mêmes; en vertu de leur qualité de prêtres, ils ont le droit d'exiger 
la soumission de tout laïque, quelle que soit sa condition sociale. C'est 
ainsi que le clergé exerce la domination spirituelle du monde. A 
l'empereur ne revient que la domination temporelle sous l'autorité du 
pape, mais elle est encore assez vaste, il est le maître et seigneur du 
monde entier, tous les rois dans les diverses parties de la terre lui 
sont subordonnés, et depuis que l'Empire romain a passé à la nation 
germanique, „les Germains teutons possèdent le règne du monde" ; 
à une certaine époque ils ont même eu le gouvernement de l'Eglise 
romaine ; quelques-uns de leurs princes avaient obtenu des papes le 
privilège de pourvoir aux vacances du ♦siège apostolique, mais par 
respect pour ce siège, leurs successeurs ont renoncé à ce droit. Con- 
stantin a soumis l'Empire au pape Sylvestre ; il est des auteurs qui 



LIVRE IV. — JEAN HUGONIS. 53 



pensent que cette concession est contestable à cause de son exagéra- 
tion, et que par conséquent on pourrait la révoquer; mais d'autres, se 
fondant sur la Clémentine qui en a inséré le texte dans le serment à 
prêter par les empereurs loi's de leur sacre, ont suffisamment prouvé 
qu'elle a force de loi et qu'elle est irrévocable. Par suite de cette 
donation l'empereur est devenu le vassal du pape, ses domaines sont 
des fiefs de l'Eglise, il est donc obligé de défendre les biens et les 
privilèges de son suzerain, mais il ne peut rien dans l'ordre spirituel. 
Il est inutile d'analyser ce que l'auteur ajoute sur les devoirs de la 
noblesse et des officiers impériaux, sur les tributs, sur les droits réga- 
liens, la paix publique, les bourgeois, les serfs ; en tout cela il n'y a 
rien de neuf, rien qui soit dû à la réflexion personnelle de Jean 
Hugonis ; il est inutile aussi de relever les erreurs historiques sur les- 
quelles est basée cette démonstration de l'omnipotence pontificale et 
de la monarchie universelle des empereurs; elles se retrouvent les 
unes chez lés canonistes ultramontains du moyen âge, les autres chez 
les légistes allemands qui avaient construit un droit historique pour 
y appuyer les prétentions impériales. Jean n'est remarquable que 
pour l'assuranr^î avec laquelle il reproduit, à une époque où l'on com- 
mençait à penser plus librement sur ces matières, des théories qui ne 
pouvaient plus se soutenir. Maximilien, auquel l'ouvrage est dédié, et 
qui dans la préface et dans l'épilogue est supplié de prendre en main 
la défense de l'Eglise et de s'entourer à cet effet de' conseillers sages 
et mûris par l'expérience au lieu de se livrer à des jeunes gens fri- 
voles et incapables, a dû être peu flatté en apprenant que tout en 
étant le dominm mundiy il n'était que le vassal du pape. 

Comme c'est des laïques surtout que Jean Hiïjgonis attendait les 
dangers dont l'Eglise lui semblait menacée, il publia, pour leur rappe- 
ler leurs devoirs, une traduction allemande de son livre. Ses prin- 
cipes étaient aussi ceux de Brant et de Wimpheling ; ce dernier, en 
le citant parmi les savants qui étaient devenus l'illustration de l'école 
de Schlestadt, a voulu rendre hommage au système dont il s'était fait 
le défenseur *. 



3 Selou Strobèl, Gesch. dea EU., T. 3, p. 551, Jean Hugonis aurait publie en 
1496 les comëdies de Tërence, sans séparer les vers les uns des autres. Je n^ai pas 
troavf^ de trace de cette édition. Le Tërence de Grûninger, 1496, in-f», n'a pas, il 
est Yiaî, la distinction des vers, mais on n'y voit pas le nom de Jean Hugonis. 



54 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



§ 5. ULRIC SURGANT. 
Mort 1503. 

Ulric Surgant, ami de Brant, estimé de Wiinplieling, se rattache 
à ces deux hommes par les mêmes tendances pédagogiques, par les 
mêmes efiForts de ramener les prêtres à un exercice plus efficace de 
leur ministère. 

Il naquit à Altkirch, d'une famille du Sundgau qui, dans la pre- 
mière moitié du quinzième siècle, avait fourni un commandeur à la 
maison de Tordre Teutonique à RoufFach *. A Bâlc, où il fit ses pre- 
mières études, il devint en 1466 bachelier es arts. En 1472 il se ren- 
dit à Paris, s'occupa de philosophie et de théologie, apprit le français, 
visita les églises, observa la manière de célébrer le culte, tout en 
prenant part aux divertissements des étudiants^. Après avoir obtenu 
le grade de maître es arts, il revint dans sa patrie, où il fut consacré 
prêtre. Lors des obsèques de Jean de Morimont, le 28 août 1475, au 
village de Heidwiller près d'Altkirch, le doyen du Sundgau le char- 
gea de chanter la messe et de prononcer une allocution'. Studieux 
et ne manquant pas de talent, il retourna à l'université de Bâle et s'y 
voua désormais à l'étude du droit canonique et à la prédication. 
Reçu docteur en droit en 1479, il fut appelé à une chaire de profes- 
seur, en même temps qu'il devint chanoine de Saint-Pierre et curé de 
Saint-Théodore dans le Petit-Bâle. Il fut quatre fois recteur de l'uni- 
versité et trois fois doyen de la faculté de droit. Il mourut en 1503 *, 
après avoir eu parmi ses élèves Sébastien Brant et s'être occupé avec 
sollicitude de son fils Onuphrius. 

On ne connaît de lui aucun ouvrage sur le droit. Sa première 

1 Bernard Surgant, 1437. — Dans la matricule de Funiversité de Bâle le nom d'Ulric 
est écrit une fois Suriant, preuve que c'est ainsi qu'on le prononçait. 

* Aliquafulo in campum Parrhmus acholares exetint de conaeiiau viayistroruni, et 
alii ad jnlanij alii ad iiiotum corporis currendoj alii cantu figurativo aut instrumentis 
mtuicalibusj puta cithara vel clavicordio e/c, aut spatiamentis locorum amœnorumj aut 
balneo in JSecana tempore œstivo... Regitnen stud., consid. 10. 

3 Jfanuale curatorum, (^ 91, oi\ il intercale son allocution. Elle est reproduite 
dans YAlsati^i de 1858, p. 275, sous le titre do Lciclienrcde des Edeln Joh. von 
Morsherg. 

* Aifienœ rauricŒf p. lu 2. 



LIVRE IV. — ULRIG SURGANT. 55 

publication fut un recueil d'homélies, dont il avait trouvé le manu- 
scrit dans la bibliothèque de la cathédrale de Bâlc. Comme on avait 
déjà fait paraître plusieurs fois la collection qu'on attribuait alors à 
Alcuin ou à Paul Diacre *, Surgant, qui s'était aperçu que la copie 
bâloise contenait un plus grand nombre de pièces, engagea Timpri- 
meur Nicolas Kessler à la publier pour fournir des modèles aux pré- 
dicateurs ^. En 1502 il fit pour ces derniers un manuel, qui est son 
ouvrage principal'. Il est divisé en deux livres, dont le premier 
donne des règles sur le but et l'objet de la prédication, sur les diverses 
manières d'interpréter l'Ecriture, sur le choix du thème, sur la divi- 
sion, les moyens d'expliquer et de développer le sujet, la composition 
du sermon et le débit. Les règles sont généralement accompagnées 
d'exemples. Cette partie est le premier traité régulier sur ce qu'on 
appelle l'art homilétique ; tout en suivant encore quelques vieilles rou- 
tines. Surgant fait preuve parfois de beaucoup de sagesse et de tact ; 
il veut que le prédicateur, dont la mission est d'expliquer la Bible 
pour fortifier la foi et pour corriger la vie des fidèles, évite les pompes 
du style et les sujets trop hauts que le peuple ne comprend pas ; la 
simplicité doit être sa qualité la plus essentielle, mais elle ne doit pas 
exclure la dignité; qu'on s'abstienne de proverbes ridicules et de 
facéties inconvenantes * ; qu'on ne croie pas qu'en signalant en termes 
trop acerbes les travers de telle ou telle classe de la société, le luxe des 
femmes par exemple, on produise un changement dans les mœurs ; 
les uns en riront, d'autres s'en irriteront, aucun ne se convertira ^ ; 
qu'enfin on ne se permette pas ces gesticulations bizarres, ces cla- 
meurs, ces contorsions du visage par lesquelles certains prédicateurs 
prétendaient fixer l'attention de leurs auditeurs^®. L'influence de notre 

s BomilUe doctorum. Col., b. a., în-f>; Spire 1482, in-l^. 

6 JSomUiaritts doctorum. Ind. bibl. 208. 

7 Manuale curatorum. Ind. bibl. 209. Dddié, 5 nov. 1502, aux adjiUores de Sur- 
gant, Pierre Kessler, de VViirzbourg, et Jean Bruwiler, de S. Gall. 

8 Beprehensibilea sunt iUi prœdlcatores qui ridiculosis proverbiis aut cdiU truffalicis 
iocosis aîU ridiculosis utmUur verbis et sermonibus, (^ 62, 

* Fo 8. Surgant trouve que des lois somptuaires , comme celles de Nuremberg, 
sont plus efficaces que des prédications. 

A^ Voici les défauts que, fo 61, il reproche aux prédicateurs de son temps: Volun- 
taria dentium denudatio, iminoderatus vultua^ gestua indecenteSy nimia clamorositasy 
807iinolenta lociUioj ocidorum dauauraf digitorum nimia defnonatrtUio, mmia vdocitat. 



56 HISTOIRE LITTÉRAIHE DE L'ALSACE. 

Geiler eût été pcut-otre plus profonde s'il avait suivi quelques-uns de 
ces conseils de son collègue de Baie. 

La deuxième partie du manuel des curés est plus importante encore 
que la première * * . Elle est une véritable liturgie allemande, et c'est par 
là qu'elle marque un progrès réel. Personne encore n'avait enseigné 
aux prêtres la manière de dire convenablement les formules qui 
devaient être prononcées en langue vulgaire. Dans les universités, 
où tout se faisait en latin, on dédaignait ce qui se rapportait à la pra- 
tique du ministère, on supposait que ces choses-là s'apprenaient assez 
vite par l'expérience. Par son travail liturgique Surgant rendit au 
clergé autant de services que par son traité sur la prédication. Il 
donne dans un allemand très-correct les prières qui ne font pas partie 
du rituel de la messe, les annonces des fêtes et des processions, les 
dix commandements, l'oraison dominicale , la confession des péchés, 
les formulaires du baptême, du mariage, de l'extrême onction, etc. Il 
ajoute même quelques textes français, qu'il avait recueillis sans doute 
à Paris*'. Çà et là il rappelle des coutumes observées à Bâle, ainsi 
qu'un usage qu'on suivait dans l'église de Thann *'. 

Les allures un peu trop scolastiques de la première partie de ce 
manuel remarquable, les distinctions trop subtiles qu'on y rencontre 
ne sont visibles que pour le lecteur d'aujourd'hui. A l'époque où 
l'ouvrage parut elles semblaient trop nécessaires pour que Surgant 
eût pu s'en dispenser. Le manuel méritait en tout point l'éloge qu'en 
a fait Wimpheling **. Aussi eut-il dans l'espace de vingt ans dix édi- 
tions à Bâle, à Strasbourg, à Augsbourg, à Mayence. 

On ne peut pas dire le même bien de la troisième des publications 
de Surgant, son Beginien sttidiosorumj écrit en 1502 et spécialement 
destiné à Brunon Amerbach**. Comme Brunon était à l'université 



^^ De practiea artù prœdiccUoriœ itixla vtUgare theut&nicum. 

^2 Le dëcalogue, Toraison dominicale, la formule de mariage, f^ 81, 08. 

^3 Cette ëglise possëdaît les reliques de S. Tliiëbault; il venait des pèlerins 
demandant qu^elles leur fussent posées sur la tête. Surgant décrit la cdrémouîo et 
donne la formule allemande dont devait se servir lo prctro. f° 121. 

** Qui vero anîmarum curœ proesunty non a$pementur Manuale curatorum dtUcUsimt 
fautoris mei JoannU Ulrici Surgandi. Diatriba^ cap. 21. 

1* Ind. bibl. 210. Dans la dédicace, 22 nov. 1502, Surgant prie Brunon de com- 
muniquer lo traité à ses amis, entre autres à Onuphrius Brant, et à Gabriel, Dicbolt 
et Matthias Surgant, parents de l'auteur. Gabriel devint schaffner, receveur, à Thann; 



LIVRE IV. — ULRIC SURGANT. 57 

de Paris, Surgant, ami do son père, voulut lui donner quelques 
règles sur les meilleurs moyens d'étudier avec fruit. On a fait, dit-il, 
des traités sur la conduite des princes, des paysans, des hommes bien 
portants, des malades, mais pas encore sur la conduite des étudiants; 
c'est pourquoi il a recueilli dans les ouvrages des théologiens, des 
médecins et des classiques ce qui lui a semblé utile aux jeunes gens. 
En trente-trois chapitres, qui tous ne se composent pour ainsi dire 
que de citations, il expose sans suite des maximes sur Tétude, sur Ja 
santé, sur les convenances, sur les bonnes mœurs. C'est de la péda- 
gogie élémentaire dans le genre de celle de Brant, un mélange de 
préceptes fort sages et de puérilités ridicules ; le matin par exemple 
quand on sort du lit, il ne faut pas aussitôt se mettre au travail, mais 
d'abord se gratter un peu la tête, puis se laver, se moucher, se pei- 
gner, etc. *® Surgant recommando aussi de suivre l'avis de quelques 
empiriques sur les moyens de fortifier la mémoire, eu empêchant le 
cerveiiu de devenir trop sec ou trop humide : tous les quinze jours au 
moins se frotter la tête avec une infusion de camomille, de mélisse, 
de sauge et de feuilles de laurier; deux ou trois fois par semaine 
prendre le matin à jeun, gros comme une châtaigne, du gingembre 
confit, etc.; il y a dix prescriptions de cette espèce *'. La conclusion 
du traité, que toutes les études doivent tendre vers la théologie, qui 
en est le couronnement, rachète à peine ce pédantismc. 

son nom so trouve sur une inscription do 1516 à la tour de Féglise de cette ville. 
Bévue (TAUacey 1873, p. 323. 

le Catuid. 2. 

A7 Onuid. 17. 



58 HISTOIRE LITTÉRAIUE DE L'ALSACE. 



CHAPITRE IIL 

THOMAS WOLF. 

1475 à 1509. 

Un des collaborateurs les plus dévoues de Wimpholing, sans avoir 
été directement son élève, fut Thomas Wolf . Peu productif luî- 
mérae comme littérateur, il a laissé un nom comme patron de la Re- 
naissance dans notre province. Sa position, sa fortune, ses relations 
lui permirent de seconder les gens de lettres 5 il usa de ces moyens 
de manière à s'attirer leur reconnaissance et Testime de la postérité. 
Dans les rares écrits qu'il a laissés, il révèle une intelligence cul- 
tivée, des connaissances diverses, un esprit vif, parfois malicieux, 
un caractère honnête que choquaient les mêmes abus dont s'indignait 
Wimpheling ; mais les mêmes scrupules qui retenaient celui-ci , em- 
pêchèrent aussi Wolf de donner à ses études un cours plus libre. Il 
n'est ni poète, ni grammairien, ni pédagogue 5 il est moraliste, un 
peu théologien , et s'il lui avait été donné de pouvoir suivre ses pen- 
chants, il serait devenu historien et archéologue, autant qu'on pou- 
vait le devenir alors. 

Sa famille, qui possédait des propriétés considérables, était origi- 
naire du village d'Eckbolsheim ^. Son père, André, avait deux frères, 
dont l'un, Gaspard, commanda le contingent strasbourgeois dans 
plusieurs guerres de Maximilien et fut créé chevalier en 1504', et 

1 Rieggor, Amtenit. fribury., p. 392, note «, dit qu'il avait Tintention de publier un 
travail sur Wolf; il est à regretter qu'il n'y ait pas donne' suite. 

^ Les Wolf d'Eckbolsheim, qui avant 1504 n'ont pas eu de titres de noblesse, ne 
sont pas à confondre avec les Wolf d'Ergersheim, qui ont été chevaliers. André 
Wolf d'Eckbolsheim, mari d'Anne llell, soeur de Jean Ilell, chanoine de Saint- 
Pierre-le- Jeune et doyen de S. Thomas, eut plusieurs fils: Andrd, Thomas et Gas- 
pard, nommds ci-dessus dans le texte. André, le pbrc de l'humaniste, a eu pour 
femme Catherine Mcier et, outre Thomas, trois autres fils, Cosmas, Amand et Jean- 
André. Un Jean Wolf est cité eu 1497 comme sciUtetua d'Eckbolsheim. 

3 L'empereur lui accorda des iiuihjnia (jeiitUitia pour lui, ses enfants et ceux de 
son frère André et leurs descendants. Wimpheling, Epitonie rerum german.f cap. 59. 



H^VKE IV. — THOMAS WOLF. 59 

dontrautre, Thomas^ désigné dans les documents du temps comme 
Thomas Wolf Taîné, pour le distinguer de son neveu Thomas Wolf 
le jeune, notre humaniste, avait fait ses études en Italie, était devenu 
docteur en droit, et cumulait les bénéfices de prévôt de Saint-Pierre- 
le-Vieux, de chanoine de Saint-Pierre-le- Jeune et de Saint-Thomas, 
des églises de Baie et de Worms, et de recteur de la cure de Rhein- 
bischofFsheim dans le pays de Bade*. Au milieu de cette opulence, il 
aimait les lettres et les arts ; il était ami intime de Pierre Schott, il 
applaudissait au rôle que déployait Rodolphe Agricola , „pour polir 
la langue do la jeunesse et pour former son oreille" ^ ; il fit recon- 
struire et orner de peintures le cloître de Saint-Pierre-le- Jeune , et 
poser dans sa maison canoniale des inscriptions morales et des sen- 
tences classiques * 5 pour le chœur de Téglise de Saint-Pierre-le-Vieux 
il fit peindre une suite de tableaux représentant la légende de Tévê- 
que saint Amand '. Dans la querelle au sujet de Timmaculée concep- 
tion entre le dominicain Wigant Wirt et le franciscain Jean Sprenger, 
ce fut Thomas Wolf qu'on chargea du premier examen de TafFaire; il 
se prononça contre les thomistes et s'attira par là leur haine. Il parta- 
geait ainsi les goûts et les tendances de tous nos savants de l'époque. 
Son neveu, Thomas Wolf le jeune, était né en 1475. En 1481 
mourut le doyen de Saint-Thomas Jean Hell, allié à la famille Wolf; 
le bénéfice devenu vacant fut conféré à Jacques Hagen , déjà chantre 
et bientôt doyen de Saint-Pierre -le -Jeune. Dès l'année suivante 
Hagen le résigna en faveur du jeune Wolf, qui n'avait que sept ans et 
qui était orphelin. Son oncle se mit en campagne pour obtenir la con- 
firmation de la prébende ; mais ce ne fut pas chose facile. Engelhard 
Funck, de Schwabach en Franconie, avocat à Rome*, qui venait 



Les armoiries sont un luup {IVolf) saillant dans un ëcu d^argent, couronne d*un 
cimier surmonte d'un loup , avec la devise : spreta Inridia. 

^ En 1489 il eut un procçs avec les seigneurs de ce village au sujet de la dîme du 
bois. — En 1493 il paraît comme conservateur des privildges du grand -chapitre. — 
En 1506 il fut un des scrutateurs lors de Tëlcction de Tëvôquc Guillaume de Hou- 
stein. 

5 Pierre Schott h Agricola, 18 févr. 1485. Lucubrat., (^ 37. 

^ Ces inscriptions étaient conservées dans le recueil de Séb. Micg : CoUectanea de 
ecdesiis et monast^riù Arfjeni. 

7 Une description de ces peintures est donnée par Schiltcr dans ses additions à la 
Chronique de Konigehofen, p. Il GO et suiv. 

^ Engelhard Funk, latinisé Scintilla, était un humaniste; Trithémlus le mentionne 



60 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

d'être substitué, par grâce apostolique, à maître Henri Schônieben 
pour Texpectative d'une prébende à Saint-Thomas, éleva des préten- 
lions au canonicat résigné par Bkigen. Wolf Taîné confia les intérêts 
de son neveu au chanoine Jean Burkart, qui était alors protonotaire 
à la cour pontificale. Pierre Schott, parrain du petit Wolf, le recom- 
manda par plusieurs lettres à son ami Vitus Mâler; Funck, qui pre- 
nait Schott pour le tuteur de Tenfant, le fit sommer de comparaître à 
Rome; il ne se rendit pas à cette citation. L'afFaii'e fut traînée en 
longueur; les procès de ce genre étaient trop lucratifs, pour qu'on se 
pressât de les terminer. Ce ne fut qu'en 1487 que Wolf put entrer en 
possession do son canonicat^. Il était maladif; pendant toute l'année 
1482 il avait souffert d'une toux opiniâtre. Son oncle, obligé de pas- 
ser quelque temps à Worms, le mit chez un de ses parents, Jean 
Hell, dit Onheim, vicaire à la fpis de Saint-Thomas et de Saînt- 
Pierre-le- Jeune. Pierre Schott et Técolâtre Diebolt Fuchs s'occu- 
pèrent de sa santé et de son instruction***. Comme à Strasbourg il n'y 
avait pas encore de bonne école, on l'envoya à Erfurt ** , qui passait 
alors pour être une des meilleures universités de l'Allemagne. Quand 
Wolf y vint , il assista au premier commencement de la période pen- 
dant laquelle Erfurt fut un foyer de la Renaissance et le rendez-vous 
de plusieurs jeunes gens, célèbres bientôt parmi les humanistes. 
D'Erfurt il se rendit à Bologne, où avait aussi étudié son parrain 
Schott. A Bologne Barthélémy Socin et Vincent Paléota professaient 
le droit ; les littératures grecque et latine continuaient d'être repré- 
sentées par Antoine Urcéus et par Philippe Béroalde **. Un des 
juristes, Thomas Gammarus, était en même temps grand amateur 
d'antiquités ; il travaillait à un recueil d'inscriptions, qu'il acheva en 
1507 ; ce fut lui sans doute qui inspira à Wolf le goût des études 
archéologiques. 



comme auteur de diverses poésies, et encore en 1512 Bëatus Khf^nanus le compte 
parmi les savants qui font honneur à TAllemagne . (A Lefevre d'Etaples. Cfregorti 
Xt/88eni libri octo. Argent., Schfiror, 1512, fo, i9 45.) 

" Pierre Schott à Vitus Miller, 19 mars 1484, 6 et 24 oct. 1585, 24 mai et 28 sept. 
1486, 3 juillet 1487. Lumbrat., P 31, 43, 51, 56, 60. 

JlO P. Schott à Wolf/aînc, 23 dëc. 1481, 5 nov. 1482. O. c, f» 16, lU. 

^1 Spalatin à Mutianus Rufus, 18 sept. 1506. En tête du traité de Wolf sur le 
Psaume XXXIII. Ind. bihl. 218. 

12 Ulric Zasius à Wolf, s. d. En tète des Sermoiiea convivales de Peutinger, Ind. 
bibl. 165, et dans Zam ejnstolœ, p. 390. 



LIVRE IV. — THOMAS WOLF. 61 

Pendant les dix ans de son séjour à runivcrsité italienne, Wolf y 
eut pour condisciples plusieurs de ses compatriotes, qui devinrent ses 
amis, le juriste Jacques Brun, le clerc Philippe, de Tancienne famille 
noble d'Endingen*^, Bernard et Nicolas Wurmser**. Wolf se lia en 
outre avec des jeunes gens allemands et italiens , dont plusieurs ne 
tarderont pas à être nommés avec honneur dans les luttes littéraires du 
commencement du seizième siècle : Philippe Béroalde , le neveu du 
professeur, dans la suite bibliothécaire de Léon X ; Mutianus Rufus , 
originaire de la Hesse , et quand il se sera établi comme chanoine à 
Gotha, un des plus spirituels et des plus zélés protecteurs des lettres; 
Dietrich Grésémund, de Mayence, que Ton connaît comme ami de 
Wimpheling ; les poètes Jacques Locher et Jean Rhagius dit jâEsti- 
campianus. D'autres condisciples et amis de Wolf se distinguèrent à 
leur tour, mais n'entrèrent pas avec la même ardeur dans la direction 
humaniste; Tun, qui fut un de ses compagnons les plus intimes à 
Bologne, Jodocus d'AufsIlss, déjà chanoine à Bamberg, est cité dans 
la suite comme savant canoniste ^ '^ ; un autre, Michel Sander, de 



^S Philippe d*Ëndingen était clericus des Tâgc de treize ans ; son père, le chevalier 
Rodolphe, demanda pour lui une dispense pour qu^il pût obtenir la chapellenie de B. 
Nicolas an Giesen (rue des Bouchers), dont le patronage avait passe des fondateurs, 
les Stubenweg, aux Endingen. Schott, Lucuhrat.^ (9 148. 

** Nicolas VVurmser devint en 15i0 doyen de S. Thomas. Bernard de la branche 
des Wurmser de Schilffolsheim, reçu docteur utriusque juris f passait dès 1504 pour un 
jurisconsulte si distingué, que Wimpheling disait ut merito dici posait noatri temporis 
PapimanuB, Epitome rerum ijennan,., cap. 72. — Il fit un voyage en Terre-Sainte, 
pendant lequel la reine Catherine de Chypre lui remît les insignes de son ordre. 
Devenu un des conseillers de Tëlocteur palatin Louis, il accompagna en 1519 le 
comte Frëdëric en Espagne pour annoncer au roi Charles son ëloction à Tempîre; 
la harangue qu'il adressa au prince lui valut do nouveaux honneurs. Il mourut le 
12 dëc. 1Ô21 à Heidelberg, où on lui ifrigea une dpitaphe dans Tëglise des francis- 
cains. Il laissa des notes manuscrîtes sur le droit, qui ne furent publiées qu'en 1570 : 
Fracticarum ohservaiianum a duobus clarisaimis jurisconsultia j Bernardo Wurmaero a 
Sthafftolzheim, et Hartmanno Ilartmanni ab Uppingenj partim in.., électorali canaiato- 
rio,,, partim »?i... camerœ imperialia judicio collectarum libri IL JBasileœ per Thouiam 
Ouarinum MDLXX, 1°. Aussi Cologne 1607, Francfort 1658. Le premier livre con- 
tient les observations du Wurmser; elles traitent brièvement des différentes matières 
du droit civil romain ; des MiaceUanea^ qui y sont ajoutes et dont un est en allemand, 
paraissent être des extraits de consult-ations ou des remarques tirées de la pratique 
Judiciaire de Fauteur. On doit constater les connaissances et la sagacité de Wurm- 
ser, mais comme dans ses notes il n'y a absolument rien d'original, je n'ai pas cru 
devoir lui consacrer un article particulier. 

** Joh. Eck, Oratio de nobilitate literia exomanda. Augsb. 1515, in-4o, f» B, 4. 



62 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSAGE. 



BreslaU; devint clerc des cérémonies de la chapelle du pape et put 
toucher, pendant quelques années et par provision apostolique, les 
revenus du doyenné de Saint-Thomas de Strasbourg *°. 

Parmi les professeurs de Bologne ce fut surtout Béroalde qui attira 
le jeune Wolf. Erudit et poète, imitateur des anciens, Béroalde char- 
mait ses élèves par son éloquence ; ils Tadmiraient, incapables de dis- 
cerner ce qu'il y avait de recherche et d'aflfectation dans sa parole ; 
depuis six siècles, disait-on, personne en Italie n'avait eu autant 
d'auditeurs que lui \ on l'appelait le père de la langue latine retrou- 
vée ; Wolf trouvait en lui la quintessence du génie de toutes les 
sciences *\ Un jour, toutefois, le patriotisme du jeune chanoine 
fut offensé d'une expression dont Béroalde s'était servi en parlant 
de l'empereur. Il lui adressa une lettre pour lui demander pour- 
quoi, dans ses explications d'Apulée, il avait parlé de Maximilien 
en l'appelant empereur des Allemands et non des Romains, tandis 
que le pape lui-même ne dédaignait pas d'employer ce dernier titre. 
Wolf eut soin d'envelopper sa question des éloges les plus flatteurs 
pour le professeur. Celui-ci lui répondit, avec non moins de compli- 
ments , qu'il ne s'agissait que d'un lapsus de sa part , que d'ailleurs il 
était plus honorable pour Maximilien d'être qualifié d'emperçur des 
Allemands, plutôt que des Romains, puisque les Allemands ont le 
pouvoir que les Romains ont perdu ***. 

A côté de ses études littéraires et juridiques, qui lui valurent le 
grade de docteur en droit canonique, Wolf fit aussi à Bologne un peu 
de théologie , juste assez pour se familiariser avec quelques Pères et 
docteurs de l'Église. Il suivit des leçons du chanoine Matthieu Bos- 
sio, professeur de théologie à Padoue, qui le frappa par son érudition 
et son éloquence*®. Quoique jeune et riche, et emporté par le cou- 
rant classique du siècle, il avait gardé un esprit assez sérieux pour 
ne pas tomber dans cette indifférence religieuse qui chez beaucoup 
de savants italiens était l'effet de l'enthousiasme humaniste. Il s'estima 

^^ A la bibliotliëque de Schlestadt on conserve une lettre de Sander à Bëatus 
Rhënanus, de 1519. , 

^7 Ex omni bonarum artium ingenio collecta perfectio. Lettre h Bdroalde, 13 f<5\T. 
1500, Bologne. Ind. bibl. 216. 

*8 J)c nomine imperatorioj dans le recueil mentionne. Ind. bibl. 216. 

»9 In Pêolmum XFV, (o B, 2. Ind. bibl. 219. 



LIVRE IV. —- THOMAS WOLF. 63 

heureux de faire la connaissance du prince Jean-François Pic de la 
Mirandole^ qui avait hérité de son oncle la passion pour une philo- 
sophie teinte de mysticisme ; il alla à Mantoue , pour complimenter 
le carmélite Baptiste Spagnoli*'*, dont la 7ntise chrétienne faisait, 
comme on Ta vu*, les délices de nos humanistes. Cependant, quoique 
fidèle à son Église, il blâmait les abus dont il était témoin en Italie. 
Dans l'année du jubilé, 1500, il exprima à Mutianus Rufus, qui était 
beaucoup plus libre penseur que lui , sa douleur de voir tant de gens 
accourir à Rome, non par dévotion, mais 7, pour attraper des béné- 
fices" **. D profita de Toccasion pour y aller lui-même; il n'y chercha, 
dit-il, ni des indulgences ni des prébendes, il ne voulut recueillir 
que des renseignements sur la Rome ancienne. Il étudia les monu- 
ments et copia des inscriptions ; ses courses à travers les ruines l'ex- 
posèrent plusieurs fois à des dangers sérieux'^. 

Ce fut peu de temps après ce voyage de Rome qu'il revint à Stras- 
bourg, chargé de notes, de livres récemment imprimés, de copies de 
manuscrits; outre des distiques composés en son honneur par Béroalde 
le jeune et par Polydore, comte de Caballiati, il rapporta quelques 
dialogues qu'il avait en partie composés lui-même à Bologne*', et sur- 
tout une grande collection d'inscriptions. Je parlerai d'abord des dia- 
logues. Quoique empreints d'un certain pédantisme d'école, ils ne 



«0 Wolf à Wimphelîng, 24 févr. 1503; dans Bapt. Mani, Eglogœ. Ind. bibl. 63. 

*^ Dans leur entretien, Mutianus Ruf^s qualifia cette pratique de romanari, idque 
non minus turpe esse quant grœcari. In Psalmum XXXTII^ î^ B, 1. — Il existe quel- 
ques anecdotes sur la cour de Rome, destinées, à ce qu^il paraît, à être transmises 
en 1521, lors de la diëte de Worms, soit à Ulric de Hutten, soit à Spalatin. Parmi 
ceux dont Tauteur prëtend les avoir apprises, il mentionne aussi Thomas Wolf et 
son ami Jacques Brun. Il n*est pas nécessaire de conclure de là qu^il a été Alsacien 
lui-même ; dans sa jeunesse il peut s*être rencontré avec les deux Strasbourgeois k 
Tuniversité de Bologne. Je ne cite le fait qu'en preuve des impressions qu'on rap- 
portait alors de Tltalio ; voici ce que doit avoir raconté Wolf : Saracenus Latinus diu 
Bomœ moratus, abire statuit; quœsituSf cur non prius baptismo initiarelurf responditi 
non placet mihi vestra reliffio, qui ex XXIV poUronibus eligitls unum quem pro idolo 
ealitis. Ex ore Thomœ Volphii. La facétie attribuée à Jacques Brun est encore plus 
irrévérencieuse. B(3cking, Drei ÂbhamUuntjen iiber reformatiansgeschichtliche Schrif- 
ten. Leipz. 1858, p. 58. 

*^ Tu cum juvenis studii causa Romcu ageres, periculo te vitœ subjectsti^ vi abatrusa 
ignotaque romanœ vetustatis monumenta, quœ propediem proditura speramus, eruens 
posteritati considères, Zasius à Wolf, l. c, note 12. 

** Le manuscrit de ces dialogues, écrit do la main même de Wolf, avait existé 
à la bibliothëqne de Strasbourg. 



64 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

manquent ni d'élégance ni de verve et caractérisent parfaitement la 
tendance des études du jeune homme. Il convient d'autant plus d'en 
dire un mot, qu'ils n'ont jamais été imprimés et qu'aujourd'hui ils 
n'existent plus. 

Ils étaient au nombre de six; les trois premiers étaient dédiés à 
Philippe d'Endingen, les autres, dont deux seulement étaient de 
Wolf; à Nicolas Wurmser. Les premiers se faisaient suite et avaient 
pour objet l'éloge des études littéraires. Fabianus Lusianus, se pro- 
menant un jour dans les rues de Bologne, rencontre un médecin qui, 
le front sombre, le regard enflammé de colère, se hâte de rentrer chez 
lui. Fabian lui demande la cause de cette agitation. ^Je veux 
m'armer d'une épée et d'un bouclier, répond le docteur, parcourir les 
rues et les places publiques et assommer le premier dialecticien que 
je rencontrerai". Fabian : ^Pourquoi? quelle injure as-tu soufferte des 
logiciens?" Là-dessus le médecin raconte qu'en sortant de l'hôpital il 
est entré chez un libraire, que tout à coup il a entendu des clameurs 
violentes, qu'il a vu les tavernes se vider et les artisans accourir 
armés de piques. Effrayé, il croit que l'ennemi est devant les murs, 
que l'armée française descend des Alpes „pour se précipiter comme 
un torrent sur les plaines de l'Italie". Mais au lieu de soldats couverts 
de fer, il aperçoit une troupe de dialecticiens, vociférant et gesticu- 
lant comme des enragés. Il s'approche du groupe; un des crieurs lui 
lance cette formule : „Tu es un animal, et l'âne est un animal". Le 
médecin, étourdi par le tapage, accorde ces prémisses, sur quoi le 
dialecticien en tire la conséquence, aux grands éclats de rire des 
assistants. Un autre s'écrie : y^Arguo tihi, o medice, quod tu es boSj 
quia haies culum et 05, patet cotisequentia a superiori ad inferius^, La 
colère du médecin est excitée, il veut se jeter sur ces grossiers fai- 
seurs de syllogismes, mais des bourgeois interviennent et l'en empê- 
chent. Il termine son récit à Fabian en jurant par le grand Jupiter 
qu'il tuera au moins six dialecticiens. Fabian tâche de le calmer en 
lui citant des maximes et des exemples do l'antiquité ; mais son éru- 
dition est impuissante contre la fureur du disciple d'Esculape. Pour- 
suivant sa route, celui-ci, par malheur, rencontre un philosophe. Il 
l'apostrophe : „Qui es-tu?" Le philosophe ; „Tu ne vois pas que je suis 
un amateur de la sagesse?" Le médecin : „ Je vois une barbe et un 
manteau, je no vois pas de philosophe ; l'habit ne fait ni le moine ni le 



LIVRE IV. — THOMAS WOLF. 65 

sage, c'est à la pureté de la vie qu'on doit les reconnaître". Il ajoute 
une harangue, mêlée de citations classiques, sur les mœurs dépravées 
des philosophes, sur le contraste entre leurs systèmes et leur con- 
duite. Le philosophe : „Mais toi qui sais dire tant de choses contre la 
philosophie, qui es-tu, toi?" Le médecin lui répond qu'il guérit les 
malades et fait un éloge pompeux de son art. Le philosophe n'est pas 
de son avis ; selon lui la médecine est la plus vile des sciences ; les 
médecins sont des bouchers; leur profession ne convient pas à un 
homme bien né, elle ne peut inspirer que du dégoût. Le susceptible 
docteur riposte par des injures contre les philosophes et leur vanité. 
A ce moment survient l'étudiant Simon Wolfgang Pulher ** ; il assiste 
à la fin de la dispute et voit encore comment elle se termine par des 
coups. Cette façon des deux adversaires de se persuader réciproque- 
ment de la supériorité de leurs études fait sur Pulher une fâcheuse 
impression. Encore indécis sur le choix d'une carrière, il se fait une 
mauvaise opinion à la fois de la médecine et de la dialectique. Il en 
parle à son ami Thomas Beccadellus ^'^. Celui-ci lui observe qu'il ne 
faut pas confondre la philosophie avec la fausse science des scolas- 
tiques : j,Mets-toi en garde contre ces philosoplwsilU qui se laissent 
appeler maîtres, et qui ne sont que des insensés et des entêtés ; tu 
ferais plus facilement changer de place aux Apennins ou aux Alpes, 
que d'opinion à un magister^. Malgré cela Pulher persiste dans son 
aversion pour la philosophie en général; il veut se vouer à l'étude du 
droit; elle seule, dit-il, offre des avantages réels; le droit procure 
l'influence, les richesses, l'accès auprès des grands et des princes ; les 
maisons des juristes sont magnifiques, leurs tables bien garnies, leurs 
bourses ne sont pas couvertes de toiles d'araignée , mais remplies 
d'or. Il est vrai, répond Beccadellus, la pratique du droit rapporte 
plus de profit que d'autres carrières, mais seulement parce que c'est 
^le plus vénal des arts; on ne peut pas le comparer à la science que 
je cultive". Pulher: ^Quelle est cette science?" Beccadellus : ^Les 
belles*lettres, humatiœ litterœ^, Pulher : „ Quelle utilité procurent- 

^* Ce Pulher pourrait bien aussi ôtro un Alsacien. 11 existait un© famille Puller 
de Ilohenbourg, qui ue s'est e'tcinte qu'en 1582. 

^^ Selon Schupflin, Ahalia litterata, T. 2, Beccadellus aurait dto un Alsacien du 
num do Bocbtcl. Mais dans les ])iùccs citées dans la note suivante il se qualifie du 
Cimber; dans Tune il dit exprcssëmeut qu'il est Flamand. 

II 



é, 

S} 



60 HISTOIRE LITÏlCUxVIUE DE l'ALSACE. 



elles, je voudrais le savoir? Y a-t-il de notre temps une race plus 
pauvre, plus méprisée que les poètes?" Beccadellus : „Si tu ne 
regardes qu'au profit, va donc louer les usuriers, les jongleurs, les 
baladins, les parasites, les gens de rien qui s'insinuent partout et qui 
ne reculent devant aucune bassesse, pourvu qu'ils s'enrichissent. Si 
l'étude des lettres ne procure pas de l'or, elle procure des jouissances 
qui valent bien mieux". Beccadellus le prouve au moyen d'exemples 
et de passages tirés des auteurs anciens. Pulher finit par se rendre; il 
se déclare prêt à se consacrer à la littérature. 

Deux autres dialogues, entre Thomas Wolf, Jodocus d'Aufs^ss et 
Beccadellus^ exprimaient le chagrin des amis de ce dernier en le 
voyant partir pour Rome, où il se proposait d'entendre les leçons de 
Pomponius Lsetus; l'amitié, ses douceurs et ses peines formaient 
l'objet de leurs entretiens et étiiient traitées non sans charme. Le der- 
nier dialogue était de Beccadellus lui-même, qui consolait son condis- 
ciple Alexandre Mornauer à cause de la mort d'un oncle. Il en a aussi 
fait un pour Wolf, qui a été publié ; les interlocuteurs sont Philorénus 
(Beccadellus) et Mélophylax (Wolf) ; ce dernier demande pourquoi 
son ami s'apprête à quitter l'Italie ; il répond que c'est à cause des 
nouveaux dangers dont elle est menacée par les Français ; Mélophylax, 
pour le rassurer, exprime l'espoir que Maximilien s'opposera à l'inva- 
sion*, le tout entremêlé de compliments pour Wolf '°. 

Le recueil d'inscriptions que Wolf avait fait en Italie est, à bien 
des égards, plus important que ces productions juvéniles. Wolf avait 
profité de ses voyages et surtout de son séjour à Rome pour chercher 
des textes épigraphiqucs, ^témoins de l'antiquité" ; il avait copié 
ceux qu'il avait trouvés sur des ruines, sur des monuments publics, 
sur des tombes , dans des églises , dans des maisons particulières ; il 
avait complété son trésor par des communications qu'il avait reçues 
de ses amis ; il transcrivit même la plus grande partie d'un recueil 
fait par un Italien. Sa collection renferme des inscriptions d'une foule 
de villes; les plus nombreuses proviennent de Ravenne, de Vérone, 

20 Efjlofja Thomce BeccadeUi Cimhn adolescent idi prlmarli et impuberlsy dainino 
Thonuv ]VoIfo S. Thovuv Argent inemis ecclanœ canonko dvjnmimo ac amicissimo 
8U0 dicata. Dans la Stxdtifera navU, trad. de Lochcr, édit. du mois do mars 1498, 
avant le fo 145; il y a la aussi deux épigrammes do Beccadellus, Tune ou l'honneur 
de Brant, Vautre faisant l'éloge de rimprimeur Jean Bergmann d'Olpo. 



LIVRE IV. — THOMAS WOLF. 67 

de Rome, etc.; il y en a môme quelques-unes de contrées que Wolf 
n'avait pas visitées lui-même : d'Aquilée, de Pola, de Trîestc, de 
Jiistinopolis (Capo d^stria), de Ncna en Dalmatie, de Byzance, de 
Mytilène dans Tîle de Lesbos, de Tîle de Chypre, de Tarragone en 
Espagne. Ces inscriptions, ainsi que toute une série de romaines 
dont il n'indique pas les lieux où on les avait trouvées, sont la preuve 
que Wolf s'était servi aussi du travail d'un autre *\ Il avait formé 
ainsi une collection très-précieuse pour son temps. Nous n'en avons 
plus l'original , il n'en existe qu'une copie faite de 1513 à 1515 parle 
jeune Bâlois Boniface Amerbacli, pendant qu'à l'université de Fri- 
bourg il étudiait les lettres classiques et la jurisprudence **. Comme 

^' Wolf ne B^est-il servi que d*un seul recueil ou de plusieurs de ceux qui exis- 
taient alors en Italie? Pour rtJsoudre cette question avec une entière certitude, il 
faudrait pouvoir comparer son manuscrit avec ceux dont je viens de parler et dont 
quelques-uns ont passé dansées bibliothèques étrangères. Ce travail, je Tavoue, ne 
serait pas de ma compétence, lors même que j'aurais à ma portée les moyens du 
Tentrep rendre. Je no puis exprimer qu'une conjecture. La première pensée qui se 
présente k l'esprit, c'est que Wolf a employé soit le recueil du professeur Gamnia- 
rns, soit un autre plus ancien, dont Gammarus lui-même avait tiré une grande 
partie de ses textes. D'après une notice de M. Mommsen sur le manuscrit de Gam- 
marus qui se trouve à Stuttgard {MonatshericJite der Berliner Al-adeniicy 186G, p. 372 
et suiv.), il contient entre autres une suite d'inscriptions do Vérone, chacune avec 
l'indication du lieu en langue italienne ; Wolf en a de la même ville, également avec 
des titres italiens; Gammarus a des dessins de monuments, Wolf en a de môme. Il 
est donc k supposer, soit que le second a copié le premier, soit qu'il a fait des 
extraits d'un recueil qui leur a servi k tous les deux. Je suis porto k croire qu'il faut 
admettre cette dernière probabilité; k cet effet, je ne me fonde pas sur le fait qu'en 
1507, quand Ganunarus fit dpn de son manuscrit k un ami, Wolf avait depuis plu- 
sieurs années quitté l'Italie, car le travail de son professeur a pu être achevé plus 
tôt; mais il me semble que si Wolf avait copié Gammarus, comme un élève copie 
son maître, il l'aurait copié tout entier; or, il lui manque quelques inscriptions 
d^Ëphëse, et peut-être aussi quelques-unes de Bologne. M. Mommsen est d'avis que 
la source où Gammarus a puisé est un des commentaires de Cyriac d'Ancônc sur ses 
voyages de 1435 k 1438; si un volume de cette relation a existé k Bologne, Wolf a 
pu le consulter aussi bien que son professeur. J'ignore si dans sa pro])rc collection 
il y a des textes inédits; il vaudrait la peine de la collationner avec le Corpus imcni)- 
iionum. 

*® L'ouvrage signalé par Hchopflin dans son Ahatla Utferata sous le titre de Col- 
Uetanea in quibus varia monumenta antlf/uitatia deHcrip.'iernt ^ et comme étant conservé 
k la bibliothèque de Bâle, passait pour disparu, lorsqu'cn 1875 le bibliothécaire 
actuel, M. Sieber, eut la bonne fortune de le retrouver; un de ses prédécesseurs 
avait chaugé le numéro et avait négligé de noter ce changement dans le catalogue. 
Il est marqué aujourd'hui D, IV, 7. C'est un ms. in-4o, de 430 pages, copié par Boni- 
face Amerbach. Sur la première page est écrit : Swn Boiiifacii Amerbadiii Basiliensis 
nec muto dominum. Anno MD VII J. Friburgi. Les pages 2 à 24 sont vides ; de page 



68 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



Amcrbcach était alors pensionnaire de Zasius, et que celui-ci avait été 
un des amis de Wolf, il est à présumer que Toriginal de Wolf était 
devenu la propriété de ce professeur. La copie d'Amerbach étant faîte 
exactement, page par page *^°, elle compense jusqu'à un certain point 
la perte de l'œuvre personnelle du savant strasbourgeois. On n'y 
trouve aucun ordre, tout y est pêle-mêle, les inscriptions plus récen- 
tes^® alternent avec les anciennes, elles ne sont pas classées suivant 
les localités, Wolf les notait au fur et à mesure qu'il les rencontrait ou 
qu'elles lui étaient communiquées. C'est pourquoi Rome, Ravennc, etc., 
reparaissent plusieurs fois et que des textes de Mytilèiïe et de Byzancc 
sont intercalés entre d'autres de Tivoli et d'Aquilée. On voit que son 
premier souci a été de faire collection d'antiquités. Peut-être que s'il 
avait vécu plus longtemps, il aurait tenté de réunir ce qu'il avait 
compilé à la hâte en une sorte de corpus plus ou moins méthodique 
et régulier. Un fait digne de remarque, c'e^t qu'il essaie parfois do 
faire de la critique 5 quand un terme lui semble suspect au point 
de vue de l'étymologie, il exprime ses doutes. A propos d'une épi- 
taphe romaine, dont il n'avait pas vu l'original et qui, dans la copie, 
contenait les mots : hic nmnimentuSy il met en marge : an sic inantiqtio 
Iwhcatur non teneo; une autre fois il décrit un vase trouvé à Ravenne, 
dans lequel était enfermée une lampe, lucernay j,d'une beauté 
admirable" 5 au-dessus de la lampe étaient deux petites ampoules, 



26 k 324 suivent des inscriptions; p. 325 on lit au haut: Scripta sunt ka'c anno MDXV 
Kal. Sept. y et au bas: Ileictenus Tho. Wolfiue jun.; la place entre ces deux lignes 
est occupée par le dessin d'un monument, surmontiJ de Tdousson de Wolf, portant 
un loup; c'est probablement un projet imaginé par Amerbach. P. 326 vient une 
inscription romaine, communiquée, sans doute à Zasius, par le Strasbourgeois 
Thomas Aucuparius ; puis une série d'inscriptions d'origine diverse, dont une épi- 
taphc en distiques avec cette note : Hhomœ repertum , ut voluit Thomoê Wolphius , vir 
de omni aiitiquifate heiie meritus, p. 837; p. 360 il y a l'inscription du sarcophage qui 
avait existé à Dompeter prbs Molshcim et plus tard à la bibliothèque de notre ville. 
Le volume est terminé par des épitaphes composées par Reuchlin, Bonifnce Amer- 
bach et Béatus Rhénanus. — V. mon article sur ce recueil dans le Bulletin de la 
Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace, 1876, p. 166 
et suîv. 

2î* 1*. 58 Amerbach écrit: yih'il hic drestj hanr ctlam secundam chartœ partcm 
racuam reperimua in libri antiquitatuvi Thomœ Wolphii Arjaitln. Quelques dessins, 
p. 33, 34, 35, 36, 57, qui n'ont aucun rapport avec des monuments antiques, sont dus 
sans doute \\ Amerbach, qui s'est amusé a remplir des pages correspondant à des 
pages vides de l'original. 

5*0 P. ex., p. 156, l'épitaphe de Laurent Valla. 



LIVRE IV. — THOMAS WOLF. 69 

dans l'uno, dit-il, il y avait de Tor liquide, dans l'autre de l'argent 
liquide. Il ajoute qu'on prétendait que les deux métaux étaient dans 
un état de pureté parfaite; mais comme il ne connaît pas l'art de la 
chimie, „si tant est que cet art existe", il n'ose pas se prononcer, et 
pourtant il s'écrie : Omnia illa vana credo. Les inscriptions qu'il a 
recueillies, et parmi lesquelles il y en a plusieurs qui sont en grec, 
s'élèvent au chififre d'environ huit cents; elles sont accompagnées de 
plus de cent dessins de vases, d'urnes, de monuments funéraires. Il 
se peut que dans ce nombre il s'en trouve qui ne soient pas authenti- 
ques; mais Wolf, qui, pas plus que ses contemporains, n'a eu à sa 
disposition les moyens de la critique modenie, n'en mérite pas moins 
des éloges pour son ardeur persévérante à rechercher les souvenirs 
des temps passés. Boniface Amerbach a pu dire avec raison qu'il 
était de omni mvtiquitate hene merifus; en efFet, il fut un des premiers 
qui de ce côté-ci des Alpes se soient occupés d'archéologie , et pour 
cette cause nous nous flattons de ce qu'il a été Strasbourgeois'^^ 

Le retour de Wolf à Strasbourg coïncide avec le premier réveil 
des études dans notre ville. Pierre Schott était mort trop jeune et 
avait mené une vie trop retirée pour exercer de l'influence. Mais 
Brant venait d'être appelé de Baie pour être le syndic de la Répu- 
blique, et peu après Wimpheling quitta Heidelberg pour s'établir 
pendant quelque temps au couvent de Saint-Guillaume. J'ai dit ail- 
leurs que l'arrivée de ces deux hommes marque chez nous lavéne- 
ment de la renaissance humaniste. Thomas Wolf les seconda avec 
toute l'ardeur qu'il avait rapportée d'Italie pour la littérature clas- 
sique; il ambitionna la gloire d'être un protecteur des gens de lettres. 
Il venait d'obtenir encore deux prébendes, un canonicat à Saint- 
Pierre-le- Jeune et la prévôté de Saint-Martin à Colmar. Il se plaignait 
d'être journellement tracassé par des soucis divers ; un de ses parents 
avait fait un testament en partie on ftiveur de lui-même, en partie 
pour des usages pieux ; mais les exécuteurs retenaient la succession ; 

'^ Les premiers Allemands qui en Italie firent dos recueils d^nscriptions , tires en 
grande partie de recueils italiens, sont Laurent Behèm, qui avait passd une vingtaine 
d*annëes à la cour du cardinal Borgia; le médecin nurcmbergeois Hartmann Schedcl, 
qui ëtudia h J'adoue et à Bologne et qui compila un Optis de antiquitatibus cum epi- 
taphiis; en 1503 Martin ds Sieder. Y. De Rossi, DdV opus de antiquitatibus di Uart- 
manno Scitedelf dans les Memorie delC TnstitiUo di correspandenza archeolotjica. Lîps. 
1865, T. 2, p. 501 et suiv. 



70 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

il accusait je ne sais quel ;,clerc cupide" cVen vouloir à sa fortune, de 
le poursuivre do chicanes, de lui causer des tribulations sans fin'*^. 
En somme, toutefois, sa vie était des plus agréables; il partageait 
son temps entre ses devoirs ecclésiastiques, des lectures, des excur- 
sions à la campagne, des chasses aux oiseaux, le soin de ses grues et 
de sa basse-cour, la recherche d'antiquités et do curiosités ''. Ses 
occupations littéraires étaient celles d'un amateur plutôt que d'un 
érudit, il travaillait à ses heures, prenait des notes, écrivait des 
lettres, des préfaces, de petits opuscules, encourageait la publication 
d'ouvrages dont il n'était pas l'auteur lui-même, mais ne paraît pas 
avoir songé à faire des livres. Il est probable que, comme tout le 
monde alors, il a fait des vers; sauf un distique dans le manuscrit de 
ses dialogues, il n'est resté aucun produit de sa muse ; s'il y en a qui 
sont perdus, il n'y a pas lieu de trop regretter cette perte. En prose il 
n'est pas plus original que ses contemporains; il est plein d'élégances 
empruntées, il abonde en citations, il ne prend des allures plus libres 
que quand il s'abandonne à son penchant pour la raillerie ; ses dialo- 
gues ont fourni la preuve qu'il sait manier la satire ; on verra plus 
bas qu'il n'a pas plus ménagé les moines que les sophistes. Il aimait 
à s'entourer de littérateurs, il les invitait à des repas où les facéties 
alternaient avec de graves entretiens sur des questions de grammaire 
ou de rhétorique. L'hospitalité de sa maison était louée à Strasbourg 
et au dehors. Quelques amis plus intimes, jeunes comme lui, augmen- 
taient les douceurs de son existence; c'étaient les chanoines de Saint- 
Thomas $Iicolas Wunnser et Martin de Bade; Philippe d'Endingen, 
revenu de Bologne docteur en droit et depuis 1504 chanoine de Saint- 
Pierre-le-Jeune ; le gentilhomme Albert de Rathsamhausen ztim Steiriy 
qu'il appelait son Thésée; les avocats Sifrid Schcin et Jean Baldung; 
Jean Rudolphinger, vicaire de la cathédrale, auquel en 1505 il fit 
cadeau du manuscrit de ses dialogues. Sébastien Brant, Thomas 



32 Wolf h Wîmphelîng, 31 dëc. 1504. EpUonie rerum german., f» 2; — k Albert de 
RathBamhauBon, 12 juillet 1505, en tête do Wimphel., Apologia pro republ. christ,; — 
Wolf k Brant, s. d. Ms. 

33 Acstîcarapianus lui ëcrît: In eUdem tecum adibus jucunde habitarenij domique 
iccum legendoy in templo recineiido deum salutarcm, tecum percffrinarer, tectttn aucupo' 
rery tecum grues^ anales gaîlinasque alerein , tectim jocarer^ tecum res sérias tractarem 
llhrasquc tum gentilium auctorum tum aanctorum scriptorwn evolvercm. Job. Garson, 
Demiscria humana,ÏS> C, 1. Ind. bibl. 200. 



LIVRE IV. — TïlOMAS WOLF. 71 

• %. • ' ■ ■ 

Vogler, Jean Gallinarius célébraient Wolf comme lo patron des 
lettres ; Geiler de Kaysersberg Taimait „commo un fils" ; Wimphe- 
ling faisait de lui le plus grand cas. Aussi Wolf eut-il à peine fait la 
connaissance personnelle de Wimplieling que, gagné par le prestige 
que celui-ci exerçait sur les jeunes gens, il adopta toutes ses opinions, 
il entra dans toutes ses querelles, il devint son écho et son défenseur. 
Le lecteur se rappelle la controverse entre Wimpheling et Murner au 
sujet de T Alsace. Dans cette dispute Thomas Wolf fut un de ceux 
qui, à défaut de preuves, accablèrent Murner d'invectives et de per- 
sonnalités. Il informa de rafifaîre son ami Albert de Rathsarahausen, 
qui était alors en ItaKo. Dans sa lettre il dit entre autres : „Si cet 
asiniis pïmnheus de Murner veut mépriser rexcellente et admirable 
doctûne de notre Wimpheling, libre à lui de le faire, mais qu'il res- 
pecte au moins son âge". Il cite des textes de lois et des passages de 
classiques sur les devoirs envers les vieillards. „Que n'ose-t-il pas ce 
moine bavard, qui a forgé des mensonges sur sa patrie et qui a eu 
Timpudence de réduire en un jeu de cartes les Institutes" ! Les 
savants de Bologne, ces hommes si graves, ne pourront s'empêcher 
de rire quand ils verront les productions de ce fou '*. Albert lui ayant 
répondu en jouant d'une manière peu digne d'un gentilhomme sur la 
qualité de bachelier de Cracovie que se donnait Murner (il l'appelait 
haccalauretis cacoviensis), et en se plaignant de ce qu'il compromettait 
l'ordre des franciscains, Wolf lui écrivit que la réputation de cet ordre 
n'en souffrait pas plus qu'une grenade d'un seul grain pourri ou le 
collège des apôtres de la présence de Judas '^. A Murner lui-même il 
adressa cette lettre : „ Je viens de recevoir ta Germania nova ; je l'ai 
lue et relue, et j'y ai trouvé presque autant de fautes et d'erreurs que 
de mots. Tu dis que, pour t'instruire, tu as parcouru beaucoup de 
pays et dépensé toute ta fortune ^ s'il en est ainsi, tes maîtres t'ont 
appris à grands frais à ne rien savoir. Nous n'avions pas besoin de ce 
témoignage. Personne mieux que toi-même ne peut attester ton igno- 
rance. Celui qui a imprimé tes sottises a perdu son temps à reproduire 
des feuilles souillées de solécismes. Tu ne connais pas plus la gram- 
maire que l'histoire. En attaquant Wimpheling, tu veux te faire un 
nom, comme ce scélérat qui, incapable d'actions généreuses, a mis lo 

^* Veraiculi Gresemundl, f^ a, 2. Ind. bibl. 61. 
35 O. c, fo a, 6. 



72 IIISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 



feu au temple de Diane". Wolf termine par ces mots : „Pour le mo- 
ment il suffit de ce combat d'à vant-gardei; si tu continues, nous te ser- 
rerons de plus près, nous unirons toutes nos forces pour t'écrascr" '®. 
Le poùto jlîstieampianus , auquel il communiqua cette lettre, lui 
adressa un carmcn pour le complimenter de ce que, arme de pied en 
cap, il se précipite sur Tennemi et lui casse les bras, les jambes, la 
tête : „Ton épée traversera cette outre gonflée, ce sera une fête pour 
les dieux, qui riront du vaincu". Enfin dans une épître au chanoine 
Martin de Bade, Wolf affirme que Murner, ayant osé ^mordre de sa 
faconde canine" Wimpheling, le plus savant et le plus ingénieux des 
hommes, ne peut plus être traité autrement que comme un enragé, 
un fou furieux ^'. Ces diverses pièces, jointes à d'autres pareilles, 
furent publiées et forment un des échantillons les plus curieux des 
controverses littéraires du temps '*. L'argumentation pour soutenir la 
thèse de Wimpheling valait la thèse elle-même. 

Albert de Rathsamhausen étant revenu d'Italie, où il avait aussi 
visité Baptiste de Mantoue, rapporta quelques vers de ce poète où, 

dans un langage très-alambiqué, il faisait Téloge d'Albert et de Wolf. 

» 

Wimpheling fit aussitôt réimprimer les Eglogues de Baptiste, avec 
les vers pour Wolf et une lettre de ce dernier, parsemée de réminis- 
cences classiques , félicitant Wimpheling de ses eff'orts pour répandre 
une littérature plus polie , et lui donnant quelques détails sur la per- 
sonne et la stature du carmélite italien '^. A la même époque Wolf 
fit, à la demande de Wimpheling, six épigrammcs en prose, d'après 
les six cas du singulier, sur la mort de l'évêque de Worms ; dans le 
premier, le nom de Dalburg est au nominatif, dans le second au géni- 
tif, et ainsi de suite*®. C'est à de pareils jeux que s'amusaient grave- 
ment nos humanistes. 



3« O. c, f» a, 4. 

«7 o. c, f» a, 5. 

38 Ind. bibl. 61. 

39 Ind. bibl. G3. — La lettre do Wolf k Wimpheling est dn 24 îéw 1503. Une 
des cpigraromcs de Baptiste a pour objet un basilic mort, probablement quelque 
Idzard, venu de la Libye et acquis par Wolf comme curiosité'. Par erreur le poète 
donne au jeune Strasbourgeois le titre de doyen de S. Pierre-le-vieux. La seconde 
epîgramme, que Wimpheling inséra aussi dans son Ejritome rerum yerman.^ cap. 56, 
est consacrée u ramitic de Wolf et d^Albort do Rathsamhausen. 

4'^ Dans V AdolcAceiitia de Wimpheling, i9 82, et dans la Margartla 2>oetica d'Âlbcrt 
d'Eyb. Strasb., J. Priiss, 1503, in-4o. 



LIVRE IV. — THOMAS WOLK. 73 

» ■■ ■■■—■^■■1 M^^ W .ll^l^— — 1^— ^ — I ■■ ■■— ■ IWll ■■■ ■ ^— ^^ I ■ I ■ M W »I ■ ■ ■!■ — ^■^^■i— a^fc^- ■!■■■■■> ■■ .M 

Depuis quelque temps Wimpheling était occupé de son travail sur 
les matériaux qu'avait amassés Sébastien Murr sur riiistoire de TAl- 
lemagne. En février 1503 Wolf le pressa de le publier, ne a malevolis 
in spongiam incuhuisse dicantur, sicut oïim Augnsfi cœsaris Ajax*\ 
Wimpheling n'acheva le livre qu'en 1504 ; il le destina à Wolf, auquel 
en maint endroit il adresse directement la pai'ole, et auquel il le dédia 
on lui recommandant de le faire parvenir aussi à Baptiste de Mantoue 
et à Philippe Béroalde, „à l'éternelle gloire des Germains'*. Wolf le 
remercia de cet hommage; „j'en suis confias, dit-il, puisque d'ordi- 
naire on ne dédie des œuvres aussi remarquables qu'aux hommes les 
plus distingués" ; il ajoute que le livre trouvera des adversaires, car 
à Strasbourg il y a beaucoup de gens, même des clercs et des reli- 
gieux, qui méprisent la science ; il en est qui sont plus assidus aux 
dés ou aux cartes qu'à l'étude des ouvrages des savants ; pendant que 
dans l'église ils chantent les heures, ils sont intérieurement tour- 
mentés de ce qui se passe dans leur cuisine, ils se demandent si leurs 
sauces, leurs fritures, leurs rôtis sont préparés selon les règles do 
l'art*'. Ce fut Wolf qui publia ÏEpitome, à la suite des Vies des 
césars do Sextus Aurélius Victor et d'un traité sur le même sujet par 
Benvenuto d'Imola, l'un des commentateurs du Dante; Jean de Botz- 
lieim venait d'en rapporter d'Italie un exemplaire ; Wolf y joignit la 
Vie de Caton par Cornélius Népos et sa propre coiTCspondance avec 
Béroalde sur le titre impérial*'. 

Avant l'apparition de ce volume, Wimpheling avait quitté Stras- 
bourg pour conduire quelques-uns de ses élèves à l'université de 
Fribourg. Wolf lui témoigna son admiration en lui faisant poser une 
inscription, qu'on voit encore aujouixrimi, dans l'église du couvent 



^^ V. sa lettre dans les Eglogœ de Bapt. de Mantua. 

** MagU ludo tesserano aut cartulu lusoriu delectaniur quam Uteronymi aut 
Cyprianî scriptU, Sunt qui dum in œde sacra horarias precea 2>sallu'ntj iiitus et in citte 
torijuentur quid vemula domi agaff et an piperatum et/regie conditiim sit, an hene sali- 
ium assabtdumf an lucanicœ crasaœ sint et delicatœf an scitepisces/ricti. Epitomey i9 H, 
2. Dans ses sermons von den Siinden des munds, prêches pendant le carcme de 1505, 
f> 7. Ind. bibl. 197, Oeilcr raconte une anecdote dont on s'amusait à Strasbourg, et 
à laquelle paraît avoir songe Wolf en parlant des prctres qui pendant les offices 
ne se préoccupent que de leur cuisine. 

*' Ind. bibl. 216. — Le volume est dédié par Wolf k Laurent Hell, doyen de 
Saint-Pierre-le-jeune, 20 fév. 1505. h'Epitovie commence au f"* H; la dédicace do 
Wimpheling k Wol( est du 24 sept. 1504, la réponse de Wolf du 31 déc. 



74 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

clo Saint-Guillaume. Eu automne 1504 il alla le voir à Fribourg, où il 
entra aussi en relation avec Zasius. Un do ses frères, Cosmas, cha- 
noine do* Saint-Pierre-le- Jeune et de Haslach , étudiait alors à Tuni- 
versité brisgovienne, avec quelques auti'es jeunes Alsaciens , tels que 
le clerc Damien Wolf de Strasbourg, dont nous ne savons pas s'il 
était de la même famille; Jean Harst de Wissembourg, chanoine de 
Saint-Pierrc-le- Jeune; Jacques et Pierre Sturm de Sturmeck; Sébas- 
tien Wurmser, plus tard chanoine de Saint-Thomas et prévôt de 
Saverne ; Matthieu Zell dç Kaysersberg, dans la suite un des premiers 
prédicateurs de la Réforme à Strasbourg, et habitant alors la même 
bourse que le Souabe Jean Eck, qui deviendra un des plus ardents 
antagonistes de Luther. Thomas Wolf recommanda son frore Cosmas 
à Wimpheling, sur quoi le vieux savant adressa à Cosmas , ainsi qu'à 
Jean Harst, une lettre pour leur donner des conseils sur leurs 
études et leur conduite** ; Thomas, de retour à Strasbourg, écrivit 
dans le même but à son frère *^ ; mais celui-ci ne tint pas compte de 
ces avertissements, il devint un des pires débauchés du temps *^. 

Le 20 août 1504 Wolf perdit par la mort un autre de ses frères, 
nommé Amandus, chanoine de Saint-Picrre-le- Jeune, licencié en 
droit, et de mœurs plus honnêtes que Cosmas. Victime d'une per- 
fidie, il était tombé dans une mélancolie qui avait hâté sa fin*^. Les 
amis de Thomas lui offrirent des consolations selon la mode de l'épo- 
que; Zasius fit l'épitaphe d'Amand ; Wimpheling, Vogler, Ring- 
mann, Jacques Sturm, Théodore Ulsénius, -lEsticampianus, Mu- 
tianus Rufus envoyèrent des lettres et des vers , qui dans la forme 
sont moins religieux que mythologiques et philosophiques : Amand 
Wolf est heureux, il n'a à craindre ni Cerbère ni Miuos et Rhada- 
maiite, ses vertus ne périront point dans le Styx, il est monté au 
sommet de l'Olympe d'où il voit sous ses pieds tous les astres. L'épître 



*^ Adolescentiaj f^ 74. 

4& 4 déc. 1504. O. c, P 74. 

45 II devint chuuoino de S, Pierre-le-jcune. Avec Taide de son frère Jean-Andrë, 
chanoine du même chapitre, il enleva en 1519 et sëduisit une sœur do Tavocat Jean 
Murner. Malgr($ sa vie ddbauchëc, Jean Andrd Wolf devint doyen de Ilaslach; en cette 
qualité il donna en 1534 h un certain Walthcr de Sorgenloch, dit («ousefleischi une 
quittance pour une somme que celui-ci devait au chapitre do Haslach. 

^"^ Wolf h Mut. RufuB, 13 déc 1504, dans Garson, De miseria Iiwnana, f^ B, 5 ; 
Wimpheling, JtJpiiomererum gemi.^ cap. 72. 



LIVRE IV. — THOMAS WOLF. 75 

do Bufus est la plus curieuse de ces pièces ; après avoir rappelé quel- 
ques maximes de Socrate, pour exhorter Wolf à la résignation , il lui 
raconte, pour le distraire, comment il a passé à Gotha les dernières 
fêtes de Noël; il a assisté, dit-il, très-révérencieusement aux „spec- 
tacles ecclésiastiques" de cette solennité, il a surtout célébré le jour 
de saint Jean par des duicia pocida y „pour se conformer à Thabitude 
de ceux qui, par respect pour le Baptiste, font des bacchanales, 
mêlant ainsi à la piété quelques rites du paganisme". Thomas Wolf 
publia toutes ces pièces à la suite d'un traité de Thistorien Jean Gar- 
zoni, de Bologne, sur la misère humaine, dont la lecture, dit-il, lui 
avait été fort utile, et qu'il dédia à Geiler de Kaysersberg**. A cette 
époque il était d'une humeur assez sombre; il travaillait à un ouvrage 
qu'il voulait intituler Néron, et où il se proposait de passer en revue 
les vices, les folies, les misères des hommes*®. Il ne paraît pas avoir 
doïiné suite à ce projet. 

Fidèle champion de Wimpheling , il se chargea do faire paraître 
quelques-uns de ses traités, et prit part à la querelle qu'ils provo- 
quèrent entre l'auteur et les moines mendiants. Il publia le livre De 
integritate ^®, et quand celui-ci eut soulevé la tempête que nous avons 
racontée, Wolf arracha à son maître la permission de faire imprimer 
aussi son Apologia pro repuhlica christiana; Wimpheling, craignant 
de s'exposer de nouveau „aux morsures de ses ennemis", aurait voulu 
— il le disait du moins — qu'elle fût brûlée. ^Pourquoi, écrivit Wolf 
à Albert de Rathsamhausen , qui était alors à l'armée impériale, 
pourquoi notre savant précepteur aurait-il peur des ignorants et des 
malveillants? Il faut que son traité paraisse, il est trop utile pour 
qu'on le laisse périr, il confondra ses adversaires" ^\ Puis quand Wim- 
pheling publia son Apologetica declaratio , pour justifier son opinion 
que saint Augustin n'a pas été moine , Wolf y joignit une lettre , par 
laquelle il l'exhorta à ne pas s'inquiéter des clameurs des mendiants '* ; 
l'aftaire n'est d'aucune importance au point de vue religieux ; pour la 
défense du christianisme il est inutile de savoir si saint Augustin a été 

*8 Ind. bibl. 200. La dëdîcac© est du 12 fév. 1505. 

•*î> O. c, f> A, 2. 

ûo Dédié par Wolf à Jean GaUinarius, 31 janv. 1505. Ind. bibl. 19. 

6i Dédié par Wolf k Albert de Rathsamhausen, 12 juiU. 1505. Ind. bibl. 24. 

52 La lettre de Wolf, 30 juill. 1505, occupe le verso du titre. Ind. bibl. 22 



7G HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

coiffé d'un capuchon; ^qu'ils te citent devant la cour de Rome, le 
pape et les juges partiront d'un éclat de rire, quand ils apprendront 
que chez nous les moines ont si peu à faire qu'une question de capu- 
chon peut les émouvoir si fort; sois sans crainte, tu as des amis 
dévoués, riclies, savants, ils soutiendront ta cause". 

Au milieu de cette controverse, Wolf reçut, en avril 1505, la visite 
de Jean-François Pic do la Mirandole. Ce fut une fête pour nos huma- 
nistes. Ils ne cessaient de se plaindre d'être traités de barbares par 
les Italiens, mais s'inclinaient devant leur supériorité; tout ce qui 
venait d'Italie leur était une cause d'enchantement, ils y voyaient 
l'idéal de la perfection, ils réimprimaient les ouvrages des poètes et 
des philosophes d'au-delà des Alpes, sans se rendre compte de ce qui 
dans tel de ces livres s'éloignait soit do la pureté classique soit do 
l'orthodoxie de l'Eglise. En 1504 Jérôme Emser avait publié à Stras- 
bourg, avec une préface do Wimpheling, les œuvres de Jean Pic, 
l'aîné, d'après un exemplaire de l'édition de Bologne de 1496 que 
Wolf avait rapporté d'Italie ; à cause de ses tendances religieuses co 
philosophe était en grand honneur chez nos savants, bien qu'ils no 
comprissent pas la nature platonicienne et cabalistique de ses spécula- 
tions. Jean-François, son neveu, était aussi mystique que lui, mais ne 
faisait pas un aussi étrange syncrétisme. Quand il vint à Strasbourg, 
Wolf, chez qui demeurait le jurisconsulte CoUaurius, attaché à la cour 
impériale, l'invita à un repas avec les littérateurs strasbourgeois et 
Conrad Peutinger, de passage en notre ville*'. On s'entretint des 
œuvres de Pic, que celui-ci n'avait encore communiquées qu'en manu- 
scrit à quelques amis. Wolf le pressa de les lui envoyer, il se charge- 
rait de la publication. Le comte lui en fit la promesse, mais revenu 
dans son pays, il ne la tint pas assez vite au gré do l'impatience de 
Wolf. Celui-ci la lui rappela par une lettre, puis il expédia le jeune 
Ringmann pour aller réclamer ces traités précieux. En passant par 
Fribourg, Ringmann fut attaqué et maltraité par Locher, qui était 
alors en querelle avec Wimpheling et ses disciples. Wolf fut informé 
des détails de cette aventure par des lettres qui ne paraissent plus 
exister. Le 1*^"^ novembre il écrivit à Locher pour lui reprocher sa 

«'»' Lo 28 avril 1505 Pic adressa do Strasbourg uno lettro h Matthieu Lang, alors 
prëvôt de Tt^glise d'Augsbourg. Pici Opéra. Epietolarum liber 3, (^ E, 2. — Zasius h 
Wolf, 1. c, note 12. 



LIVRE IV. — THOMAS WoLF. 77 

• 

haine pom* les savants strasbourgeois et la brutalité de sa conduite 
envers Ringmann, qu'il savait chargé d'une mission dans l'intérêt de 
la science ; il l'exhorta à se modérer, lui rappela qu'à Strasbourg on 
n'avait pas l'habitude de dénigrer les Souabcs, et lui offrit de renouer 
avec lui les anciens rapports d'amitié ***. 

Quant à Ringmanu; il vint en novembre auprès du comte de la Miran- 
dole; il obtint de lui les manuscrits, ainsi qu'une lettre pour Wolf ^'^^ 
dans cette longue épître , le grand- seigneur philosophe prodigue au 
chanoine de Strasbourg des compliments hyperboliques, tout en disant 
de lui-même qu'il ne comprenait pas qu'on pût attacher tant de 
valeur à ses humbles élucubrations; cependant il prend soin d'indi- 
diquer dans quel ordre il désire qu'elles soient publiées de manière à 
présenter le développement systématique de sa pensée ; si ce premier 
recueil est reçu avec faveur, il donnera, dit-il, encore d'autres 
ouvrages, dont il énumère les titres. Dès le mois do février 1506 
Matthias Schtlrer annonça la prochaine apparition du volume '° ; mais 
une maladie de Wolf causa des retards. Dans une lettre du 15 août 
(1506) à Peutinger, le prince de la Mirandole, devenu impatient à 
son tour, se plaignit de se voir condamné à une si longue attente : 
„Tâche que notre Wolf ne mette pas mon désir à une trop dure 
épreuve; depuis que Ringmann m'a quitté, gros de mes livres, un 
éléphant aurait pu mettre bas son jeune ; il paraît qu'à vous autres, 
nés sous un ciel plus froid, il faut une incubation plus longue, mais il 
se peut aussi qu'en revanche vos produits en deviennent plus mûrs; 
si Wolf a besoin d'être stimulé, remplis l'office d'une mouche qui le 
pique, ou sers-lui de zéphire faisant fondre sa glace allemande" ^\ 

Au commencement de 1506 cette glace était sur le point d'être 



Bi Schreiber, Oeschichte der Universitât zu Freiburg. T. 1, p. 78 et suîv. 

65 Lettre du 24 nov. 1505. Pid Opéra ^ EpUt. liber 4, f» E, 3; — Pic îi Zasius, 
21 nov. 1505. Ib., f> F. 

^^ A la fin des SemioiHs convivcdes de Peutînger, 9 fcv. 1506. Ind. bîbl. 165. 

^^ Da operam ne Vuolphius ille nosfer diiUiua me maceret et mearitm elucubrationum 
qiias procuravit formis excudeiidas, expectatione continua diseruciet; jam pêne pepervsset 
elephaSy ex quo hinc meoruvi librorum gravidita ad eum Philesius discesait. Sed vos fri- 
fjxdo 8ub ctclo nailj longi incubatus fœtura* maturlores fortasac partus editU in liiceni. 
QiUEso tCf Vuolphio vel indigenti calcaribua œstrurn epiatoltn aubinferaay vel ioi'penti 
germana (flacie vocia zephirum inapirea... 15 août 1506, Mantoue. Ejiiat. lib. 4, 
fo F, 7. 



78 HISTOIRE LITTÉKAIUE DE L*ALSACE. 



fondue pour toujours; Wolf fit une maladie très-grave^*. Sa fomîlle, 
avec laquelle il était brouillé, le négligea, mais il fut visité par Geiler, 
et guéri par Nicolas Garini, prêtre italien qui était de passage à 
Strasbourg et qui pratiquit la médecine ^^, Pendant sa longue conva- 
lescence, il écrivit des méditations sur quelques psaumes; deux jeunes 
gens qui demeuraient chez lui comme pensionnaires, Taidèrent dans 
ce travail ; c'étaient Pierre Eberbach et Hérébord Margaritus, venus 
d'Erfurt à Strasbourg pour fuir une peste. Ils mirent aussi en ordre 
les lettres que Wolf avait reçues des savants de divers pays°°; mal- 
heureusement cette correspondance est perdue pour nous. Quand 
Wimpheling publia le traité attribué à saint Bernard sur le symbole 
apostolique, Wolf y joignit une explication du psaume XXXIII®* ; il 
la dédia à Geiler, en reconnaissance des encouragements que le pré- 
dicateur lui avait apportés pendant sa maladie. Ce travail est intéres- 
sant comme spécimen d'interprétation biblique par un humaniste. 
Comme Wolf n'a pas su Thébrcu, il ne faut pas s'attendre de sa part 
à ce que nous appelons de l'exégèse ; il n'a pas de prétention scienti- 
fique, son seul but est de tirer du psaume quelques exhortations 
morales. Sous ce rapport, on le sait, les auteurs anciens ont eu pour 
les écrivains de la Renaissance presque la même autorité que l'Ecri- 
ture et les Pères; le traité est plein de renvois aux classiques; les 
philosophes et les poètes sont cités à côté de la Bible et des théolo- 
giens ; en sa qualité de docteur en droit, Wolf en appelle même à des 
textes du Code et aux gloses des commentateurs. Enfin, des souve- 
nirs personnels, des allusions à des faits contemporains, des plaintes 
sur les abus, se mêlent aux réflexions générales sur la vertu et la 
piété. Dans la dédicace, Wolf exprime sa joie de voir les progrès de 
l'ardeur littéraire parmi la jeunesse ; le temps ne lui paraît plus éloi- 
gné où l'on verra le latin classique aussi honoré dans nos contrées 
qu'en Italie. Il ne se cache pas que son petit livre sera un sujet de 

68 II dit luî-raême que co fut le morhus gallicua et qu'il ctait perinde ac cdter 
Job tdcerostis. In Pêalvien XXXIII, f° A, G. 

^^ L. c. — Pierre Eberbach îi Wimpheling, s. d., dans VEpislola cxcusaiona de 
co dernier ad SueroSj P a, 5. 

co Wolf h Geiler, 14 juill. 1500, en tête du traité sur le Psaume XXXIII. 

**^ Ind. bibl. 218. Dans sa de'dicace h Jacques Sturm et îv Cosmas Wolf, 13 nov. 
1506, Wimpheliug dit que, pendant sa maladie, Wolf avait aussi fait un travail sur 
le Psaume L. 



LIVRE IV. — THOMAS WOLF. 79 

raillerie pour les défenseurs de la barbarie qui s^effarouchent des 
publications les plus innocentes, dès qu'elles portent les traces de 
l'esprit nouveau; mais il déclare qu41 méprisera des critiques venant 
de si bas : ^Quelle valeur, dit-il en faisant des jeux de mots intradui- 
sibles, peut avoir le jugement d'hommes qui déshonorent leurs fonc- 
tions par le désordre de leur vie, et qui préfèrent aux lettres les 
richesses et les plaisirs de ce monde ?" °^ Brant, Vogler, Henri Bébel, 
Jérôme Emscr accompagnèrent le traité de distiques élogieux. Dans 
la lettre que Wimpheling adressa à Jacques Stunn et à Cosmas Wolf, 
et qu'il mit en tête du petit volume, il pi'oposa Thomas en modèle à 
ces jeunes gens ; il loua le sérieux de sa vie, son application au travail, 
le zèle avec lequel il étudiait les bons auteurs pour en extraire les 
passages les plus utiles. L'étudiant Margaritus étant retourné en 1506 
à l'université d'Erfurt, apporta une copie à Spalatin, qui vivait retiré 
au couvent cistercien de Georgenthal, auprès de son ami le moine 
Henri Urbanus. Spalatin trouva le traité de Wolf si bien pensé et si 
bien écrit, qu'il le fit réimprimer à Erfurt, avec une dédicace à 
Mutianus Rufus et avec des vers d'Eoban Hess, d'Urbanus et de lui- 
même ®'. 

Dans la même année 150G, Wolf reçut de Conrad Peutinger ses 
Propos de table sur les antiquités de l'Allemagne ; il les communiqua à 
Zasius, qui, émerveillé de ce premier essai d'archéologie germanique, 
l'engagea dans les termes les plus flatteurs à le publier. Wolf le fit 
imprimer avec la lettre de Zasius en tête °*. 

Ce fut aussi vers cette époque qu'il paraît avoir formé le projet de 
publier son recueil d'inscriptions, sous le titre de Liber antiquitattini. 
Dans la lettre de Zasius dont il vient d'être parlé, le professeur de 
Fribourg exprimait l'espoir que bientôt on verrait paraître au jour les 
monuments cachés de l'antiquité romaine que Wolf avait retirés de 
l'oubli. Le projet toutefois ne fut pas exécuté, soit que Wolf eût eu 
l'intention de compléter sa collection par de nouvelles recherches, 
soit que le temps lui eût manqué pour la mettre en ordre. Il aimait à 

^^ Quod enim potest esse acutum eorum judiciuniy qui tametsi sacrls operantur, nihi- 
lominus pro libris liberoSy pro pscUterio psaUriam hahcnt^ divitias prorsus omni philoso- 
phioi prœfereiUeSf merito digni qui ah optimo quoque damnentur, 0. c, f> A, 3. 

«3 Ind. bibl. 218. 

** Peutinger, SemKmes convivales. Ind. bibl. 165. 



80 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'aLSACE. 

bc qualifier d'antiquaire et portait son attention sur les monuments 
que Ton découvrait en Alsace ; mais quand il voulait les expliquer, 
Tinévitable insuffisance de son savoir lui faisait commettre des 
méprises dont il ne faut rendre responsable que son siècle. Lors d'un 
séjour que pendant Tété de 1505 il fit, avec Wimpheling, Matthias 
Ringmann, Jean Gallinarius et Jacques Sturm, au château de Breusch- 
wickersheim, dont le père de Jacques était le propriétaire, on déterra, 
en creusant une fosse dans le village, „une statue" ou plutôt un bas- 
relief romain, qui les étonna beaucoup ; c'était, selon toute apparence, 
une de ces pierres sur les faces desquelles sont sculptées plusieurs 
divinités différentes et dont on a trouvé en Alsace un certain nombre ; 
il en a existé quelques-unes au musée archéologique de notre Biblio- 
thèque. Sur la plupart de ces monuments on voyait Minerve associée 
à d'autres images. La pierre de Breuschwickersheim présentait d'un 
côté cette déesse , sur un autre Junon, sur un troisième Vénus. Wolf 
et ses amis essayèrent d'en déterminer le sens ; voyant trois figures 
sur une môme pierre, ils crurent devoir les rapporter à la même divi- 
nité; mais qu'était-ce que cette divinité qui „par sa nudité rappelait 
Vénus, par son casque et son bouclier Pallas, par son paon Junon?" 
Ils ne surent qu'en faire; le chevalier Martin Sturm fit cadeau du 
monument à Wolf; Ringmann improvisa sur la trouvaille un acros- 
tiche de cinq vers, dont les premières et les dernières lettres forment 
le mot antiqiiarii^^. 

On ne pouvait vivre avec Wimpheling sans croire, comme lui, qu'il 
y avait danger à introduire dans les écoles les poètes paiens ; Wolf 
prouva qu'il partageait cette opinion en participant au pamphlet par 
lequel Wimpheling se défendit contre le reproche d'avoir calomnié 
les Souabes, pamphlet qui contient en même temps, au nom de Wolf, 
' de Wimpheling et de la Société littéraire de Strasbourg, une invective 
violente contre Locher, „un de ceux qui, en expliquant les anciens, 
con'ompent la jeunesse par des leçons frivoles" ^^. 

En février 1507 parurent enfin ces œuvres de Jean-François Pic 
de la Miarandole dont Wolf attendait tant de profit pour la religion et 

^^ ... ex impudica nudidate Vcmrîsy ex clipeo et f/olea Palladia^ e.r pavone Junon s 
effiyiem !n ea scidptura dijudicaïUes. Pliilésius h Jacques Sturm, s. d., dans Wim- 
pheling, Epistola excusatoria ad SuevoSy P II, G. 

ce O. c, (0 a, 3. 



LIVRE IV. — TUOMAS WOLF. 81 

uïic part de réputation pour lui-même; elles parurent, comme dit 
rimprimeur à la fin du beau volume, „en Thonneur de l'Allemagne 
et pour le perpétuel ornement de la ville de Strasbourg" ®\ Wolf en 
ofiFrit un exemplaire à Tempercur Maximilien, lors d'un de ses pas- 
sages par notre cité ®*. Dans le môme mois de février, Henri Gran, de 
Haguenau, acheva d'imprimer les commentaires du Wurtembergeois 
Conrad Summenhart sur la physique d'Albert le Grand, avec une 
préface de Wolf pour recommander le livre „aux commençants et aux 
veterani^ ^^. La simultanéité de ces deux publications est un nouveau 
trait caractéristique des tendances encore confuses de nos érudits. 
Pic a cherché, sinon avec succès, du moins avec un certain éclat, à 
régénérer la philosophie. Summenhart, comme commentateur d'Albert 
le Grand, n'a rien qui l'élève au-dessus des scolastiqucs de la déca- 
dence. Wolf, en publiant le premier et en prônant le second, montre 
bien que tout en ayant le pressentiment qu'il y a dos voies nouvelles, 
il ne sait pas encore quitter les vieilles; ainsi que toute l'école de 
Wimpheling, il a peur de sortir du moyen âge. Môme quand il s'agit 
de réformer les mœurs du clergé, il ne trouve rien de plus efficace 
que de reproduire les conseils des docteurs des siècles passés. Comme 
Wimpheling avait renoncé pour le moment à faire une guerre ouverte 
aux moines, et qu'il se bornait à leur opposer indirectement des trai- 
tés d'anciens auteurs célèbres, Wolf l'engagea à y joindre l'épître de 



67 Joannis Francisci Pid MirandtUœ domini et Concordiœ comitîs^ de rerum prceno» 
tione lUfri novem. Fro verilaU religionia, contra superstitioseu vanitaiea editi. Etc. — 
In fine : Argenioraci Prldiœ (sic) kalen, Fébruarias Ann, M,D» VIII», Joannea Knoh- 
lochus imprimebat : recoynovit Matthias Schurerius. In-fo. Dans une note placëo h la 
fin Bchdror annonce quelques autres traites do Pic, que hoc tempore quo omnia tur- 
bidenia sunt et calnmitosay on n*a pas encore pu se procurer; s^il y a des fautes 
dans Timpression, il ne faut pas seulement, dit Schiircr, en accuser le correcteur, 
elles viennent aussi do ce que Tauteur, à cause des guerres, des affaires publi- 
ques, du fréquent changement de rt^sidence, n*a pas pu suffisamment revoir ses 
manuscrits. Plusieurs des ouvrages de Pic, mentionnes par lui dans sa lettre à 
Wolf du 24 nov. 1505, parurent îi Strasbourg quelques années plus tard, mais sans 
qu'on sache si Wolf a concouru h, la publication : Liber de providentia contra phi- 
losophastros et De rerum prœnotione, en 1509 chez Griininger, in-ft>; — ffymni heroici 
très ad sanctU. Trinitaievi, ad Christum et ad llrg^inenij una cum commentariis lucu- 
lentissimis ad Jo. Thomam filium, 1511 chez fc^chiirer, in-£^, avec une courte préface 
de Bëatus Rhénanus. 

68 In Psalmum XIV, fo D, 3. 

69 Ind. bibl. 74. La préface do Wolf est du 23 fév. 1507. 

II ^ 



82 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

Bonavcnturc aux ordres mendiants, sur le respect qu'ils doivent aux 
éveques et aux recteurs des églises. Il lui écrivit : „Si ceux qui s'ap- 
pellent religieux suivaient religieusement les préceptes de Bonavcn- 
turc, on ne serait pas tous les jours témoin de tant de scandales, on 
n'entendrait pas les moines prêcher contre les droits des curés". Puis, 
rappelant la décrétale de Clément V, qui défendait au clergé régulier 
d'empiéter sur les privilèges du clergé séculier, il s'écrie: „ Que je 
meure, s'il n'est pas vrai que la plupart de ces gens à tête rasée ne se 
soucient plus de cette loi; publie donc la lettre de Bonaventure, afin 
qu'ils la méditent pour ne pas périr misérablement" '®. En mémo 
temps il reprit ses travaux sur les psaumes, Geiler et Wimplieling 
l'ayant plusieurs fois exhorté à renoncer au droit et à ne plus s'occu- 
per que de théologie'*. Au commencement de 1508 il fit imprimer 
une explication du psaume qui dans la Vulgate est le XIV*^ '^. Il le 
choisit, dit-il, parce qu'il lui semblait être un sommaire enseignant 
en quoi consiste le royaume des cieux et comment on y peut parve- 
nir. Il suit en général la même méthode que pour le psaume XXXIII, 
mais se laisse aller à plus de digressions •, c'est comme un entretien 
familier où, à propos d'un mot pris au hasard, on parle un pou de 
tout. Ne pouvant oublier sa qualité de juriste, il mêle aux réflexions 
morales des questions de droit ; il s'étend sur les différentes espèces 
de serments, sur l'usure, sur les contrats; il profite du verset 5, où il 
est dit : j^Et inunera super innocentem fion acccpit^j pour faire l'éloge 
•de la loyauté de Maximilien et pour le défendre contre quelques pas- 
sages d'un discours que l'évêque de Lodéve, Guillaume Briçonnet, 
avait prononcé à Rome, en octobre 1507, en faveur du roi de France ". 
Ailleurs il se dit partisan de la doctrine de l'immaculée conception, 
chère à tous les humanistes alsaciens; il ajoute '* : „Je ne me soucie 

70 Ouilhemius episcopus Parlsieims de collât loiiibus... henejiciorum, lud. bibl. 75. 
La lettre do Wolf à Wimplieling, 7 juin 1507, so trouve (^ H, 3. 

71 V. la dcdicace de son explication du Ps. XTV. 

72 Ind. bibl. 210. 

73 O. c., fo D, 3. 

7* Neque hic euro tlliim novicium sanctum ordinls prœdicaiontm id tempits quo luvc 
scribiiHiUj Hcrna'y qiuv. suitanica urhs est^ vireiUem t'cl spiratUcm potins, queni illic prœ- 
dicatorci tjuinfjue stitjmalid divinitus bitpiatuin etmidti^ miraculis Jlorentem tenicre fabu- 
lanlur, quein dicuiU ex ipaa Maria Virt/ine aiuîivissef quod in peccato oriyinali sil 
concepta : sed facessaiU hiiic ista paUiata incjidicabida et abeatU in pessimam malam 
crucem cum suo merdoso sancto; nos istis figmeiUis non credimua, O. c, Î9 A, 4. 



LIVRE IV. — THOMAS WOLF. 83 



pas de ce nouveau saint, dont, au moment où j'écris, les frères prê- 
cheurs de Berne prétendent qu'il est marqué dos stigmates du Christ, 
qu'il fait de nombreux miracles, et qu'il a entendu dire par la Vierge 
elle-même qu'elle était conçue inpeccato originali; maudits soient ces 
mensonges et ce saint malpropre ; nous n'y croyons pas". A un autre 
endroit il censure les moines mendiants, „qui prêchent qu'il faut 
l'énoncer aux vices de la chair, aux richesses, au luxe, qui nous pro- 
posent pour modèles, tantôt les philosophes païens, tantôt les chré- 
tiens, qui, à les entendre, sont des maîtres de continence, mais qui 
dans leur cœur et dans leur conduite brûlent d'avarice et de convoi- 
tise, s'imaginant qu'une tête rasée, un vil capuchon et une barbe de 
bouc cachent leurs désordres à la foule" ". Ou bien il s'élève contre 
le trafic des bénéfices et contre les moyens qu'on emploie pour se 
procurer des grâces du pape : „Je m'étonne qu'on ose dire qu'à Rome 
il ne se commette pas de simonie ; le canoniste Barthole convient que 
le pape, comme successeur de saint Pierre, ne peut pas être simo- 
niaque, mais il déclare que cela n'empêche pas l'abus d'être pratiqué, 
à l'insu du saint-père, par sa propre cour" '®. Toujours écho de Wim- 
pheling, Wolf expose dans le même traité les griefs contre les sei- 
gneurs et les gouvernements laïques, qui soumettent le clergé à des 
impôts : „0n dit aujourd'hui que les prêtres doivent être pauvres •, 
c'est une preuve qu'on ne les respecte plus •, de là viennent ces cala- 
mités, ces nouvelles maladies, ces pestes, ces morts subites, ces révo- 
lutions dans les empires, qui nous effraient tant; rien d'heureux ne 
peut arriver quand on ne rend plus au clergé l'honneur qui lui est 
dû" ''. On voit par ces extraits qu'on peut lire l'explication du 
psaume XIV sans apprendre exactement comment on entre dans le 
royaume des cieux. Néanmoins Brant, Vogler, Gervaise Sopher de 
Brisac la saluèrent de vers flatteurs. Wolf la dédia au duc Jean de 
Bavière, qui était, disait-il, son protecteur comme il avait été celui 
de son frère Amand. 

La dernière publication que nous connaissions de Wolf est une 
série d'opuscules de philosophes et de Pères grecs traduits en latin 

'5 ... tamen vitia sua derasis capitibus et vili cucullo, sœpe etiam hirdno harhido 
quœ maxima velamenta auni, conteyunt. 0. c, f» B, 4. 
76 O. c, fo D, 2. — V. aussi In Fsalmum XXXIIJ, fo B, 1. 
" In Fsalmum XIV, fo B, l. 



84 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

par des savants italiens. Ce recueil devait être, selon lui, un résumé 
de la sagesse pratique; Béatus Arnold, qui y ajouta des vers, le 
recommanda comme un guide infaillible à ceux qui désirent se rendre 
utiles au prochain et, en dominant leurs passions, se procurer le calme 
de Tâme. Le choix des pièces est aussi significatif que le choix des 
auteurs cités dans les traités de Wolf lui-même : à côté du Manuel 
d'Epictôte, de la Table de Cébùs et de la Dissertation de Plutarquc 
sur la haine, se trouvent un opuscule attribué à saint Athanase sur les 
psaumes, un discours de Basile le Grand sur Tenvie et une épîtro du 
même sur la vie solitaire '*. 

Des publications de ce genre ont pu avoir leur mérite à une 
époque où les savants ont encore été peu productifs; elles témoignent 
du désir de Wolf de contribuer non-seulement à la propagation des 
lettres, mais aussi à l'amélioration des mœurs. Cependant il est des 
travaux qui, si Wolf les avait achevés ou s'ils étaient parvenus jusqu'à 
nous, eussent encore mieux fait comprendre à la postérité ce qu'il y 
avait de solide dans cet esprit actif, curieux de tout connaître. Jaloux 
de rhônneur de sa patrie, Wolf entreprit en 1508 de recueillir des 
matériaux pour une chronique de Strasbourg '°; ce travail ne tarda 
pas à être interrompu par la mort. 

Il était, comme on l'a vu, en relation avec plusieurs des principaux 
savants de l'Italie, de l'Allemagne, de la Suisse. Us louaient à l'envi 
sa science, l'affabilité de ses manières, les chcarmes de sa conversation. 
Jérôme Emser le qualifia de ^prêtre des Muses, surpassant en élo- 
quence cicéronienno tous les Allemands de son siècle" ^^. En 1508, 
Jean Kierher, de Schlestadt, alors à Spire, un de ceux qu'Erasme 
comptait parmi les illustrations littéraires de l'Alsace, lui dédia son 
édition des Sermones convivales de François Philelphe ** ; ces dialogues, 
qui traitent de l'origine et des progrès des différentes sciences, et dont 



78 Ind. bibl, 220. Wolf dt^dîa le volume îi Jacques Scbmîdthuser, prôtro h Stras- 
bourg, 15 mai 1508. 

79 De hia {scil. de Maximiliano etc.) midfay quando a negociis vacuusy huius Argcn- 
toraci urhia ephemerides agrjrediemur. In Psalmuvi A'/K, f" D, 3. — h enlm (Th.Wolf) 
chronicum librurtif ut ex ipso audivimus, de rcbus gestisque iioslratihiis^ ab ipso primœvo 
Argentinensium exordioj juvante deo aggrcssurus c«^ Wimpheling, Catal. episc. Argent., 
p. 123. 

80 Dans la pr(^face do son ddition do Pic do la Mirandolo Taînë. 
8* Conviviorum libri duo. Spire, Conr. Hist, 1508, in-4<>. 



LIVRE IV. — THOMAS WOLF. 85 

l'érudition, un peu pédantesquo et parfois douteuse, est tempérée par 
l'agrément du langage et une certaine finesse d'esprit, devaient dis- 
traire Wolf de ses études plus graves. Henri Bébol lui adressa son 
poème contre les détracteurs des poètes, en le louant de s'être élevé 
au-dessus de cette „plcbe vulgaire" qui veut que les théologiens fuient 
la poésie comme la peste, et en exprimant l'espoir qu'il aidera à 
défendre les bonnes lettres contre „la cohorte" des grammatistes et 
des dialecticiens scolastiques. Dans une lettre qu'il lui écrivit, il lui 
raconta d'une manière fort plaisante un entretien avec un moine qui 
avait dénigré les auteurs païens ®^. 

Ces communications du professeur de Tubingue n'ont pas été tout 
à fait du goût de Wolf. Après avoir guerroyé contre Locher, dont les 
opinions étaient les mêmes que celles de Bébel, le chanoine strasbour- 
geois a dû trouver que ce dernier allait trop loin. Sans aucun doute, 
s'il avait vécu plus longtemps, il aui'ait été de plus en plus effrayé 
des progrès de l'opposition contre le moyen âge. Des motifs inconnus 
le conduisirent en 1509 une seconde fois en Italie; le 10 octobre 
Wimpheling lui envoya une lettre, où il lui parlait des perpétuelles 
disputes entre les moines et les curés ^^ -, la veille de ce jour il était 
mort subitement à Rome. Quand cette nouvelle arriva en Alsace, 
Béatus Rhénanus en eîcprima ses regrets dans la même lettre, à Jodocus 
Gallus où il déplore la perte récente de Geiler de Kaysersberg**. Il 
fit une épitaphe pour Wolf, qu'il avait estimé comme „un modèle 
unique de langue latine" **; Wimpheling en composa une autre, ins- 
pirée par son patriotisme : „ Strasbourg t'a donné la vie, Rome te 
donna un sépulcre ; tu n'aurais pas pu naître et mourir dans des lieux 



8* Egloga contra vituperatores poetarum; dans le volume intitule : Iii hoclibro conii- 
neniur hœc Bebeliana opiiscula nova.,. Strasb., J. Gruninger, 1508, în-4o, fo N, 2. — 
Commentaria epUtolartim conficieitdartivi IL BebeliL,. Strasb., M. Schiircr, 1513, in-4<> 
f> 166: 

83 Wimpheling, SolUoquium ad d, Augustinum^ f^* a, 4. 

94 15 mai 1510. £n tête de sa notice sur Geiler, dans Oeileri navicuia fatuorum* 
Ind. bibl. 187. 

8* Unicum laiinœ linguœ spécimen. L. c. — D. 0» M. Thonuc Volfio juniori pon- 
tifieii jurU perito, priscœ eloquentiœ facundiœque studiosissiTno, quem tam immatura 
quam subitaria morte JRomœ subîatum et Quirit^s et Oermani fleverCy amici bene merito 
potuerunt. Vixit ann. XXXIII, tnens, IX. Obiit an, salutis M.DJX, O. c., demiëro 
page. 



86 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE, 

plus illustres"®^. Une troisième, faite par Jacquea Spiegel, est 
curieuse comme échantillon du plaisir que prenaient les érudits à 
forger des énigmes et des jeux de mots, mêlés à des réminiscences 
classiques *', Une quatrième enfin fut écrite par Mutianus Rufus ; il y 
est parlé de la barque de Caron, de Proserpine et des champs Ely- 
sées **. Il paraît qu'après le décès de Wolf, sa famille se montra peu 
libérale envers les établissements religieux; Wimpheling se plaignit 
de la dispersion de sa fortune et du médiocre empressement de ses 
héritiers à fonder des messes pour le repos de son âme *®. Son oncle, 
Thomas Wolf Taîné, lui survécut de deux ans; il ne mourut que le 
16 août 1511 et fut enseveli dans le cloître de Saint-Pierre-le-Vieux®". 



8C AraerUina tibi vitam dederat, dat Borna aepulchruntj 

Vtx potuis nasd darius atque mori, 

L. c, et dans le traite Contra turpem libellum FhUonmsiy dernière page. 

87 Triste lupus nuper^ (^uem cui serviverat olim 

Dives hahety causa est Borna quod ossa tegit. 
Hoc unum gr<Mtum, divûm quod scriptus in alho 
Tarn cito sum^ nam non cœterajure tulit. 

Staurosticlion Joh. Fr, Ficif cum comment. Jac, Spiegelii. Tubiug., 1512, în-4o, f> 75. 
lAipus est Wolf; le riche qu'il avait servi, est Rome riche en monuments ; les pre- 
miers mots sont une allusion à un vers de Virgile, Ëgl. 3, v. SO. 

98 Libellum now^Sf epistolas et alia quœdam monumenta doct^rum,.. complectens.,. 
editus studio Joachimi Camerariû Lips. 1568, f I, 3. 

89 Wimpheling à Brant, 21 mars 1513. Ms. 

•^0 Son dpitaphe dans le supplément aux Essais de Grandidier sur la cathëdrale 
de Strasbourg. Paris 1868, p. 61. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PIIILÉSIUS. 87 



CHAPITRE IV. 

MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 

1482-1611. 

Le nom de Matthias Ringiuann a paru plusieurs fois dans les bio- 
graphies de Wimpheling et de Thomas Wolf. Do même qu'il les 
assista Tun et l'autre dans leurs travaux, il prêta, pendant un séjour 
à Saint-Dié, son aide aux savants de la Lorraine. Il a droit à une place 
dans l'histoire littéraire de nos deux provinces. Il représente chez 
nous la Renaissance non-seulement comme poète et comme grammai- 
rien, mais aussi et surtout comme historien et comme géographe. 
Quand il mourut à l'âge de vingt-neuf ans, il avait rendu à la science 
de son époque des services qu'il est juste de ne pas oublier. 

On a cru qu'il était né à Schlestadt ' . La qualification de Vogasi- 
gena qu'il se donne dans la plupart de ses publications ^, aurait dû 
suffire pour écarter cette opinion, Schlestadt n'étant pas situé au 
milieu des montagnes^ mais dans la plaine. Dans divers passages de 
ses poésies il dit explicitement : „la Vosge est ma patrie, je suis né 
dans une verte vallée près des hautes cimes" ; il parle d'un ruisseau 
qui, traversant des pâturages agréables, baigne sa maison pater- 
nelle '. C'est donc dans une vallée des Vosges qu'il faut chercher son 

^ Rîngmann ■ parût avoir été natif de Si^lestat». J. J. Oberlin, dans le Magasin 
encyclopëdiquo de Millin, etc., 5^ annëe. Paris, 1799, p. 325. La Biographie univer- 
selle de Didot, T. 42, p. 302, le dit positivement né h Schlestadt. 

' Hehle, dans son dtude sur Locher, dit que la vraie forme n^est pas Vogesigena^ 

mais Vosagigena. C'est ainsi, en effet, que le mot est imprimé dans VApologia pro 

republica chrUtiana de Wimpheling, f° h, 6, et dans le traitd do Garzoni I)e miseria 

humanaj f> B, 6, ind. bibl. 217; mais partout ailleurs où Bingmann est nommd, soit 

avant soit après la publication de ces ouvrages, on trouve Vogesigena; il appelle 

toujours les Vosges mons Vogestts. 

' Sic ego gui Vogesi pênes alla cacumina mantis 

Pagarma vtridi prodeo valle ttatiu, 

Carmen au verso du titre de lAlii Giraldi ayntagma de Musis. Ind. bibl. 231. 

Torrentem pratia villanum immittit {scll. Vogesus) amcenis 
Qui radttpatrias valle vireiUe domoa. 

Poème sur les Vosges, dans Coccinii opusctiiumde imperii,., ircdatùme, Ind. bibl. 223. 

Vogesus mihi patria. Ib. 



88 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 

lieu de naissance ; il n'y a pas de raison pour ne pas accepter le témoi- 
gnage de Grandidier, qiuind il le fait naître dans un des villages du 
val d'Orbey, aux environs de Tancienne abbaye de Paris *. Les rela- 
tions que Ringniann eut plus tard avec le chapitre de Saint-Dié vien- 
nent, dans une certaine mesure, à Tappui de l'assertion de notre 
savant historien. Les alta cacumina, que Ringmann mentionne dans 
ses vers, sont les montagnes sur le flanc desquelles on rencontre les 
lacs Noir et Blanc ; la Weiss ou Blancrupt, qui sort de ce dernier, est 
le tarrens au bord duquel se trouvait la demeure de ses parents. Il se 
dit paysan, fils sans doute d'un des fermiers du couvent de Paris. 
D'après son épitaphe, il avait, lors de sa moi-t en 1511, vingt-neuf ans, 
il était donc né en 1482. Il se peut que les religieux de Piiris, devi- 
nant chez lui des talents précoces, lui aient donné quelque instruction 
pour le préparer à l'état ecclésiastique; il se peut aussi, bien qu'on 
n'en ait pas la preuve, qu'il ait suivi sous Craton Hofmann l'école de 
Schlestadt '*. Selon la coutume du temps il fut envoyé très-jeune à 
l'université. Il vint à Heidelberg; lorsqu'on 1498 Wimpheling y 
reprit ses fonctions de professeur, il fut un des élèves les plus assidus 
de ce maître ®. Parmi les petits carmina moraux que Wimpheling fit 
composer un jour par ses disciples et qu'il inséra dans son Adolescentia, 
il y a deux distiques de Ringmann sur les choses éternelles qu'il faut 



Ma notice sur Ringmann ayant paru d'abord en 1875 dans les Mémoires de la Société 
éCarchéologie lorraine f M. Mossmann, le savant archiviste de la ville de Colmar, lui 
consacra un article très-bienveillant dans Vlndustriel alsacien du 28 mars 1877. Il 
pense que la rivibro dont parle Ringmann pourrait bien être la Schcr, et que par 
conséquent il serait uë à Scherwiler; son nom allemand viendrait k Tappui de cette 
supposition. Il me semble toutefois qu'en plaçant son lieu de naissance penea alta 
cacumina mo7t^t«, Ringmann a voulu indiquer une localitd située sur la montagne plu< 
tôt que dans la plaine. Tout en dtant ne au fond du val d'Orbey, il a pu porter uu 
nom allemand; rien ne s'oppose à ce qu'on admette parmi les colons ou fenuiers 
de Pttris quelque paysan venu des basses terres de la Haute-Alsace. Je conviens, 
du reste, qu'en l'absence de documents explicites la question peut rester indécise. 

* Notice sur Paris, p. 16, dans: Vues pittoresques de V Alsace, dessinées parWalter, 
accompagnées d'un texte liistorique par Grandidier. Strasb. 1785, în-fo. Ces vues ont 
paru par livraisons, dont chacune a une pagination à part. 

^ Strobel, Oeschichte des Elsasses, T. 3, p. 552, dit qu'il fut élève de Dringenberg; 
c'est peu probable, Dringenberg étant déjà mort en 1490. 

fi Wimplidtngus quoque doctor meus. A Philippe d'Oberstein, prévôt du grand-cha- 
pitre de Strasbourg, 1®' sept. 1506, on tête de Wimpfelinfjii oraiio île S. Spiritu, 
Ind. bibl. 28. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILI^SÏUS. 89 

préférer aux passagères '. A Heidelberg sans doute il connut aussi 
le Wurtembergeois Grégoire Reiscli , qui dès 1496 avait formé son 
recueil encyclopédique intitulé Margarita j)hilosophica, et contenant 
quelques chapitres sur rarithmétique et la géométrie *. Plus tard, 
dans des vers adressés à Reisch, Ringmann lui rappela qu'il y a 
quelque temps déjà, pridem, il avait appris de lui à mesurer la 
hauteur et la longueur des choses*. La Margarita n'ayant été publiée 
pour la première fois qu'en 1503, quand Reisch fut devenu prieur des 
chartreux de Fribourg, ce n'est pas à cette édition que Ringmann a 
pu faire allusion dans son petit poème, car peu avant 1503 il avait 
fait à Paris des études mathématiques plus approfondies sous Lefèvre 
d'Etaples; les premières leçons qu'il avait reçues sur cette science 
par Reisch, ne peuvent donc se rapporter qu'à leur commun séjour à 
Heidelberg. C'est là aussi, comme étudiant, qu'il se donna ou qu'un 
de ses maîtres ou camarades lui donna le nom classique de Philésius, 
l'afiFectueux, une des éphithètes d'Apollon,^ répondant au caractère 
aimable et enjoué du jeune Alsacien ^". Le Badois François Irénicus 
(Friedlieb d'Ettlingen), qui publia en 1518 une compilation sur la 
description et l'histoire de l'Allemagne, et qui parmi ceux qui se sont 
occupés des mômes matières cite aussi Wimpheling, Murr de Colmar 



7 Adokscentia, f» 70. 

B Le clerc Grégoire Reisch, do Balingen dans le Wurtemberg, fut immatriculé 
comme élëve de runiversité de Fribourg le 25 oct. 1487; deux ans aprbs il devint 
maître es arts. Schreiber, Oeschicht^ der UniversitUt Freihurg^ T. 1, p. 64, qui rapporte 
ces faits, ne sait rien dW séjour de Reisch à Heidelberg. Ce séjour toutefois devient 
plus que probable, quand on considère que le 20 déc. 1496 Adam Werner, de Thémar, qui 
était professeur dans cette université et qui avait vu le manuscrit de la Margarita phi- 
losophica de Keisch, adressa à celui-ci quelques vers pour lui reprocher de no pas la 
publier. Il le qualifie dWumnu^ generon comitis de Zaïre; cela veut dire sans douto 
que le jeune homme faisait ses études aux frais du comte. Les vers de Werner sont 
imprimés dans Tédition de la Margarita de 1503, et la preuve que celle-ci est la pre- 
mière est fournie par la note finale : chalcographatum primidali hac pressura Frihurgi 
per Joannem Schottum Argent, cUrafestum Margarethœ anno gratiœ M.CCCCG.IIl, In-4o, 

^ ReUchi cdébrium virarum gloria 

Apexque summe litteratorum omnium 
Fridem docens Fhilesium altitudines 
Metiri et ipsas hngitudines rerum,.. 

Dans Wimpheling, Epistola eoccuaatoria ad Suevos^ î^ a, 4. 

^0 Les distiques dans YAdolescentia de Wimpheling, f^ 70, sont indiqués comme 
étant Matthias Ringmanni Philesii, — Philésius, épithète d^Apollon, surtout à Didyme. 
PUne, J3ïrt. na«., Lib. 34, cap. 8; Stace, Tkeh.^ Lib. 8, vers 198. 



90 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

et Ringmann, donne à ce dernier la qualité de théologien**. On 
ignore toutefois s'il a poussé ses études théologiques jusqu'au bout; 
dans aucun de ses écrits son nom n'est accompagné de la mention 
d'un grade qu'il aurait obtenu dans cette faculté. 

De Heidelberg il se rendit à Paris. Là il apprit, probablement de 
quelque réfugié byzantin, assez do grec pour lire sans trop de diffi- 
culté les classiques. Sous l'Italien Publie Fausto Andrelini, qui 
depuis 1489 professait dans la capitale la littérature latine, il se per- 
fectionna dans l'art poétique **, autant qu'on pouvait le faire sous un 
versificateur qui avait plus de vanité que de talent, mais qui entraî- 
nait ses auditeurs par sa faconde verbeuse et fleurie, et qui passait 
pour un poète moral. Béatus Khénanus, qui l'entendit quelques années 
plus tard, devint son admirateur autant que le fut Ringmann. Cepen- 
dant, il y avait des cours que celui-ci suivait avec un empressement 
plus enthousiaste encore, c'étaient ceux de Lefèvre d'Etaples sur la 
philosophie et sur les mathématiques et la cosmographie. L'enseigne- 
ment de ces deux dernières branches était à Paris une nouveauté ; 
Lefèvre, qui le premier l'introduisit en 1496, eut bientôt de nombreux 
disciples ; il publia dès cette époque une série d'ouvrages sur l'arithmé- 
tique, la musique, la géométrie, l'astronomie; les uns sont des pro- 
ductions originales de lui-même, les autres, des éditions d'auteurs 
plus anciens. Un de ses traités, comme on le verra plus bas, a pour 
l'histoire de Ringmann un intérêt particulier, c'est celui qui est in- 
titulé Rithnmnachiœ ludus qui et piigna nunieronim appellatur; il fut 
imprimé pour la première fois à Paris en 1496, à la suite de trois 
autres publications de Lefèvre *'. Celui-ci dit dans sa dédicace au 

i^ ,., et alter theologus Hhjmannus (sic) Philesius Vogesigefia, Gsmianûe exegeseos 
volumina duodedm. Hagucnau 1518, în-f>, fo 2. 

1^ A Pliil. d'Oberstein, 1. c, note 6. — A Wîmpheling, b. d., dans Ti^dltion quo 
celui-ci fit du Spéculum anima' do Henri de llesRe, f^ D, 1. — Publio Fausto Andro- 
lîni, de Furli, resta professeur à Paris jusqu'en 1518, ëpoque de sa mort. Il exîsto 
de lui un grand nombre de poésies latiues sur toutes sortes de sujets. 

^^ In hoc opère contenta Arithmetica decem libris demonstrata Musica îihris démon- 
strata quattuor Epitome in libros arithmeiicos diui Se^terini Boctii Jiithmimachie ludtu 
qui et pug7ia numerorum appdlatur, — A la fin : lias duas Quadrivit partes et artiutn 
liheralium pr3cipua8 atque duces cum quibusdam amminictdariis adiectis : curarunt vna 
formulis emendatissime mandari ad studiorum vtilitatem Joannes IligmanuSy et Vot- 
gangus IlopUius suis grautssimis lahoribus et impensis Parhisii anno salutis domini : 
qui omnia in numéro afque hnrmonia formnuit 1496 absolutumque reddiderunt eodem 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 91 

médecin Bernard Vencarîus, que cet amcUeur des nof)ihre$ l'avait 
prié d'imaginer un jeu pour distraire les jeunes gens de leurs études 
plus abstraites, afin que par trop d'assiduité ils n'épuisent pas leurs 
forces, ^conseil digue d'un médecin", ajoute le professeur **. Comme 
la théorie musicale faisait partie de la science des nombres, il se pro- 
posa d'enseigner par une espèce de jeu de dames les propriétés des 
nombres à la fois dans la géométrie, dans l'arithmétique et dans la 
musique; l'harmonie complète, har monta fnaxima, appartient au 
premier de ces arts, les deux autres n'ont chacun qu'une moitié 
d'harmonie; suivant des combinaisons diverses, on peut passer do 
l'une des harmonies à l'autre. C'est pourquoi il choisit le terme de 
combat des rhytJimes; le mot revient plusieurs fois sur les trois pages 
et demie dont se compose le traité, lequel est écrit sous la forme d'un 
dialogue entre un mathématicien, disciple de Pythagore, et deux de 
ses élèves **. Lefèvre continua d'exercer ses auditeurs à ce jeu, qui 
est si compliqué qu'on a de la peine à comprendre comment il a pu 
servir au délassement; néanmoins il plut, et un de ceux qui le goû- 
tèrent le plus, fut Ringmann *®. 



anno : die vicesima secunda JuUii (sic) suoa labores vMcunque valebunt semper studiosîs 
devoventes. Et idem quoque fad*. David Lauxius Brytanua EdhiburtjeiisU ; vhique ex 
archétype dUigens operis recognitor. Suit un registrum pour le relieur. lu-P, Goth. 

En 1514, Henri Estienne donna une nouvelle édition, même format et mêmes carac- 
tères que la première, avec la différence que le titre a un encadrement; comme 
cette disposition ne laissait plus de place pour le carvien de G. Gonteritu Cabilo- 
nenais in laudem arîthmetlcis et musices, qui est au bas du titre de la première édi- 
tion, ces distiques sont renvoyés au verso ; on a omis aussi le registrum. Dans Tédi- 
tion de 1496 la Bhythmoniachia commence au f î, 6. — Oberlin {3fagasin encyclop., 
p. 325), qui n*a connu ce traité que par les deux premiers mots du titre, a cru qu^il 
s^agissait d'un jeu pour apprendre la prosodie. D'Avezac, dans son mémoire sur 
Martin Hylacomylus Waltzemiiller, ses ouvrages et ses collaborateurs, Paris 1867, 
p. 132 et p. V et VI, avait d'abord adopté Topinion d'Oberlin et avait même pro- 
posé de corriger Rhythmomachie en lihythmomathie ^ enseignement de la versifica- 
tion; puis, quand il eut retrouvé le titre complet du traité, où le terme grec est 
expliqué -par pugna numerorum, il pensa que dans les anciennes impressions on avait 
omis la première lettre du mot et qu'il fallait lire Arithmomachia. Mais c'est bien 
BhyihmoTnachia que Lefèvre a voulu dire. 

1* O. c, f9 i, 6. 

^& A la 3® page il y a des images du damier et des ccdcidi servant au jeu. 

^* Le jeu de la rhythmomachîe resta longtemps en usage. Il existe un livre inti- 
tulé : NobUissirmia et antiquissimtts ludus Fythagoreus {qui Bythmonuichia nominaiur) 
m vtilit€Uem et relaxationem studiosorum comparatus ad veram et facUeni proprietatem 
et rationem numerarum assequendam nunc tandem per Claudium Buxerium JJelphina- 



92 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

Après avoir séjourné à Paris pendant quelques années, il vint à 
Strasbourg, vers 1503, rapportant une érudition très-variée, muni do 
livres nouvellement mis en circulation, et ayant mieux appris la 
langue française, dont il n'avait parlé encore que le patois usité au 
fond de sa vallée natale, là oh elle touche à la Lorraine. Il s'était 
épris surtout d'une vive passion pour la géographie, et formait déjà le 
projet de contribuer à en répandre la connaissance. Il se lia avec 
Thomas Wolf, qui venait d'achever ses études en Italie, et avec Jean 
Gallinarius, qui enseignait la grammaire et la rhétorique dans l'école 
du chapitre de Saint-Pierre-le-Jeune ; il s'attacha, comme il l'avait 
fait à Heidelberg , à Wimpheling ; il adopta toutes les opinions et 
épousa toutes les querelles de son ancien maître ; il aida à le défendre 
contre ses adversaires, et ceux-ci de leur côté ne le ménagèrent 
point. Wimpheling l'introduisit dans la famille du chevalier Martin 
Sturm, dont le fils Jacques devint également son ami. Pour le 
moment il lui fallut se procurer des ressources \ il devint correcteur 
chez l'imprimeur Jean Pruss ; entre autres ouvrages il corrigea pour 
lui et recommanda par quelques distiques une édition du recueil de 
vers tirés d'auteurs latins, et susceptibles d'être employés dans des 
poésies, des discours, des lettres, que le chanoine de Bamberg, 
Albert d'Eyb, avait fait sous le titre de Margarita poetica^"^. Un 
autre camion de Ringmann accompagne les statuts synodaux bâlois, 
publiés vers la fin de cette même année 1503*^ ; le volume ayant été 
imprimé à Baie, peut-on en conclure que le jeune homme était parti 
avec Wimpheling, quand l'évêque Cliristophe d'Utenheim l'avait 
appelé pour faire la révision des statuts? Wimpheling a pu avoir 
besoin d'un aide pour ce travail, qui devait être achevé en peu do 
temps. 

Peu après on trouve Ringmann comme maître d'école à Colmar. 
Le chapitre de Saint-Martin de cette ville avait , domme toutes les 

iem iUustratua, Lutetiœ apud Gulielmum Cârdlatj sub pingui gaîlina, ex adverso col- 
letfii camerœensis. Abacus et calculi rœnewit in Palatio apud Joannem Gentil, 1556, 
în-80. A partir du f^ 49 suit : Rythmoniachia Jacobi Fabri Stapulensis. Dialogua. 

^7 La première édition de cet ouvrage parut à Nuremberg en 1472, în-f>. Celle de 
StraBb. est de 1503, in-4o. 

*8 Ad devotos Baailiensis epiacopatus sacerdotes camien excitatorium ut virtutes pro- 
sequantur et vitia detestentur. Dans les Statuta synodalia episcopatus BatUienm, Ind . 
bibl. 65. 



LIVRE IV. - MATTHIAS UINGMANN PIIILÉSIUS. 93 

églises collégiales, un écolâtre, mais Técole, si elle a existé autrement 
que sur le parchemin d*un règlement capitulaire, a dû être très- 
imparfaite. Thomas Wolf , qui cumulait avec son canonicat de Saint- 
Pierre-le-Jeune la prévôté de Saint-Martin, désirait relever l'en- 
seignement à Gblmar comme on essayait de le faire à Strasbourg ; ce 
fut grâce à lui sans doute que Ringmann fut attaché à Técole de 
Saint-Martin. Le doyen et les chanoines Grégoire Becherer et 
Barthélémy Wickram secondèrent le nouveau maître*®, mais une 
opposition plus forte que leur appui le força de se retirer. Dans une 
épigramme sur certains Colmariens, que par une double allusion à la 
massue des fous et à celle des armoiries de Colmar il appelle ironi- 
quement Kolbnarriens y il les accuse d'une incurie qui empêche les 
instituteurs de garder longtemps leur poste*®. Je suppose que par ces 
fous il entendait les chanoines vieux qui avaient peu de goût pour les 
humanistes jeunes ; aux yeux de ces conservateurs de la tradition, 
toute tentative d'introduire des méthodes nouvelles, et de remplacer 
les hexamètres léonins du Doctrinal par des vers empruntés aux 
anciens, ne pouvait être qu'une hardiesse compromettante. Ou sait 
qu'à Strasbourg aussi le chapitre de la cathédrale ne se décida 
qu'avec peine à confier son école à un littérateur qui suivait les ten- 
dances modernes, „Que celui, disait Ringmann dans son épigramme, 
qui après moi voudra labourer ce sol stérile, n'espère pas y trouver 
une demeure durable". On lui donna, il est vrai, un successeur, mais 
je ne saurais dire si celui-ci fut plus heureux que lui ; l'école ne 
paraît pas avoir laissé de trace dans l'histoire de Colmar. Ringmann 
lui-même fut de retour à Strasbourg vers la fin de 1504 ; à peine 

'9 En 1494, Baithëlemy Wickram fut charge par le chapitre d'inscrire dans VOhi- 

iuarium do S. Martin (Ms. de la bibl. de Colmar) les anniversaires à partir de cette 

date. Il mourut en 1534. Grëgoire commença k inscrire les anniversaires dans le 

même volume en 1Ô05. Quant aux doyens de S. Martin, j^apprends par M. Moss- 

mann qu'il y a dans les documents une lacune entre 1496 et 1526. Gilles Gerhard 

est doyen en 1496, mais paraît dëjà en 1478, on ne peut donc pas affirmer qu'il 

vivait encore en 1503 ou 1504. En 1526 c'est Grégoire Engelj l'était-il déjh eu 1504? 

*^ Kolhnarrhensihua quibusdam. 

Si rocis primum phcta est inquirere fontem 

Nomina aunt veêtris vera profecto acholis. 
Ex re nomen habentj vaco aigiiat nempe scholazoj 

Et vestrœ nimium sept revente vacant. 
Quare mansuram fugicU aperarc quieteni 

Poat nos hune sterUem quisquis arabit agnim. 

Dans les Hemistîchia poetaruniy P e, 4. Ind. bibl. 221. 



04 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

arrivé, il fit une épitaphe pour Amand, frère de Thomas Wolf, qui 
venait de mourir de mélancolie**. Comme Geiler, Brant, Wimpbe- 
ling désiraient la création d'un gymnase latin, et que le magis- 
trat hésitait à s'y résoudre, Ringmann ouvrît en 1505 ime école par- 
ticulière. D'après un conseil donné par Wimpheling dans plusieurs 
do ses traités, il fit , sous le titre peu harmonieux de Hefuistichia sen- 
tentiosiora, un recueil d'hémistiches tirés de divers poètes classiques ; 
il les dictait à ses élèves pour qu'ils les apprissent par cœur ; cet 
exercice lui semblait plus utile que „de nourrir les jeunes gens des 
décoctions insipides d'Alexandre de Ville-Dieu" ; c'étaient des pro- 
verbes, des facéties honnêtes, des maximes morales, des élégances ; 
çii et là il introduisit quelques changements, afin que chaque hémis- 
tiche présentât un sens complet**. Son école prospéra, elle eut des 
élèves de Strasbourg et du dehors. 

Ces occupations scolaires ne le détournèrent point do ses études 
géographiques. Il reçut, probablement de Paris, un exemplaire d'une 
des premières éditions de la lettre qu'au commencement de l'an- 
née 1503 Améric Vespuce avait adressée à Laurent, fils de Pierre- 
François de Médicis, pour lui faire une relation de son troisième 
voyage ; elle avait été traduite de l'italien par le dominicain Jean 
Giocondo, de Vérone, aussi célèbre comme humaniste que comme 
architecte et mathématicien. En 1505, Ringmann, après avoir com- 
paré la lettre avec les cartes de Ptolémée, la publia chez l'imprimeur 
Matthias HupfufF, sous le titre De or a antardica pcr rcg&in Portu- 
gdliœpridem inventa^^. Il dédia la brochure, le 1^"^ août, à son ami 
le Strasbourgeois Jacques Brun , qui à cette époque continuait à Fri- 
bourg ses études de droit commencées à Bologne**. 

Cette dédicace, malgré l'inévitable cortège de rémîniscencs classi- 

^^ Joli. Oarsoiif de mUerla hinnana^ Î9 B, 6. Ind. bibl. 217. 

^* Ind. bîbl. 221. — La dédicace du traité De ora nntarctlca est datdo du i^^ août 
1505 ex acholis nostris. Dans une lettre ms. d'Ulric Zasius u »Séb. Brant, 31 oct. 1505, 
Kingmaun est dit itrœceptor Argeiiiincnsis pubis. 

*^ l)e ora antarctlca. Ind. bibl. 222. 

2* Jacques Brun avait été \\ Bologne avec Thomas Wolf; depuis 1501 il étudiait 
il Fribourg. 11 est un des jeunes gens dont Wimplieling recommanda la fréquenta- 
tion à Jacques Sturm, et auxquels il dédia son Apologia pro repuhUca chrisHana. 11 
devint chanoine de S. Pierre-le-Vicux à Strasbourg et assesseur du bailli impérial k 
Uaguenau; il mourut eu 1535. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 95 

ques, exprime dans toute sa fraîcheur rétonncment causé aux savants 
par les nouvelles découvertes : „Notre Virgile a chanté dans TEnéidc 
qu'au delà des asti'es et de la voie annuelle du soleil, il y a une terre 
où Atlas supporte de son épaule Taxe où brillent les étoiles. Si jus- 
qu'à présent quelqu'un en a douté, il cessera d'être surpris en lisant 
ce qu'Albéric Vespuce (c'est ainsi que Ringmann écrit le nom), un 
homme d'un grand génie et d'une non moins grande expérience, a le 
premier raconté, sans fiction, d'un peuple qui habite vers le Sud, 
presque sous le pôle antarctique. Il nous assure que ce sont des 
hommes tout à fait nus, et qui ne présentent pas seulement à leur roi, 
comme le font les Carmaniens de l'Inde, les têtes de leurs ennemis 
tués, mais qui se nourrissent avidement de la chair de ceux qu'ils ont 
égorgés". Ringmann dit en outre qu'il a recherché si les tencs nou- 
vellement trouvées correspondaient avec les cartes de Ptoléméc*'; 
c'est qu'en effet il s'occupait alors d'un examen des travaux de cet 
auteur, mais on ne peut pas affirmer qu'il ait déjà eu le dessein d'en 
faire une nouvelle édition, en corrigeant la version latine reçue et en 
la complétant par les résultats des derniers voyages. A sa dédicace à 
Jacques Brun il ajouta un poenuUulum non minus cosmographicum 
quam poeticum^^ j mais contenant en réalité plus de cosmographie que 
de poésie; les deux derniers vers : „ Candide lecteur, parcours ce 
livre d'un esprit sincère, et ne le lis pas en faisant un nez de rhino- 
céros", ces vers, souvenir d'une épigramme de Martial, sont à 
l'adresse des incrédules qui seraient tentés de se railler des choses 
étranges racontées par Améric Vespuce. 

Il a été parlé dans la notice sur Thomas Wolf du séjour qu'en été 
1505 Ringmann fit avec ce dernier et quelques amis au château de 
Breuschwickersheim, de la découverte qu'on y fit d'un monument 
romain, et de l'acrostiche que le jeune poète improvisa à cette occa- 
sion. Peu après il célébra, avec les mêmes amis et avec les élèves de 
son école, une fête scolaire. On se rendit dans une oseraie près du 
village de Schiltigheim ; là les écoliers coupèrent eux-mêmes les 
verges dont le maître avait besoin pour le maintien de la discipline. 

^^ ... ad Ptolenieutrif cuius tabulas ut noati non versamus 7iunc indUigenter. A. J. 
Brun, dédicace du De ora antarctica. 

*6 ... suhindeque de inventa nuper iUa orhis ora brève quideni, $ed non miniis cosmo- 
i/raphicum lu^nmxis poematulum quam poeticum, L. c. 



96 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L*ALSACE. 

lliiigmann donna à cette solennité le nom classique de Virgideniiaj en 
le détournant un peu de son sens primitif. Quand la provision fiit 
faite, on entra à Schiltigheim dans une auberge, on tint un banquet, 
un des élèves récita les Hemisticliia sententiosiora ^ à la grande satis- 
faction des convives, qui même inter poctila ne pouvaient se défaire 
entièrement de leur pédantisme de grammairiens. Enfin on rentra 
processionnellement en ville, les enfants portant les verges et chan- 
tant des couplets*'. 

En octobre Ringmann se mit en route pour un voyage dltalie ; il 
devait réclamer de Jean-François Pic de la Mirandole le manuscrit 
do ses œuvres qu'il avait promis à Thomas Wolf. Au lieu de suivre le 
chemin direct par T Alsace et Baie, Ringmann se rendit d'abord à 
Fribourg. Là les savants, émerveillés de la mission qu'il allait rem- 
plir, lui firent l'accueil le plus empressé ; le juriste Ulric Zasius lui 



^^ ... fjuum de more fecissemua virgidenxîam ^ deindeque syttipoêiaremur. Dédicace 
des Hemiatichia. — Nos premiers humanistes se servaient volontiers des locutions 
qu'ils rencontraient dans les comëdies de Plante, qui étaient pour eux le modèle 
de la conversation latine. C'est chez Plante, dans le Rudeiis^ acte 3, se. 2, que Ring- 
mann avait trouve Vîrgidemia; là le mot est pris dans le sens de moisson de coups 
de hûton; un vieillard dit à son esclave : 

At ego te per crura et taloa tergumque obtestor tuum 
Si tibi tUmeam uberem esse speras virgidemiam 
Et tibi esse eventuram hoc anno uberem messem malif 
Ut mihi istuc dicas negoti quid sit quod tumultues. 

Le grammairien Nonius Marcellus, plusieurs fois imprime h, la fin du XV^ siècle, 
mentionne le terme comme archaïque sous la forme de virgindeniia; on outre il rap- 
porte quelques vers d'une satire perdue de Varron : 

Quid tristiorem video te essef Num agit lucc 
Jjampadion ? Ecquid familiaris filins 
Amat ? Kec spes est auxilii argentariif 
Ideoque scapulœ metuuiU virgdemiam. 

(Ed. do Deux-Ponts, T. 1, p. 261.) Là encore la signification est la même que chez 
Plante et ne peut guère s'appliquer au passage de Kingmann. Le dictionnaire de 
Forcellini ne connaît le mot que d'après Plante et Varron. Celui de Freund (trad. 
en franc, par Theil, Paris, 1862, in-f^) indique encore un antre sens, d'après l'Ono- 
masticum latino-grœcum: action de couper des verges, des baguettes (virgtis demere) 
fafiôoXoYÎa. Est-ce fondé? Le mot grec qui semblerait indiquer une analogie, n'existe 
pas et paraît forgé par l'auteur. Cette signification n'était pas usitée dans l'anti- 
quité; le glossaire de Ducango n'a pas le mot pour le moyen Age. Ringmann a évi- 
demment pris le mot dans le sens donné par ÏOnomasticuvi. En Suisse et en Alle- 
magne on disait in die Mrgatum gehn; rirgotum pour rirgetuiHj lieu planté d'osiers. 
A Katisbonno on mentionne la coutume dès 1426; à B&Ie et dans le Palatinat on la 
suivait encore après la Reformation. V. la description de la fête chez Fechter, 
Oeschichte des Schultcesens in Basel hit 1589, BAle 1837, p. 30. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PIIILÉSIUS. 97 

donna Thospitalité dans sa maison, le curé Jean Kolher Tinvita à un 
repas arrosé d'un vin „aussi bon que celui de T Alsace", le professeur 
de théologie Jean de Brisgau lui fit cadeau d'un florin d'or, en Tlion- 
neur des œuvres dorées de Pic qu'il devait rapporter^*. Mais à peine 
eut-il quitté Fribourg qu'il eut une aventure moins agréable. C'était 
le moment le plus aigu de la querelle entre Zasius et Wimplieling 
d'une part, et le professeui* de poésie Locher de l'autre. Des deux 
côtés on en était venu aux injures, on se prodiguait les personnalités 
les plus offensantes. Peu avant que Wimplieling, qui avait passé 
quelque temps à Fribourg, s'en retournât à Strasbourg, Locher 
l'avait menacé de le faire assommer ; ne le trouvant plus, il se vengea 
sur son disciple. Accompagné de quelques étudiants souabes, il s'em- 
busqua dans les broussailles au bord de la grande route, non loin de 
la Chartreuse 5 c'est là que Ringmann devait passer pour continuer 
son voyage. Quand il parut près de Locher et de ses complices, ils 
Tassaîllirent, le terrassèrent, lui ôtèrent les habits, le professeur lui- 
même le frappa de verges et lui fit jurer de ne pas le dénoncer. 
Trop maltraité pour continuer son chemin, il revint à Fribourg, où il 
ne se crut pas obligé, par un serment arraché par la violence, à se 
taire sur ce qui lui était arrivé. A Fribourg toutefois, pour des motifs 
que nous ne connaissons pas, personne ne porta plainte contre le tur- 
bulent professeur de poésie. Zasius et Jérôme Véhus en écrivirent à 
Sébastien Brant ; pour les détails du fait, ils le renvoyèrent à des 
lettres à Thomas Wolf , qui n'existent plus ; ils se plaignirent de la 
violation du droit des gens et de la paix publique ; ils demandèrent 
l'intervention du magistrat de Strasbourg, „afin qu'à Fribourg on 
sente que les Strasbourgeois protègent leurs concitoyens, car, par 
Jupiter, c'est votre ville elle-même qui est offensée dans la personne 
du savant précepteur de votre jeunesse"*®. Notre magistrat se mêla-t- 
il de l'^aire? Nous l'ignorons. Thomas Wolf, par une lettre du 
V^ novembre 1505, adressa à Locher, son ancien compagnon d'études 
à Bologne, de vifs reproches, tout en l'assurant que s'il revenait à 
plus de modération, ses amis strasbourgeois lui continueraient leur 
amitié. Wimplieling envoya une plainte au sénat académique de Fri- 

28 MemiaUcJiia, f» e, 2. 

29 Jérôme Yëhus à Sëb. Brant, deux lettres » Tune du 15 oct. 1505, Tautre s. d. ; 
Ulric Zasius à Brant, 31 oct. Ms. 

II . ' 



98 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

bourg ; il écrivit même directement à un des auteurs du méfait , le 
clerc Jean Gaudentz , de la famille noble de Blumeneck ; il lui rap- 
pela que jadis, à Spire, il lui avait rendu des services, et qu'à Baie il 
avait été son voisin ; si on avait des griefs contre Ringmann, il fallait 
l'appeler en justice ou Tinviter à une disputation : „Vous eussiez agi 
ainsi en savants, au lieu d'agir en sicaires"'®. Gaudentz do 
Blumeneck n'était en effet qu'un sicaire; en 1509 il assassina à Fri- 
bourg, en pleine rue, le professeur de théologie Georges Northofer, 
recteur de l'université. 

Comme les tribunaux, ne voyant sans doute dans l'exploit de 
Locher qu'un de ces scandales d'étudiants si fréquents alors, ne s'en 
occupèrent point, les amis de Ringmann le portèrent devant le public, 
mais incidemment et sans nommer personne. Quand Wimpheling eut 
à se défendre contre le reproche d'avoir mal parlé des Souabes, lui, 
Thomas Wolf et les autres membres de la Société littéraire adressèrent 
une lettre à l'imprimeur Jean Prttss, qui était Wurtembergeois de 
naissance; dans cette lettre, qu'ils publièrent, ils déclarent que, 
pleins d'estime pour les Souabes , ils n'en connaissent qu'un qu'ils ne 
puissent pas respecter, celui qui corrompt la jeunesse en lui expli- 
quant des poètes frivoles, et qui, „par fureur ou par envie, est tombé 
comme un brigand sur un jeune homme pieux, modeste, savant, qui 
dans l'intérêt des lettres se rendait en Italie ; et ce brutal se vante 
d'être poète et orateur ! "^' Ringmann ne prit pas la chose de si haut ; 
dans des vers qu'il fit pour Grégoire Reisch, où il le remercie de lui 
avoir appris les mathématiques, il regrette qu'il ne lui eût pas 
enseigné aussi l'art d'éviter les embûches de bandits cachés au 
milieu des ronces'*; contre Locher il fit une épigramme satirique, 

*0 Philesium , magiia Suevorum cat^rva stipatus in via puhlica atrociter aggresdus, 
innoceiiteni juvenem, imherhemj nudum, inermem^ isthic peregrinum et hospiUmj contra 
sanctarum legum prœscripta impie rerberastif guem ductu auspiciiague mets sciebas pro- 
Jiciaci... Substementes eum, caîigis ahstractia denudatum tenenteSy magistro Jacoho priii- 
cipalij qui soins cum virgxs ad nates acriter illum allicit. Wolf hLochor, 1®' nov. 1505, 
chez Schreibcr, Oeschichte der Universitat Freiburg, T. 1, p. 79. — Amœnit, friburg.y 
p. 170. 

3^ Epiatoîa cxcusatoria ad Suevosj fo a, 4. 

... macfiinavienta hostium 
Qui more latronum rubeis absconditi 
Magna caterva in unicum severiter 
Àlox imterunt,.. 

Hemistichiaj fo e, 2, et dans YJ^istola ad JSuevos, iV a, 4. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 99 

dans un style qui est comme un prélude de celui des Ejpistolce 

ohscurarum viroruni ; Locher ayant traduit jadis la Nef des fous de 

Branty le jeune poète lui donne la première place dans la Narra- 

gonîe'' : 

Adest magne decus larvatus ccce poetus^ 

Ex Ehingen natus venter est ille bealtis 

Qui cumportavit qui se sic glorifîcavit, 

Hic est poetus qui est super pvophctus, 

est mihi tara care quia sait bene versificarc. 

Studuit Athenis hoc est apud Ulmis, 

Ibi viget studium^ legitur Alexander et vademecum, 

Sunt boni grammatici testimotiio Vilamusi. 

Sed redeo ad Philamusum, cematis illum obtusum 

Primum in cxcelsa sedentem Narragonia. 

Le jeune homme continua sa route pour Tltalic sans autre acci- 
dent; en novembre 1505 il était à Carpi auprès du comte de la 
Mirandole, qui lui remit ses manuscrits avec une lettre pour Thomas 
WolP*. L'impression, retardée par une maladie de ce dernier, ne fut 
achevée que le 31 janvier 1507. 

Quand Ringmann fut revenu à Strasbourg, il publia ses Ilemisti- 
chiaj en petit format, pour servir de livre d'école; il les dédia à 
Augustin Sprung, son successeur comme ludimagister à Colmar^'. Il 
y ajouta quelques carmina qu'il avait faits lui-même ; les uns sont des 
pièces religieuses, sur la messe, sur sainte Anne, sur saint Sébastien, 
sur révêque saint Amand , dont les restes étaient censés conservés 
dans l'église de Saint-Pierre-le-Vieux ; par d'autres il remercie les 
savants de Fribourg qui l'avaient reçu lors de son voyage ; d'autres 
encore sont adressés à des amis ou à des élèves. Il y en a qui ne sont 
pas sans agrément ; l'éloge par exemple du chien dô Thomas Wolf 
ne manque ni de finesse ni de grâce ; Ringmann rappelle d'abord les 
chiens des hommes célèbres de l'antiquité; cet étalage d'érudition 
classique à propos d'un si petit sujet n'a ici rien de déplaisant ; le 

'3 Dans le traîtd de Wîmpheling Contra turpem libellum Philomusij f^ d, 4. 

3* Pic h Wolf, 24 nov. 1505, Carpi. Joh, IVanc. Fici opéra, Strasb. 1507, in-f^, 
epiêtolarum liber /F, f» E, 3. 

35 La dc^dicaco est écrite le l^^ oct. 1505, avant le départ de Ringmann pour 
ritalie. La preuve que le livre ne parut qu^aprës son retour, c*est qu^il y ajouta ses 
vers aux savants de Fribourg ainsi'quo ceux que fit pour lui-même Jean Thomas, 
le fils de Pic, qui le félicite d'apporter à Strasbourg, Argiria^ les œuvres de sou 
père. 



■» •> J'y ■• - ' -, . 



100 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

poète lui-môme ne le prend pas au sérieux, il n'est qu'un moyen pour 
mieux faire ressortir par le contraste les qualités du chien de son 
ami ; il continue : ^Toutes ces bêtes fameuses ne sont rien à côté de 
toi ; tu connais les philosophes, tu aimes les poètes ingénieux et les 
orateurs diserts ; tu fuis le commerce des gens incultes, tu ne te plais 
que chez les hommes de talent ] tu surpasses tes pareils comme le peu- 
plier surpasse un chétif arbrisseau". C'étaient autant de compliments 
à l'adresse de Wolf lui-même. En général, à cette époque Ringmann 
s'exerçait beaucoup à tourner des vers selon le goût de son temps ; il 
affectionnait les mètres compliqués, il recherchait les diflGicultés, il se 
plaisait surtout à construire des acrostiches ; il écrivait soit des dis- 
tiques soit des vers saphiques ou autres, tantôt pour les mettre au 
titre ou à la fin de quelque livre, pour donner à l'auteur un certificat 
d'illustration , tantôt uniquement pour remplir une page qui autre- 
ment serait restée vide. Ses vers, pris dans leur ensemble, sont aussi 
factices que ceux de ses contemporains ; par moments toutefois ou y 
voit éclater des traits d'esprit et des étincelles de poésie. 

De même que la plupart de ces jeunes poètes, laïques ou clercs, 
Ringmann paraît avoir mené une vie assez dissipée , tout en étant 
patronné par un aussi grave personnage que Wimpheling. Quelqu'un 
qui voulut se railler de lui, ajouta à une édition qu'on fit au mois 
d'août 1505 du discours facétieux de Jacques Hartlieb De fide nierc- 
tricum in suosamatores, un carmen drolatique latin , avec une explica- 
tion allemande en regard, également en vers. L'auteur raconte 
l'aventure d'un liidimagister qui se croit aimé d'une courtisane, et 
qui fait pour lui plaire de folles dépenses ; se voyant ridiculement 
trompe, il jure de la quitter; soudain il apprend qu'elle est morte, 
son amour renaît, il se lamente et compose pour elle des épitaphes. 
Les initiales des douze premiers vers latins forment JEUsa Eingmann; 
une épitaphe latine donne par ses premières lettres El^a, par ses der- 
nières Vole; une allemande, qui est aussi une acrostiche, rappelle 
Elisahet, et dit qu'elle a été „une belle princesse au Tummenloch^ , 
une des rues les plus mal famées de Strasbourg. La morale finale est : 

Ita vixit ille rector — Er wollts nit anders han, 
Valc semper bonc lector — Liig du und stosz dich dran, 

Gut gscll ist Ringmann^*^ . 

36 De fide meretricum in suoa anuUorcs. Â la fin : Finitum heatUer anno Christi eupra 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PIIILÉSIUS. 401 

Quel que soit Tauteur de cette satire , il est diflGicile de croire qu'il 
eût été assez impertinent pour la publier, si ce giU gsell, ce bon gar- 
çon de Ringmann avait été à Tabri de tout reproche. 

Rien ne s'oppose à ce qu'on admette qu'après son retour d'Italie il 
reprit à Strasbourg ses fonctions de maître d'école, mais rien aussi 
ne le prouve. Pendant l'année 1506 on le voit occupé surtout comme 
correcteur dans les typographies do Griininger et de Knoblouch, 
comme poète et comme traducteur. Il corrigea les épreuves dur texte 
que Geiler avait fourni pour les planches d'Urs Graf sur la Passion ; 
il y joignit une lettre à Wimpheling et, sur le conseil de ce dernier, 
la poésie sur Marie-Madeleine qui passait pour être de Pétrarque, et 
que Geiler avait rapportée de son voyage à Marseille. Sur le titre il 
mit un acrostiche, dont les premières et les dernières lettres forment 
Mors Christi — vita nostra. En même temps il fit une traduction du livre, 
qui fut publiée avec un acrostiche allemand, BingmannuSy et qui, au 
lieu de la poésie sur Marie-Madeleine, n'a qu'une courte exhortation au 
lecteur^'. En outre il revoyait les épreuvesdes publications de Wimphe- 
ling et accompagnait celles-ci de vers. Dès 1505 il avait fait pour VApo- 
logetica declaratiOy par laquelle Wimpheling justifiait son traité Be inte- 
gritcUe , un carnien véhément contre l'adversaire qui avait demandé que 
<5e livre et son auteur fussent livrés aux flammes'*. En 1506 il inséra 
plusieurs pièces dans VApologia p7'0 repuhlica christiana^^ ; „celuî, 
dit-il dans un de ces distiques, celui qui condamne les doctrines de 
Wimpheling, condamne Dieu lui-même"; dans d'autres il s'élève 
contre les prêtres qui n'étudient le droit que pour défendre l'injus- 
tice, et glorifie les théologiens comme supérieurs aux légistes et aux 



iesguimUledimum quinto. III kcd. septembris» S. I. in-4<>. Goth. Les vers sur Rîngmapn 
se trouyent f° C, ô et 6. Les mots : einfurstin schon im Thimmenloch prouyent que 
la pièce a été faite à Strasbourg ou au moins par quelqu'un qui connaissait la yille; 
il n'y ayait qu'à Strasbourg un Tummenloch. La première édition du pamphlet : 
impressum Maguntie per Fridericum Bewman^ s. d. m-A9. Goth., n'a pas encore ces 
yers. Dans une autre édition, s. 1. ni d., in-4o, Goth., précëdce du traite Defide con- 
cubinarum in aacerdoteSf il y a au lieu des mots Out ysell ist Riiigmann^ gui gesell ist 
ein gering man : preuve qu'on a voulu faire disparaître ce qu'il y avait d'injurieux 
pour Ringmann. — Out gsell était synonjrme de mauvais sujet, Murner le prend 
souvent dans ce sens. 

«7 Ind. bibl. 179. 

*8 Apologetica déclaration f» C, 4. Ind. bibl. 22. 

39 Ind. bibl. 24, Au titre ; f^ a, 2 et h, 6. 



102 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

avocats, leguleii et rahdœ forenses, autant que le brillant Phébus est 
supérieur aux feux terrestres. A l'édition que fit Wimpheling de la 
vie de Tévêque saint Adelphe, il ajouta un petit poème en Thonneur 
du comte Philippe de Hanau*®. Pour donner un témoignage de la 
piété de son maître, il publia un discours académique que Wimphe- 
ling avait prononcé jadis à Heîdolberg ; il le dédia au prévôt du 
grand-chapitre de Strasbourg, en rappelant les mérites et les princi- 
paux traités du vénéré professeur**. Dans la deuxième édition du De 
integritatey qui parut en octobre 1506, il y a de lui quelques ïambes, 
en forme d'acrostiche, pour recommander aux jeunes gens de bien 
méditer ce livre ; il annonce la publication prochaine de celui De fru- 
gàlitate {qui ne fut jamais imprimé), et s'écrie: „Ah, comme ces 
pages vont irriter ces maudits avares ! en attendant, nous rions 
d'eux" ; ces avares étaient les prêtres possédant plusieurs bénéfices**. 
Il communiqua à Wimpheling deux poésies de Fausto Andrelini , 
l'une sur le sort malheureux des poètes , l'autre sur l'éloge des théo- 
logiens ; Wimpheling les publia à la suite du Spectdum aninue do 
Henri do Hessc*' \ dans la lettre d'envoi Ringmann s'étonne qu'un 
certain poetaster (Locher) exalte les ^poètes lascifs" et dénigre les 
théologiens honnêtes; les poésies de Fauste, „si élégantes, si pleines 
de sentences et d'épithètes", serviront à réfuter ce mécréant : „Lais- 
sons ces gens envieux, superbes, corrupteurs de la jeunesse, nous 
calomnier à leur aise ; leur langue envenimée , leur plume pétulante, 
ne pourront nuire ni à notre réputation ni à notre âme, ils ne font 
dommage qu'à eux-mêmes , en se rendant odieux à tous les gens de 
bien". Y a-t-il dans ces lignes une récrimination personnelle, une 
allusion à la poésie sur le bon compagnon Ringmann et son Eisa ? Ce 
n'est pas improbable. Sous l'influence de Wimpheling, qui lui aussi 
avait eu ses péchés de jeunesse, et qui s'en faisait de perpétuels 
remords, Ringmann était revenu de sa légèreté ; la honte môme de 
voir son nom livré au public à côté de celui d'une des ^princesses du 
Tummenloch^y a pu contribuer à le corriger. 

*0 VUa S. Adelphi epUcopi, fo a, 3. Ind. bibl. 69. 

** Oratio de S, Spiritu. Ind. bibl. 28. La dëdicaco est de Strasbourg, l*^"^ sept. 1506. 

** Ind. bibl. 19. Los initiales des vers do Ringmann forment: rumpere liror, 

*3 Spéculum animœ sive soliloquîum Ileinrici de Haasia, Ind. bibl. 76. La lettre de 
Ringmann, sans date, f^ D, 1. A la dernière page du volume il y a une ëpitapbc de 
lui pour Guillaume de Rappoltstein. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 103 

Pour les Propos de table de Conrad Peutinger sur les antiquités de 
la Germanie, que Thomas Wolf publia en 1506, notre jeune poète fit 
un acrostiche à Téloge do Tauteur et de Téditeur**. Vers la même 
époque il était en correspondance avec Henri Bébel ; celui-ci inter- 
cala dans le recueil de ses facéties une anecdote sur une femme in- 
fidèle à son mari, et quelques lignes sur les avocats qui favorisent les 
riches et ne se soucient pas des pauvres, que Ringmann lui avait 
communiquées dans ses lettres*'. Son habitude de faire des vers 
pour des livres publiés par d'autres, lui attira le reproche d'être 
superficiel ou vaniteux : Est-il incapable, disait-on, de faire un tra« 
vail plus sérieux que ces petites épigrammes ? ou lui , jeune homme 
inconnu, s'imagine-t-il qu'il peut ajouter quelque chose à l'illustration 
de savants tels que Peutinger ou Wimpheling ? Il se plaint de ce 
reproche dans un carmen joint au Spéculum vitœ htimanœ de Rodéric 
de Zamora, qui parut à Strasbourg dans les premiers jours de 1507 ; 
„mais n'importe, s'écrie-t-il, Bavus aura beau se mettre en rage, je 
chanterai Kodéric et son miroir plus transparent que tout autre"*®. 
Wimpheling le dédommagea des fureurs du Bavus en le comptant au 
nombre des poètes recommandables, qui font des vers pour combattre 
les vices, pour vanter les vertus, pour glorifier les saints, pour louer 
les écrivains honnêtes , pour consacrer des épitaphes à des hommes 
célèbres *^ : seuls sujets que le pédant permettait à la poésie 
d'aborder. 

Une des productions les plus intéressantes de Ringmann apparte- 
nant à l'année 1506, est son poème sur la chaîne des Vosges. Il se 
trouve dans un traité où, à première vue, on ne le chercherait pas. 
En 1506, Michel Kœchlin ou Coccinius, de Tubingue, envoya à son 
compatriote le docteur Jean Oessler, avocat au tribunal épiscopal de 

^^ Serjïumes convivales. Ind. bibl. 165. Les premières et les dernières lettres des 
vers de Kingmann forment : comité virtute. 

*5 Libri facetiarum jucundissimiy dans le volume intitule: In hoc libro coniinentur 
hac Bebeliana opuscula nova» Etc. Strasb. 1508, m-49; P D, 2; E, 4. 

*• Spéculum vitœ humanœ, Ind. bibl. 72 : 

Sunt pr(Fjîxa allia epitjrammata nostra libeUiSy 

JBinc nos ventosoa hic vocat^ Ule levés. 
Dedignatur edax meritos sic livor honores, 

Atque pium immiti pectore damnât opus... 
Hoc mea vel Bavio carmen tibi musafurente 

Fuderit in libros, o Boderice, ttios. 

*' Contra turpem libellum Philomusi, cap. 6. 



404 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L*ALSACE. 

Strasbourg, son pamphlet sur la translation de TEmpire des Grecs 
aux Germains, avec prière de le faire imprimer. Oessler, trop occupé 
pour se charger de cette besogne, la confia à Ringmann, attaché 
comme correcteur à rimprimerie de Grtininger. Ringmann revit les 
épreuves et, trouvant une page pour laquelle il n'y avait plus de 
matière, il la remplit par seize distiques „sur la montagne de sa 
patrie" **. C'est l'œuvre d'un géographe, qui se plaît à énumérer les 
cours d'eau, mais qui se trompe en rattachant les Vosges aux Alpes 
rhétîques, Çà et là la pièce est animée par un sentiment assez vif de 
la beauté pittoresque et de la fertile abondance de la contrée ; Ring- 
mann parle, non sans émotion, des forêts, des cultures, des vignobles, 
des châteaux qui couronnent les montagnes, du monastère de Sainte- 
Odile, des prairies et du ruisseau de sa vallée natale. Il donna place 
dans le même livre à un décastique, où il répète le paradoxe de 
Wîmpheling que l'Alsace doit s'appeler Helvétie et que de tout temps 
elle a fait partie de l'Empire germanique. Ses vers sur les Vosges, 
comme égarés dans une publication politique, seraient restés ignorés 
«ans doute des savants alsaciens, si François Irenicus n'en avait pas 
dit quelques mots dans son Exegesis Germantœ *®; au chapitre 25 du 
septième livre il en cite les quatre premières lignes et les deux qui 
précèdent les deux dernières ; à la quatrième il a une variante '^^ qui 
paraît prouver qu'il a eu sous les yeux un autre texte que celui du 
traité de Kœchlin, et pourtant on ne connaît encore que celui-là. 
C'est d'après Irenicus que Dom Calmet attribue à Ringmann „uno des- 
cription delà Vosge en vers latins", en ajoutant qu'elle ne se retrouve 
plus '*. Grandidier, quand il dit: „0n doit regretter son poème sur 



^s Ind. bibl. 223. Goccinius devint chancelier de Guy de Ftirst, lieutenant impé- 
rial à Modbnc, et mourut en cette ville. — La podsie sur les Vosges^ f° B, 4 , a ce 
titre : Ta ori/iôta tou çiXsatou ;:£pi opso; naTpuou. 

^^ Philesiua in carminé de ipso Vofjeao, £^ 172». C'est d'après les passages rap- 
portes par Irenicus que Gaspard Brusch cite Philesiua de VosayOy h, propos de la mon- 
tagne do S. Odile. Monasteriorum Germaniœ prœcipuorum... centuria prima (d'abord 
Ingolstadt, 1551, in-fo). Nuremb. 1682, in-f», p. 555. — Schopflin n'a pas connu la 
podsie complète; il n'en a pas même connu l'autour; il cite, AU, i//., T. 1, p. 7, les 
quelques vers mentionnas par Brusch, et les dit l'œuvre d'un anonymua poeta ficto 
sub nomine qui se vocat Philesium. 

50 Le quatrième vers est remplacé par le di.xième avec un changement : Et Medio- 
matricw mox ridet urbiê agros. 

ûi Bibliothèque lorraine (T. 4 de l'Histoire ecclésîast. et civile de Lon*aîue). 
Nancy 1751, in-f», p. 737. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 405 

l'Alsace, dont il no reste que quelques fragments" '*, ne Ta également 
connu que par Irénicus. Cette opinion s'est transmise jusqu'à nos 
jours *' ; je crois donc faire plaisir aux Alsaciens, qui s'intéressent à 
notre ancienne littérature, en reproduisant le carmen en entier : 

Mons Vogesus sumit Rhœtis ex Alpibus ortum 

Et viridi cosla te quoque, Trevir^ adit, 

Gallica theutomcis qui séparât arva colonis 

Ex cuius venis multa fluenta scatent, 

Occiduum pars aspectans Titana perhome 

Frondet pinetis conspicienda suis, 

Et Mosam et Mortam, Mortanam, te quoque, Sella, 

Jmmittit Gallis divite fonte plagis» 

Confluit unda omnis hœc antea {vidimus ipsi) 

Quam Mediomatricum videt urbis agros. 

Ilinc Mosella, unum gemino de nomine noinen, 

Ingreditur Rhenum, pluribus auctus aquis. 

Sed quœ pars solem versus se exponit Eoum^ 

Ostendit nostHs et iuga celsa locis 

{Quamvis ornetur nemorosis vallibus atque 

Arboribus vanis floreat omnis apex) 

Munera cum liquido prœbet cerealia Baccho 

Ipsaque frondescit frugibus omnigenis, 

Mitis in apricis ibi crescit collibus uva, 

Alsaticam dicunt, nomen ei Alsa facit. 

Ilinc Bavari, Suevi prœdulcia dona Liei 

Potum Theutoniœ maxima parsque capit, 

Ilinc Bruscha, hinc Matra et decurrit origine Sara, 

Aha hinc cum vico tu quoque Schara (luis, 

Torrentem pratis villanum immittit amœnis 

Qui radit patrias valle virente domos. 

Et iuvat a longe spectare cacuminis arces 

Quas servant clari nobilitate viri. 

Odilia in summo requiescit vertice montis, 

Odilia alsatici gloria'summa soli. 

Fœlix antc alios Vogesus {mihipatria) montes 

Bacchica qui liquidis pocula iungit aquis. 

Pendant que Ringmann soignait l'impression du pamphlet de Kœch- 
lîn, il était occupé d'une œuvre plus considérable ; en partie sur les 
conseils de Jacques de Flcckenstein, sous-bailli d'Alsace, amateur 
d'histaîre et possédant une riche bibliothèque historique "*, il avait 

5» Notice sur Paris, p. 16. 

53 Strobel, Geachxchte des Elsasses, T. 3, p. 553. 

** Prëfaco de la traduction do Cësar, éà, de 1507, f» 8. Ind. bibl. 224. 



106 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

entrepris une traduction allemande de Jules César; il Tacheva dans 
Tespace de cinq mois ^°, et fut ainsi un des premiers à porter à la con- 
naissance de ceux qui ne savaient pas le latin, un des plus grands 
historiens de Tantiquité romaine. En môme temps que Griininger 
imprimait cette version, il en imprimait une de Tite-Live, faîte à 
Mayence par un savant qui m'est resté inconnu; Tune et l'autre 
parurent à peu de jours d'intervalle, au mois de mars 1507 '°. La pré- 
face du Jules César est un morceau très-remarquable; Ringmann y 
révèle un sens historique, ime sagacité, une richesse de connais- 
sances, un intérêt pour le grand public, qu'eu égard à son époque on 
ne saurait trop apprécier. Il parle d'abord de la diflférence de génie 
qui existe entre les langues latine et allemande; il est impossible, 
dit-il, de traduire le latin mot à mot, comme certains auteurs l'ont 
essayé, on ne produit ainsi qu'un allemand barbare et incompréhen- 
sible; mais tout en modifiant la forme, il faut rester fidèle au texte, 
il ne faut ni en dénaturer le sens ni l'allonger par des périphrases. II 
y a des personnes qui demandent : „ A quoi bon traduire des ouvrages 
latins ? c'est trop facile, c'est inutile et c'est coupable" ; c'est facile 
parce qu'on se dispense de méditer soi-même pour trouver quelque 
chose d'original ; inutile parce que les anciens auteurs ne racontent en 
général que des fables de leurs idoles ; coupable parce qu'on met à la 
portée des laïques le poison caché dans les œuvres des païens. Ring- 
mann réfute ces objections : il n'est pas facile de faire une traduction, 
puisque, par exemple pour rendre César en allemand, il faut non- 
seulement posséder à fond les deux langues, mais connaître aussi la 
géographie des anciens et les procédés de leur art militaire ; ce n'est 
pas inutile, puisqu'au Meu de contes imaginaires, comme il y en a 
chez quelques poètes et chroniqueurs du moyen âge, on apprend ainsi 
des faits qui réellement ont eu lieu; enfin, précisément parce que 
c'est utile, cela ne peut pas être coupable. On remarquera l'impor- 
tance de ces déclarations de Ringmann. Ce ne fut pas un des effets les 
moins heureux du retour aux lettres classiques, que de remplacer par 

55 L. c, fo 3. — lud. bibl. 224. — En 1506 Œssier dcrit à Kôchlîn: „Mingman- 
num Philemum nunc in officina litt^ataria exiatentem et Jtdii dvsarU omatisaimoê com- 
ment arios vertentem e latine in germanicam linguam, Opusculum CocctniV, f» D, 6. 

58 Rômische Iliatory usz T^to Lirio. Strasb., 23 mars 1507, in-f^. Gravures, dont 
plusieurs sont empruntées au Virgile de Brant. 



LIVRE IV. — MATTHIAS UINGMANN PHILÉSIUS. 107 

■ 

le drame sérieux de Thistoire vi'aie les légendes fausses qui abondaient 
dans les chroniques et surtout dans les romans de chevalerie, souvent 
si insipides à force d'extravagance. Les esprits sensés ne se conten- 
taient plus de ces récits d'aventures impossibles, de (îombats avec 
des monstres, d'armées entières détruites par un seul héros, qui n'ac- 
complit tous ces prodiges que pour plaire à quelque dame ; il leur 
fallait désormais des caractères historiques et des événements positifs. 
Kingmann, pour avoir senti cela, est un de nos humanistes de la pre- 
mière période qui se sont le plus détachés des goûts et des traditions 
du moyen âge. 

Pour justifier sa traduction de César, il continue en rappelant aux 
Allemands que pour eux l'histoire du fondateur de l'Empire romain 
doit avoir un intérêt particulier; puisque cet Empire est à eux, il leur 
importe d'en connaître les origines et les exploits de celui qui l'a éta- 
bli. Afin de faciliter aux laïques l'intelligence du texte, il donne une 
liste alphabétique des noms géographiques, en mettant à côté les noms 
modernes ; il y a là naturellement quelques erreurs, mais on peut 
s'étonner qu'en 1506 Kingmann ne se soit pas trompé plus souvent. II 
ajoute un résumé de l'histoire romaine jusqu'à César, il montre com- 
ment, selon l'opinion de son temps, l'Empire a passé des Romains 
aux Germains, et dresse la série des empereurs jusqu'à Maximilien; il 
entre dans des détails sur la manière des anciens de faire la guerre, sur 
l'organisation des légions, les armes, les campements, les flottes, etc. ; 
enfin il donne quelques indications sur ceux des noms propres qui ne 
sont désignés que par des initiales. En tout cela Kingmann, qui n'avait 
alors que vingt-quatre ans, fait preuve d'un savoir géographique, histo- 
rique et archéologique qu'on trouve rarement au même degré chez 
ses contemporains. Sa traduction est en général d'une lecture facile,* 
en quelques endroits seulement son allemand est trop calqué sur le 
latin*, en d'autres il ne rend pas exactement le sens; mais encore 
une fois, quand on se reporte au commencement du seizième siècle, 
on ne peut qu'admirer le travail du jeune Alsacien. 

Sachant que les livres sur les guerres d'Afrique et d'Espagne 
n'étaient pas de César lui-même, Kingmann n'en donna que des 
extraits ; à la fin il ajouta des traductions de la Vie de César par Plu- 
tarque et du dialogue de Lucien sur le plus grand capitaine. Comme 
aucun ouvrage ne pouvait paraître alors sans être accompagné de 



i08 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

- 

vers, Ringmann mit au verso du titre des rimes oii Jules César, par- 
lant k la première personne, fait Ténumération de ses livres et en 
annonce la traduction; dans la préface, à propos des guerres entre 
César et Pompée, il traduit, encore en rimes, un passage de la Phar- 
sale, et à la suite du dialogue de Lucien, les vers de Virgile sur les 
prodiges qui, disait-on, avaient eu lieu lors de la mort du grand 
Jules; à la fin, quelques lignes sur Tassassinat. Ces vers de Ring- 
mann sont plus raboteux que sa prose allemande; ils fournissent une 
preuve de plus que nos humanistes, quand ils voulaient versifier en 
langue vulgaire, étaient plus gênés en maniant un instrument qui 
avait besoin d'être perfectionné, qu'en s'eflforçant d'imiter en latin les 
poètes classiques. Enfin le volume, un des plus beaux qui soit sorti 
des presses de Gruninger, est orné d'illustrations; au titre on voit 
Jules César sur un cheval lancé au galop et ayant sur la housse l'aigle 
impériale germanique ; chaque livre s'ouvre par une grande planche, 
dont l'ime est empruntée à l'Enéide dans le Virgile de Brant *' ; les 
autres sont traitées d'après le même style. A la fin de quelques livres 
il y a des gravures plus petites, sans aucun rapport avec le texte, et 
sur la dernière page les assassins, dessinés par une main moins habile 
que celle qui a tracé les scènes militaires. Une particularité qu'il 
con\âent de mentionner encore, c'est que ce grand ouvrage qui, dans 
le monde littéraire d'alors, devait passer pour une nouveauté auda- 
cieuse pour les uns, méprisable pour d'autres, n'est accompagné 
d'aucune recommandation ni en prose ni en vers. Tandis que de 
vieux savants en renom, tels que Wimpheling, ne publiaient pas ime 
brochure sans la mettre à l'abri de la critique par des épîtres ou des 
carmina écrits par des admirateurs, Ringmann dut faire paraître son 
Jules César tel quel, en son propre nom. Lui qui, comme on la vu, 
rendait à Wimpheling le service de prôner ses opuscules, n'obtint pas 
un mot d'éloge de son maître ; quand on connaît les scrupules de ce der- 
nier au sujet des auteurs païens, on ne se trompera pas en supposant 
qu'il n'avait pas vu du meilleur œil la publication de son disciple ; 
celui-ci se borna à la dédier à l'empereur Maximilien. Ce César alle- 
mand eut tant de succès, que dès l'année suivante il en fallut une 



s 7 Dans VÉndidc do Brant, ft> 180, cette gravure roprësento rembarquement d*£ndo 
on quittant Troie; dans Cdsar, f^ 88, le sidgo de Marseille par Trdbonius. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PlilLÉSIUS. 109 

nouvelle édition; Ringmann n'étant plus à Strasbourg, elle fut 
soignée par le médecin Jean Adelphus ; elle diffère de la première 
par la disposition du texte en deux colonnes, par quelques change- 
ments de mots, par la suppression d'un passage de la préface, par 
l'addition de quelques images et de la Vie de César par Suétone, 
traduite par Adelphus **. 

Près de dix-huit mois avant que cette nouvelle édition fût achevée 
d'imprimer, Ringmann avait franchi les Vosges pour se rendre à 
Saint-Dié en Lorraine. La dédicace de son César à l'empereur Maxi- 
milien est datée de 1507, sans indication d'un jour ; l'ouvrage fut 
livré au public le 7 mars ; on peut admettre sans hésiter que la révi- 
sion des épreuves retint Ringmann à Strasbourg jusqu'au moment de 
la mise en vente. Comme le 25 avril suivant parut à Saint-Dié un 
livre dont il fut collaborateur, c'est aussitôt après le 7 mars qu'il doit 
avoir quitté notre ville. Quelles sont les circonstances qui l'amenèrent 
en Lorraine ? il est difficile de les préciser ; sa naissance sur les con- 
fins de cette province et de l'Alsace permet de supposer que de bonne 
heure il était descendu parfois dans les vallées occidentales des 
Vosges; Saint-Dié même ne semble pas lui avoir été inconnu; il y fut 
appelé peut-être sur la recommandation d'un jeune savant allemand, 
dont l'avait rapproché la similitude des goûts géographiques et dont 
il sera parlé plus bas. Ringmann s'était fait connaître par son édition 
de la lettre de Vespuce ; comme à Saint-Dié on projetiiit des publica- 
tions semblables, il n'est pas impossible qu'on ait songé à l'attirer. 
Quoi qu'il en soit, son arrivée à Saint-Dié marque une nouvelle 
période dans sa courte existence; période signalée surtout par la part 
qu'il prit à des travaux importants sur la géographie. 

La ville de Saint-Dié était soumise à un gouvernement ecclésias- 
tique ; son chapitre jouissait de privilèges considérables , il relevait 
directement du saint-siége et de l'Empire, il avait un grand-prévôt 
remplissant des fonctions dites ^quasi-épiscopales", il était seigneur 
temporel de la ville et d'une partie de la vallée, il exerçait la juridic- 
tion sur ceux des habitants qui étaient ses sujets, ses avoués étaient 
les ducs de Lorraine, chargés de la défense de ses possessions. 
Malgré cette grande situation, et tout en ayant un écolâtre et une 

58 Ind. bibl. 224. 



110 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

bibliothèque, il paraît que jusqu'alors il n'avait rien fait pour Fin- 
struction ni du clergù ni du peuple ; il ne se préoccupa de ces intérêts 
que dans la seconde moitié du quinzième siècle ^* ; à cette époque il 
fut môme un des premiers corps ecclésiastiques à Touest des Vosges 
où pénétra Tesprit de la Renaissance. Il comptait parmi ses membres 
quelques hommes instruits et amis des études , le parisien Pierre de 
Blarru, auteur d'un poème latin sur la guerre qui amena la défaite et 
la mort de Charles le Téméraire °° ; Jean Basin de Sandaucourt , qui 
a écrit entre autres un traité sur l'art de bien dire et de rédiger des 
lettres ®* ; Gaultier Lud, originaire de PfafFcnhofen en Alsace, depuis 
1490 chapelain et secrétaire du duc René 11^'. Gaultier Lud déploya 
un grand zèle pour relever la piété catholique par des fêtes nouvelles 
et pour soulager le peuple par des institutions charitables ; ce fut lui 
aussi qui devint le promoteur principal du mouvement littéraire. Le 
chapitre, qui jusqu'alors n'avait pas même eu d'école, prit en 1486 
une première mesure, encore fort insuffisante, mais symptôme au 
moins d'une intention meilleure; il demanda et obtint d'Innocent VIII 
la suppression de deux prébendes vacantes, dont les revenus furent 



53 Ddjhon 1446 le chapitre avait fait construire une nouvelle salle pour sa librairie^ 
uu-dessus du cloître de la catliddrale. Renseignement communique par M. £d. Feriy, 
de B. Dië. 

80 On a cru gdnëralemcnt, et j'ai d'abord éiô du même avis, que Pierre de Blarru 
ëtait de naissance alsacienne, qu'il était né au hameau de Blarru ou Blancrupt, non 
loin du lac blanc et du couvent do PUrîs, et que par conséquent le titre de Pariêiantu 
qui lui est donné se rapportait a PUris. Mais dans son poème il se qualiUo expresse- 
ment de francim ; comme il existe encore aujourd'hui un village do Blaru dans le 
voisinage de Paris (dép. de Seine «et-Oiso), on peut supposer avec quelque vraisem- 
blance que c'est Ik plutôt qu'en Alsace qu'il convient de chercher son origine. V. 
le mémoire de M. Rouycr, dans les Mémoires de la ^Société dCardiéolotjie lorraine^ 
1876. 

c^ Kovus elegansque conficiendarum ephtolarum... tractatus. Saint -Dié 1507. La 
bibl. de Schopflin en avait possédé un exemplaire. 

6^ Jean Lud, de Pfaffenhofen, frère aîné de Cfaultier et avant lui secrétaire do 
Kené II, est l'ciuteur d'un Dialogue entre lui-même et Chrestîen, autre secrétaire du 
prince, «ur la défaite do Charles le Téméraire îi Nancy. Cet ouvrage a été publid 
pour la première fois par M. Jean Cayon, Nancy 1844. Sur Jean Lud et les autres 
membres de sa famille, v. le mémoire de M. Lepage dans le BuUetindela Soc. archéol, 
'lorraiii^y 1855, p. 216 et suiv. — Le 30 déc. 1477 le duc René demanda au chapitre 
de Saint-Dié une prébende pour Gaultier L*id; le 25 juin 1484 il invita ce corps k 
maintenir Lud eu son canonicat malgré les bulles obtenues par Henri de Favicrs. 
Dans ces deux actes et dans le testament de Lud, son nom est écrit Vautrin, Vaul- 
trin, Valtrin, diminutif de Walthcr. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PIIILÉSIUS. IH 

appliqués à rentretien d'un maître de musique et de quatre enfants 
de chœur, auxquels le même maître dut enseigner aussi les rudiments 
de la langue latine®^. En outre Gaultier Lud forma, sous le nom de 
Gymnase vosgim, une association dont le principal but paraît avoir 
été de propager des livres ; il établit enfin à Saint-Dié une des pre- 
mières imprimeries connues en Lorraine®*. Hugues des Hazards, 
évoque et comte de Toul , qui avait fait ses études à Sienne, lo grand- 
prévôt de Saint-Dié Louis de Dammartin, le médecin Symphorien 
Champier, auteur d'une multitude de livres sur les matières les plus 
diverses®^, Jean Aluys ou Loys, dit Crasms Calaber, secrétaire 
ducal °°, André Reynette (Eeginius) de Nancy ®% avec le titre de son- 
ner, un des grands-officiers de Tabbaye de dames nobles de Remire- 

C3 Claude Sommier, Uistoire de P Église de Saint-Diéz, Saint-Dié 1726, in-I2, 
p. 232. 

^^ En 1483 le chapitre loua à un habitant do Saint-Dië un terrain pour y établir 
une papeterie, qui en 1497 fut acquise par Jean d^Epinal. Renseignement commu- 
nique par E. Ed. Ferry. 

^* Symphorien Champier, après avoir pratiqué la médecine à Lyon, vint vers 
1506 ou 1507 en Lorraine, professa pendant quelque temps sa science à Metz et so 
fit connaître d^Ântoine, fils de René II. Quand Antoine eut succédé à son père dans 
le duché de Lorraine, il éleva Champier au rang de conseiller et de premier méde- 
cin ordinaire. Il existe de lui une cinquantaine de traités, les uns latins, les autres 
français, sur des sujets de médecine, d^histoire, de morale, de philosophie, de théo- 
logie, de littérature. V. Allut, Etude hioyraphique et bibliographique sur Symphorien 
Champier, Lyon 1854. 

^6 Dans une lettre de 1511 Ringmann cite ce personnage comme étant, avec 
Champier, inter aulicos illustris principis nostri Jlorentissimoa eruditissimosque, A Rey- 
nette, en tête du Syntagma de Musis. Ind. bibl, 231. — Le Spéculum Oaleni de Cham- 
pier contient une lettre d^ Aluys, où il se qualifie de ducalis Loth&ringiw senator. La 
lettre est adressée h un jeune homme, élève de Champier, Fidclis Risichus, qui 
avait écrit une épître contre un médecin, détracteur de son maître {.„ prœceptoris 
tut, dit Aluys). Risichus, dans sa réponse, Tappelle dvssertissimus orator. Il existe 
de lui une courte notice sur René II, ind. bibl. 227. Dom Calmet, dans sa Bibl. 
lorraine, ne le mentionne pas. Diaprés les recherches de M. Lepage, il s'est appelé 
Jehan Aluys ou Loys, a été en 1491 secrétaire du cardinal Raymond, fut attaché 
dès 1493 dans la même qualité a. René II, qui Tcnvoya plusieurs fois en mission en 
Allemagne et en Italie; il garda le même poste sous le duc Antoine avec le titre de 
conseiller. II ne reste à expliquer que les épithètcs Crassus Calaber. V. le mémoire 
de M. Lepage dans le Journal de la société arcliéol. lorraine, mai 1875, p. 76 et 
suivantes. 

67 Ringmann Tappelle doctissimus. A WaldseemuUcr, en tête de VInstructio, Ind. 
bibl. 228. — Le 1«' mai 1523 il fut nommé conseiller du duc Antoine; en 1530 il 
devint grand-prévôt du chapitre de Saint-Dié, par provision apostolique , confirmée 
par un décret d'Antoine du 5 juin 1530. Il fit construire dans Téglise de Saint-Dié 
nne chapelle en Thonneur de Léon IX; il mourut le 28 oct. 1557. 



112 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

mont ®*, étaient les patrons de cette renaissance. Le duc René II lui- 
même, qui avait hérité des goûts littéraires et scientifiques de son 
aïeul René d'Anjou, prêtait aux savants une assistance efficace; Jean 
Aluys le loua entre autres „de s'être appliqué avec un grand soin à la 
science des astres" ; il avait la même prédilection pour la géographie. 
Sur son conseil, sans doute, Tattention de son chapelain Gaultier 
Lud se porta tout d'abord vers cette dernière partie, dont Tintérêt 
était rehaussé par les nouvelles découvertes ; le premier ouvrage 
connu qui sortit de la presse de Saint-Dié , fut un ouvrage géogra- 
phique ^^. 

Quand Ringmann vint à JSaint-Dié, il s'y rencontra avec un savant 
de Fribourg, amateur comme lui de cosmographie et venu en Lor- 



68 L* abbaye do Remiremont avait quatre grands-officiers qui devaient être nobles : 
le grand-prévôt, le grand et le petit chancelier, le grand sonner; ce dernier, qualifia 
aussi do mcûtro des bois, aidait les deux chanceliers dans l'administration do la 
justice et devait gdrer les revenus des seigneuries dont Tabbaye était propriétaire. 
Parmi les dames dignitaires du chapitre il y avait une soiiri^re qui, entre autres 
obligations, avait celle d^assist^r aux renouvellements des fiefs et aux sessions des 
cours colongbres. Le terme de sonrier était usité au moins depuis le 13® siëcle : li 
sonreis de laditte englise (charte de 1295, du duc Frédéric de Lorraine, citée diaprés 
le cartulairo de Kemiremont, dans le glossaire do Ducange, éd. Uenschel, T. G, 
p. 298). Le chapitre de Saint-Dié avait également un sonrier. En vieux français 
eonre signifiait troupeau de porcs, sonrier était donc primitivement celui qui avait la 
surveillance do ces troupeaux ; comme ceux-ci formaient un des principaux éléments 
des propriétés rurales, sonrier finit par devenir synonyme do régisseur, administra- 
teur. 

^^ Il est vrai qu'un des plus récents historiens de Saint-Dié, Gravier, dans son 
Histoire de la ville épiscopale et de V arrondissement de Saint-Dié, Epînal 1836, p. 202, 
a signalé un exemplaire unique, introuvable depuis, d'un imprimé, sans lieu ni datoi 
contenant la bulle do Paul II sur l'institution de la fête de la présentation de la 
Vierge; au verso du dernier feuillet étaient écrits \\ la plume deux vers latins, for- 
mant une énigme dont la clef était le nom Walter^xs Lud; à la suite de ces vers la 
même main avait ajouté le cérémonial de la fête, célébrée pour la premibre fois à 
Saint-Dié le 21 novembre 1494. Gravier avait conclu de cette circonstance que la 
bulle avait été imprimée dans la même ville et k la même époque; mais il ressort 
de la dédicace d'une publication de Lud, sur laquelle nous reviendrons, que son 
ofjicina Uhraria ne fut établie que douze ou treize ans plus tard; l'exemplaire do la 
bulle qu'il avait possédé n'avait pn lui parvenir que du dehors. V. aussi Beaupré, 
lîecherches hist. et hibliog. sur les commencements de Vimprimerie en Lorraine^. Nancy 
1845, p. 62. J'ajouterai ici que les quelques livres imprimés h Saint-Dié sont devenus 
de bonne heure si rares, que l'existence même de l'imprimerie du chanoine Lud est 
restée longtemps ignorée; ni Dom Calmet dans ses divers ouvrages sur la Lorraine, 
ni Claude Sommier, prévôt du chapitre de Saint-Dié, dans son Histoire de cette 
église, n'en disent un mot. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 413 



raine on ne sait ni pourquoi ni quand. C'était Martin Waldseemtlller, 
qui s'était donné le nom grec do Hylacomylus'®. Depuis la jSn de 
1490 il avait suivi les cours de Tuniversité de sa ville natale ; plus 
tard il séjourna à Bâle, il y trouva des amis, se lia avec Timprimeur 
Amerbach et visita les bibliothèques des couvents. Ce fut avec son 
concours et celui de Bingmann que Gaultier Lud se proposa d'inau- 
gurer son imprimerie par la publication du monument le plus célèbre 
de la géographie des anciens, savoir de l'ouvrage et des cartes de 
Ptolémée. A cette époque Ptolémée jouissait d'une autorité incon- 
testée \ on ne connaissait le monde que par lui ; son livre était le point 
de départ de toutes les études qui avaient pour objet la terre ; il en 
existait déjà plusieurs éditions latines, les unes faites en Allemagne, 
les autres en Italie. Dès 1505 on a vu Ringmann, pendant qu'il était 
maître d'école à Strasbourg, s'occuper de Ptolémée ; rien ne prouve 
qu'il ait été en relation avec Gaultier Lud avant que celui-ci conçût 
l'ambitieux projet dont il parle pour la première fois en 1507, et 
auquel s'associa im de ses parents ou frères, Nicolas Lud'*. Wald- 
seemtQler se chargea de la révision des cartes , Ringmann de celle du 
texte. En ce moment même le duc René II reçut une relation fran- 
çaise, traduite de l'italien, des quatre voyages d'Améric Vespuce ; à 



70 Gomme dans la matricule de Tuniversitë de Fribourg il est inscrit, le 7 dëc. 
1490, sous le nom de Martinus WaltzemiiUerj d'Avezac, p. 8 et 9, adopte cette forme 
et la dërive de WaUzenmiihle y moulin à cylindres; il pense que, puisqu'elle ne se 
prêtait pas à une transformation ëlëgante en grec, le jeune savant la poëtisa en 
WalcUeemuUer, meunier du moulin du lac de la forêt, dont il fît en grec, par un lëger 
tour de force, Hylacomylua, Malgré la haute estime que nous professons pour fou 
M. d'Avezac, devant Tautoritë duquel, en matière géographique, nous ne pouvons 
que nous incliner, nous croyons que Thumaniste fribourgcois s'est rdelloment 
appelé WaldëeemûUer; un de ses ancêtres avait possédé sans doute un moulin près 
d'an des petits lacs au milieu des bois de la Forêt-Noire. Le nom propro Seeniiiller 
est encore aujourd'hui assez fréquent en Allemagne. Dans la prononciation popu- 
laire, Waldseemnller était devenu Waltzemiiller; on abrégeait la seconde syllabe pour 
arriver plus vite à la troisième. Mon opinion, du reste, est confirmée par la signa- 
ture Waldsemuller de la lettre autographe mentionnée plus bas. Wcddsemiiller est 
parfaitement correct, on n'écrivait See qu'avec un seul c. — CXrj forêt, Xàxxoç, Xâxo; 
lac, (iJXt) moulin. — Martin était peut-être fils de Conrad Waldseemiiller, qui dans 
la seconde moitié du XV^ siècle paraît comme un des employés supérieurs de la 
douane de Fribourg. V. Schreiber, Geschichte der UhiversiiiU FrtUmrg, T. 1, p. 236; 
cet auteur se trompe en attribuant à Martin Waldseemûllcr rétablissement de la pre- 
mière imprimerie à Saint-Dié. 

71 D'Avezac, p. 65. 

Il « 



414 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

la prière de Lud, il la remit au chanoine Basin de Sandauconrt pour 
en faire une version latine ''^. Pendant qu'à Taide de cette relation et 
de la lettre antérieure de Vespuce, que Ringinann avait publiée dès 
1505, Waldseeintlller préparait l'édition nouvelle d'un Ptolémée 
latin, d'après des manuscrits grecs dont la provenance nous est incon- 
nue, il fit im résumé de la cosmographie^ pour servir d'introduction 
à cette science ; il y ajouta les dessins d'un globe et d'un planisphère, 
formant un tableau général du monde alors connu d'après le géo- 
graphe alexandrin et d'après les découvertes récentes ; il présenta ce 
travail au duc, qui l'en félicita. Comme il paraît avoir ignoré la part 
qui revenait à Christophe Colomb, il affirme que „la quatrième partie 
du globe" a été trouvée par Améric Vcspuce et que pour cette raison 
on peut l'appeler Atnerici terra sive America. Il joignit à sa Cosnto- 
graphiœ introdudio la traduction de Basin des Quatre navigations de 
Vespuce. 

Celui-ci avait envoyé sa relation, datée de Lisbonne le 4 sep- 
tembre 1504, au gonfalonicr de Florence, Pierre Sonderini ; la ver- 
sion française, remise à Basin par René II, n'ayant, à ce qu'il paraît, 
pas de suscriptiou, le traducteur a pu croire que la lettre même avait 
été destinée au duc de Lorraine, qui prenait un grand intérêt aux 
découvertes ; c'est pourquoi il la mit de bonne foi à son adresse. 

On était occupé à imprimer le traité de Waldseemtiller, quand 
celui-ci s'aperçut que les manuscrits dont il se servait pour la publica- 
tion de Ptolémée ne s'accordaient pas ; sachant que la bibliothèque 
des dominicains de Bâle en possédait un qui lui semblait très-exact, 
il écrivit le 5 avril 1507 à l'imprimeur Jean Amerbach pour le prier 
de le lui procurer pour un mois ; ce serait un grand service rendu à 
lui, à ses patrons Gaultier et Nicolas Lud, et en général à la cause 
des lettres ; ils fourniraient un gage ou une reconnaissance , suivant 
qu'on le désirerait; après un mois il renverrait le volume, en y 
joignant le dessin du globe qu'il avait préparé et „ quelques autres 
choses" qui seraient utiles aux fils d'Amerbach " ; par ces qu<edam 



7« O. c, p. 26, 66. 

73 L^original do cette lettre inddîte est conservd h la bibl. de Bâle; jVu dois une 
copie à robligcance du bibliothëoaire) M. le docteur Sieber ; c'est d'après cette copie 
que je Tai publiée dans la notice sur Ringmann insdrëo dans les Mém, dt la Soc. 
d^archéol lorraine^ 1876. 



«t^ 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. H5 

alia il faut entendre sans doute son Introduction à la Cosmographie. 
On ne sait si Timprimeur bâlois put lui communiquer le manuscrit 
demandé. 

U IntrodiAction fut achevée d^imprimer le 25 avril 1507'* ; Wald- 
seemtiller la dédia à Tempereur Maximilien ; Ringmann y ajouta une 
dédicace au même en vers élégiaques et reproduisît, en tête des 
Quatre navigations , avec quelques variations, ce même pomiatulum 
dont en 1505 il avait accompagné le traité De ora antarctica. 

Aussitôt après la première édition de la Cosmographiœ introductio, 
Gaultier Lud en fit une seconde et une troisième ; mais soit qu'il se 
fût momentanément brouillé avec Waldseemtlller, soit pour quelque 
autre cause inconnue, il retrancha tout ce qui pouvait rappeler que le 
savant de Fribourg était Tautcur du livre, il attribua au gymnase 
vosgien la dédicace à Maximilien, il y introduisit une phrase disant 
qu'il avait récemment fondé une imprimerie à Saînt-Dic, il supprima 
enfin les vers de Ringmann à Tempereur'*. Sur la plainte de Wald- 
seemtiUer il se résigna à faire un nouveau remaniement, qui rétablit 
en son entier le texte primitif '°. 

A en juger par des vers que Ringmann fit pour l'édition du poème 
de Saint-Àvit, publié en août 1507 par Jean Adclphus chez GrU- 
ninger'', on doit supposer qu'à cette époque il était revenu à Stras- 
bourg. Au commencement de l'année suivante on le trouve à Baie, 
où il s'était rendu peut-être pour voir sur les lieux le Ptolémée du 
couvent des dominicains. D'après une lettre que lui adressa Wald- 
seemtlller, il aurait professé dans l'université de cette ville la cosmo- 
graphie, et donné sur la même science des leçons particulières à 
révêque Christophe d'Utenheim'®. Il est douteux que son enseigne- 
ment à l'université ait eu un caractère officiel ; dans la matricule, où 
sont inscrits non-seulement les étudiants, mais aussi les professeurs 
ainsi que les savants de passage qui obtenaient l'autorisation de faire 
des cours, le nom de Ringmann ne paraît ni en 1508, ni dans les 

^* Cotmographiœ introdudio, Ind. bibl. 225. 

'5 D'Avezac, p. 50 et suiv. 

'6 Ib., p. 110. 

^^ Alcimi AvUi libri sex au verso du titre. Ind. bibl. 234. 

^8 ... in acadeniia Bcmliensi cosinographiam ptiblice profitearis, prœterea etiam tU 
auéUo dacHssimum prindpem Cristoforum de Uterûieim privata lecHane imtruxerls,», 
Y, cette lettre dans la Margarita pkUosophka de 1508. 



116 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



années précédentes ou postérieures. WaldseemtQler, pour mieux 
louer son amî , a un peu grossi un fait dont du reste il a peut-ôtre 
ignoré les proportions réelles. En tout cas le séjour de Ringmann à 
Baie ne fut pas long. Pendant qu'il était encore en cette ville, le 
libraire strasbourgeois Jean Scbott, qui en 1503 avait publié pour la 
première fois la Margarita philosophica de Grégoire Reisch, en fit 
faire une réimpression à Baie par Michel Furter ; Ringmann y con- 
tribua par un carnien, qui au fond n'est qu'une table des matières ver- 
sifiée, commençant par l'éloge de l'auteur et se terminant par celui 
de l'éditeur'*. Au moment même où le livre parut à Bâle, Waldsee- 
mtlUer s'était rendu de Saint-Dié à Strasbourg , pour y passer le car- 
naval ; il donna à Grtininger, qui à son tour préparait une nouvelle 
réimpression de la Margarita ^ un petit traité sur les éléments de 
l'architecture et de la perspective, qui, précédé d'une lettre à Ring- 
mann, fut intercalé entre le sixième et le septième livre; aussitôt 
que l'édition de Baie eut vu le jour, Grtininger s'empara aussi des 
vers de Ringmann, en n'en supprimant que ceux de la fin où le mérite 
de la publication était attribué à Schott*®. Waldseemtlller consentît 
en outre à ce que Grtininger réimprimât sa Cosmographiœ introductio; 
elle parut en 1509, corrigée par Jean Adelphus et complétée par un 
opuscule anonyme, intitulé Globus nmndi, dont l'auteur pourrait bien 
être le géographe fribourgeois®*. 

Où en était à cette époque le projet concernant Ptolémée? Gaultier 
et Nicolas Lud, Ringmann et Waldseemtiller s'en occupaient; ce 
dernier avait même annoncé publiquement qu'avec l'aide de quelques' 

<î^ Margarita philoBophica cum acUlîfionibus novis. Banleœ tertio industria camplicufii 
MicJiatlis Furterii et Joh. Schott x^TCasa^ 1508. In-4o. Au titre il y a ce distiqao : 

Ilanc emCf non pressam me^idaci stif/matCf Icctor: 
J^luribus ast auctam perlet/e : doctus erin. 

Ces vers se rapportent k une édition que Jean Gruniiiger avait faite des le mois do 
février 1504. Schott avait néglige de se procurer un privilège impérial; de Ik la con- 
currence de Griininger. Le carmen de Ringmann De laudihiia ctfructu Margarita phi' 
losophiCŒy paraît pour la première fois au verso du titre de IMdition de Schott de 
1508. 

80 Margarita philosophica nova y contenant de Waldseemiiller des Architecturœ et 
perspectivœ rudinunUay précédés de sa lettre à Ringmann, Strasb., s. d. (fév. 1508). — 
A la fin : ... induatrius vir Joannea (Jriiningerua ox)eri8 excussor,.. Ex Argentoraco 
veteri Pridle kalendas AprilU. Anno redeinjHlonis nottrœ octavo supra mlllequingentos. 
In-40. 

81 Ind. bîbl. 225. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 117 

uns il revoyait le texte d'après un original grec*^. Les quelques-uns 
étaient réduits probablement au seul Ringmann, qui savait le grec, 
tandis qu'il est douteux que les lettrés de Saint-Dié aient connu cette 
langue. Quant au manuscrit des dominicains do Baie, ou bien les 
frères ne consentirent pas à le communiquer, ou bien il était moins 
correct que Waldseemtiller ne l'avait supposé ; autrement on ne 
comprendrait pas pourquoi Ringmann, comme on va le voir, dut 
bientôt après en chercher un autre en Italie. A Saint-Dié l'entreprise 
fut arrêtée , moins peut-être par suite d'une rupture passagère entre 
WaldseemtQler et Lud , que parce que la petite imprimerie du chà' 
noine manquait des moyens nécessaires pour une publication aussi 
considérable. Revenu de Bâle à Strasbourg, Ringmann parla du 
projet à deux de ses amis , l'avocat Jacques Oessler et le docteur en 
droit Georges Uebelin, sigiUateur de la cour épiscopale et éditeur, à 
ses frais, de plusieurs ouvrages imprimés par Jean Schott*'. Ils 
s'empressèrent de prendre l'afifaire en main ; à leur demande, Ring- 
mann fit une seconde fois le voyage d'Italie , dans le but de se procu- 
rer un Ptolémée grec. Par Venise et Ferrare il se rendit auprès de 
Jean -François Pic de la Mirandole, qu'il avait vu trois ans aupara- 
vant ; en août 1508 il le trouva à Novi, non loin de Gênes, et obtint 
'de lui ce texte original tant désiré**. Quelques jours avant de voir 
Pic, il avait visité à Ferrare Lilio Gregorio Giraldi, un des savants 
italiens qui connaissaient le mieux les antiquités ; à cause des chififres 



8* Sinefacium est lU me libroa Ptholomon ad exempîar grœeum guorundam ope pro 
virili recognoscente,.. Dédicace à Maximilien de la Cosmographiœ introdtictio , Saint- 
Dié 1507. 

83 Georges Uebelin, docteur en droit de Tuniversité de Fribourg, était curiœ Ar- 
gentmenna episcopalis consignator; par lettre du 1®' février 1508, Adelphus lui dédia 
ses Facetiœ adetphirui', insérées dans la Margarita facetiarum. En 1510 il fit imprimer 
à ses frais par Jean Schott : in-4o, les EpigtoUe faviUiares de S3rmmaque, le Oeorgius 
de Baptiste de Mantoue, le traité du comte Jacques de Purligli De Hberorum educa- 
tionCf la Leetura aurea domini ahhatis antiqui super quinque libris decretalium, et sous 
le titre de Befugium advocaiorum un recueil de petits traités à Tusage des avocats; 
in-f', une version en prose latine de TOdyssée. En 1512 il assista Wimpheling dans 
la publication du traité de Henri de Haguenau De vita et moribus episcoporum. Ind. 
bîbl. 83. — Œsslcr était devenu ^er Imperium Jitrmanum artis impressoriœ censor et 
mperaftendens generalis; comme tel il accordait aux imprimeurs les privilèges contre 
la contrefaçon. 

8^ Lettre de Pic à Œssler et à ses associés, complicibiiSy 29 août 1508. Novi. Au 
verso du titre de Tédition de Ptolémée de 1513. 



as HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

sur les cartes ptoléméennes; il lui avait demandé des explications sur 
le système de la notation numérique des jGrrecs ; Giraldi les lui donna 
dans une lettre datée du 22 août*'. Il rapporta à Strasbourg une 
lettre de Pic à Oessler et à ses associés, complices, les engageant à ne 
pas publier Tancien géographe sans le compléter par les découvertes 
des plus récents voyageurs. Oessler et Uebelin ne se chargèrent pas 
eux-mêmes do ce travail ] ils en laissèrent le soin à Bingmann et à 
Waldseemûller, mais ils ne leui* en laissèrent pas Thonneur. 

Peu après son arrivée en Alsace , Ringmann repassa de nouveau 
les Vosges. Le 1®"^ avril 1509 Gaultier Lud écrivit à Tévéque de 
Toul, que bientôt il verrait sortir j^ex armario nostro la géographie de 
Ptolémée, soigneusement corrigée d'après l'original grec, et enrichie 
de diverses additions" *°. Comment concilier cette promesse avec ce 
qui vient d'être dit sur l'envoi de Ringmann en Italie par les deux 
savants de Strasbourg ? Le chanoine de Saint-Dié croyait-il encore 
que sa presse suffirait à l'impression de Ptolémée et de ses cartes , ou 
ne doit-on pas admettre qu'il s'était associé aux Strasbourgcois pour 
faire la publication en leur ville ? En l'absence de documents je ne 
voudrais pas me prononcer d'une manière trop affirmative, mais 
j'incline à croire que la dernière supposition est la plus probable. 

A Saint-Dié Ringmann put s'occuper enfin sérieusement de la 
révision du Ptolémée latin d'après l'original, qu'il avait dû apporter 
avec lui; il en dressa une table des matières très-détaillée**'. Dans sa 
lettre du \^^ avril à l'évêque Hugues, Gaultier Lud dit que son jeune 
correcteur était nuit et jour courbé sur ses volumes grecs. Ces tra- 
vaux, ainsi que les voyages, avaient altéré sa santé, toujours déli- 
cate; sa poitrine, dit-il, était fatiguée par les veilles et un rude 
labeur. Au mois de mars 1509, Lud l'engagea à se reposer l'esprit et 
le corps en faisant des images sur les éléments de la grammaire 



85 o. c, f" 72. — Lîlio Gregorio Giraldi , de Ferrare, où il moarut en 1552, a 
publie divers ouvrages sur la mythologie, les antiquités romaines, des sujets de lit- 
ti?rature, etc. Ses œuvres parurent à Bftle 1580, 2 vol. in-fo, et à Leydc 16%, 2 T. 
en un vol., in-f°. 

86 Dëdicace do la Oraminatica figurata de Ringmann. 

87 Dans VExegesis Germaniœ de Fr. Iraniens, on lit,f^ 180, oi\ est décrit le cours du 
Rhin : Mtdta de Bheno DraconHus.,, qui et totum Rhenum descripsit^ sieut et PhUetius 
in regestis supra Ftolemeum. Cela no peut se rapporter qu'à la liegistratura novinima 
de rddit. de 1513. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILASIUS. H9 

latine, „de manière que les enfants pussent les apprendre comme en 
jouant" **. Ce travail, qui, en effet, a dû l'amuser, fut achevé en peu 
de semaines; il parut à Saint-Dié le 1^^ juin 1509, sous le titre de 
Grammatica figurata^^ , C'est un volume in-é®, de 32 feuillets chiffrés, 
imprimé dans le même format, avec les mêmes caractères et la même 
justification que la Cosmographiœ introdudio de 1507, le papier est 
également le même. Un exemplaire de cette curiosité littéraire avait 
appartenu à Schôpfiin, avec les collections duquel il avait passé à la 
bibliothèque de la ville de Strasbourg ; il paraît que c'était le seul 
qui eût survécu à une destruction précoce et rapide. Le traité a eu 
le sort qui attend la plupart des livres d'images et d'instruction élé- 
mentaire : ils s'usent vite entre les mains des écoliers, au moment où 
ils sont publiés ils ne sont recherchés ni des bibliothécaires ni des 
bibliophiles, ils n'acquièrent du mérite que quand ils sont devenus 
anciens et rares. Avant 1870 j'ai eu entre les mains la Grammaiica 
figurcUa de la collection Schôpflin, je crois la voir encore, j'en ai copié 
quelques parties, en me réservant d'en faire plus tard un examen plus 
approfondi. Je dois regretter aujourd'hui de n'en avoir pas mieux 
profité quand elle était à ma disposition; depuis la guerre je l'ai 
cherchée, soit personnellement soit par l'entremise d'amis très-com- 
plaisants, dans toutes les bibliothèques qui ont la réputation de pos- 
séder des raretés bibliographiques ; jusqu'à présent mes recherches 
ont été vaines. Dans une certaine mesure je puis compléter mes notes 
par les descriptions qu'ont données du livre le professeur J.-J. Oberlin 
et M. d'Avezac, ce dernier d'après des renseignements fournis par 
M. Saum, bibliothécaire de la ville de Strasbourg jusqu'en 1870 °®. 
Oberlin s'est borné à une courte esquisse pour constater la rareté de 
l'incunable; M. d'Avezac, préoccupé avant tout des travaux géogra- 

,88 2^ enim ille es qui mea pectora durU fessa minlsteriis mulces reparasqxte labori^ 
dum me in severiorilms studiis negociisque vigUiarum plenis iiitricatum et pêne sepiUtumf 
ad levé guoddam neque injucundum coinvientum effingendum excitas, Ringmann à Lud. 
GramnuUica figurata, f° a, 3. — ... Dum hiis diehus viderem Vhilesium nostnim (t/uem 
haheo in offidna mea literaria castigatorem) volumÎTia grœca. . noctuma versare manu 
versare diuma^ commonefceci ijysum oniisais sertis inierdum quoquejocosis esse vacandum, 
Lud h révêque do Toul. O. c, f» a, 2. 

85 Orammatica figurata. Ind. bibl. 226. 

**0 Oberlin, dans le Magasin encydopédiqtu, 5° annde, p. 321 et suiv. — D'Avezac, 
p. 127 et Buiv. — Panzer, Annales, T. 9, p. 454, décrit la Grammaiica figurata diaprés 
une notice que lui avait fournie Oberlin. 



120 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



phiques de Ringmann, n'a pas pu avoir Tintention de s'arrêter lon- 
guement à une grammaire. En parlant du volume, je le traiterai pro- 
visoirement comme un mort, je me servirai d'un temps ptissé; personne 
ne serait plus heureux que moi — heureux en tant qu'amateur de 
livres — si la mort n'était qu'apparente, si le prétendu défunt ressus- 
citait dans un coin do quelque bibliothèque. 

Au verso du titre était un décastique latin de Ringmann, avec une 
suscription grecque, dont une faute lui avait échappé lors de la révi- 
sion des épreuves : dexdavi^x^v nçoç xovç naidovç ; comme ce mor- 
ceau n'est rapporté ni par Oberlin ni par M. d'Avezac, je le tran- 
scrirai : 

Vos qui grammaiicam^ iuvenes, addiscitis artem^ 
Pertesi parilem semper hahere modum^ 
Ad retn iucundam faciles convertite mentes 
Atque hilari nostros fronte videte typos. 
In nova cemetis mutatas corpora partes^ 
Cemetis vestris schemata graia animis. 
Fictio nostra feret lassatis dulce levamen 
Non omni prorsus commoditate carens. 
Quœ vos fallaci ne pectore dicta putetiSj 
Singula per praxim resprobat ipsa suam. 

A ce petit carmen succédaient une dédicace de Gaultier Lud à 
l'évêque Hugues des Hazards datée du l*^'^ avril 1509, un décastique 
de Ringmann en l'honneur du même prélat, et un arUeloquium adressé à 
Lud et signalant le livre comme une sorte d'imitation, sur une petite 
échelle, des Métamorphoses d'Ovide : 

In nova fert animus mutatas dicerepartes 

Corpora : tu cœptis (nam nunc tua jussa capesso) 

Aspirato meis^ primaque a fronte libelli 

Mente hilari varias quœso cognosce figuras. 
Libet, omatissime vir^ in principio huius figmenti te quasi eisdem alloqui 
verbis^ quibus transformator rerum Ovidius in Metamorphoseos initia suos 
compellat deos. Tu enim ille es qui mea pectora duris fessa ministeriis mulces 
reparasquc labori: dum me in scuerioribu^ studiis negociisque vigiliarum 
plenis intricatum et pêne sepultum , ad levé quoddam neque injucundum corn- 
mentum cffingendum excitas, veluti Morphea artificem simulatoremque 
figuras, Itaque, tuo hortatu, quod in grammatica pueri habebant scriptum, 
jam mutatum cernitur (ut Nasonis utamur verbis) in /lumum, saxumque^ 
undamque, trabemque. Fit fera, fit volucris, fit longo corpore serpens, fitque res 
adeo ludicra, te hortante {oui cognomen Ludio) ut artis prœludia ludo disci et 
exerceripossint... 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 121 

U ne faut pas trop en vouloir à Ringmann à cause de ses jeux de 
mots sur le nom du chanoine Lud ; il n'est pas le seul de son temps 
qui soit coupable de ce péché contre le bon goût; des humanistes plus 
âgés et plus graves que lui se sont exercés au même genre d'enfcin- 
tillagc. 

La grammaire elle-même comprenait les feuillets 4 à 31 ; elle se 
terminait par un épilogue^ également à l'adresse de Lud^ et dont 
voici la conclusion : His igitur sw àbsohitiSy hune in niodum cum 
fransformatore Ovidio, cum quo etiam incœpimtis, nobis est receptui 
canendum : 

Nunc opu8 exegi : quod si Jovis ira vel ignés 
Vel poierit ferrum, vel edax abolere vetustas, 
Gualthero insiynis, tamen hœc tuajussa peregi, 
Atque tuo semper (ni /allor) pectore vivant. 

Ne dirait-on pas que Ringmann a eu comme un pressentiment du 
sort réservé à son livre ? La plupart des exemplaires ont été détruits 
par Vedax vetustaSy le seul qui restait a péri dans les ignés du bombar- 
dement du 24 août 1870. Au-dessous de la conclusion se voyait une 
gravure qui représentait un ange ailé, vêtu d'une chappe, ayant sur 
le front une croix et tenant de chaque main un écusson avec des 
armoiries. Je ne puis me rappeler quelles étaient ces armoiries ; 
M. Saum, en fournissant les notes à M. d'Avezac, a également 
négligé de les décrire; je ne puis que présumer que c'étaient d'un 
côté celles de Saint-Dié, et de l'autre peut être celles de Lud. Au bas 
de cette gravure on lisait : 

Est locus in Vogeso iam notus ubique per orbem 

A DeodaiCy tuo nomine nomen habens : 

Hic Gualtherus Lud necnon Philesius ipso 

Presser uni miris hœc elenienta typis. 

Anno Bomini M. D, IX, 

Kalen. Junii, 

'E7ttTW(i,7JÇ Ttùv OXTOÔi TOÎi Xo^OU [i,£pfOV 

To tAoç tjv Osro ar(itii 

TOU 7;Sp\ TTVSUULaTWV. 

J'ai copié cette phrase grecque sans la corriger; je ne chercherai 
pas non plus à deviner ce que l'auteur a voulu dire par les trois der- 
niers mots. 

D'après la dédicace de Lud à l'évêque de Toul, Ringmann, en 



122 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 

composant sa Grammaire figurée, s'était inspiré de la Rhythmomachie 
do Lefèvre d'EtapIes ; il so justifiait auprès de lui-même et du public 
par Texemple de son illustre maître, en faisant un travail qui pouvait 
paraître si peu digne d'un homme sérieux. Cependant ce n'est pas la 
Rhythmomachie qui lui a servi de modèle direct; „la lutte des nom- 
bres^ se passe sur un damier, sans images, avec de simples pièces de 
bois de diverses formes ; la Grammatica figurata, au contraire, était 
un jeu de cartes et, comme tel, une imitation de jeux semblables 
imaginés par Thomas Murner. A Strasbourg on connaissait dès 1502 
les cartes par lesquelles ce moine bizarre prétendait enseigner les 
Insti tûtes de Justinien ®* ; en 1507 il publia à Cracovie son Churti- 
ludium logicœ^ qui fut réimprimé à Strasbourg en 1509^'. Sans aucun 
doute Ringmann avait vu ce livre ; des exemplaires de l'édition de 
1507 ont pu se trouver à Strasbourg, pendant qu'il fut en cette ville 
en 1508 ; la manière dont, sur ses propres images, il avait combiné et 
symbolisé les règles grammaticales a une analogie frappante avec la 
manière de Murner de représenter les préceptes de la logique; les pre- 
mières cartes juridiques du moine sont sous ce rapport beaucoup moins 
compliquées. Les gravures de Ringmann, plus grossièrement exécu- 
tées que celles du Chartihidium logicœ^ désignaient les huit parties du 
discours : un curé et son vicaire étaient le nom et le prénom, y com- 
pris l'adjectif; un roi et une reine, le verbe et l'adverbe ; un moine, 
le participe; un échanson, la conjonction; un marguillier, la prépo- 
sition; un fou, l'interjection. Toutes ces huit figures étaient réunies 
sur une seule planche au commencement du livre ; elles reparaissaient 
ensuite chacune en tcte de son chapitre correspondant, mais là leur 
étaient adjoints des emblèmes divers, pour indiquer les genres, les 
nombres, les cas, les degrés de comparaison, les modes des verbes, 
les temps, les personnes, etc. Le texte était en forme de demandes et 
de réponses. Voici à peu près comment Oberlin décrit la première 
carte, celle qui était consacrée au substantif, la seule sur laquelle il 
donne quelques détails. Le maître demande ; Combien le nom subit-il 
(['accidents ? L'élève répond : Six, qui proviennent de la qualité, de 
la comparaison, du genre, du nombre, de la composition, des cas. 

9^ Il est fait mention de ce chartUudium de Murner dans plusieurs pamphlets de 
1502. 
92 Ind. bibl. 312. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 123 

Tous ces accidents étaient figurés sur les cartes, dont le sujet prin- 
cipal, le nom, était un curé; le nom propre était représenté par un 
calice, emblème sacerdotal; Fappellatif, par un trictrac, puisque, 
disait Tauteur, beaucoup de curés d'aujourd'hui font plus de cas du 
jeu que du calice, d'où vient qu'en allemand on rend bonus presbyter 
par flfw^er bretspiéler, bon joueur de trictrac. Les trois degrés de com- 
paraison étaient figurés par trois échelles, dont celle du positif n'avait 
qu'un échelon, celle du comparatif en avait deux, celle du superlatif 
trois. Pour les mots qui n'admettent pas de comparaison, il y avait 
les deux barres de l'échelle sans édielons. Pour marquer les trois 
genres, les cartes ofifraient un garçon, une fille et un banc, ce der- 
nier, scamnum, pour le neutre ; le genre commun était un garçon et 
une fille assis sur un même banc ; le genus epiccenum, un hermaphro- 
dite. Quant aux nombres, le singulier était indiqué par une pièce de 
monnaie dans un plat posé sur une table ; le pluriel, par plusieurs 
pièces. La forme simple d'un nom était représentée par un crucifix, 
j^quia ScdvcUor fuit simplex sicut ovis^; la forme composée, par le 
monstre que décrit Horace : yfmmano capiti cervice^n pictor eçpii- 
nam^j etc. Des enfants tombant en bas d'escaliers devaient rappeler 
les cas (casuSy chute) ; pour les terminaisons des différents cas, il y 
avait, par exemple pour le génitif de la première déclinaison, un 
compas, puisque celui-ci a la forme d'un A, et un joug dressé debout 
qui devait être l'E; pour le génitif et le datif de la seconde, un 
cierge, I, et un cercle, 0. „Et ainsi du reste'^, dit Oberlin. Il est 
fâcheux qu'il n'ait plus rien communiqué de ce reste ; cependant, 
faute de mieux, ce qu'on vient de lire peut donner une idée suffisante 
de la façon dont Ringmann avait compris la tâche qu'il s'était 
imposée; ses images et son texte, quelque douteuse qu'en fût la 
valeur au point de vue de la pratique de l'enseignement, n'étaient 
pas sans présenter quelque intérêt ; le genre admis, il en avait tiré le 
meilleur parti possible; ses images étaient des rébus y souvent très- 
forcés, mais quelquefois assez ingénieux ; au texte il avait mêlé des 
épîgrammes, comme le jeu de mots populaire allemand sur les curés, 
joueurs de trictrac ; il est probable que la comparaison du participe à 
un religieux cachait également une intention satirique. Ringmann, 
disciple de Wimpheling, ne devait guère aimer les moines. En sui- 
vant le conseil de son patron Lud, il s'était procuré une distraction; 



124 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

son travail n'avait pas la gravité prétentieuse de ceux de Mumer; il 
espérait, il est vrai, que par ses images les enfants apprendraient plus 
facilement les premiers principes de la grammaire, mais il convenait 
qu'il les avait faites avant tout pour se délasser. 

Quelque temps après la mort du duc René II (10 décembre 1508), 
le sonrier de Remiremont , André Reynette, envoya à Ringmann une 
courte biographie, ou plutôt un éloge funèbre du prince, que venait 
de composer le conseiller Jean Aluys. Ringmann l'imprima dans Yof- 
ficine de Gaultier Lud, dans les premiers jours de 1510 ; il dédia la 
brochure à l'évêque de Toul et y ajouta une épitaphe de René II , 
dont il chante en vers élégîaques les exploits, les qualités et les 
vertus ; un chronogramme de Pierre de Blarru donne la date do la 
mort du duc ®'. C'est là lé dernier produit connu de la presse de Saint- 
Dié^*. Lud mourut en 1527, âgé de soixante-dix-neuf ans, sans qu'on 
puisse dire exactement à quelle époque il avait fermé son impri- 
merie ®*. 

Au commencement de 1510, comme on vient de le voir, Ringmann 
était à Saint-Dié. Oberlin assure que dans cette année „nous le trou- 
vons enseignant la belle littérature à Schlestadt" ^*. Je n'ai découvert 
aucune preuve de ce séjour et de cet enseignement à Schlestadt. En 
1510 le directeur de l'école était Jean Sapidus ; Béatus Rhénanus, 
qui habitait alors sa ville natale et qui dans quelques lettres de cette 
année nomme les savants qui y demeuraient en même temps que lui , 
ne fait pas mention de Ringmann. Si Oberlin n'a pas eu à sa disposi- 
tion un témoignage historique que nous ne connaissons plus, il faut 
croire qu'il a conclu de l'épitaphe érigée au jeune homme à Schlestadt 
en 1511, qu'il y avait vécu dès 1510. Tout atteste, au contraire, qu'il 
était resté encore on Lorraine. C'est là qu'il écrivit quelques vers 
pour un ouvrage médical. Spéculum Gàleni, que Symphorien Cham- 
pier se disposait à publier ; il célèbre l'auteur d'avoir abrégé Galien 
et d'avoir, par son miroir, rendu clair ce qui est obscur chez l'ancien 

93 Ind. bibl. 227. 

9* Gravier, p. 208, mentionne encore comme imprîmd par Gaultier Lud «un choix 
de morale tire de Plutarque, Sënëque et Pétrarque »; on ignore ce que peut être co 
livre , que Lud aurait « rdpandu avec profusion ». 

9^ Le 18 mars 1Ô2G il fit son testament; son imprimerie n*y est pas mentionnée. 

^^ Magasin encyclop., p. 329. — Dans la Biographie universelle de Didot, T. 42, 
p. 302, on dit que «depuis 1509 il enseigna à Schlestadt». 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 125 

médecin grec®'. Il achevait surtout son travail sui* Ptolomée, qu'il 
fallait mettre au net pour le livrer à Timpression. WaldsecmtlUer, lui 
aussi, était encore à Saint-Dié, occupé des cartes pour la nouvelle et 
prochaine édition du géographe alexandrin. Vers la fin de 1510 il 
interrompit un moment cette étude, pour dresser une grande carte 
itinéraire de TEurope, avec les délimitations des pays et des pro- 
vinces, les montagnes, les fleuves, les villes, les routes, les distances 
indiquées en milles, et en marge les armoiries des souverains. 11 offrit 
cette feuille au duc Antoine , qui avait succédé à son père René II ; 
Ringmann, qui en janvier ou février 1511 se trouvait à Nancy, la vit 
et, apprenant qu'elle faisait Tadmiration du prince et de sa cour, en 
écrivit à la hâte , quoique miné déjà par la maladie qui bientôt après 
devait l'emporter, une explication dont il fit hommage au compagnon 
de ses travaux géographiques , Martin Waldseemtlller. Dans sa dédi- 
cace il ne put s'empêcher de payer le tribut que tout savant devait 
payer alors à une des gi*andes préoccupations du siècle, la guerre 
contre les Turcs. Jusqu'alors il avait paru étranger aux affaires géné- 
rales, uniquement absorbé par ses études géographiques et littéraires; 
maintenant il écrit: „ Quand je regarde cette image de l'Europe, 
quand je songe combien est puissante l'Espagne, combien opulente 
et belliqueuse la France, combien vaste, peuplée et riche en hommes 
robustes la Germanie, combien est forte la Grande-Bretagne, intré- 
pide la Pologne, vaillante la Hongrie, et (sans parler d'autres Etats 
qui ne sont pas à dédaigner) combien est riche, courageuse et expé- 
rimentée en l'art de la guerre l'Italie : je ne puis que déplorer ces 
guerres cruelles et pernicieuses que se font nos princes qui , entretc- 



^^ Spéculum GcUeni. Epitome Galeni seu Galenus abbreviattis vel incitus vel inier- 
sectua quecunque in Spervlo domini Symplwriani Champerii continebantur appréhendent. 
Etc. Anno domini M.D.XVII. II idtia maiaa Lugduni Joannea de Jonvelle dictus 
PisUm imprimebat. In-S®. Goth. Bible Mazarine. Il paraît hors de doute que cette 
édition n'est pas la première; très-probablement il y en eut une dès 1511 ou 1512. 
Lo privile'ge royal est du 20 juillet 1511, il est donné à rimprimcur lyonnais Simon 
Vincent. Les mots du titre quœcumque in Specxdo... continebantur, semblent faire 
allusion à une édition antérieure. Kingmann, du reste, mourut à la fin de 1511. 
V. aussi Allut, Ikvde sur Champier, p. 190 et suiv. — Les vers de Ringmann sont repro- 
duits dans un autre ouvrage de Champier, publié avant l^Specidum de 1517 : Index 
eorum omnium que in hac arte parva Oaleni pertractantur. Ara parva Galeni, Etc. 
B. 1. et a (1516). In-8o. Goth. Bibl. Mazarine. Les vers se trouvent immédiatement 
après Vlndex. 



126 HISTOIUE LITTÉRAIRE DE l'aLSACE. 

nant de continuelles discordes et des haines personnelles, se disputent 
pour la possession d'un territoire, pour la souveraineté, pour TEm- 
pire, pour la gloire, pendant qu'ils laissent le Turc et les ennemis de 
notre foi répandre le sang chrétien, détruire les villes, ravager les 
campagnes, incendier les églises, enlever les vierges, violer les 
femmes, commettre les crimes les plus énormes. S'ils mettaient fin à 
leurs graves et dangereuses inimitiés, s'ils faisaient la paix entre eux 
et que, réunissant leurs forces, ils prissent les armes contre l'ennemi 
commun , ils soumettraient aisément le monde entier et finiraient par 
obtenir que le Christ... fût adoré par tous les peuples^. Après cette 
effusion, dont il faut apprécier la générosité, il se rappelle que l'es- 
poir de voir les princes chrétiens s'accorder entre eux pour ne plus 
combattre d'autres adversaires que les Turcs, n'est qu'une illusion, 
et il s'écrie : „A quoi bon perdre ma peine?" 

Son explication de la carte de Waldseemûller se compose de neuf 
chapitres : de la terre en général et de l'Europe, de l'Espagne, de la 
France, de l'Angleterre, de l'Allemagne, de l'Italie, de la Sarmatie 
(Hongrie) et de la Grèce, des îles de la Méditerranée, des souverains 
et de leurs armoiries. Ce sont des notices très-sommaires, mais en 
grande partie très-exactes et contenant quelques détails intéressants 
sur certaines villes. Le titre : Insfructio maniiductionem prœstayis in 
cariam itinerariam Martini Hiïacomili, rappelle celui d'un traité de 
Laurent Corvinus , professeur à Cracovie , sur la géographie de Pto- 
léméc : Cosmographia dans manuductionem in tcétdas Pthohmcif etc. 
Ce traité ayant été imprimé à Baie en 149G par les soins de Henri 
Bébel, qui l'avait rapporté de l'université polonaise, Ringmann a pu 
facilement en avoir connaissance ; les mots dans manuductionem lui 
ont fourni sans doute les siens manuductionem prœstans. Etant venu 
de Nancy à Strasbourg, il publia le petit livre chez Grttninger, en le 
faisant précéder d'une épître de Waldseemûller au duc Antoine, 
datée de Saint-Dié, l^r mars 1511, d'une introduction générale du 
môme et de la lettre que lui-même lui avait écrite de Nancy *•. La 



^8 Ind. bibl. 228. — Le traite de Corvinus a ce titre: Cosmographia daiis fiianw 
ductionem in tabulas Ftholomci : ostcndetis omnes regiones terrœ habitabiles : diverta 
hominuni gênera. Etc. Dddid par un camicn et une lettre de Bcbel| Bâie 1496, au 
chanoine bâlois Hartmann d'Eptingen. S. 1. et a. In-4o. L'impression paraît être de 
Michel Furter, de Bàle. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 127 

carte, restée manuscrite, ne paraît plus exister. U Instruction mise 
en vente en avril, a un épilogue adressé à Waldscemliller; en termi- 
nant, Ringmann dit à son ami ces tristes paroles : „en considérant la 
hâte de ma composition et la gravité de ma maladie , tu ne refuseras 
pas, cher Martin, de m'excuscr d'avoir écrit sans élégance et sans la 
grâce latine'^ °°. Il n'avait pas besoin d'excuse ; il maniait le latin avec 
auUmt de facilité que ses contemporains ; si VInstructio est un peu 
moins chargée à! élégances que par exemple ses dédicaces , elle com- 
pense ce qu'elle a perdu sous ce rapport par plus de simplicité et de 
précision ; le sujet d'ailleurs no se prêtait pas aux ornements do la 
rhétorique. 

Malgré ses souffrances, Ringmann était infatigable, sa gaîté même 
ne l'abandonnait point. En juillet 1511, le docteur en droit Guil- 
laume Sesslcr lui communiqua ainsi qu'à Jean His, de Bade, qui 
était venu passer quelque temps avec lui, un poème latin du Napoli- 
tain Jean Motis, secrétaire apostolique, faisant l'apologie des femmes 
honnêtes contre les hommes qui les calomniaient. Cette satire leur 
parut si divertissante et en même temps si morale, qu'ils la donnèrent 
à imprimer à Reinhart Beck ; ils en corrigèrent ensemble les épreuves 
et y joignirent quelques épigrammes, qui toutes ne sont que des varia- 
tions sur ce thème : celui qui médit des femmes oublie que sa mère 
est femme ; dans le nombre il y en a une latine de Ringmann et une 
allemande de Brant. Une peste ayant éclaté à Strasbourg en automne, 
Beck transporta sa presse à Bade, et c'est là qu'au mois de décembre, 
après la mort de Ringmann, le livre fut publié *°®. Pendant l'été, 
Ringmann avait fait paraître chez Grtiuinger quatre comédies de 
Plante *®% avec des annotations grammaticales qu'il avait empruntées 
en partie aux commentaires de Jean-Baptiste Pio de Bologne. Chacune 
des comédies est ornée d'ime jolie gravure sur bois ; YAulularia est 
précédée de divers carmina sur Plante et sm* Antoine Urcéus, qui 
avait achevé la pièce dont on n'avait qu'un texte incomplet ; parmi 
ces vers il y en a de Ringmann et de son ami His, de Bade. Le petit 
volume est dédié, le P^ juillet 1511, au sonrier André Reynette, qui, 

*^ ... 7\i nohts ista aine éUgantîa et latliia venustate scribentibus iustam noii Tiegabis 
vemanij Martine^ compositùmU celeritatem et graveni morbi nastri infestattonem attendens . 
100 Ind. bibl. 229. 
AOi Ind. bibl. 230. 



128 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



lors d'une épidémie à Remiremont, s'était réfugié à Toul , auprès de 
Tévêque Hugues des Hazards et de Jean Aluys , et qui là ne s'était 
distrait de ses terreurs que par la lecture du vieux comique latin. 
LoA du voyage de Ringmann en Italie en 1508, quand à Ferrare il 
avait vuLilio Giraldi, celui-ci lui avait remis un traité sur les Muses, 
qu'il n'avait communiqué encore qu'en manuscrit à quelques amis ; il 
y avait rassemblé des notices tirées d'auteurs grecs et latins sur les 
mythes concernant les Muses, leur origine, leur nombre, leurs noms, 
leurs attributs. Ringmann avait promis de faire imprimer ce St/n- 
tagma de musis, mais ses autres travaux et en dernier lieu l'état pré- 
caire de sa santé l'en avaient empêché. Sentant approcher sa fin, il 
ne voulut pas que Giraldi pût lui reprocher d'avoir manqué à sa pro- 
messe. Il publia le traité en août 1511 chez Matthias Schtlrer, avec 
des gravures et avec une épîtrc dédicatoîre „à son Mécène" André 
Rcy nette *®' ; il le fit suivre de quelques extraits de Jean-François 
Pic de la Mirandole et de Fausto Andrelini, ainsi que d'un épilogue 
où il tache lui-même de résoudre la question : pourquoi les vertus, les 
qualités intellectuelles, les sciences sont-elles représentées comme 
étant du sexe féminin? d'où vient cet usage chez les écrivains de 
l'antiquité païenne et même chez les auteurs de la Bible et les théo- 
logiens de l'Eglise? Il vient, dit Ringmann, de ce que les vertus et 
les connaissances sont destinées à être fécondes en œuvres bonnes et 
que, de même que les jeunes filles aiment à jouer en chœur, les 
sciences se tiennent pour former le grand chœur do l'Encyclopédie ; 
même les trois parties du monde ancien ont reçu des noms venant de 
femmes. Si les femmes d'aujourd'hui, s'écrie-t-il en citant Béroalde, 
savaient cela, comme elles se vanteraient et prétendraient à la supé- 
riorité sur les hommes ! Il faut leur cacher ces choses comme des 
mystères, „afin que d'insolentes qu'elles sont elles ne deviennent pas 
plus insolentes encore". Après cette déclaration peu courtoise, il se 
reprend en disant : „Mais cessons de jouer, j'ai assez plaisanté". Le 
Carmen au lecteur qu'il mit au verso du titre, est un de ceux qui lui 
ont le mieux réussi ; on est d'autant plus disposé à y trouver un cer- 
tain charme, quand on songe que c'est une des dernières œuvres d'un 
mourant. 

AOîi IncL bibl. 231. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. d29 

Pendant son dernier séjour en Lorraine les savants de cette pro- 
vince Tavaient chargé de la publication de la Nancéido, dont Tau- 
tour, le chanoine Pierre de Blarru, devenu aveugle, avait donné le 
manuscrit à Basin de Sandaucourt; il mourut d'ailleurs le 23 no- 
vembre 1510. Dès le 16 mars de cotte année le duc Antoine fit payer 
à Ringmann par son trésorier général la somme de 20 francs, pour 
qu'il fît impi'imer le premier livre du poème *^', c'était un premier 
à-compte pour encourager une entreprise qui devait tourner à la 
gloire du père du prince. Comme ceux qui attendaient impa- 
tiemment cette œuvre, commençaient à se plaindre du retard, Ring- 
mann écrivit, le 1^"^ août 1511, à Reynette pour s'excuser par sa ma- 
ladie; mais il se faisait illusion en exprimant l'espoir que sous peu 
^l'ajournement serait compensé par rexcellence du livre" *®*. Il ne vit 
plus l'apparition de la Nancéide, ni celle de ce Ptolémée, auquel il 
avait consacré tant de fatigues et do veilles ; il mourut d'une phthisie, 
aggravée peut-être par l'épidémie régnante, dans le courant de l'au- 
tomne 1511 *®'. Béatus Rhénanus, de trois ans plus jeune que lui, et 
Jean Ruser d'Ebersheim, lui firent poser, dans le cloître do la com- 
manderie de Saint-Jean de Schlestadt, une table commémorative avec 
une inscription rappelant les services rendus aux lettres par le jeune 
savant „mort à la fleur de l'âge" *°®. 

Lo &it de l'érection de ce monument à Schlestadt ne prouve pas 

103 ^ PhUiieuB (sic) la somme de vingt francs^ monnot/e de Lorraine, que moTidict 
seigneur le duc luy a ordonné cette fois , à condition qu^ il fera imprimer le livre premier 
de la Nanceyade, Par mandement donné h Nancy ^ le XV I^ jour de mars mil F« et 
dix. Compte de Jehan Gerlet, trésorier général du duc Antoine. Archives de Nancy. 
Beaupré, Nouvelles recherches de bibliographie lorraine. Nancy 1856, p. 14. 

104 JPorro autem cum scU dto fiât quicquid benefUj memineris quœso intérim me ex- 
cusare apud eos qui Nanceidis editionem nimis ardenter expetentes, cunctaHonem omnem- 
que moram œgre ferunt, Nam propter diutumum et gravem morbum, qui me infestât, 
hactenus Jieri non potuit, sed Christo Opt. Max. favente mox fiet, atque itafiet, ui pro^ 
crastinationem ubertaie compensatam videre oporteat. Dédicace du Syntagma de Musis 
de Gîraldi. 

^06 Déjà en 1509 il avait parlé de sa poitrine malade, mea pectora durls fessa 
fiiinisteriis. Prologue de la Orammatica figurata. 

i<>6 Christo optimo maximo, Mathiœ Ringmanno PhUesio Vogesigenœ, politioris liter 
ralurœ apud Elsates propagaton, latinœ eruditissimo, grœcœ non indocto, in ipso œtatis 
flore, non sine gravi literarum detrimento, prtnmatura morte suhlato Beatus Shenanus 
et Johanmes JRuserus amico bene merito staiuerunt, Vixit annis XXIX, Obiit a. M,D,XI, 
r&ris, p. 16. Le cloître ayant été démoli, Tinscription n^existe plus. 

II » 



^ 



130 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L*ALSACE. 

que Ringmann soit mort en cette ville ; dans Tétat où il se trouvait, 
il est peu vraisemblable qu'il ait encore quitté Strasbourg après le 
1®' août 1511, date de la dernière lettre que nous connaissions de lui. 
Rhénanus et Ruser ont voulu rendre hommage à leur compatriote 
alsacien qui, décédé n'importe où, probablement à Strasbourg, avait 
excité leur admiration par ses mérites littéraires et scientifiques. 

Deux ans après sa mort parut enfin cette Géographie de Ptolémée, 
sur laquelle lui, Waldseemiiller et Gaultier Lud avaient surtout 
fondé leur espoir de réputation. Encore en 1511 WaldseemtlUer avait 
annoncé, dans la dédicace de VInstrudio à Antoine de Lorraine, que 
puisque le prince acceptait avec bienveillance sa carte itinéraire do 
TEurope, il se sentait encouragé à achever „d'autres travaux de ce 
genre déjà commencés"; ces travaux étaient ceux qu'il avait entre- 
pris sur les cartes ptoléméennes. Ringmann avait transcrit de sa 
propre main le texte latin tout entier, totum ojptiSy revu sur le grec, 
et avait rédigé la table des matières alphabétique *°'. L'ouvrage leur 
appartenait ; ils méritaient, ainsi que le chanoine Lud, l'honneur d'y 
être mentionnés, mais Oessler et Ubelin le publièrent en 1513 chez 
Jean Schott, sans faire aucune allusion ni à Waldseemiiller ni à Lud; 
ils rappellent qu'ils ont dû l'original grec à la munificence de Pic de 
la Mirandole, ils prétendent que c'est eux qui ajoutent les nouvelles 
découvertes, ils s'attribuent, en un mot, toute la gloire de rentre- 
prise; ils auraient aussi passé Ringmann sous silence, s'ils n'avaient 
pas cru devoir insérer la lettre que Pic leur avait adressée en 1508 et 
où il était parlé du voyage du jeune homme, et celle de Giraldi à ce 
dernier sur la manière des Grecs d'écrire les nombres. Il est inutile 
de qualifier ce procédé. Le Ptotémée de 1513 est du reste un chef- 
d'œuvre de la typographie strasbourgeoise du commencement du sei- 
zième siècle ^°® ; le papier, les caractères, les cartes, l'impression, tout 
est admirable; le volume est grand in-folio, divisé en deux parties, 

107 Philesii dUvjentiam in hoc plurimum cooperatam scias f cuiusfiddi dodaque manu 
totum quod vides qpus transscriptum..» Ad lectorem^ à la fin de la première partie de 
Ptolëmde, v. note suiv. 

108 Claudii JPtolemei viri Alexandriiiî mathematicœ disciplinai Philosophi doctissimi 
Oeographiœ opus novissima tradudione e Crntcorum arcJictypis castvjatlssinie pressum. 
Etc. — Au verso du f^ 72 : Armo Christi Opt, Max, M,D,X.III Mardi XIL Prestuê 
hic Ptoîemœus Argentinœ vigilantissima castigctHone industriaqiie Joannis Schotti itràis 
indigence. In-f°. 



LIVRE IV. — MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 131 

dont la première contîcnt le texte du géographe alexandrin avec vingt- 
sept cartes ; le texte est le fruit du long travail de Ringmann; sauf 
quelques notes explicatives qui, selon toute probabilité, sont de Wald- 
seemûller; celui-ci, d'après la démonstration irréfutable de M. d'Ave- 
zac *°®, est aussi Tauteur de la seconde partie, consacrée à la géogra- 
phie moderne et accompagnée de vingt cartes, dont la dernière repré- 
sente la Lorraine. Dans la nouvelle édition, écourtéc, donnée par 
Schott, en 1520**^, il n'est pas plus question du savant fribourgeois 
que dans celle de 1513. Ce n'est que dans celle de 1522, imprimée 
chez Gi'tininger et soignée par le médecin Laurent Fries de Colmar, 
qu'il est rendu justice à Waldseemtlller, mort peu auparavant : il est 
dit qu'il est l'auteur des cartes modernes; c'est un témoignage rétro- 
spectif en faveur des cartes de 1513 ; celles de 1522 sont, en quelques 
parties, modifiées et même défigurées ***. 

Enfin, la Nancéide, que Ringmann s'était chargé de livrer à l'im- 
pression, ne parut qu'en 1518, par les soins du chanoine Basin de 
Sandaucourt. Celui-ci y joignit une dédicace au duc Antoine de Lor- 
raine, deux épîtres, l'une en prose, l'autre en vers, à l'éveque 
Hugues des Hazards ; à la fin do l'ouvrage, il y a une épitaphe que 
Ringmann avait encore préparée pour l'auteur, une autre pour le 
même par Laurent Pillard (Pilladius), également chanoine de Saint- 
Dié***, un chronogramme dont le premier vers, composé par Pierre 
de Blarru lui-même, donne l'année de sa naissance, et dont le second, 
ajouté par Basin, donne l'année de sa mort; enfin une gracieuse 
élégie de Pierre sur les petits oiseaux qu'il aimait à avoir en cage et 
qu'il nourrissait de sa propre main. Le volume ne fut plus imprimé à 
Saint-Dié, mais à Saint-Nicolas-du-Port, par le prêtre Pierre Jacobi * * * 

109 D'Avezac, p. 152 et suîv. 

110 Cette édition fut soignée par Georges Uebelin seul; Œssler n^estplus nommé. 

111 Avec une dédicace de Thomas Vogler à Laurent Fries. D^Avezac, p. 159. Cet 
auteur dit que Fries était alors médecin de la ville de Metz, mais à cette époque 
il était encore à 8trasb., il ne vint h Metz qu^aprës 1524. 

112 Auteur d*un poème latin sur la guerre des paysans en Alsace, Htuticiados 
libri aex. 

113 Pétri de blarrorivo parhisiani insigne Nanceidoa opns de hello nanceiano, hac pri- 
mum exaraiura elimatissima nuperrime in lucem emissum. — Impressum in celebri Lotha- 
ringie page divi Nicolai de partu per Fetrum Jacobi presbiterum loci paganum, Anno 
chriitiane incamationia M.D.XVI21, nonas januar,.. Marque de P. Jacobi. In-f>. 
Qrayures sur bois, dont le style est celui de Técole alsacienne. 



J32 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 

qui^ dans ce bourg jadis plus considérable qu'aujourd'hui^ avait établi 
une imprimerie dès les premières années du siècle. 

En terminant cet article^ je crois que je n'ai pas eu tort de dire, en 
le commençant, que le jeune homme dont j'ai tâché de retracer la 
vie est digne de n'être pas oublié. Latiniste, poète, géographe, his- 
torien, archéologue, il est un des humanistes alsaciens qui ont possédé 
les connaissances les plus variées ; esprit ouvert, dévoué à la science, 
ne redoutant aucune fatigue pour en servir les intérêts, tour à tour 
maître d'école enseignant les rudiments du latin à des enfants, correc- 
teur dans des imprimeries, messager envoyé au loin pour chercher 
des manuscrits, tradjicteur de Jules César dans le but d'éveiller chez 
les laïques le goût des études historiques, et joignant à cette ardeur 
pour les études un caractère aimable et enjoué, une verve spirituelle, 
un sentiment assez vif de ce qui est beau dans la nature et dans la 
poésie : ce sont là des titres qui nous autorisent à lui assigner une 
place distinguée dans notre histoire littéraire. 



LIVRE IV. — JEAN ADELPHUS MULING. i33 



CHAPITRE V. 

JEAN-AOELPHUS MULING. — THOMAS VOGLER dit AUCUPARIUS. 

WOLFGANG ANGST. 

9 1. JEAN-ADELPHUS MULING. 

Jean Adelphos a été médecin^ mais médecin humaniste^ plus occupé 
en apparence de questions littéraires et religieuses que de la pratique 
de son art. 

Son nom était Mulich ou plutôt Muling ; il emploie les deux formes^ 
mais plus souvent la seconde * ; plus souvent encore il ne s'appelle 
que Jean Adelphus ; Adelphe ou Adolphe était le prénom de son 
père *. Il y avait à Strasbourg des Muling et des Mulich ', mais je ne 
saurais dire s'ils ont été une même famille et si notre littérateur^ dans 
le cas que les deux noms se rapportent à deux familles distinctes y a 
été parent de Tune ou de l'autre. Il suivit sous Craton Hofinann 
l'école de Schlostadt, où il eut pour condisciples Béatus Rhénanus et 
Jean Spiegel de Marmoutier, cousin d'un des neveux de Wimphe- 
ling*. Avec le jeune Spiegel il visita ^encore d'autres lieux" ; comme 
cet ami fit ses études à Heidelberg sous Wimpheling, il est probable 
qu'Adelphus fréquenta cette même université. La prédilection qu'il 

^ Il se donne le nom de Mulickiuê dans la Cosmographiœ introdudio et une fois 
dans la Margarita facetiarum de 1509; celui de Mtdtngus, plusieurs fois dans la 
Marg.faeet. de 1508 et de 1509, dans les ëdit. d'Avitus, de Mars. Ficin Derdig, 
ekri8t.j de Plante, des opuscules de Grégoire do Nazianze, dans le Catal. episc. Ar- 
gent, de Wimpheling, et dans la Buraa pavonis de Jean Eck. 

< En tête de la préface de VOratio proverbiorum de Bëroalde, ind. bibl. 233, il 
s*appeUe Joarmeê Adelphi ArgerUinensis, 

9 En 1466 Hector Mulich acheté une Bible allemande imprimée par Mentel. Tho- 
mas Mulich, notaire à Strasbourg, 1499, 1504. Paul Mulich, custode de la maison 
de S. Jean, mort 1507. En 1497 Pierre Muling, curé de Holtzheim, achète à Stras- 
bourg le droit de bourgeoisie. 

4 Préface de V JEnchiridion d'Erasme, ind. bibl. 251, et lettre à Jean Spiegel, 
15 mars 1508, Marg, facet,, f> L, 4. — Un autre de ses condisciples h Schlestadt 
fut Léon Jad, de Quémar, le futur collaborateur de Zwingle. 



134 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L*ALSAGE. 

montra dans la suite pour la ville de Trêves , où il séjourna plusieurs 
fois et où il avait des connaissances; nous fait supposer qu'il y con- 
tinua son instruction. Il se familiarisa avec les auteurs classiques ^ 
s'occupa de théologie et lut les Pères ; pour se créer un avenir il étu- 
dia la médecine, mais ne devint que licencié dans cette science *. En 
1505 il paraît à Strasbourg comme physious ; il pouvait avoir environ 
vingt ans. Trop jeune pour trouver beaucoup de clients dans une ville 
où d'ailleurs les praticiens ne manquaient pas *, il gagna sa vie commo 
traducteur et comme correcteur chez quelques-uns de nos typo- 
graphes. Une traduction allemande des deux premiers livres de l'ou- 
vrage de Marsile Ficin, De triplici mta *^, fut sa première publication ; 
jointe à une nouvelle édition du Manuel de l'art de distiller les simples 
par Brunschwig , elle forme un volume intitulé Medicinarius •. Adel- 
phus dédia son œuvre au chanoine de la cathédrale Henri de Werden- 
berg, qui l'avait pris sous sa protection. Ailleurs il parle avec recon- 
naissance de bienfaits que lui et sa famille avaient reçus des évoques 
Albert de Bavière et Guillaume de Honstein ; pour ce dernier il 
copia le traité que Geiler lui avait adressé peu après son élection *. 

Pendant quelque temps il fit partie du groupe qui se rattachait à 
Wimpheling ; il partageait les opinions du pédagogue sur les poètes 
païens et écrivit des vers pour plusieurs de ses publications. En 1507, 
quand Wimpheling n'osait pas attaquer Locher, Adelphus se fit l'or- 
gane de ses rancunes contre cet adversaire incommode ; dans son 
édition du poème de saint Avit il le désigna assez clairement pour 
que personne ne pût s'y méprendre ; il parle de poètes qui invoquent 
comme filles de Jupiter les Muses qui ne sont que les filles du diable, 
qui excitent les jeunes gens à la volupté, qui détruisent l'étude de la 
philosophie et du droit, qui dédaignent la théologie et les théolo- 
giens; ces poètes, les évoques devraient les excommunier, et les 

ft Medicinarum liceniiatua, à la fia des CframmcUi^jœ iruHtutiones de Brassioaniu, 
Strasb. 1512, în-4o. 

6 De 1490 k 15 14 quatorze mëdoclns dtrangors se firent recevoir bourgeois de 
Strasb., dont un pour les juifs et un pour les syphilitiques, Blatterarzt, 

7 De triplici vt^o, acUicet sanay longa et celUus» — Cet ouvrage avait paru ponr la 
première fois à Venise, 1484, in-40; il fut réimprime aussi à Strasb. par Jean Sohott, 
1514, in-40. 

8 Ind. bibl. 232. 

9 Dédicace du Fater noster de Gciler. Ind, bibl. 184. 



LIVRE IV. — JEAN ADELPHUS MULING. 135 

— ' I 

princes, „s'ils étaient chrétiens^ , les bannir; au moins faudrait-il les 
donner en spectacle à la foule en les exposant au pilori. Les seuls 
vrais poètes sont ceux qui invoquent Dieu et sa mère, qui racontent 
l'histoire et notamment l'Histoire sainte, qui recommandent les vertus, 
déplorent les calamités du temps , vénèrent les saintes lettres et ceux 
qui les cultivent , ceux enfin qui n'offrent pas au public „les excré- 
ments d'une mule^. Il suffit, continue Adelphus, que les jeunes gens 
aient lu Virgile; qu'ils se gardent de lire les autres païens, car leur 
miel est mêlé d'un venin pernicieux. Il voudrait qu'après avoir appris 
dans l'enfance le latin et puis étudié la dialectique et la philosophie 
naturelle et morale , on passât aussitôt à la théologie ou que , si dans ^ 
l'intérêt de la postérité on préfère l'hymen, on se consacrât à la mé- 
decine ou au droit civil ; ce sont là les seules études honnêtes et utiles 
à la République *®. Wimpheling ne put être que satisfait en lisant ces 
pages, où il retrouvait un écho de ses idées les plus chères et des 
expressions dont il s'était servi lui-même ; mais il dut l'être moins 
quand son disciple se permit de corriger les épreuves du Chartilu- 
dium logicœ de Murner et d'accompagner ce livre de distiques élo- 
gieux; un savant, dont Murner disait ^c'est un homme selon mon 
cœur" **, ne pouvait plus que déplaire à l'irréconciliable auteur de la 
Crermania. 

En mars 1508 Adelphus se rendit à Trêves ; s'il y alla pour cher- 
cher une position, son espoir fut déçu, car peu après on le retrouve 
à Strasbourg, servant de prote dans l'imprimerie de Griininger et 
publiant lui-même des ouvrages divers. En avril 1512 il assista & 
Trêves, avec une dévotion qui le caractérisait alors, à l'ouverture 
des reliques déposées dans la cathédrale. Dans cette même année il 
est correcteur c^iez PrUss*^. Le 25 décembre 1513 il écrit à Stras- 
bourg une dédicace ; le 31 du même mois il en écrit une autre & 
Trêves. Dès le commencement de l'année suivante il est fixé à Schafi*- 
house comme médecin de la ville , Stadtard , lié avec des prêtres et 

10 AoUus^ f> F, 7. Ind. bîbl. 234. La preuve qu'il en veut à Locher se trouve 
dans ces mots : qui.,, excrementa mulœ phanno {vanno) excipere pingunty allusion à 
une des gravures du pamphlet dont il est parle dans la Vie de Wimpheling. 

11 Murner dédia son livre à Adelphus; dans la conclusion il Tap pelle vir erudi' 
tissimuSy secundum cor nostrum. Ind. bibl. 312. 

12 Grammaticœ imtituHoneê Joh. Brassicam, Argent.^ J, FriUit 1512, in-4<', à la fin, 
une recommandation du livre par Adelphus. 



436 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L*ALSACE. 



des moines ; et ayant assez de loisir pour &ire encore des tra- 
ductions. 

Sentant son insuffisance comme praticien ^ il se mit en rapport 
avec Joachim Vadianus, dès que celui-ci se fut établi comme méde- 
cin de Saint-Gall , sa ville natale. Le 29 février 1520 Adelphus lui 
écrivit pour lui demander le catalogue des livres médicaux do sa 
bibliothèque; il se plaignit de la décadence de cette science qui; sans 
les ouvrages de Thomas Lynacer et de Guillaume Cop (traductions 
de Galien et d'Hippocrate), retomberait dans la barbarie; „plût à 
Dieu, dit-il, que ces deux savants eussent été mes professeurs, je ne 
serais pas ce que je suis mais ce que je voudrais être ; veuille nous 
prescrire brièvement une méthode de guérir les malades ; depuis mon 
jeune âge j'ai honneur des gros livres qui prétendent tout dire et qui 
ne disent rien" *'. 

En même temps il s'opéra un changement dans ses convictions 
religieuses ; la naïveté avec laquelle il avait admiré la robe de Trêves 
fit place à des réflexions plus approfondies. Il lut les écrits de Luther 
et les trouva „plus précieux que Tor et les bijoux". En 1519 il avait 
traduit le Chevalier chrétien d'Erasme, il avait fait ce travail à la 
demande de son ancien condisciple Béatus Rhénanus et parce que 
beaucoup de prêtres négligent leurs devoirs ; pour suppléer à l'incurie 
du clergé, il faut publier de bons livres en langue vulgaire, afin que 
les laïques puissent apprendre par eux-mêmes ce qu'il leur importe 
de savoir. ^C'est ainsi que saint Jérôme a traduit la Bible pour le 
peuple romain de son temps. Aujourd'hui on veut interdire les ver- 
sîons de l'Ecriture, mais Jésus-Christ n'exclut personne, ce qu'il a 
enseigné n'est pas si obscur que les savants seuls pourraient en avoir 
l'intelligence. D'ailleurs, l'honneur et la prospérité du clergé ne dé- 
pendent pas de l'ignorance du peuple ; il faudrait, au contraire, tra- 
duire la Bible dans toutes les langues, ce serait aussi le moyen de la 
faire connaître aux Turcs". 

On sait que Geiler s'était prononcé contre ces traductions; en 
voyant Adelphus s'éloigner sous ce rapport de notre prédicateur et 
rompre avec le passé, on ne sera pas surpris de le rencontrer parmi 



'S Autogr. S. Gall. — Wirz, Uelvetische JSrchengetchichte, Zurich* 1813, T. 1, 
p. 124. 



LIVRE IV. — JEAN ADELPHUS MULING. 137 

les premiers partisans de la Réformation. Déjà en septembre 1520 un 
professeur de Leipzig ^ écrivant à Pîrckheîmer, compte Adelphus 
parmi les rares médecins qui s'intéressent aux questions religieuses et 
qui désirent la suppression de tout ce qui est contraire à la vraie 
piété *^. Quand Sébastien Hofmeister commença à prêcher à Schafif- 
house les principes nouveaux , Adelphus le soutint de son influence ; 
dans une lettre à Vadianus , écrite le 5 août 1522 au retour d'un 
voyage à Strasbourg, il exprime Tespoir que malgré les adversaires 
la vérité finira par triompher*^. Cette lettre est la dernière que Ton 
connaisse de lui ; depuis lors on perd ses tfaces ; à Schaffhouse même 
on ne sait rien de ses destinées ultérieures. 

Outre ses dédicaces , dont quelques-unes ont la forme et Tétendue 
de dissertations, Adelphus n'a publié que peu d'ouvrages dont il soit 
l'auteur lui-même. 

A la médecine il n'a accordé que la moindre partie de son activité 
littéraire. J'ai mentionné sa traduction des deux premiers livres du 
traité de Marsile Ficin sur la vie; ils s'occupent des moyens de con- 
server la santé et de prolonger l'existence. Adelphus les jugeait utiles 
à cause des remèdes que l'auteur y indique, et que les malades pour- 
ront soit composer eux-mêmes soit écrire sur un papier pour les faire 
préparer dans une pharmacie ; il croyait, comme Brunschwig, que 
cela ne présentait pas de danger grave. Il avait fait preuve de plus 
de bon sens en ne pas divulguant aussi le troisième livre de Ficin, 
qui ne contient que des spéculations sur l'influence qu'ont les astres 
sur le bien-être du corps et de l'âme. En 1513 il donna une édition 
du traité anatomîque du médecin italien Mundinus, qui au commen- 
cement du quatorzième siècle avait été un des premiers à étudier des 
cadavres humains ; Adelphus recommanda ce petit livre non-seule- 
ment aux praticiens mais à tous ceux qui, avides de merveilles, dési- 
raient connaître l'admirable structure du corps humain ; si le volume, 
qu'on pouvait se procurer „pour peu d'argent", était bien reçu, il en 

1* Francas Camîcianus (Andrë Franck, de Kamenty). 27 sept. 1520. Pirchheimeri 
operay p. 329. 

15 Antogr. S. Gall. — J. Hottînger, HelvetUche Kirchengeséhichte, Zurich 1701, 
in-40. T. 3, p. 92. — Dans la notice sur Murner il sera parle d'un pamphlet satirique 
de 1522 contre ce moine et contre d'autres ennemis de Luther; il est signe : J A hat 
es gemacht da er frolich was. Je n'ose pas dire que les initiales désignent Jean 
Adelphus ; cependant ce ne serait pas impossible. 



438 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE, 

publierait aussi un commentaire^®. Il assure vers la même époque 
qu'il avait fait paraître un Hortus sanitatis et qu'il se proposait de 
donner une Beformatio apothecce^'' ; si cette dernière avait été son 
œuvre personnelle, elle n'eût pas été le moins curieux de ses livres ; 
elle eût été sans doute une révision de ce qu'on appelle aujourd'hui 
la pharmacopée. 

Toutes ses autres publications sont étrangères à son art. La pre- 
mière qu'il ait composée lui-même est un de ces recueils de facéties 
qui &isaient alors les délices des savants et qui donnent la mesure de 
leur esprit et de leur goût. Il lui donna le titre de 'Facetiœ addphinœ ; 
ce sont des anecdotes satiriques sur des prêtres, des moines, des 
médecins, des artistes, des bourgeois, des paysans, des femmes de 
Strasbourg *®, de Saverne, de Bâle, de Schafihouse, de Mayence, de 
Worms, etc., le tout saupoudré d'un sel peu raffiné. Adelphus était 
persuadé que ces morceaux ^renfermant des sentences agréables" 
serviraient au progrès des études et à l'amélioration des mœurs. Tout 
le monde était alors de cet avis ; ce qu'il y a de plus étrange pour 
nous, c'est le sérieux avec lequel on traitait ces histoires tantôt bouf- 
fonnes, tantôt indécentes, et la valeur pédagogique qu'on leur attri- 
buait. Adelphus ajouta à ses propres facéties les bons mots du roi 
Alphonse de Navarre et ceux qu'on prêtait aux empereurs Sigismond 
et Frédéric III; ils feront mieux reluire, dit-il, l'aflFabilité et la 
sagesse des ancêtres. Il y rt^unit aussi les similitudes, les saillies, les 
proverbes de Geiler, que Pierre Schott avait déjà recueillis et qu'il 
augmenta de quelques réminiscences personnelles; il fit ce travail 
dans la conviction qu'il rendait un service aux prédicateurs jeunes et 
vieux, et que la réputation de Geiler ne pouvait qu'en profiter. En 
1508 il forma de toutes ces pièces un volume, sous le titre de Marga- 
rita facetiarum; pour le grossir, il y comprit quelques traités d'Her- 

^^ Ind. bibl. 246. Dédid à maître Ldonard, médecin et apothicaire à Bâle, 1513, 

Strasbourg. 

17 Dëdicaco de la Passion de Geiler. — Weislinger, Catal. hihl, Johannii. Argent. ^ 
p. 249, cite : Herharium oder KrUuterbtich, gênant der Qart der Oesundheit. Strasb., 
Priiss, 1507, in-f°. Plusieurs fois réimprimé. J^ignore si c^est Touvrage dont parle 
Adelphus. 

18 Margarita facetiarum, f> Q, 1. — Parmi les personnages dont il rapporte des 
facéties il nonmie le peintre Jean Schrotbanck dont il a été fait mention dans notre 
Introduction, T. 1, p. XXVIII. 



LIVRE IV. — JEAN ADELPHUS MULING. 139 

molaus Barbarus et de Marsile Ficin, qu'on est étonné do trouver au 
milieu do facéties. Comme dans le public on fut choqué de rencontrer 
parmi les similitudes de Geiler quelques passages qui semblaient peu 
dignes de lui, Adelphus en supprima un dans la nouvelle édition qu'il 
fit de la Margarita en 1509 *®. 

Trois années après, émerveillé de ce qu'il avait vu à Trêves lors 
de l'ouverture des reliques en présence de l'empereur IVIaximilien et 
de la diète, il publia un récit de cette solennité, accompagné des 
légendes sur la robe sans couture et sur les autres objets trouvés dans 
l'autel de la cathédrale'®. Un anonyme ayant mis en doute l'authen- 
ticité de la robe de Trêves, Adelphus, avec plus de candeur que de 
sagacité, rassembla les passages des chroniqueurs qui lui semblaient 
démontrer d'une manière incontestable que cette robe était la vraie **• 
Cependant, à la fin de cette brochure, qui est du mois de mars 1513, 
il y a quelques lignes qui ne manquent pas d'intérêt ; Adelphus dit 
qu'il venait de paraître un livre en vers, où l'on racontait comment 
le roi Orendel, après avoir trouvé la sainte-robe à Jérusalem, l'avait 
donnée à l'église de Trêves. En effet, en 1512 on avait imprimé à 
Augsbourg un texte remanié de ce vieux poème **. Suivant Adelphus 
cette histoire était fausse, puisqu'on y parlait de princes et do prin- 
cesses qui n'ont jamais existé ; il se proposait d'en écrire une réfuta- 
tion. Grâce aux études nouvelles, le sens historique ne lui manquait 
donc pas absolument; de même que Ringmann, il ne croyait plus aux 
héros des épopées du moyen âge ; en faisant un pas de plus, il aurait 
reconnu aussi ce qu'il y a de fabuleux dans les légendes sur Con- 
stantin et sa mère Hélène. 

Un travail plus notable, où Adelphus se montre assez bon latiniste 

lî> Ind. bîbl. 233. — M. Dacheux, He de OeUer, p. 561, juge Adelphus trop 8($vë- 
rement k cause de son recueil de facéties de Geiler; ce n^ëtait pas nuire à la bonne 
réputation du prédicateur en publiant les bons mots et les ëpigrammes que tout le 
monde entendait sortir de sa bouche. Il ne faut jamais oublier que le goût du sei- 
zième siècle était bien différent du nôtre.' 

20 Ind. bibl. 240. 

2^ Ib. 243. — L*ouvrage est dédié à Christophe de Rheineck, custode de la cathé- 
drale de Trêves, 6 mars 1513. 

2 S Bin hUbsch Hlstory zu lesen vun unsers herren rock wie der vmnderbarlich einem 
kunig [Orentd gênant) worden ist, der in gen Trier pracht hat. Augsb., J. Froschauer, 
1512, in^o, avec grav. sur bois. C^est la 1'^ édition de ce poème, qui dans sa pre- 
mière rédaction date du XII® siècle. 



140 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

et très-versé dans Tancieiine littérature ecclésiastique^ est son inter- 
prétation des séquences, d'après la même méthode que l'interprétation 
des hymnes par Wimpheling*', Dans ce traité, qu'Adelphus desti* 
nait aux écoles pour remplacer Tétude des poètes profanes par celle 
des poètes de TEglise, il donne, après la paraphrase de chaque 
séquence, Texplication étymologique et grammaticale des mots, en 
recourant à quelques classiques et au dictionnaire de Calépinus; il 
osa même corriger une erreur de Wimpheling ** ; chaque article se 
termine par des remarques sur les notabilia théologiques. Tout cela 
n'est plus d'une grande valeur, mais à l'époque où l'ouvrage parut il 
a pu être utile aux prêtres qui, au témoignage de Wimpheling, chan- 
taient les cantiques et récitaient les proses sans en comprendre le 
sens. Adelphus annonça qu'il traiterait de la même manière les 
prières appelées collectes ; ce travail, s'il fut entrepris, ne paraît pas 
avoir été publié. 

Comme éditeur d'ouvrages faits par d'autres, Adelphus prenait un 
peu au hasard ce qui lui tombait sous la main. En 1505, en même 
temps qu'il imprimait sa traduction de IMarsile Ficin, il fit paraître 
VOratio proverhiorum de Philippe Béroalde ; comme on n'aime pas, 
dit-il, les gros livres, il faut recommander les recueils d'adages qui, 
à l'exemple des Proverbes de Salomon, instruisent le lecteur sans 
l'ennuyer; on en retirera plus de profit qu'en feuilletant à la hâte 
quelque volume gigantesque*'. Un peu plus tard il publia, en le 
dédiant à Geiler et à Wimpheling, le traité de Marsile Ficin sur la 
religion chrétienne *®. Sans se rendre compte de ce qu'il y avait de 
philosophique dans le christianisme du savant florentin, Adelphus 
croyait contribuer au progrès religieux en faisant connaître en Alsace 
l'ouvrage de celui qu'il appelait lui-même le restaurateur de la sagesse 
platonicienne. Il donna en outre quelques opuscules de Grégoire de 
Nazianze*', celui de Ficin sur le soleil et les deux discours d'Her- 



23 Ind. bibl. 244. 

24 JSequent. interprétation f^ 128, U propos du mot nunduêf in guo nomine erravU 
noster Wîmphelinffus in suis EleyaiUiis. Suivant Adelphus nuncius peut signifier à U 
fois le messager et le message. 

25 Ind. bibl. 233. 

26 Ib. 235. — La dédidace est du 15 oct 1507. 

27 Ib. 237. — Dudlé à Georges Bohem, prêtre à Mayence, et à Jean Flamming, 
prêtre à Boppart, 31 déc. 1507. 



LIVRE IV. — JEAN ADELPHUS MULING. 144 



molaus Barbarus contre les poètes ; ces trois derniers morceaux il les 
inséra, assez mal à propos, dans sa Margarita facetiarum. En 1514 il 
fit imprimer une Passion allemande, dont Tauteur, le docteur Xacques 
Mennel, secrétaire de la ville de Fribourg, lui avait communiqué le 
manuscrit. C'est parmi les ouvrages singuliers, dont cette époque fut 
si riche, un des plus bizarres; après avoir débuté par la légende d'Ab- 
garus, Mennel raconte Thistoire de la passion sous la forme d'un procès ; 
la scène s'ouvre par la résolution des Juifs de tuer le Seigneur, puis 
viennent une missive de Lucifer à Judas pour lui ordonner la trahison, 
un acte par lequel Judas donne quittance des trente pièces d'argent, 
des sentences formulées en termes judiciaires, une lettre de Judas 
annonçant aux Juifs son repentir, etc., le tout accompagné d'images. 
Adelphus dit dans sa préface que puisqu'on aime la variété, il a paru 
convenable d'apprêter les récits des évangélisles d'une façon nouvelle 
qui ne manquera pas de noumr la foi ^*. 

Des éditions plus importantes fuirent celles des six livres de saint 
Avit, de vingt comédies de Plante, du poème latin sur Alexandre le 
Grand, et du roman intitulé die Marin. Le manuscrit du poème 
d'Avitus de Vienne sur la création, sur le péché originel et ses suites, 
avait été trouvé au milieu de la poussière d'une bibliothèque ; un des 
maîtres d' Adelphus, auquel l'Allemagne doit la plus grande recon- 
naissance (probablement Wimpheling), l'avait envoyé à Bologne pour 
le faire corriger par Philippe Béroalde ; Aide Manuce l'aurait imprimé 
À Venise, si d'autres aflfaires ne l'en avaient empêché ; il revint à 
Strasbourg, où Adelphus le publia en 1507 à l'usage de la jeunesse 
pour lui apprendre à préférer les poésies chrétiennes aux inepties 
mythologiques et aux fables des païens ^^. Pour mieux répandre le 
livre parmi les écoliers, on l'imprima en petit format et on en tira 
mille exemplaires'**. Le Plante d' Adelphus, reproduction d'une 
édition vénitienne, est également un petit volume, orné de jolies gra- 
vures sur bois '*. La dédicace à Jean Dynchin, chancelier de l'évêque 
de Trêves, forme un traité complet de rhétorique et de poétique •, en 
forçant le sens du mot éloquencey Adelphus représente Plante comme 

88 Ind. bîbl. 247. 

*9 Ib. 234. DédicS k Tarchevêque Jacques do Trêves, 21 août 1507. 

•® (Jarmen de Philësius, au verso du titre. 

»i Ind. bibl. 237. La dédicace est du 1er avril 1508. 



442 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

le type le plus parfait de Torateur. Ses observations sur la comédie, 
sur son origine, sur ses diflférents genres, sur les mètres qui lui con- 
viennent, sans être toujours très-justes au point de vue de la science 
actuelle, prouvent au moins que le jeune médecin était au courant de 
ces matières, telles qu'on les comprenait alors. 

L'édition du poème de Gaultier de Châtillon sur Thistoire 
d'Alexandre le Grand est la première de cette œuvre qui, puisée 
principalement dans Quinte-Curce, est moins légendaire que les 
romans français et allemands du roi de Macédoine". Jacques Schenck, 
officiai de Tévéque de Worms, en avait fait parvenir un -manuscrit à 
l'imprimeur strasbourgeois Reinhart Bock. Comme la publication 
tardait à se faire, Adelphus se chargea de la mener à bonne fin. 
A Strasbourg même on possédait deux anciennes copies de l'ouvrage, 
Tune dans la bibliothèque du chapitre de Saint-Thomas, l'autre dans 
celle du couvent des augustins; Adelphus ne les consulta point; on 
ne se préoccupait pas encore des résultats qu'on peut tirer de la com- 
paraison des textes, on acceptait ceux-ci tels qu'on les découvrait; 
tout au plus, quand ou croyait y remarquer des fautes de grammaire 
ou de prosodie, les confiait-on à quelque savant célèbre pour les cor- 
riger. Adelphus se borna à reproduire dans une note finale do son 
Alexandi'C le distique sur le nom de l'auteur, qui se lisait dans le 
manuscrit des augustins. Dans la préface il se permit d'exprimer, 
non sans un peu d'embarras, une opinion sm* la politique de son 
temps ; il pense qu'Alexandre, toujours prompt à exécuter ses des- 
seins, devrait servir d'exemple à Maxîmilien, qui croit restaurer 
l'Empire par la temporisation; il appartient, il est vrai, aux philo- 
sophes de décider laquelle des deux est préférable, la lenteur pru- 
dente ou l'action rapide; cependant Maximilien, qui chaque jour fait 
de grandes choses, en ferait de plus grandes encore s'il avait plus de 
résolution et s'il trouvait plus d'appui chez les princes. Ce jugement 
était fondé sans doute, mais ou peut douter qu'une imitation du bouil- 
lant roi de Macédoine eût amélioré la situation de l'Empire ger- 
manique. On voit qu'Adelphus ne publia pas le vieux poème comme 
monument de la littérature du moyen âge, mais dans un but instructif; 
le point de vue pédagogique, commun à la plupart de nos huma- 

3* Ib. 245. Dédicace du 25 déc. 1513, Strasbourg. 



LIVRE IV. — JEAN ADELPHUS MULING. 443 

nistes; dominait aussi chez lui ; il no pouvait en être autrement chez 
un disciple de Wimpheling. 

La Mauresse enfin^ poème moitié romantique moitié allégorique, 
écrit en 1453 par le chevalier souabe Hermann de Sachsenheim, sur 
les aventures galantes d'un jeune homme auquel Vénus intente un 
procès, parut en 1512 avec une dédicace d'Adclphus au chevalier 
» strasbourgeois Jacques Bock , exposant les dangers des amours fri- 
voles et le bonheur de l'amour véritable ''. 

Les publications les plus nombreuses d'Adelphus sont ses traduc- 
tions d'ouvrages médicaux, pédagogiques, historiques et religieux. 
Après sa version allemande de Marsile Ficin, il en fit paraître une 
en 1508 de la seconde partie de l'Esope de Brant, avec une préface 
sur l'utilité des fables ; il ne veut pas qu'on ne les lise que pour se 
distraire, mais pour en retenir la morale '^. A la deuxième édition du 
Jules César allemand de Matthias Ringmann il ajouta la vie du fon- 
dateur de l'Empire romain d'après Suétone ^*. C'est lui aussi qui donna 
un texte en langue vulgaire du Globus mundi de Martin Waldsee- 
miiller, en y joignant quelques vers '®. Dans le dessein de contribuer 
à exciter les Allemands et les Suisses contre les Turcs, il traduisit, 
pour la faire servir de miroir à la chevalerie, la relation de Guil- 
laume Caoursin sur le siège de Rhodes '^ et l'histoire de Jérusalem 
par Sébastien Brant; ce dernier travail ne fut pas publié, Adelphus 
ayant été prévenu par Gaspard Frey de Baden en Suisse, dont 



33 Ib. 241. Weller, 812, attribue aussi h Adelphus le Narrenschxff dea Bundschtiti; 
il se fonde sur la signature Ja. M. D., quMl lit Johannes Adelphus medicinœ doctor. 
Mais Jà. fait plutôt JacobuSy et Adelphus s^est toigours qualifié de phyncusy jamais 
do medicinœ doctor; il n'ëtait que licencia. 

S4 Ind. bibl. 157. 

«5 Ib. 224. 

** Ib. 239. — Peu do semaines auparavant, 18 mars 1509, Grilninger avait publié 
une traduction de la relation des découvertes maritimes faites par les Espagnols et 
les Portugais; à la fin on renvoie au traité sur le globus mundi, comme devant 
paraître prochainement. Il est donc probable qu*Adolphus est aussi le traducteur de 
la relation. 

37 Ib. 242. Dédié h Maximilicn de Ribeaupiorre, bailli de la Haute-Alsace, l«roct. 
1512, Strasbourg. F^ L, 7, on lit: U^helm, Oaonersin (sic) CatUzltr zu Mhodis, hat 
dise history gedichtet wid beschriben in latyn, Aber Joh. Addpims Argent, physicus hat 
sic in teutsche Zungen transferîert. Dans la dédicace il dit qu'il a fait le travail in gar 
wenig tagen; on s'en aperçoit. 



d44 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'aLSACE. 



rœuvre parut en 1518 '*. La Chronique turque d'Adelphus '® n'est 
aussi qu'une traduction; elle se compose de fragments d'Antoine 
Sabellicus, de Hartmann Schedcl, de Caoursin^ de Brant^ etc. ; pour 
cette raison, elle est sans importance historique, elle n'est curieuse 
qu'à cause d'un discours adressé aux Suisses et formé de passages 
d'auteurs anciens sur les diflférentes formes de gouvernement. Adel- 
phus ne cache pas sa préférence pour la monarchie, mais comme il 
parle à des républicains, il déclare que dans ces choses les opinions 
sont libres, que chaque peuple par conséquent doit suivre le régime 
qui lui convient le mieux. Enfin, sa Vie de Frédéric Barberousse, 
publiée en 1520 ^**, a le même caractère de compilation peu originale 
que l'ouvrage qui vient d'être mentionné ; c'est une suite de mor- 
ceaux empruntés aux chroniques de l'abbé d'Ursperg et de Nauclé- 
rus ; Adelphus s'excuse de n'avoir pas pu se servir d'Otton de Frei- 
singen dont, dit-il, il ne reçut le livre que quand le sien était déjà 
terminé**. On a supposé que ce dernier a eu pour but d'opposer l'his- 
toire authentique à un roman qui venait de paraître sur les aven- 
tures de Barberousse, sur sa conquête de Jérusalem, sur sa dispari- 
tion mystérieuse**. Mais il n'y a chez Adelphus aucune allusion à ce 
conte; d'ailleurs la biographie du grand Hohenstaufen, pour être 
moins fabuleuse que la légende populaire, n'est pas non plus exacte- 
ment véridique ; rédigée pour flatter l'orgueil national, elle manque* 
d'impartialité ; le compilateur avoue lui-même qu'il n'a pas consulté 
les chroniqueurs italiens, parce qu'ils ne rapportent que ce qui est dans 
l'intérêt de leur pays et qu'ils méprisent les Allemands. 

Les ouvrages religieux qu'Adelphus a traduits et publiés sont les 
sermons de Geiler sur la passion et sur l'oraison dominicale *' et le 

38 Ind. bibl. 107. 

^^ Ib. 248. Dédié à Pctermann Etterlin, scribe du tribunal de Lucerne, 31 dëc. 
1513, Trêves. Le discours aux Suisses est adresse en particulier a^ chevalier Gail- 
laume do Dicsbach, de Berne. 

40 Ind. bibl. 250. Dddië k Jean Gerster, secrétaire de la viUe de Bftle, 24 juin 
1520, Schaffhouse. 

41 Otton de Freisîngen avait paru h Strasb. en 1515. Il par^dt que le Barbaroua 
d'Adelphus ëtait achevé avant cette époque. 

42 Wackemagel, Gt$cli. der dcutschen LUeratur, p. 463, note 13. Le roman sut 
Barberousse avait paru k Landshut, 1519, in-4o. 

43 La Passion est dddide k Christophe de Rheinecft, 29 sept. 1513, Strasbourg; 
le Pater noster k Tévêque GuiUaume de Strasb., 25 mai 1514, Schaffhoose; cette 



LIVRE IV. — JEAN ADELPHUS MULING. 145 

Manuel du chevalier chrétien d'Erasme ^*, Au premier de ces ouvrages 
il ajouta un long épilogue édifiant ; le second est précédé d'une dédi- 
cace à révêque Guillaume de Strasbourg^ dans laquelle il fait^ au 
moyen de comparaisons souvent comique^, le portrait d'un prélat 
fidèle. La préface du traité d'Érasme, datée du mois de mars 1519, 
est, comme on l'a vu, un de ses morceaux les plus intéressants. 

Telles sont les œuvres d'Adelphus que nous connaissons. En 1513^* 
il dit avoir publié aussi les Bucoliques de Virgile avec des gloses alle- 
mandes, un commentaire sur Horace, une traduction du traité d'Al- 
bert le Grand sur les vertus et un ouvrage sur l'histoire d'Allemagne*". 
Je n'ai trouvé aucune trace de ces livres. A la même époque il 
annonça*' qu'il se proposait de faire paraître des traductions du poème 
de Baptiste de Mantoue sur la patience, du „Miroir des fous de 
Paris" *•, de l'opuscule de Chrysostôme sur le cinquantième psaume, 
et de celui de Marsile Ficin sur la vie chrétienne \ en outre, un recueil 
d'exemples des bonnes et des mauvaises mœurs, et un abrégé du dic- 
tionnaire de Calépinus avec les vocables allemands ; en 1520 il mani- 
festa même l'intention de publier encore une Vie d'Auguste*'*. Ces 
difitérents ouvrages ont-il paru, ou sont-ils restés à l'état de projets? 
Je l'ignore. 

Adelphus, comme tous les gens de lettres du temps, s'est aussi 
exercé à faire des vers. Ses petits carmina latins , destinés à recom- 
mander des ouvrages de Wimpheling et d'autres, ne valent pas la 
peine qu'on s'y arrête ***. Ses rimes allemandes ne sont pas non plus 



derniëre dëdioace est suivie de la traduction d'un fragment de S. Bernard sur 
rOraison dominicale avec une additio Adelphi. 

4« Ind. bibl. 251. Dëdië h, Jean de Schônau, de Fribourg, 9 avril 1519, Schaff- 
house. 

*^ Dëdicace de la Pcunon de Geiler. 

46 j^ffi versammlunge der teuUchen Cronicay probablement une compilation dans le 
genre de la Chronique turque. 

*7 Dédicace de la Passion de Geiler. 

*8 Der Narrenspiegel von Paris, Je ne connais pas d'autre ouvrage pouvant répon- 
dre à ce titre que celui de Jean Bouchet : Les regnars traversant les périlleuses 
rayes des folles fiances de ce monde, V. la Vie de Brant. 

49 Dëdicace de Barharossa, 

fi® Wimpheling y De arte metrificandi ; — Beroaldus, Oraiio proverbiorum; — Eck, 
Bursa pavants; — Schott, De sUlabarum guantilate, 1506; — Zasius, Qiuestiones de 
parvulis Judaorum; — Aviti libri sex; — Marsilius Ficinus, De soU^ dans la Mary, 
facet,; — Mumer, ChartUudium hgioœ. 

Il 1» 



146 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

très-poétiques, elles n'ont de Fintérêt que comme échantillons de 
versification populaire. Un assez long morceau sur un exploit naval 
des chevaliers de Rhodes ^^ est tout à fait daiis le geni;jB de ces rhap- 
sodies ques les ménétriers ambulants chantaient ou récitaient sur les 
places publiques lors des foires. Avant de le joindre à sa chronique 
turque, Adelphus Tavait probablement publié comme feuille volante, 
ornée d'une image. En 1516 il donna de la même manière et sous le 
titre de Ludns novus une espèce de satire politique, accompagnée 
d'une gravure, où les diflférents souverains de l'Europe sont repré- 
sentés sous la forme d'animaux héraldiques ou symboliques '*. L'objet 
de la satire est la situation de l'Italie, livrée aux convoitises des 
princes ; ceux-ci jouent au trictrac ; chacun explique son coup , et à 
chacun répond le poète, dont la conclusion finale est que, les princes 
ayant oublié Dieu , Dieu leur a troublé la raison de telle sorte qu'ils 
ne connaissent plus le di'oit. Les allusions aux faits sont si peu trans- 
parentes que le peuple, auquel la feuille était destinée, n'a guère pu 
en comprendre le sens. Des rimes à l'éloge de Frédéric Barberousse *' 
et une traduction en vers d'une méditation d'un Italien sur l'oraison 
dominicale *^ n'ont pas plus de valeur littéraire que les deux pièces 
que je viens de citer **'. 

Un autre, au contraire, de ses poèmes mérite un moment d'at- 
tention. Dans la préface de son édition de la Mauresse il annonça 
qu'il ajouterait au livre la traduction de l'églogue de Baptiste de Man- 



61 Keto mercklîck tlmt vider die unjleubigeii. Turhtsch Chronica, f* F, 4. 

6S Feuille volante dont le tiers est occupd par une gravure sur bois : Lëon X, 
représenté en lion, joue avec les princes; le roi de France est figuré par un coq ceint 
d^uno épée et écrasant un serpent; Venise, par un phoque» le roi d* Angleterre par 
un léopard, la Suisse par un taureau ayant un aigle entre les cornes et un chat sur 
le dos, le roi d'Espagne par un loup, Tempereur par un aigle k deux têtes foulant 
un bouc. Le lion tient de la gauche un miroir, la droite est posée sur un globe, au- 
dessus de lui est une balance. A sa gauche se tient Matthieu Schinner, cardinal do 
8ion, en renard coiffé d^un chapeau rouge et présentant au lion une sorte do pot. 
Le duc de Lorraine en petit oiseau (alérion) est près du coq. Deux serpents entre- 
lacés sont Milan et ritalio. Dans le coin de gauche une tour fortifiée signifie Milan. 
Au bas sont les vers d^Adelphus, remplissant quatre colonnes. Ind. bibl. 249. 

*3 Barbarossa, fo 13. 

5* L^auteur est Louis Bigus de Ferrare. A la fin du Fater noster de (ieiler. 

6^ D^autrcs rimes allemandes d'Adelphus se trouvent dans ses traductions de Mar- 
sile Ficin, du Globus mundi et de Y Knckiridion d^Krasme, ainsi qu^ii la fin de la 
Marg. facet.^ éd. de 1508. 



LIVRE IV. — JEAN ADELPHUS MULING. 147 

toue sur les mauvaises femmes ; mais à la iin du volume il déclare 
qu'ayant reconnu la vertu des femmes , il remplacera ce morceau par 
un autre , où il montrera aux maris adultères et aux jeunes gens qiii 
se laissent séduire par des courtisanes le charme du mariage honnête.* 
Ce poème, qu'il appelle une belle satire et qui forme quinze colonnes 
in-folio*®, est, comme toutes ses autres productions allemandes, 
l'œuvre à la fois d'un humaniste jaloux de prouver qu'il connaît ses 
classiques, et d'un auteur habitué à écrire pour le peuple. C'est un 
éloge de la fidélité conjugale, appuyé de nombreux exemples tirés de 
la Bible et surtout de l'histoire ancienne et de la mythologie. Entre 
autres il y a un récit de l'aventure d'Orphée , qui fait voir de quelle 
fayon naïve on habillait ces fables poux* les mettre à la portée des 
laïques illettrés. Orphée était un harpiste si habile, que par ses sons 
il faisait danser les arbres et les pierres ; ayant perdu sa femme qu'il 
aimait tendrement, il compte sur son art pour la ramener à la vie. Il 
entre dans l'enfer, dont la porto est ouverte à tout venant ; reyu par 
les démons, il se met à jouer de la harpe tout en cherchant des yeux 
sa femme ; les démons sont si ravis de son jeu, qu'ils se croient remontés 
au paradis , d'où ils avaient été expulsés avec leur chef Lucifer. 
Celui-ci , voyant ce qui se passe , demande à Orphée : lié, l'ami, que 
vîens-tu foire ici ? ta musique empêche mes valets de faire leur devoir, 
dis donc vite ce que tu veux, ou voici la porte ! Orphée répond : Je 
voudrais ravoir ma femme. Le diable, pressé de le voir partir, invente 
une ruse : Soit, dit-il, elle te suivra, à condition que tu ne la regardes 
pas avant d'être rentré dans ta maison. Orphée le promet, mais à 
peine a-t-il franchi le seuil qu'il se dit : Je me moque bien du diable, 
voyons si en efifet ma chère compagne me suit. Il se retourne, Eury- 
dice a disparu, et le diable lui rappelle sa promesse. Le pauvre har- 
piste se lamente de n'avoir pas mieux obéi •, s'il l'avait pu, il aurait 
mieux aimé passer une année dans l'enfer avec sa femme que de vivre 
un mois seul sur la terre. Quelqu'un qui aurait voulu travestir cette 
légende, pour la rendre comique, ne s'y serait pas pris autrement; 
chez Adelphus ce n'est pas un travestissement, il croit être aussi 
sérieux que les artistes, ses contemporains, quand ils représentent les 

s*» Van detn elicheti atat, ein scfwne red uff dos vargond lesenfrow Venisntif gut und 
nUidich zu Iioreti. Maririf f 54 et suiv. Ces vers ne se trouvent pas dans les éditions 
Bubsëquentes du livre. 



148 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

personnages de Tantiquité sous les costumes du quinzième ou du 
seizième siècle ; c'est aussi dans le même style que Thomas Murncr 
traduira TEnéide. — Après avoir montré par ses exemples combien 
'dans le monde classique on avait honoré le mariage ^ le poète passe à 
son propre temps où tout lui semble perverti ; il trouve que les juifs ^ 
les païens et les mamelouks mènent ime vie plus honnête que les 
chrétiens ; mais il n'attaque pas les femmes mariées^ il ne s'en prend 
qu'aux maris infidèles et aux courtisanes. Cette partie du poème con- 
tient quelques curieux traits de mœurs et quelques passages assez 
vigoureux. 

En résumé, Âdelphus n'a été comme écrivain qu'un manœuvre 
honnête, laborieux, remplaçant par beaucoup de zèle et de bonne 
volonté ce qui lui manquait en fait de talent original. Il y a des épo- 
ques où des productions comme les siennes ne trahissent de la part 
de leurs auteurs que le vaniteux désir de se voir imprimés ; mais 
quand tout est à refaire, quand le grand public n'a encore que peu de 
moyens d'instruction, quand il importe de propager des connais- 
sances nouvelles et de faire naître le goût de la lecture, l'ambition 
d'ouvriers tels qu' Adelphus se justifie; quelle que soit la médiocrité de 
leurs œuvres, celles-ci ne sont pas sans utilité. On peut s'étonner que 
lui , qui était médecin et qui aimait tant à écrire, se soit si peu occupé 
de son art ; mais toutes les tendances de son esprit le portaient do 
préférence vers la religion, l'histoire et la littérature. Quels qu'aient 
été ses rapports personnels avec Wimpheling depuis 1509 *^ , il est, 
jusqu'à la Réforme, essentiellement de son école. Pieux comme lui, il 
s'applique à rechercher le côté édifiant des sujets qu'il traite ; craintif 
comme lui, il veut bannir de l'enseignement les poètes païens; 
pédant comme lui, il se plaît à faire parade de son érudition; dans ses 
préfaces il accumule des citations d'auteurs classiques et ecclésias- 
tiques , là même où c'est parfaitement superflu. Il aime à prendre le 
ton de pédagogue ou de prédicateur, au point que, si on ne savait 



^7 En 1512 Adelphus, parlant de Wimphelîng, Tappelle encore Wimphtlingui 
nosteTf Sequent. interpret., f^ 128, et Tannée Buivantc il le qualifie eiii frommcr Iteb- 
haber aUer iugeiulen. Geilers Passion^ f» T, 5. Quant îi lui, je n'ai trouve son nom 
dans aucun traite, dans aucune lettre de Wimpheling postérieurement à 1509; le 
vieux savant, qui aimait tant à parler de ses disciples, garda sur Adelphus un silence 
qui prouve qu'il ne lui avait pas pardonné d'avoir loué Mumer. 



LIVRE IV. — JEAN ADELPHUS MULING. 449 

pas qu41 a été médecin, on le prendrait pour un théologien. Il se perd 
dans des amplifications rhétoriques, dans des longueurs sur les 
choses les plus simples; son style est facile, mais sans fermeté et 
sans éclat. Compilateur par excellence, il ne forme ses ouvi'ages 
historiques que de fragments pris chez d'autres ; il emprunte des pas- 
sages à Wimpheling ; d'autres fois il essaye d'imiter Geiler, dont il 
admirait les saillies et les similitudes, sans avoir assez de verve pour 
en produire qui eussent la même vivacité ; dans une dédicace à 
révêque Guillaume il compare longuement les prélats aux vachers, 
les curés aux bergers, les juges séculiers aux porchers, les docteurs 
des universités aux chèvriers, les maîtres d'école aux valets qui 
gardent les oies ^* ; Geiler n'aurait pas renié ce tableau, s'il avait été 
peint avec des couleurs moins ternes. Moins doué, moins universello-" 
ment instruit, moins entreprenant comme savant que Bingmann et 
Luscinius, Adelphus a au moins le mérite d'avoir publié des ouvrages 
anciens et surtout d'avoir aidé par ses traductions à instruire les 
laïques. Il a cherché à répandre des connaissances historiques et à 
fournir au peuple des moyens de s'éclairer sur la religion. Il ne tient 
donc pas sans quelque honneur son rang parmi nos restaurateurs des 
études. 

§ 2. THOMAS VOGLER dit AUCUPAHIUS. 

Mort 1532. 

Natif d'Obernai , Thomas Vogler était compatriote de Mumer\ 
Pour se conformer à l'habitude des savants de l'époque, il se donna 
le nom latin à*Aucuparnis, qu'il traduisit aussi en grec, OrnitJwteras. 
On ne sait pourquoi il s'intitule parfois DidymuSy jumeau, ou Myro- 
polay parfumeur. Il devint prêtre et étudia le droit, probablement 
dans une université italienne ; en tout cas il fut en Italie , d'où il rap- 
porta quelques inscriptions ^. A partir de 1501 on le trouve à Stras- 

58 Dédicace du Fater noster de Geiler, fo A, 4. 

* S^adressant h Marner il dit : Patria nos quamvis ac urhs produxerit una, Elegia- 
ettm in defensionem Jac. Wimpheling.y dans la Defcnsio germaniœ. 

* Dans la copie faite par Bonifacc Amerbach des inscriptions reueillies par Tho- 
mas Wolf, on lit p. 326 : Tho, Aucuparius poeta laureatus sequentium tibi copiant fœcit\ 
suivent quelques inscriptions et ëpitaphes Tenant d'Italie. Comp. ci-dessus p. 67. 



150 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

bourg, comme licencié en droit et aumônier du grand-chœur. Il fit 
des vers pour plusieurs traités de Wimpheling et fut un de ceux qui 
prirent sa défense contre Murner ; Wimpheling lui rendît cet hom- 
mage : Thomas noster Aucuparitis... qui nescw qiiid magni et alti de se 
poUicetur, qui si cetcUe processerit , proculduhto nofi tam AUatiam quam 
Germaniam poematis (sic) suis iUustrabit^. En 1504, quand Wimphe- 
ling s'occupait à Bâle do la publication de la Postille de Hugues de 
Saint-Cher, il écrivit à Vogler pour qu'il s'informât auprès des wil- 
helmites s'ils possédaient un manuscrit de cet ouvrage ; le jeune 
savant lui répondit qu'il n'en existait un que dans la bibliothèque des 
dominicains ; en même temps il supplia le maître de revenir à Stras- 
bourg où, pendant son absence, les amis des bonnes lettres sont comme 
dans les ténèbres; quant à lui, il préférerait la vie la plus modeste 
en compagnie de Wimpheling, plutôt que de demeurer avec des 
grands seigneurs qui no trouvent leur contentement que dans les 
vanités du monde ^ : allusion aux chanoines de la cathédrale , qu'il 
était obligé de fréquenter. 

Il fut membre de la Société littéraire strasbourgeoise et obtint le 
titre de poète lauréat. En 1510 Béatus Rhénanus lui dédia un recueil 
de poésies politiques de divers auteurs italiens ' ; l'année suivante il 
donna lui-même une belle édition de quelques œuvres du Pogge, avec 
une dédicace à Sébastien Brant®; „comme jusqu'à présent, dit-il, on 
ne connaît le Pogge que comme auteur de facéties, et que j'ai trouvé 
d'autres de ses ouvrages écrits en vieux caractères et presque rongés 
de vétusté, j'ai résolu de les sauver de l'oubli, afin de montrer que 
l'illustre Florentin, qui pendant près d'un demi-siècle a été secrétaire 
apostolique, n'a pas passé son temps rien qu'à raconter des anecdotes 
en partie indécentes, lasciviunctdœ et spurcœ^. Il serait intéressant de 
savoir dans quelle bibliothèque il avait trouvé le manuscrit. Presque 
à la même époque il s'occupa de Térence. L'histoire des anciennes 
éditions strasbourgeoises de ce poète est assez curieuse pour que je la 



^ Epiiome rerum german.f cap. 72. 

4 9 mars 1504. Aatogr. Bibl. de Bâle. 

^ 9 juin 1510, Schlestadt. Lo titre du volume est : Hèus leetor novarttm rerum stu- 
dxose, hic tiahentur : de fortuna Franc, Marchionia Mantwn F, Baptinti Manhtani 
eramen (aie) Etc. Argent.^ M, Schilrer, 1510, in-4o. 

P Ind. bibl. 252. La dëdicaco est du 29 janv. 1511. 



LIVRE IV. — THOMAS VOGLER DIT AUCUPARIUS. 151 

rappelle en quelques mots. Avant 1500 il avait été publié plusieurs 
fois on Italie, en Allemagne, en France, tantôt en vers, tantôt comme 
s'il avait écrit en prose. La plus ancienne édition connue paraît être 
celle de Mentel, vers 1470; comme je ne Tai pas vue, je ne saurais 
dire si les vers sont distingués les uns des autres ; s'ils le sont, le 
livre n'était plus connu à Strasbourg vers la fin du siècle, car les 
deux éditions que donna Gruninger en 1496 et en 1499, en les illus- 
trant de gravures et en faisant recommander la seconde par une pré- 
face de Locher et des vers de Bébel, ne séparent pas les vers '. En 
1502 un Alsacien, Paul Hammerlin, MalleoluSy d'Andlau, élève de la 
Sorbonne, prépara un texte accompagné de courtes annotations de 
l'Italien Pierre Marsus et d'autres de lui-même ; il se plaignait que 
soit par incurie des libraires, soit par ignorance des éditeurs on ait 
cru si souvent que Térence était un prosateur; cependant son volume, 
qui parut fin janvier 1503 chez PriLss à Strasbourg, laisse subsister la 
même erreur *. Ce fut en ce moment môme qu'on reçut dans notre 
ville un vrai Térence, carminé comico; aussitôt Grtininger le réim- 
prima pour l'opposer à celui de son confrère; il y fit ajouter ime 
invective de Brant contra comici carminis mastices et criticos ^. Pen- 
dant plusieurs années on ne fit plus rien pour Térence ; Wimpheling 
ne le trouvait pas assez honnête ; ses disciples toutefois finirent par 
désirer qu'il fût introduit dans les écoles; mais l'in-folio de Grtininger 

7 Ces éditions sont accompagnées des commentaires de Donat et de Guy Juvénal, 
d^aprës un Térence qui en 1494 avait paru à Venise; elles y ajoutent des annota- 
tions de Badius qui, à ce qu*il paraît, sont imprimées ici pour la première fois. V. 
Schweiger, IlaJidbuch der classischen Bibliographie, Leipz. 1834, T. 2, P. 2, p. 1053. 

8 T. Terentii Comédie cum annotationibus Pétri Jfarsi et Pauli Malleoli in singvlaè 
scencu cum indice dictionum et figuratiê argumentis. — Arte et industria honetti Joannis 
Prilê Argentin, Quarto kal. Februariiy Anno M.CCCCC.iiJf in-4o. Dédié par Malléo- 
lus à Robert Gaguin, ex sacro Sorhonensi yymnasio^ uiidecinio kal. Maii^ anno rpio supra. 
L'année n*est pas indiquée. Schweiger, 1. c, ne connaît pas de Térence avec des 
notes de Marsus antérieure à celle de Strasbourg. — Malléolus était devenu à Paris 
maître es arts; en 1488 il fut élu procureur de la nation allemande à l'université; 
Du Boulay, Hist. univ. Paris.y T. 5, p. 910, a conservé les vers qu'il fit h cette occa- 
sion. En 1490, au collège de Bourgogne, il est eu correspondance amicale avec 
Pierre Schott. Lucubrat., fo 89, 90. En 1516 il est, eu qualité d'arcbiprêtre d'Andlau, 
témoin d'une charte. Grandidier, Œuvres inédites^ T. 5, p. 208. Encore en 1518 Zasius 
le mentionne comme ingenii literarungue monumentis cumprimis prœcellens, Zasii épis- 
tolœ, p. 418. 

9 Ind. bibl. 164. Cette édition n'a plus la préface de Locher, elle n*a que les yçrs 
de Bébel Elle parut le |8 mars. 



152 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

et l'in-qimrto de Friiss ne semblaient pas assez commodes pour ce but. 
Grtinînger, qui en 1508 avait donné un petit Plante in-8**, donna en 
1511 un petit Térence; ce fut Vogler qui, à Tusage des enfants, y 
joignit une explication des mots les plus difficiles***. Cette édition^ 
malgré son format, ne paraît pas avoir eu de succès ; la même année 
Knoblouch reprit celle de Malléolus, en se bornant à mettre les comé- 
dies en vers ; dans Tespace de huit ans il la publia cinq fois * * . 

Lors de la visite qu'Erasme fit à Strasbourg en 1514 et de la fête 
que lui donna la société littéraire, Vogler le salua par un cannefty où il 
exprimait en termes convenables la joie des amis des lettres déposséder 
parmi eux un savant aussi distingué; il l'appelait fils d'Apollon nourri 
par Minerve *^. Que pouvait-on dire de plus pour plaire à un homme 
qui était digne de Tadmiration qu'il inspirait et qui aimait qu'on la lui 
témoignât? Erasme, quand amvé à Baie il écrivit à Wimpheling 
pour remercier les Strasbourgeois, ajouta quelques paroles à l'adresse 
do Vogler; il fit l'éloge de son aversion pour le faste, craignant, dit-il, 
que s'il le louait aussi à cause de ses talents, on ne leur appliquât à 
tous deux le proverbe mutuum miili scàbtmt ; il lui envoya en outre 
des vers qui, tout en n'ayant que l'air d'un agréable badinage, 
prouvent combien il était flatté de la comparaison avec Apollon : 
„En m'exaltant comme tu le fais, tu to montres plus grand encore, toi 
qui par ton génie peux transformer une mouche en éléphant" **. 

Sans prendre à la lettre le compliment d'Erasme, nous constaterons 
que Vogler est un des rares parmi nos humanistes poètes qui aient 
fait mieux que scander des syllabes sans produire autre chose que do 
la prose médiocre. Il existe de lui un certain nombre de pièces dissé- 
minées dans divers ouvrages du temps ; plusieurs on sont assez longues 
et montrent qu'il n'a pas seulement su manier des mètres difficiles, 
mais qu'il a été moins dénué de talent poétique que beaucoup de véri- 
ficateurs contemporains. Il est loin sans doute d'avoir la verve do 

10 Ind. bibl. 253. Publia on février 1511. 

11 La première édition faite par Knobloucb fut imprimée à ses frais par Martin 
Flachy avec le même titre que celle de Prûss do 1503, in-40; elle parut le 20 mars 
1511; on ne supprima que la dédicace do Malléolus. — Réimprimé, 1513, 1514, 1516, 
1519. 

1* A la fin du traité d'Erasme De duplici copia verlorum et rerum. 
13 L. c. 



LIVRE. IV. — THOMAS VOGLER DIT AUCUPARIUS. 153 

Celtes OU d'Ulric de Hutten^ mais ses productions ne sont pas abso- 
lument à dédaigner. II y en a qui ne sont que des vers de commande 
pour louer des ouvrages publiés par des amis **. Un élegiacimiy dans 
lequel il exhorte Murner à chanter ses psaumes et à écrire des traités 
édifiants au lieu d*attaquer Wimpheling que vénère „toute la cohorte 
des Muses^, est long et froid, mais se distingue au moins par l'ab- 
sence d'épîthètes injurieuses **. D'autres de sescarmina, au contraire, 
révèlent tantôt de l'esprit, tantôt une émotion réelle. Une épigramme 
contre les Souabes, auxquels les Alsaciens reprochaient de parler un 
mauvais allemand et de n'être attirés dans notre pays que par le bon 
vin qu'on y boit, ne me semble pas mal tournée : 

Advenu Sueve, solo cupUna hic vivere nostro, 

Ahatici dulcis captus amore meri^ 
QuœsOj tua nostram noli corrumpe^*e terrain 

Lingua, aed patrio desine more loqiii *ô. 

On peut en dire autant d'une sortie vigoureuse contre les curés et 
les moines mendiants qui, par leurs rivalités, ^faisaient à la religion 
un dommage irréparable" ^\ Deux élégies sur la mort d'Amand, frère 
de Thomas Wolf, méritent également d'être signalés ; quoique le ton 
de l'une soit un peu trop didactique et que l'autre soit trop chargée 
de mythologie, elles expriment pourtant un sentiment profond **. Un 
petit poème enfin sur les Eglogues de Baptiste de Mantoue serait 
assez gracieux, si Vogler n'y établissait pas entre Virgile et son com- 
patriote un parallèle tout en faveur du moine *®. La dernière produc- 
tion littéraire que nous connaissions de lui est une épître adressée à 
Laurent Fries pour la joindre à la nouvelle édition que celui-ci venait 

1* Pour la Oermania de Wimplielîng 1501 ; YEpitoTne rerum german. du même, 
1505; Joli. Garson De miseria kumana 1505; Peutinger Sermones convivales 150G; les 
deux traitas de Wolf sur les Psaumes XIY et XXXIII; les Quœstiones de Zasius 
De parv. Jud.; les Comntentaria do Bdbel epistolamm conficiendarum^ Argent. 1513 , 
in-40; la nouvelle ëdit. des Œuvres de Oerson, Strasb. 1514, in-f°, au vol. 4. 

*5 Defensio Oermamœ, Ind. bîbl. 61. 

ifi WimpkeliDg, De inepta rerborum resolutwne. Ind. bibl. 18. — V. aussi T^pî- 
gramme quMl fit après un repas qui dtait devenu un peu trop bruyant. A la fin des 
fragments de Plutarque traduits par Luscinius. Ind. bibl. 296. 

^t Ad chrUtianre et fictitîœ religionis sacerdotes, dans la Ooncordia curaiorum et fra- 
trum mendicantium, Ind. bibl. 64. 

1^ A la suite de /. Garaon de mUeria humana. Ind. bibl. 217. 

19 Bapt. 3iàntuani Bucolica. Ind. bibl. 63. 



454 HISTOIRK LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

^ , I I I ■ m - m\.\ I ■ ■■ I I !-■ 

de donner de Touvrage de Ptolémée. Dans cette pièce, datée du 
12 janvier 1522, Vogler prodigue ses louanges au géographe 
alexandrin, à Ainéric Vespuce, „qui a découvert le nouveau monde", 
et au savant qui publie ces travaux d'une façon si splendide*". Comme 
Fries reproduisait sur sa réduction de la Tabula terrœ novce de jMartiu 
WaldseemuUer la mention que ce dernier y avait inscrite relative- 
ment à la découverte de TAmérique, non par Vespuce, mais par 
Christophe Colomb, on peut se demander si Vogler, avant d'écrire 
son épître, avait examiné Touvrage, ou si, sans le lire, il ne s'était 
pas borné à rappeler un souvenir de ses lectures antérieures. 

On le trouve en 1524 parmi les savants catholiques que quelques 
bourgeois de Strasbourg proposèrent à Tévéque pour un colloque avec 
les réformateurs. En 1525 il est mentionné comme chanoine de 
Saint -Etienne ^*. Sur la fin de sa vie il paraît s'être retiré au couvent 
de Stéphansfeld ; c'est là du moins que se trouvait son épitaphe, indi- 
quant comme date de sa mort le 4 mars 1532'*. 

§ 3. WOLFGANG ANGST. 

Nous ne possédons de Wolfgang Angst * qu'une lettre et quelques 
préfaces; on verra toutefois que ce n'est pas sans raison que je lui 
accorde une place parmi nos humanistes. 

Il était natif de cette même ville de Kaysersberg où fut élevé Geiler 
et qui donna le jour à Jean Scriptoris, d'abord professeur à Paris, 
puis prédicateur à Mayence, au pédagogue catholique Jérôme Geb- 
wiler et au réformateur Matthieu Zell. Je n'ai rien trouvé sur ses 
études ; comme Kaysersberg relevait du diocèse de Bâle, on pouvait 
supposer que c'est à Brdc qu'il reçut son instruction, mais son nom ne 

20 ind. bîbl. 254. 

*i Huber, Oeachichte cler Ktrche S. Wilhelm. Strasb. 1657, in 4°, p. 194. 

2* An. dom. 1532. 4 Martil ohiit renerabilis Tïionias Vofjler AryerUinensis elemoêitui' 
ritts. Opta lector quietem. Supplëmeiit aux Essais de Graiididier sur la cathtSdrale, 
p. 106. Bernhard Ileilzog, Lib. 3, p. 37, donne un texte un peu différent; au lieu 
de 1532 il a 1534, et au lieu de Argent, elem.^ legum licentîatue. 

^ C'est ainsi qu'il (^crît son nom, latinise Angustus. Si dans la suscription de sa 
lettre h Erasme, dont il sera parle note 8, on Ut Anxt, c'est (évidemment par erreur 






LIVRE IV. — WOLFGANG ANGST. 155 

se rencontre pas dans la matricule. Quelle que soit du reste Tunivcr- 
site qu'il fréquenta, il devint bon latiniste. 

Dans ses courses comme étudiant il fit connaissance, peut-être à 
Cologne, avec Ulric de Hutten ; comme ils étaient tous les deux d'hu- 
meur vive et indépendante, ils se lièrent d'une étroite amitié. Dès 
1510, Hutten louait Angst par ces vers: 

Hoc etiam Angustus, cjuondam meus, orbe vagatur 
Wolphua, Plautino clarus in eloquio •. 

Quoique entraîné par l'esprit nouveau et très-épris des choses de la 
littérature, il était trop insouciant pour se fixer et pour produire des 
œuvres originales ; il préférait aller de lieu en lieu, bornant son ambi- 
tion à servir de prote à des imprimeurs. En février 1510 il fut chez 
Matthias Schilrer à Strasbourg, pour lequel il soigna entre autres 
une édition des Tusculanes de Cicéron ; dans la préface de ce volume 
il prévient le lecteur que s'il a laissé des fautes dans le texte, il ne faut 
en accuser que son inexpérience, „je viens à peine de franchir le seuil 
de ce métier"'. Il prit le métier au sérieux; l'invention du procédé 
de multiplier les livres „au moyen de caractères d'étain" le remplis- 
sait d'enthousiasme ; il admirait surtout le Vénitien Aide Manuce, 
^l'honneur de notre art, celui qui l'a porté au plus haut degré de 
perfection"*. Quelques années plus tard Hutten lui rendit le témoi- 
gnage qu'il était devenu un des plus habiles correcteurs de l'Alle- 
magne *. En 1514 on le trouve chez Henri Gran à Haguenau, met- 
tant la même patience avec laquelle il avait revu les publications 
classiques de Schtlrer à revoir de gros volumes de sermonnaires latins. 
H dédia un de ces recueils au doyen de Surbourg, Vitus Geisfell; 
dans son épître il fait l'éloge de Gran qui, tandis que d'autres impri- 
meurs allemands, les Bâiois exceptés, publient à grands frais de petits 
livres de demi-savants, ne fait connaître que des théologiens et des 



2 HtUteni opéra, T. 3, p. 78. Par Aie orbis Hutten n'entend ici que les bords du 
Rhin; il savait qu* Angst voyageait dans ces contrées, mais ignorait probablement 
tiu*il fût dëjà à Strasbourg. 

• 3f. T, Oiceronts TasciUanarum Quœstîonum lihri quinque. In-4o. Aussi 1511, 1514, 
1516. La préface d* Angst est datëe ex œdibus Schurerianis, 8 février 1510. 

^ y. la lettre h Geisfell, citëe note 6. 

* Dëdicace de Tite-Lîve, 1519. Hutteni opp., T. 1, p. 251. 



156 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 

prédicateurs célèbres*; éloge de convention, car relire de pareils 
ouvrages pour y trouver des erratas devait peu divertir le jeune protc 
humaniste ; celui-ci montra du reste bientôt qu'il ne dédaignait pas 
les petits livres autant qu'il s'en donnait l'air. „ Je n'ai encore rien 
écrit moi-même, dit-il à Geisfell, je ne puis t'offrir en hommage que 
l'œuvre d'un autre". Il n'écrivit rien non plus dans la suite. On lui a 
attribué un pamphlet qui eût suffi pour fonder sa réputation, mais il 
n'en est pas l'auteur, il n'en fut que le premier propagateur; c'est à 
cause de la part qu'il prit à cette publication qu'il mérite que nous 
nous occupions de lui. 

Quand il avait des loisirs il fréquentait les savants strasbourgeois ; 
en août 1514 il vint assister au festin donné à Érasme et entendit 
celui-ci se railler des moines et des ennemis des lettres '. Comme ami 
de Hutten il était entré en relation avec les poètes qui défendaient 
Reuchlin ; avec toute son ardeur il avait embrassé cette cause. En 
automne 1515 parut la première édition du premier recueil des Epi- 
stolœ dbscurorum mronim; ce fut Angst qui en envoya un exemplaire 
h Érasme en lui écrivant : „Les hommes obscurs, ces barbares, nés 
tout près de moi au milieu de sables stériles, demandent, quoique 
couverts de honte, à se présenter devant toi ; j'ai beau m'y opposer, 
ils insistent et s'écrient : Il sera charmé de nous voir, lui qui à Stras- 
bourg a dit des choses beaucoup plus fortes et qui nous a tant célé- 
brés dans son Éloge de la folie. Cédant à tant d'impudence, je les 
laisse partir; accorde-leur pour un instant l'hospitalité, ne refuse pas 
de rire de ce qui est ridicule®." Les sables stériles, sterilis arena^ 
dont il est parlé dans cette lettre plaisante, c'est la plaine sablonneuse 
de Haguenau; quand, de plus, on compare les types de la brochure 
avec ceux d'autres impressions de Gran de la même époque, on est telle- 
ment frappé de l'identité, qu'on ne peut s'empêcher de se convaincre 



^ OpvLS eoncionatorium venerabilis Sanctii de Porta. Novembre 1514, in-f"*. La dédi- 
cace est du 19 février 1514. 

7 Je conclus cela de sa lettre à Erasme. 

8 Braami opéra, T. S, P. 2, col. 1777. Il y a là par erreur Ilageb. pour JEhgen^ 
Hagenoia. — Bucking, Hutteni opp.j T. 1, p. 126, suppose, il est vrai avec un point 
d*interrogation, que cette lettre, qui n^a d'autre date que le IG octobre, est de 1516; 
mais elle parle des EpistoUe comme d'une nouveauté; si, comme B5cking le démontre, 
Supiil.y P. 2, p. 2, elles parurent on automne 1515, la lettre doit être du 16 octobre 
do cette année. 



LIVRE IV. — WOLFGANG ANGST. 157 

que c'est de cette officine si catholique qu'est sortie la plus mordante 
satire contre les scolastiques et les moines ^. Ângst a dû se servir de 
la presse à Tinsu de son patron ; il était capable de jouer ce tour. Il 
eut soin de mettre au bas du volume un lieu d'impression fictif*", 
mais on ne tarda pas à connaître le vrai; il le révéla lui-même dans 
sa lettre à Érasme ; ses amis qui lui avaient fourni les Epistolœ le 
savaient également; l'auteur des vers attribués à maître Philippe 
SchlaurafF, dans la deuxième partie du recueil, y fait allusion quand 
il dit : 

Et ivi hinc ad Hagenaw, 

da wurden mir die augeti blaw' " hlau^ bleu. 

per te, Wolfgange Angst, 

Gott gih dos du hangst 

quia me cum baculo 

percusaeras in oculo **. 

Il se pourrait que la première édition de cette deuxième partie des 
EpistdUe, qui parut en 1516, fût également de Haguenau '*; si Gran 
s'était aperçu de l'usage qu'on avait fait de sa presse, il avait peut-être 
fermé les yeux; après tout il était homme d'affaires, il ne voulait pas 
se priver du bénéfice de publications qui s'écoulaient alors plus rapi- 
dement que les lourds in-folios théologiques. 

Cependant à Haguenau tout était trop orthodoxe pour qu'un esprit 



9 Les majasculeS) les minuscules, notamment les i, qui, au lieu d'être sui-montus 
d*un point, le sont d*un petit trait oblique comme un accent aigu, les abrévia- 
tions, etc., sont exactement les mêmes que p. ex. dans les Sermoneê de festivitatibus 
Christi de Gabriel Biel, juin 1515, dans le Quadragesimale bigœ scdutis^ décembre 
1515, dans les Serrtumes cuiîtsdam fratris Hungarif mai 1516, dans Ibb Sermones fratria 
liardetey octobre 1518. — Muhnicke, dans sa notice sur Angst, (Ersch und Grubers 
Efuyclopâdief T. 4, p. 106) a pensd qu'il a été prote cbez Thomas Ansbelm; Bocking 
est du même avis; mais on ne connaît pas d'impression faite par Ansbelm h Ha- 
guenau antérieure au mois do janvier 1517. Mobnicko ar tenté aussi, mais sans suc- 
cès, de prouver qu'Angst est l'auteur des Epistoloi et même du TViumphus Capnionvt. 
La plus récente notice sur Angst, dans la AUyenieine deutache Biographie ^ Loipz. 
1875, T. 1, p. 461, n'est qu'un extrait de celle de Mobnicko. 

*^ In Venetiœ impressum in impressoria Aldi Minutii. Le fait que Angst a nommé 
conune imprimeur supposé précisément Aide Munuce dont il était l'admirateur, peut 
aussi venir h l'appui de mon opinion que c'est lui qui a imprimé les Epistoîœ, Minu- 
tius est une plaisanterie. 

lA Epiatoloi obac. vir,^ p. 202. 

^^ Les caractères sont les mêmes que ceux du premier reueil, excepté qu*il y a 
un peu moins d'abréviations. 



158 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 



comme Angst pût s'y plaire à la longue. En 1517 il se rendit à Bâle, 
où il fut admis comme correcteur par Frobénius. Là du moins on 
imprimait des ouvrages d'Erasme et d'autres savants modernes; on y 
trouvait la société de Béatus Rhénanus et de ses amiS; qui avaient des 
tendances plus libres. Erasme, qui avait pris Angst en amitié et qui 
avait confiance en son latin, lui écrivit de Louvain, le 24 août 1517, 
pour lui recommander l'impression de quelques traités '^. 

Quels que fussent les agréments du milieu où il vivait, il se laissa 
persuader, sans doute par Hutten, à venir à Mayence, où en 1518 on 
le voit travailler chez Pierre Schoffer. Avec un autre jeune savant, 
Nicolas Carbach, il corrigea l'édition de Titc-Live, que Hutten dédia 
à l'arclievcque Albert **. Sur ses instiinces, le chevalier lui remit son 
propre traité sui* le bois de gaïac, pour le faire publier par le même 
imprimeur ; dans l'avis au lecteur qu' Angst mit en tête, il se plaint 
de la difficulté que lui a causée pour l'établissement d'un texte correct 
le mauvais état de la copie faite par un secrétaire illettré, mais il n'a 
pas voulu attendre que Hutten lui-même y mît la dernière main , un 
livre aussi utile ne devant pas rester plus longtemps inconnu**. En 
avril 1519, Erasme lui fit parvenir la préface de sa méthode pour 
apprendre la vraie théologie ; ce ti'aité parut également chez Schoffer *®. 
A partir de ce moment nous perdons les traces de notre compatriote, 
qui aurait pu faire mieux encore que corriger des ouvrages rédigés 
par d'autres. 



^^ Jùrasmi opéra, T. 3, P. 2, col. 1625. Dans cette lettre Erasme parle de Commen- 
tarii qu^il a envoyas, de VUtopia et des épigramincs de Thomas Morus, d^une pré- 
face de Bdatus Rhénanus et d'une Prafaiiuncula de lui-même. D'après les recherches 
que M. 8ieher a hien voulu faire a ce sujet, les CommeTUarii sont la Qucrela pacU 
et \& Declaviatio de morte , transmises en manuscrit, et la deuxième édition de Paris, 
1514, do diverses pièces de Lucien traduites par Morus et Erasme. Ces traités pa- 
rurent en décembre 1517 chez Frobénius; le titre, il est vrai, annonce aussi VlJtopia^ 
mais celle-ci avec les épigrammes ne fut achevée dUmprimer qu'on novembre 1518. 
Au verso du titre de VUtopia se trouve une lettre d'Erasme k Frobénius du 25 août 
1517, ainsi du lendemain de la lettre à Angst; c'est la Fra'fatiuncula qui vient d'etro 
mentionnée. La préface de Béatus Rhénanus k Bilibald Pirckheimer occupe le verso 
du titre des épigrammes. On voit par là qu'une partie de ce qu'Erasme attendait 
dès l'autonme 1517 ne fut imprimé qu'en automne 1518; k cette époque Angst avait 
quitté Bâle. 

1* Jlutteiii opéra, T. 1, p. 251. 

^•* O. c, T. l,p. 225. 

16 Erasme k Hutten, 23 avril 1519. Opéra, T. 2, P. 1, p. 433. 



LIVRE IV. — JÉRÔME GEBWILER. '15U 



CHAPITRE VI. 



JÉRÔME GEBWILER K 

Jérôme Gebwiler a été le premier humaniste appelé à diriger 
récole de la cathédrale de Strasbourg, et pendant les quinze années 
qu'il a rempli ces fonctions il a préparé aux études supérieures une 
grande partie de la jeunesse de notre ville. Il a eu le même zèle, les 
mêmes bonnes intentions, les mêmes aptitudes pédagogiques que 
plusieurs de ses contemporains, mais pas assez de liberté d'esprit 
pour entrer résolument dans les voies nouvelles ; il est en tout point 
„un homme selon le cœur" de Wimpheling. Il a écrit un latin assez 
pur, a montré un certain goût pour les études historiques, et a pris la 
défense du catholicisme contre les réformateurs ; cependant ni ses 
productions littéraires, ni celles qu'il a consacrées à l'histoire et à la 
polémique ne trahissent des qualités bien éminentes. 

U naquit vers 1473 à Kaysersberg*. En 1492 il fut immatriculé 
comme élève de l'université de Bille, à peu près à la même époque 

* V. sur lui F excellente notice de Jung, Beitràfje zur Oesch. der Ref,^ T. 2, p. 297 
et suivantes. 

2 Diaprés son ëpîtapbe Gebwiler avait h Tëpoquo de sa mort, en 1545, 72 ans ; il 
naquît donc en 1473. — Dans la Matricula atudiosoruvi de ruuiversitë de B&le il est 
inscrit sous le nom de Jeronimus GevcUer de Keyacrsherg, Bas, dyoc. Ce renseigne- 
ment doit être authentique. Dans quelques dëdlcaces de 1530 et de 1536 G. se qua- 
lifie d^Argentu^iriensis, Comme remplacement à' Aryentovaria a été retrouve à Hor- 
bonrg prës de Colmar, on en a conclu qu'il a été originaire de ce village. Jung, 
o. c, p. 297. Rôhrîch, MittheU., T. I, p. 98. A la fin du XV^ siècle on croyait 
i{\j^ Argentovaria ëtait l'ancien nom de Colmar : ArtjeiUuaria... Colniarlœ nonien acce- 
pu, Brant, Varia camiina, f^ m, 1. Il se peut que les parents de Jërômc eussent 
transféré leur domicile dans cette dernière ville; Jean Gebwiler, dit SeUatorUy qui 
devint professeur de théologie à Bâle, était de Colmar et sans doute de la même 
famille, peut-être cousin de Jérôme. De même que (ieiler, né k Scbafi'house, mais 
élevé à Kaysersberg, s'est appelé Geiler do Kayscrsberg, (gebwiler a pu se dire de 
Colmar, si on effet ses parents s'y étaient fixés. Un humaniste, amateur d'aichaïsmes, 
a dû, trouver Argentuaria plus classique que Colmar. — Bernhard Hertzog , Lib. 7, 
p. 25, le fait naître h Bchlestadt, et p. 32 h Gebwiler; il se trompe de même en le 
faisant mourir très-âgé en 1507. 



160 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

qu'Onuphrius , le fils de Sébastien Brant. Il a dû suivre les cours de 
littérature latine que ce dernier faisait dans la faculté des arts ; s'il 
avait eu le talent de Jacques Locher^ ces leçons auraient enflammé 
chez lui le même enthousiasme qu'elles avaient produit chez le jeune 
Souabe ; mais tel qu'il était il n'y apprit qu'une meilleure latinité. 
Apres avoir obtenu le grade de maître es arts, le seul qu'il paraît 
avoir ambitionné, il devint en 1501 le successeur de Craton Hoimann 
à l'école de Schlestadt. On sait que, quelque renommée que fût cette 
institution, elle n'était pas encore complètement affranchie de la 
vieille routine. Gebwiler lui-même n'y apporta que peu d'améliora- 
tions. Il prenait des pensionnaires qui lui payaient pour le logement, 
la nourriture et l'instruction 17 florins d'or, environ 150 francs par 
an'. Un de ces jeunes gens était Boniface Amerbach, fils du célèbre 
imprimeur de Baie ; voici comment il rendit compte à son père de ses 
études : ^Le matin notre maître nous explique le Doctrinal ; à neuf 
heures nous lisons avec lui Horace ou Ovide, après midi Baptiste de 
Mantoue. Le lundi il nous donne à examiner quelques vers au point 
do vue de la prosodie. A quatre heures nous répétons ce que nous 
avons appris dans la journée" *. C'était en somme ce qu'on avait fait 
dans les écoles du moyen âge ; la seule nouveauté était Baptiste, et 
celui-ci n'était là que comme antidote des poètes jpaœns. Il faut sup- 
poser toutefois que Gebwilcr savait communiquer aux jeunes gens 
quelque chose de ces goûts humanistes qu'on lui avait inspirés à lui- 
même à Baie. D'autres de ses élèves furent Jean Sapidus, plus tard 
sou successeur, et Béatus Khénanus, qui de bonne heure fit de tels 
progrès que le maître lui confia l'instruction des enfants les plus 
jeunes'^. Vers 1503 Khénanus se rendit à l'université de Paris; 
en 1508 il fut de retour dans sa ville natale ; entré autres livres il 

» Gebwilcr à Boniface Amerbach, 20 juin 1530. Autogr. Bibl. de Bâle. — Il f«ut 
ajouter aux dlëves de Gebwiler le chroniqueur Materne Berlcr, immatricula h Tani- 
versitë de Bâle en 1507, et Thistorien suisse Jean Stumpf. 

* Scrlpsiati in tuh liiteris ut tihi scriberem quid nosfer maf/ister facerct, Sci€U quod 
de mane Afexniidinim fac.it; hora noua aliqua camiina ex alitjuibus autonbuê, scUicd 
ex HoraciOf Ovidio, etc.; post duodecimam in Maniuano; die lune ascriàit aliqua car- 
mina que probare debemua per quantitates sillabarum. Jfora quarta recapittUamuê que 
per totam diem habuimus. 1508. Autogr. Bibl. de Bâle; lîi on conserve eu outre sept 
lettres de Gebwiler h, Jean Amerbach; il y donne des nouvelles sur les ëtudes et la 
santd de Boniface, ou bien il parle de comptes. La dernière est du 18 avril 1509. 

* J. Sturm, H/a 2L lihenaniy en tête des Jies germanica'y Bâle 1551, in-f^, f» A, 4. 



LIVRE IV. — JÉRÔME GEBWILER. d61 

r 

rapportait les Epistolœ proverbiales et morales de Fausto Andrelini ; il 
les fit réimprimer et les dédia à Gebwiler^ dans Tespoir sans doute 
que celui-ci s'en servirait dans son école ; il les lui recommanda à 
cause de Télégance du style et de Thonnêteté du fond : les jeunes 
gens y trouveront des conseils pour bien vivre et pour être heureux, 
ils apprendront à fuir les femmes et Toisiveté®. 

En 1509 Gebwiler fut appelé à Strasbourg; le chapitre de la cathé- 
drale, cédant enfin aux vœux de Geîler et de Wimpheling, s'était 
décidé à une réforme de son école ; il chargea de la direction un 
humaniste , et ce qui ne mérite pas moins d'être noté , un humaniste 
laïque et marié ^; ce laïque d'ailleurs était aussi religieux que pouvait 
Tétre un prêtre. Il devint Tami de Wimpheling, auquel l'attachait la 
plus entière conformité de vues. Le premier traité qu'il publia pour 
ses élèves fut une explication édifiante des sept Psaumes pénitentiaux 
d'après Grégoire le Grand; on devait méditer ces Psaumes comine 
moyen de se préparer à la confession lors des fêtes de Pâques*. Une 
édition du livre de Polydore Vergilius sur les inventeurs , auquel il 
joignit, sur le conseil de Béatus Rhénanus, le poème de Sabellicus 
sur le même sujet®, ne fut pas destinée à son école; il ne paraît l'avoir 
faite que pour prendre position dans le monde lettré de Strasbourg ; 
oUe lui semblait utile aux grammairiens, aux orateurs, aux poètes, 
aux philosophes, aux jurisconsultes, aux médecins, aux théologiens, 
^ parce que tous y apprennent quelles ont été les premières origines de 
leurs sciences. 

Quant à son école, son désir était d'en faire ce gymnase qu'avait 
souhaité Wimpheling, une sorte d'établissement intermédiaire entre 
les écoles triviales et les universités. Il en donne quelque part le pro- 
gramme, -tel qu'il l'avait adopté après plusieurs années de tâtonne- 
ments. Les élèves étaient exercés à l'étymologie, à la syntaxe et à la 
prosodie, dont on leur expliquait les règles en langue vulgaire; ils 



® La dëdicace, datée do Scblestadt 31 août 1508, est adressée Hieronymo Oeb- 
vilero Selestati bonas litercu profiteiiii, La 1'° ëdit des Epistolœ de Fausto venait de 
paraître à Paris, 15 mai 1508, ex œdibua AscensianiSf in-4o. Celle de Strasb., 1508, 
în-40, est la plus ancienne des nombreuses réimpressions faites en Allemagne. 

7 n parle do sa femme dans plusieurs do ses lettres do 1508 à Jean Amerbach. 

8 Ind. bibl. 255. 

^ Ib. 256. 0. se qualifie de nobUissiime Argentinœ ecdesioi ludi lUerarii prœfedus. 

II 11 



162 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'aLSACE. 

composaient des discours, des vers, des lettres, en suivant des 
modèles classiques; on leur enseignait ensuite la dialectique, pour les 
former à Targumentation et à la discussion ; de là ils passaient à la 
philosophie naturelle et à la momie, dont on leur donnait les premiers 
éléments d'après les ouvrages de Lefèvre d'Etaples sur Arîstote, 
Gebwiler estimait qu'ainsi préparés ils feraient dans les universités 
des progrès plus rapides et plus sûrs*®. Il publia à cet eflfet des 
extraits de Tlntroduction de Lefèvre à la morale d'Aristote et de sa 
Paraphrase de la physique du même philosophe**. Dans ses leçons de 
latin il expliquait surtout le carmen de Dietrich Grésémund De histo- 
ria violatœ cruciSy que Wimpheling voulait voir introduit dans toutes 
les écoles. Gebwiler le fit pamître en février 1514, en y ajoutant les 
notes grammaticales et historiques qui formaient la substance de son 
enseignement**. Ce poème devait servir de correctif à ceux des 
auteurs païens ; mais on avait beau se cuirasser contre ces derniers^ 
on restait malgré soi sous leur charme. Sans remarquer la contradic- 
tion où il tombait, Gebwiler, au moment même oii il publiait Grésé- 
mund, publia Horace. Depuis que les œuvres de ce poète avaient 
paru en 1498 chez Grtlninger par les soins de Jacques Locher, aucun 
imprimeur strasbom'geois ne s'en était occupé. Il paraît que vers 
1513 on reçut l'édition d'Aide Manuce de 1509 ; aussitôt Gebwiler, 
voyant qu'elle donnait un texte plus correct que celui que Ton con- 
naissait chez nous, la recommanda à Schtlrer, et celui-ci la réimprima . 
à l'usage des écoles*'. Au mois d'août Gebwiler donna aussi cinq 
comédies de Plante**; il trouvait Plante supérieur à Térence, autant 
que le soleil est supérieur aux étoiles ; dans sa préface il se félicite de 
voir les lettres latines, que naguère on n'avait cultivées encore qu'en 

^0 Prëf. do son ud. de Lefcvro sur la Physique d'Arîstotc. 

11 Ind. bibl. 257, 260. Les ouvrages do Lefcvro dont il s'agit sont: ArtificiàLîê 
introductio per itiodiim epitomatis in X libros ethicorum ArhtoteliSf cuvi convnientario 
Clictovei. Paris 1502, 1506, 1512, in-P. — Aristotclis phUosophiœ naturafis paraphrasai.,, 
cum Clictovei conimentarto. Paris 1501, 1510, iii-f , 1504, in-4o. Gebwiler n'en donna 
que des extraits. 

1* Ind. bibl. 259. Dëdié, 15 fe'v. 1514, par G, à son ancien élève le comte Bernard 
d*£berstein, qui ddjà 15 mois aprbs avoir quitte l'école, était devenu chanoine de 
Trêves et de Strasbourg. 

1* Ind. bibl. 260. Avec une préf. ù Schiirer. Au mois de novembre de la même 
année celui-ci publia aussi les Satires d'Horace. 

** Ind. bibl. 261. Avec une préf. literarùe imbiy 3 sept. 1514. 



LIVRK IV. — JÉRÔME GEBWILEH. 163 

Italie ; fleurir aussi en Alsace; ^daiis chaque rue on peut acheter des 
poètes et des historiens ; si nous avions des Mécène ; nous aurions 
bientôt des Horace". Pour produire des Horace, il n'aurait pas fallu 
seulement des Mécène, il aurait fallu un latin plus classique que celui 
qu'on apprenait dans les poèmes de Grésémund et d'autres. En par- 
lant aux élèves avec la même admiration du style des anciens et de 
celui des modernes , on ne pouvait que fausser leur goût littéraire ou 
au moins le rendre très-incertain. Gebwiler tournait dans le même 
cercle étroit que Wimpheling. Il se servait même encore du Doctrinal, 
dont il estimait les vers à cause de leur valeur mnémonique. Cepen- 
dant quand eut paru en 1511 la grammaire que Jean Cochléus avait 
faite pour l'école de Nuremberg, il l'introduisit aussi dans la sienne ; 
tout en n'étant qu'un commentaire sur la première partie d'Alexandre 
et sur le Donat, elle était plus pratique et plus sensée que beaucoup 
de celles qu'on avait employées jusqu'alors. Dans l'espoir qu'elle 
remplacerait ces dernières, et qu'ainsi elle mettrait fin à la diversité, 
peu profitable aux études, de l'enseignement grammatical, Gebwiler 
la fit réimprimer à Strasbourg, en 1512, à mille exemplaires; trois 
éditions nouvelles, dans l'espace de peu d'années, prouvent en effet 
qu'elle répondait à un besoin du temps '^. Georges Altenheimer, 
d'Oetingen, d'abord élève de Gebwiler, puis son aide, fit en outre un 
vocabulaire alphabétique, latin-allemand, des mots qui se rencontrent 
dans les exemples cités par Cochléus *°. Dans une épître adressée 
en 1514 à Wimpheling, le maître d'école de la cathédrale s'exprime 
avec indignation sur les jeunes gens qui aspirent au sacerdoce et qui 
négligent les études grammaticales ; mais de même que Wimpheling 
il ne veut pas qu'on s'arrête trop longtemps aux poètes païens ; il 
convient que la latinité de ces derniers est plus polie que celle des 
écrivains ecclésiastiques, mais il la trouve dangereuse à cause du 
venin qu'elle recèle ; les lettres classiques sont une cause de séduc- 
tion, elles sont des artes meretriciœ. C'est pourquoi il publie avec 
Wimpheling la bulle de Léon X, qui enjoignait aux prêtres de préfé- 
rer à l'étude de la philosophie et de la poésie celle de la théologie et 

** Ind. bîbl. 258. Avec uno dtSdicacc a Wimpheling, s. d. 

*S Vocabidorum in Joannin Codei grammatica coUectaiieum. Anjent,, J. Prfiss, 26 
dëc. 1516, m-49. Dtîdîd k Gebwiler, tribotirue pubis literariœ in œde ponHficali pedo- 
triba. 



164 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

du droit canonique'^. Ainsi la grammaire ^ la prosodie^ quelques élé- 
gances, c'est tout ce que demandait ce pédagogue ; pour la plupart 
de nos humanistes ce minimum constituait le maximum de Tinstruc- 
tion classique. 

Au banquet donné à Erasme par la Société littéraire, Gebwiler, ua 
des membres , adressa au savant de Baie une harangue dans laquelle 
il réleva aux nues, ^tellement, comme Érasme écrivit à Wimpheling, 
que je ne savais plus si j'étais moi-même"**. L'école était florissante; 
elle avait des élèves venus de l'Alsace et des contrées voisines, parti* 
culièrement de jeunes nobles qui voulaient apprendre ce qu'il fallait 
pour pouvoir obtenir des prébendes. Pendant qtielque temps Lusci- 
nius y enseigna le grec. L'empereur Maximilieii, reconnaissant les 
services de Gebwiler, l'autorisa à prendre pour armoiries un écu 
avec trois glands*®. 

La dernière de ses publications scolaires est un poème intitulé 
Panegyris Carolina j imprimé en 1521 ^*'. L'auteur raconte dans la 
dédicace qu'il est encore d'usage à Strasbourg qu'à la fête de Saint- 
Nicolas (6 décembre) les écoliers choisissent parmi eux un évoque ; 
qu'à l'époque de Noël ils le conduisent, coiffé d'une mitre et muni 
d'une crosse , dans les différentes églises de la ville ; que pendant la 
procession les maîtres, précédant le cortège , chantent ^^en^rca race 
une poésie appropriée à la circonstance. Cette fois-ci ce fut le tour de 
Gebwiler de rédiger la pièce ; quel plus beau sujet, dit-il, aurait-il pu 
trouver que l'arrivée en Allemagne de l'empereur Charles-Quint? 
Pour célébrer cet événement il fabriqua cent vers , pleins de souve- 
nirs classiques et mythologiques ; il exalte les vertus du jeune prince, 
mais dit aussi qu'on attend de lui le rétablissement de l'ordre et une 
réforme des mœurs du clergé ; imbu des mêmes principes que Wim- 
pheling, il exprime l'espoir que l'argent des Allemands n'ira plus à 
Rome, et qu'on ne donnera plus de bénéfices à des courtisans. Quel- 
ques vers sur l'Alsace sont particulièrement intéressants. Mais on se 
demande comment ce Carmen^ en mètre élégiaque et un peu dur 



17 Ind. bibl. 88. 

18 Aniomit. friburg.^ p. 374. 

1^ Ces armoiries, avec un tetrasUJion de Gebwiler in amia sua^ se trouvent entre 
autres dans Véà. de 1530 do son Epitoma. lud. bibl. 270. 
20 Ind. bibl. 264. Dédié, 1er f^y. 1521, à Jean Hannart, conseiller impérial. 



LIVRE IV. — JÉRÔME GEBWÏLER. 165 

dans la forme, a pu être chanté! Gebwiler en fit offrir le manuscrit à 
Tempcreur par ses amis, les secrétaires Jacques Spiegel et Béatus 
Arnold. Charles-Quint lui ayant fait témoigner sa satisfaction, il le 
publia avec des notes explicatives; c'était encore un ouvrage qui 
devait servir dans les écoles. Parmi les notes il y en a une plus 
longue, sur TAIsace, ses montagnes, ses rivières, ses villes; Geb- 
wiler donne surtout des détails sur Strasbourg, sur sa constitution, 
ses magistrats, ses couvents, ses églises, ses marchés**. C'est une 
des plus anciennes descriptions de notre ville et de notre province 
que Ton connaisse, et à ce titre elle ne manque pas d'importance. En 
plusieurs endroits du livre, Gebwiler parle à^une Alsatiœ descrijptio 
plus complète qu'il se proposait de publier; on ne peut que regretter 
qu'elle n'ait point vu le jour; elle eût été plus instructive qu'un 
traité historique qu'il avait fait imprimer doux années auparavant. 

Il avait la passion de l'histoire, il aimait à lire les chroniques, il les 
recherchait dans les couvents, dont ri consultait aussi les archives. 
Mais non-seulement les éléments lui ont manqué pour une juste 
appréciation des faits, son liorizon était borné par les mêmes préjugés 
qui obscurcissaient celui de Wimpheling. Lorsque dans les premiers 
mois de 1519 on apprit que le roi de France était un des aspirants à 
la couronne impériale, Gebwiler écrivit, dans un accès d'indignation 
patrîotîqije , une brochure dont la rédaction négligée témoigne de 
l'agitation do son esprit^*. Il reprend la thèse de la Gcrmania de 
Wimpheling et fait les mêmes confusions : depuis Jules César aucun 
goMus n'a régné ni sur l'Allemagne en général ni sur l'Alsace en 
particulier, ce sont les Allemands au contraire qui ont régné sur la 
Gaule. Gebwiler sait même un fait dont Wimpheling ne s'était pas 
douté, c'est que Jules César a délivré de la tyrannie gauloise les 
Germains de la rive gauche du Rhin. Los Francs qui ont conquis la 
Gaule ont été des Allemands, descendus de Troyen's réfugiés ; leurs 
rois ont occupé le trône depuis Pharamond jusqu'au dernier des Caro- 
lingiens ; Hugues Capet fut le premier gallus qui régnât en France, 
et il n'obtint la couronne que- par usurpation. Afin de n'avoir pas l'air 
de ne produire que „des hàlivernes^^ Gebwiler en appelle à des écri- 

** Parmi ces notes il y a un curieux passage sur Tinvention de rîmprîmerie au 
moyen de caractères en dtain; G. Tattribue h Mentel, f» 19. 
** Libert{M Germaniœ. Ind. bibl. 263. 



166 HISTOIRE LifTÉRAIRE DE L'ALSACE. 
1 

vaîns dont personne, dît-il, ne saurait méconnaître Tautorîté, et dont 
le premier est Eusèbo et le dernier „le Virgile chrétien" Baptiste de 
Mantoue. Arrivant au point politique, il exprime la confiance que les 
princes-électeurs ne se laisseront corrompre ni par l'argent ni par les 
faveurs de François P"^, 

Un écrit plus calme et plus important pour notre histoire provin- 
ciale est une Vie de sainte Odile, que Gebwiler écrivit en allemand et 
en latin, mais dont il ne paraît avoir publié que la rédaction aile- 
mande, plus courte que l'autre *'. C'est la première biographie de la 
sainte qu'on ait imprimée ; elle diffère en quelques points des deux 
légendes plus anciennes, dont Tune fut donnée d'abord par Mabillon, 
l'autre par Grandidier '*. Gebwiler s'était servi principalement de la 
chronique d'Ebersheimmunster; il avait consulté en outre les chartes 
et les livres saliques du monastère de Hohenbourg. Un arbre généa- 
logique des ancêtres et de la parenté de sainte Odile complète le 
volume ; notre maître d'école se piquait de savoir dresser des généa- 
logies. Il est à remarquer que certains traits de la légende ne lui 
paraissent pas dignes de foi, non parce qu'ils sont miraculeux, mais 
parce qu'ils ne lui semblent pas d'accord avec l'idée qu'il se fait des 
personnages; il ne croit pas, par exemple, à la colère du duc Attîc 
contre sa fille et contre son fils Hugues, attendu que le père d'une 
sainte n'a pu être qu'un homme pieux. 

Ce livre, qui parut en novembre 1521, est dédié aux trois frères 
Georges, Albert et Samson de Rathsamhausen ; la dédicace ne con- 
tient pas encore d'allusion au mouvement religieux qui avait com- 
mencé à se produire à Strasbourg; Gebwiler se borne à exhorter les 
frères à rester fidèles à la tradition de leur famille, en respectant le 
clergé, les églises et les couvents. Cependant il no tarda pas à se 
mêler aux luttes ; déjà dans un des premiers pamphlets contre le 
franciscain Murner il est mentionné comme un des adversaires de la 
Réforme **. Il souhaitait le redressement des griefs et le retour à 
Tancienne discipline, mais les améliorations devaient être faites par 

r 

les autorités de l'Eglise; la Réformation luthérienne n'était pour lui 
qu'une sédition impie. Cessant d'être humaniste, il prît, quoique 

23 Ind. bibl. 265. 

«* Grandidier, HUt, de VÉglUe de Strof^b.y T. 1, p. XTiVIl. 

*•'> Karsthans, 2® dd., k la fin. 



LIVRE IV. — JÉRÔME GEBWILER. 467 

. ■ ■ « 

laïque^ le rôle de champion de TEglise, tout en continuant de se 
plaindre des abus. En 1523 il publia des traités de quelques Pères 
contre des hérésies diverses *° ; dans la dédicace à Tévêque Guillaume 
de Honstein il loue le prélat du soin avec lequel il veille à l'observa- 
tion des statuts disciplinaires \ il constate la corruption d'une grande 
partie du clergé ; si les paroisses avaient des prêtres fidèles^ les laïques 
ne prêteraient pas Toreille aux réformateurs, mais il y a trop de mer- 
cenaires qui ne s'occupent des brebis que pour les tondre ; la cause 
du mal est la facilité avec laquelle on obtient des dispenses de la 
cour de Rome, lioc monstrum Borna in dispensationum cavemis enU" 
irivit. Cette publication, ainsi que la réimpression d'un opuscule antî- 
luthérien qui avait paru à Erfurt^% était en latin et ne pouvait donc 
pas servir au peuple ; pour celui-ci Gebwiler fit paraître deux traités 
allemands, l'un sur le culte de la Vierge et des saints ^*, l'autre sur 
l'hérésie hussite ^^. A Strasbourg on laissa passer ces manifestations ; 
l'auteur ne fut réfuté que par un Zurichois '°. 

En 1524, Gcbwiler fut au nombre des savants catholiques que l'on 
proposa à Tévêque pour une conférence avec les prédicateurs de la 
Réforme^*. Cette réunion n'eut pas lieu. Il quitta Strasbourg pour 
prendre à Haguenau la direction de l'école attachée à l'église de 
Saint-Georges. A Haguenau, où il eut encore des pensionnaires de 
Baie et où, à cause „do la chèreté des vivres", il avait élevé le prix à 
20 florins d'or ^*, il reprit ses travaux historiques. Au patriotisme 
allemand s'alliait chez lui une dévotion profonde pour la maison 
catholique d'Autriche; les principaux buts de ses recherches étaient 

«6 Ind. bibl. 226. La dédicace est du 1<?' mars 1523. 

-7 Ind. bibl. 268. Déàîé, 31 ddc. 1531, h Balthasar Gerhard, commandeur de S. 
Jean, à Martin GoUiciauus, prieur de la chartreuse, et à tous les religieux de ces 
deux maisons. G. est encore ArgeniorcUeruis templi didascalus, 

«8 Ind. bibl. 267. 

29 Ib. 269. 

30 ArUwort eines Schtcytzer Purens iiber die unffegrnndeie Oeickrifft meitter Jero- 
nimi OebtpilerSf Schulmeistera zu Straszburg, die er zu Beschimiung der r'ômischen kUchen 
und ihro verdachtem Wesen hcU drucheii lassen. Zurich, 20 avril 1524, in-4o. L^auteur, 
Jean Fflsslin, se dit JlafeiiQÎessery potier dMtain. Y. Haller, Bibliothek der schwei- 
zerischen Geschichte, T. 3, p. 85. 

51 Outre Gebwiler on proposait Thomas Vogler, le liconoitS Weddelîn, Wolf Ob-, 
rccht, vicaire de la cathédrale, le mddecin Laurent Pries de Golmar. 

32 A Bonifaco Amerbach, 20 juin 1530. Autogr. Bibl. de Bftle. Un de ses ëlëves. 
dtait Jean Bechburger, neveu de Bonifaco. 



168 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

l'histoire et la généalogie de la maison de Habsbourg ; il mettait à ces 
études, qui devaient fonder sa réputation et le recommander à 
Charles-Quint et à son frère, plus de zèle que de critique et de bon 
sens. Depuis quelques années il avait entrepris un ouvrage sur les 
ancôtres de Tempereur Rodolphe et sur les hauts faits de ce prince ; 
pour achever et pour faire paraître cette AustriaSy composée de cinq 
livres, il attendait un témoignage de la faveur impériale *'. Dès le com- 
mencement de 1524 il en offrit à Charles-Quint la partie concernant sa 
généalogie; le 15 février il obtint un privilège pour la publication; 
Tempercur promit de se charger des frais, à condition que le livre fût 
imprimé avec la plus grande correction. Mais ses nouvelles fonctions 
à l'école de Haguenau ne pennirent pas à Gebwiler de mettre à son 
ouvrage la dernière main. En 1526, quand il apprit que l'archiduc 
Ferdinand viendrait à la diète de Spire, il fit à la hâte un extrait de son 
travail et le présenta lui-même au prince; celui-ci s'en montra satisfait 
et désira qu'il fût répandu à un grand nombre d'exemplaires; la pre- 
mière édition parut alors en 1527, en latin et en traduction alle- 
mande'*. L'ouvrage, formé de trois livres, ne s'occupe au fond que 
de la généalogie des Habsbourg; Gebwiler part do Noé, passe par 
Hercule, Dardanus', Erichthonius, etc., à Priam; des Troyens réfu- 
giés en Europe il arrive aux Francs et à leur premier roi Pharamond ; 
aux Mérovingiens il rattache les Carolingiens, desquels il fait des- 
cendre les comtes de Habsbourg. Sur chaque prince, historique ou 
fabuleux, il donne de courtes notices, accompagnées pour la plupart 
de portraits imaginaires. Il est vrai que les absurdités qu'il débite ne 
sont pas à mettre à sa charge ; ce n'est pas lui qui en est l'inventeur. 
Pour les ancêtres de Priam jusqu'à Noé en arrière, il prend pour 
témoin Bérose; comment aurait-il pu savoir alors que ce qu'on pre- 
nait pour l'ouvrage de l'ancien historien assyrien était un produit du 
dominicain Annius de Viterbe? Pour l'origine des Francs et leurs 
premiers chefs, il s'en rapporte à de prétendues chroniques de Wast- 



33 Budolphi regia liomanorum (jeatorum liber, qui paraîtra modo cœsareum favorem 
propensiorem nobis senserimus, JPaiieygriê Carolinay ft> 9. 

. 3* Ind. bibl. 270. LMdition de 1527 a quelques distiques de Gebwiler, la lettre de 
Ferdinand. 20 juillet 1526, Spire, et à la fin trois pages d^orrata. La traduction alle- 
mande est dtîdiëe, 1°' janvier 1527, h. Guillaume de Kibeaupierrc, bailli de la Haufc 
Alsace, et aux membres de la régence autricbienne h, Ensislieim. 



LIVRE IV. — JÉRÔME GERWILER. 169 

hald et de Hunibald qu'avait publiées Trithémius ; il ne pouvait se 
douter que ces chroniques étaient une fiction, dont Fauteur était pro- 
bablement Tabbé de Spanheim lui-même''^. Cependant, s'il avait été 
un peu moins crédule et moins empressé de glorifier les Habsbourg, 
il n'aurait pas manqué de s'apercevoir que beaucoup de ses combi- 
naisons généalogiques étaient des fantaisies indignes d'un historien. 
Comme la première édition latine était très-fautive, Gebwilcr en fit 
en 1530 une seconde, plus ou moins remaniée. Il l'augmenta de trois 
nouveaux livres, dont deux sont consacrés, l'un à la généalogie de 
Marie de Bourgogne , l'autre à celle des ducs de Zahringen ; le der- 
nier livre est la reproduction, peu modifiée, du pamphlet sur la 
Lïbertas Germaniœ^^ . Il ajouta au volume, sur cinq grandes feuilles, 
des poèmes sur l'avènement des archiducs d'Autriche à l'Empire et 
sur la bataille de Pavie , et quarante-huit portraits depuis Dagobert 
jusqu'à Philippe de Castillc'\ Il ne cessait de supplier de grands 
personnages de recommander à l'empereur son grand travail encore 
inédit; il s'adressait à cet eflfet au roi Ferdinand lui-même, il s'épui- 
sait en adulations, mais la grâce impériale ne descendit plus sur le 
pauvre maître d'école, son Austrias ne parut point, et probablement 
la science historique n'y a perdu rien '*. 

3* L^ouvrage d^Annius (Jean Nanni, mort 1502), Commeiitaria super opéra direrso- 
rum audorum de antiquitatibus loquentiuniy avait paru à Rome en 1498, in-f». On 
sait qne cet dcrivain prétend donner les œuvres jusqu^ilors inconnues do Hurosc, 
de Manëthon, etc. — De ori(jxne geiitis Franzorum ex XTI tdtimîs Jlunibaldi lihria 
epkome. Moguntue 1515, in-fo; Compendiitm,., de oriijine gentis et regum Francorum 
(soi-disant d^apr^.s Wasthald). Ib. 1515, in-f». LMnautkenticité de ces histoires est re- 
connue depuis longtemps; on croit être certain aujourd'hui qu'elles sont de Tinven- 
tîon de Trithi^mius lui-même. 

'^ Cette édition contient aussi le privilège impérial du 15 février 1524; de plus 
on passage tiré de la Panegyria Carolina^ un carmen; Aquila liomatn aUoquitur, quel- 
ques vers in opusctdorum suorum conimendatioiieni ad Carolum Vj et au dernier 
feuillet les armoiries de Gebwiler. Les trois premiers livres sont dédiés k Ferdi- 
nand, l^'' juin 1530 ; le quatrième et le cinquième à Tévêque Balthasar Mercklin, 
TÎce-chancelier impérial, 23 avril 1529 et 29 juillet 1530 ; le sixième à Tévêque Jean 
Faber de Vienne, conseiller de Ferdinand, P' août 1530. 

37 Ces feuilles manquent dans beaucoup d'exemplaires. Il paraît qu'elles furent 
aussi publiées à part. Dans \e Ameiger fur Kunde der deutscken Vorzeit, 1857, p. 397, 
Weller les décrit comme insérées dans un volume ms. de la bibl. de Zurich. — 
D'après Schopflin, Vindiciœ typographicœ ^ p. 115, les deux poésies auraient déjk 
paru, l'une en 1525, l'autre on 1529, chez Guill. Seltz à Haguenau. 

3® ... Ut.„ optatum tandevi Austrioiïi nostnr portum inveniamus, — A l'évêquô Faber 



470 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

Pendant Thiver de 1527 à 1528 Técole de Haguenau dut être fer- 
mée à cause d'une épidémie'^. Gebwiler profita de ses loisirs pour 
publier deux traités de polémique religieuse. Le premier est précédé, 
flous forme de dédicace au magistrat de Haguenau, d'une courte notice 
sur les principales époques du passé de cette ville ; malgré quelques 
erreurs, c'est un des meilleurs de ses travaux historiques *°. Dans le 
traité lui-même il veut montrer, à la demande de quelques amis, que 
de tout temps les contempteurs de la religion ont trouvé leur châti- 
ment; il cite des exemples de l'histoire ancienne , de l'histoire sainte 
et de celle du moyen âge. On est sacrilège , selon lui, quand à cause 
des viceg de quelques prêtres on attaque le clergé tout entier; il faut 
améliorer au lieu d'abolir; dans la réforme des couvents les princes et 
les prélats doivent suivre l'exemple de l'empereur Frédéric P^ quand 
il a réformé le monastère de Hohenbourg. A cet endroit Gebwiler 
insère, sans pressentir le service qu'il rendrait, les poésies latines des 
abbesses Rélindis et Herradc , qu'il avait copiées du Hartus ddicia- 
rum^\ Plus loin il dit que le clergé a mérité les tribulations qui le 
frappent; pour prévenir des calamités plus grandes encore, il ne lui 
reste qu'à s'humilier et à se corriger, en ayant confiance en Cliarles- 
Quint et en Ferdinand; pour prouver que cette confiance est fondée, 
notre auteur reproduit un passage de sa Fanegyris Caroliita*^. 

Le deuxième traité qu'il publia pendant la peste contient les révé- 
lations attribuées à sainte Hildegarde*^ ; il les avait trouvées „dans 
un ancien manuscrit", et les fit paraître comme un avertissement au 
clergé; si prêtres et moines font pénitence, l'Eglise ne périra point, 
^malgré les persécutions des tyrans et les machinations des héré- 

de Vienne, u Balth. Mcrcklin, à Guillaumo de Ribcaupicrre , au roi Ferdinand. 
V. notes 34 et 36. 

'**^ ... Ntinc tamen discipulorum iwstrorum gretje per grassaïuis proJi dolor pesHlentia 
virus dUperao... Dddicace du trait<$, Ind. bibl. 271. L^opuscule, Ind. bibl. 272, est dëdîë 
k Frëdëric Brechter, qui avait pris la hiite avec femme et enfants, ob pestUentim graê- 
iationeni. M. ]*abbo Guerber, Histoire de Haguenau, Kixbeim 1875, T. 2, p. 362, fait 
cette observation : « Gebwiler veut dire (en parlant de cette ëpidëmie) le danger 
que courait leur foi. • 

*o Ind. bibl. 271. La dédicace est du 31 oct. 1527 ex ludo nostro. 

41 Fo D, 1 et suiv. 

42 Fo C, 4. 

43 Ind. bibl. 272. Dédié h. Fréd. Brechtcr, gouverneur impérial k Hochfelden, K' 
mars 1528. Oi\ Gebwiler avait-il trouvé son vetustissivius codexi 



LIVRE IV. — JÉRÔME GEBWILER. 171 

tiques". Il écrivit encore quelques autres petits livres, qu^l se pro- 
posait d'offrir en hommage au comte Reinhard de Deux-Ponts dont il 
avait reçu quelques libéralités, mais aucun imprimeur ne voulut se 
charger de la publication. Il ne put dédier au comte qu'une traduc- 
tion abrégée de Tépître d'Érasme Contra psetido-evangeUcos ** ; dans 
l'épilogue il souhaite — on était en 1530 — que l'empereur vienne 
bientôt en Allemagne pour mettre fin aux troubles , „mais sans effu- 
sion de sang". 

Son dernier ouvrage imprimé se rattache à ceux qu'il avait écrits 
sur l'histoire de la maison impériale. Il traite de la translation du 
règne de Belgique à l'Empire romain et de l'origine du duché de 
Lorraine*'; c'est un petit volume, dont la seule partie intéressante 
est un épisode sur la campagne du duc Antoine de Lorraine contre 
les paysans insurgés de l'Alsace. Gebwiler écrivit une histoire de 
tout l'ensemble de cette grande insurrection, mais pour cette Gigan- 
tomachie, comme il l'avait intitulée, il ne trouva pas d'éditeur*". 

Il mourut le 21 juin 1545, âgé de 72 ans, laissant trois fils, Pro- 
thaisc, qui était prêtre, Pierre, qui avait étudié le droit à l'université 
de Dole *', et Gervaise, qui s'établit à Schlestadt où en 1544 et 1545 
il fut un des membres du conseil de la ville**. Ils érigèrent à leur 
père une épitaphe rappelant ses mérites *®. Paimi ses papiers ils trou- 
vèrent un Chronicon argentinense, un catalogue des évoques de BAle, 
des notes sur l'histoire de Schlestadt, et un recueil d'épitaphes qu'il 

•** Ind. bibl. 273. La dédicace est du 1«' mars 1530. Dans répilogiie au lecteur, 
G. se donne le singulier titre de ScJiulmeister des heyligeii Beichs Cammer im EUass 
und Siadt Hagenow, 

^^ Ind. bibl. 274. Dëdid à Jean Muîus, 27 mars 153G. Le traite est une sèche 
nomenclature des princes de Lorraine, avec une dëmonstration, sans valeur, de la 
nécessite géographique et historique pour cette province et pour la Belgique d^être 
soumises h TËmpire. 

4« Dédicace de TÉpître d'Érasme, Ind. bibl. 273. 

^7 A la bibl. de Bâle on conserve trois lettres de Pierre Gebwiler îi Bonifacc 
Amerbach, elles sont datées de Dôlc, 2 nov. et 18 déc. 1530, 11 fév. 1531. 

*8 Bemh. Hertzog , EU. Chronik, Lib. 7, p. 11. — En 1551 et 1557 Florent 
Gebwiler est membre du Conseil de Schlestadt. 

*^ Hieronymo Gebîcilerio, eut Gemiania plurimum débet ^ cum oh diligentem juven- 
tutis inêtitutianenif f/uam annis L exercnii, tum oh relicta ab ipso htsioriarum monimenta 
dueum Austriœ, Alsatiœ pafruv tirbisque Argentoratensis antiquitatem Ulustraiiiiaj filii 
parerUi duleissimo dicarunt. Vixit a. LXXII. Ofnit AT. kal. Julias, A, salutis 
MDXLV, 



•172 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

avait composées. Béatus Rhénanus ayant désiré qu^on imprimât un 
choix de ces dernières, Prothaise l'informa que ce choix serait aussi 
difficile que lo jugement de Paris ; dans son respect filial il trouvait 
que pour la beauté les carmina de son père pouvaient soutenir la com- 
paraison avec les déesses de TOlympe. Il annonça à Rhénanus qu'il 
se proposait de publier la chronique de Strasbourg et qu'on pourrait la 
dédier à notre magistrat '°. Nicolas BriefFer, doyen de Saint-Pierre à 
Baie, écrivit plusieurs lettres à Rhénanus pour qu'il insistât auprès 
des héritiers de Gebwiler sur l'utilité de faire paraître le catalogue 
des évêques ^K Aucun de ces travaux n'a été imprimé, et pourtant ils 
eussent mieux servi la réputation de l'auteur que ses fantaisies généa- 
logiques sur la maison de Habsbourg. Quant à ses notes sur Schle- 
stadt, conservées à la bibliothèque de cette ville, il est à espérer 
qu'elles ne tarderont pas à être livrées à la publicité. 

En 1515 Georges Altenheimer avait dit de Gebwiler qu'il ^taît plus 
aimable que les Grâces, plus éloquent que Démosthônes, plus vertueux 
que Socrate : hyperboles naïves adressées à son maître par un élève 
reconnaissant. En réalité Gebwiler a rendu des services en instruisant 
la jeunesse et en contribuant ainsi à faire aimer chez nous les lettres, 
mais il n'a pas eu l'esprit assez ouvert pour dépasser le niveau d'un 
bon et laborieux maître d'école. Ce qui le distingue le plus, c'est son 
ardeur à s'occuper d'études liistoriques; mais là aussi les préjugés, le 
défaut de critique, le manque de connaissances plus approfondies 
l'ont empêché de s'élever bien haut. A l'exception de ses notes sur 
l'Alsace, sur Strasbourg, sur Haguenau, ceux de ses ouvrages sur 
l'histoire qui ont été publiés, ne sont plus que des curiosités; il en 
est de même de ses traités polémiques. Sa prose, quand elle ne s'em- 
brouille pas dans les exagérations d'une dédicace louangeuse, est cor- 
recte et facile, et ne manque pas d'une certaine élégance ; sa poésie, 
au contraire, mérite le jugement qu'il en porte lui-même; ce n'est 
pas par excès de modestie qu'il parle de son calamiis stridens et de 
Vincondita iiisticitas de ses vers ^*-, ceux-ci coulent péniblement, on 
sent tout l'effort qu'ils ont dû lui coûter. Outre quelques pièces reli- 
se Prothaise Gebwiler à B. Rhdnanus, 20 août 1545. Autogr. Schlestadt. 
^^ Bricffer h B. Rhënanus, 15 nov. 1545, 3 fev., 23 mare 1546. Autogr. Sclilestadt. 
^'^ Panegyr'is Carolina, f» 1 ; — Epltime, c?d. de 1530, f» O, 2; P. 1. 



LIVRE IV. — JÉnÔME GEBWILER. 173 

gieuses et quelques distiques pour recommander des livrbi ^', il n'a 
laissé que des carmina politiques^ où il exprime^ sans imagination^ ses 
sympathies ou ses haines. 

53 Blegiacum de légitima confesaione. Ind. bibl. 255; — Ad tribulatum clerum ne 
animum despondeat . Ind. bibl. 'i72; — des distiques sur les ouvrages de Nicolas de 
Dinckelsbûhl publics par Wimpheling, sur la grammaire grecque de Luscinius et sur 
son édition d^ilaymon de Halberstadt; une opigrammc assez jolie h la fin du petit vo- 
lume do Luscinius, Ind. bibl. 29G. Ktc. 



174 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 



CHAPITRE VIL 



OTTMAR NACHTGALL DIT LUSCINIUSi. 

1487-1586. 

Le Strasbourgeois Ottmar Nachtgall est à bien des égards supé- 
rieur à Gebwiler, à Jean Adelphus, à Vogler; sa culture est plus uni- 
verselle, son horizon plus vaste, son esprit plus ouvert aux beautés 
de la littérature et de Tart. Disciple de Wimpheling, il suit jusqu'au 
bout presque la même tendance religieuse que son maître , mais il est 
trop éclairé par les études grecques, il est trop artiste et a vu trop de 
pays pour le suivre aussi dans son pédantisme. 

Né à Strasbourg^ vers 1487, il reçut en cette ville, en 1501 ou 
1502, sa première instruction par Wimpheling * ; Geiler de Kaysers- 
berg le prit en affection et lui donna des conseils qu'il n'oublia point *. 
Il rendit son nom allemand par le latin Luscinius et par le grec Aïdos ^ ; 
ce nom correspondait aux aptitudes musicales, par lesquelles de bonne 



* V. sur lui : les Mémoires de Kkeron, T. 32, p. 269 et suiv.; — Brucker, Mùcel- 
lanea hlstoriœ phllosophicœ ^ literario. ^ etc. Augsb. 1748, p. 302 et 8uiv. — Am Ënde, 
Versuch einer J^bensbeschreibunj Otlmar Kctchtgalh^ chez Strobel, MUceUaneai lite- 
rariachen InhaUs. Niii'emb. 1781, T. 4, p. 3 et suiv.; — Kiegger, Aiiuenit, fribury,^ 
p. 142, a eu Tintention d'ëcrire sur Luscinius, mais no Ta point exécutée. Scliopflin 
avait réuni quelques données dans son Alsatîa litercUa, vol. 2, p. 145. — Walchner, 
Johann von Botzheim und seine Freunde^ SchafTIi. 183G, p. 175, parle d^une biographie 
de L. qui aurait ét^ publiée on 1831, mais ajoute qu'il ne Ta pas vue; il parait en 
effet qu'elle n'existe pas. 

^ Je n'ai trouvé k Strasbourg aucune famille ù laquelle je pourrais le rattacher. 

3 Argentina a qua etiam vilain, pariter et rei literarice j^rimidas olim acoe2nmus, A 
J. Schott. CoUect. sacrosancta. Ind. bibl. 277. — Parlant de Wimpheling, il dit: Sub- 
dita cui quondain nostra tenella fuit. Carmen ajouté îi l'édition que fit Wimph. do la 
Germania d'Énée Silvius. Ind. bibl. 45. — /. Mlmph. prœceptor olim meus, Joci ac 
sales, n» 41. Ind. bibl. 300. 

* Wimpheling, llta Geileri. Amcmit. frib.y p. 119. 

* Des vers qu'il fit on 1511 sont signés Ottmarus Frogneus. Ailleurs il s'appelle 
*Ar,ôo; ou Aidos. Dans des vers faits pour lui par deux amis il est qualifié à^Aedos, 
Wimpheling lui donne le nom do FhUomela. 



. LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. 175 

heure il se distingua. A peine sorti de radolescence, il éprouva un vif 
désir de voir le monde et d'étudier les mœurs des peuples °. 

Vers 1508 il vint à Paris, oii il étudia la philosophie ; Fausto Andre- 
lini Tinitia à la littérature latine, en même temps qu'un autre Italien, 
Aléandrc de Motta, le futur cardinal, lui enseigna le grec'. Cette 
langue^ si nouvelle alors pour les Occidentaux, eut pour le jeune 
homme un attrait singulier. Il emporta de Paris un ardent enthou- 
siasme pour les lettres anciennes et^un profond dégoût pour la philo- 
sophie scolastique 5 chaque fois que , dans la suite , les disputations 
dans lesquelles il avait dû figurer revenaient à sa mémoire , il parlait 
avec mépris des sophistes parisiens *. Comme il se destinait au sacer- 
doce, il dut s'occuper de théologie et de droit canonique ; il commença 
ces études à Louvain, les continua à Padoue et paraît les avoir ache- 
vées à Vienne, sans négliger un instant celles du latin et du grec. A 
l'université de Vienne il apprit de Wolfgang Grefinger la tliéorie de 
la composition musicale et s'éprit d'un tel goût pour cette science, 
qu'il fut bientôt en état de l'enseigner lui-même dans des leçons 
publiques^ ; non content du rôle de théoricien, il devint aussi habile 
chanteur que joueur de flûte et organiste. 

De Vienne il partit pour l'Orient, traversa la Hongrie et la Tran- 
sylvanie, s'arrêta en Grèce où il copia des traités religieux, passa 
quelque temps en Turquie et eut assez de bon sens pour trouver qu'il 
y avait de l'honnêteté même chez les infidèles '®. Il raconte plus tîird 
qu'il parcourut aussi une bonne partie de l'Asie ' ' . Quel précieux 
journal que celui des pérégrinations du jeune savant strasbourgeois, 
si, doué comme il l'était, il l'avait écrit ou si un manuscrit nous en 
était conservé ! 

En 1510 Jious rencontrons Luseinius à Augsbourg, ou chez Conrad 

• A Jean de Botzheiin, Progymn. grœcœ lit. Ind. bibl. 287. 

7 Ludani deorum dlalo(/i. Dédicace. Ind. bibl. 276. 

8 Jod ac sales f ii© 17 et 83. 

^ A Botzhoim, 1. c. — Jiuttitiit. niusîco'j dcdicacc et épilogue. Ind. bibl. 280. — On 
a supposd qa*à cause de distiques qu'il écrivit eu 1517 pour des traités de Jean do 
Glogau, réimprimés à Strasb., il a été à Cracovio disciple do ce professeur, lequel 
mourut en fév. 1507. Am £nde, p. 11, dit avec raison que ces vers ne prouvent rien. 
Dans son épître à Botzhcini, L. ne mentionne comme universités qu*il a fréquentées 
que Paris, Louvain, Padoue et Vienne. 

*o A Jean Schott. Colled. sacrosancta. — A Botzlieim, 1. c. 

^ * Lustravi lotam fere Europam, et bonam partem Asiœ peragravi, A Botzlieim. 



176 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. . 

Peiitinger il se lia avec le grammairien Jean Pinicianus, que Tempe- 
reur llaxirailien créa poète lauréat ; dans un fort joli carmen que 
Pinicianus fit pour lui, il rappelle leurs promenades dans des forets 
sombres et leurs causeries plaisantes **. 11 passait déjà pour être fort 
en grec. Nicolas Ellenbog, religieux de Tabbaye d'Ottobeuern, avait 
extrait des œuvres de Platon, traduites par Marsile Ficin, les pas- 
sages qui lui semblaient plus ou moins conformes aux doctrines du 
christianisme 5 avant de publier cet Epiîome platonicum y il s'adressa à 
Reuchlin pour qu'il lui transcrivît en caractères grecs les mots de 
cette langue que le traducteur avait laissé subsister dans le Cratylus. 
Reuchlin s'excusa par une maladie et renvoya Ellenbog à un diction- 
naire *'. L'J religieux, qui à Augsbourg s'était rencontré avec Lusci- 
nius, pria ce dernier de lui rendre le service dont Reuchlin ne pouvait 
ou ne voulait pas se charger; Luscinius s'excusa à son tour, en disant 
que le travail exigerait une connaissance de l'idiome attique qu'il ne 
possédait pas encore : „Entre les Latins je parais être un Grec et entre 
les Grecs un Latin, car je ne sais bien ni l'une ni l'autre des deux 
langues'' '*. A Augsbourg il écrivit quelques vers pour une publica- 
tion faite en avril 1511 *^*, la même année il envoya à Strasbourg une 
poésie grecque sur la mort de Geiler de Kaysersberg *®. En quittant 
Augsbourg il s'arrêta à Constance chez le jeune chanoine Jean de 
Botzhoim, qui à Heidelberg avait été un des élèves do Wimpheling 
et qui venait de faire un séjour à Strasbourg chez son ancien maître *'. 
Dans la maison de Botzhcim Luscinius vit Jean- Alexandre Brassica- 
nus, dont le père enseignait encore à Tubingue la grammaire et la 
philosophie. Avant de rentrer à Strasbourg il passa par Spire, où 

12 L. c. — Camien à la suite de Ex Luclano quœdam. Ind. bibl. 288. 

!•» Klleiil)og à Reuchlin. 23 juillet 150Î); Kcuchlin à Ellenbog, 29 dec. 1509. — 
Iteuchllna BrieftcccJuicly p. 113, 118. 

1* Ellenbog à Luscinius, s. d.; L. ii E., 30 nov. 1510. Am Ende, p. 34. 

15 Ces vers, qu'il publia sous le nom ii'Ottomarm Progneus^ font Tëlogc de la 
Simonide d'Ubertinus Tusculus, poème héroïque fort mddiocre sur la légende do 
Simenon, petit gardon de Trente, qu'on prétendait avoir été martyrise par des juifs. 
D'autres vers furent ajoutes au livre par Jean Pinicianus. Ind. bibl. 275. 

ic Am Ende, p. 48. Je n'ai pas pu me procurer cette pièce. 

17 En 1507 Botzheim corrigea, avec Wimpheling et Symphorien PoUion, rédition 
du Spéculum l'itu' de Uoderic de Zamora. En 1510 il composa une (^pitaphe pour 
Geiler. En 1512 il obtint h Constance un canonicat. 11 était ami d^Érasmc et de la 
plupart des humanistes. 



LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. 477 

chez Jodocus Gallus il fit la connaissance de Reuchlin^^. Dès le com- 
mencement de 1514 on le retrouve dans sa ville natale. Là il devint 
l'ami de Jacques Sturm, de Nicolas Gerbel, de Thomas Vogler, qui tous 
étaient jeunes comme lui et aussi passionnés que lui pour les études 
classiques ; il s'attacha à Wimpheling et à Sébastien Brant^®, et fut 
accueilli avec sympathie par les chanoines de Saint-Thomas ; le prévôt 
Jacques de Richshofen^ le doyen Nicolas Wurmser, l'écolâtre Jean 
Sigrist^ le prirent sous leur protection. Admis à la Société littéraire^ il 
assista à la fête que celle-ci donna à Erasme ; pendant le banquet il 
charma les convives par le jeu de sa flûte*®. En mars 1515 le chapitre 
de Saint-Thomas ; qui venait de faire restaurer ses orgues, l'engagea 
comme organiste, avec un traitement de 30 florins par an 5 au mois 
d'août suivant on affecta à cet office une vicairie devenue vacante ; 
comme Luscinius était consacré prêtre, il dut s'engager, en prenant 
possession de ce bénéfice, à remplir, outre ses devoirs à l'orgue, les 
fonctions de vicaire et à se présenter régulièrement au chœur**. Il 
exprima sa reconnaissance pour les loisirs que lui procurait ce poste , 
en dédiant au doyen Nicolas Wurmser une de ses premières publica- 
tions'*. Balthasar Gerhard, le commandeur de Saint- Jean, qui avait 
essayé en vain d'attirer Wimpheling pour faire aux religieux de cette 
maison des leçons de théologie , pria Luscinius de leur enseigner les 
bonnes lettres; il s'établit alors dans un des bâtiments du vaste enclos 
de l'Ile- Verte, et dans les après-dîners, quand les frères n'étaient 
pas occupés des offices, il leur donna un cours de littérature latine*'. 



^8 Jean Alexandre Brassicanus, poëto lauréat, devint professeur de littérature h 
Vienne. — Je crois devoir mettre au commencement de 1514 le voyage à Spire 
dont parle L. dans sa lettre à Botzheim, parce que c^cst à cette époque, lors de son 
procës, que Reuddin a pu venir en cette ville. 

*® A Botzheim. 

*® Ne^e prœterilns Olomarum^ hominem citra ostentatianemf ut mihi videtur, eru- 
diiumt qui nos suis ioties vocem mutantibus cannis, ut vel îusciniam vincerentf adeo delec- 
tavitf ut divina quadam voluptate rajHi videremur. Erasme à Wimpheling. Amœnit, 
frib., p. 374. 

*^ JProtocollum Kicolai TVurmeerif decani S. Thoimv, Ms. autogr. de Wurmser. Ar- 
chives de S. Thomas. 

** Senarii ffrœcanicif 5 août 1515. Ind. bibl. 278. 

«3 Dédicace de la Summa sylvestrina, Ind. bibl. 291. — L. date quelques-unes 
de ses lettres do 1515 ea; viridario iS. Jokannis, Veut-il dire que le bâtiment où il 
demeurait était situé dans le verger do S. Jean, ou viridariwn serait-il un euphé- 
misme d'humaniste pour viridis inaula^ griiner W'ôrth'i 

II « 



178 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 

Aucun des humanistes strasbourgeois ne savait le grec ; Brant en 
avait une teinte, mais il n'était ni assez fort ni assez libre de son temps 
pour le professer. Luscinius communiqua son enthousiasme pour cette 
langue aux membres de la Société littéraire ; c'est à lui que revient 
rhonneur d'avoir inauguré chez nous les études grecques. Mais comme 
il paraît que sa modestie ^ qui était un des traits les plus marquants 
de son caractère , ne lui permettait pas encore d'enseigner lui-même 
le grec, on fit venir en 1515 un disciple d'Erasme, Conrad MéUissi- 
politanns; celui-ci eut bientôt de nombreux élèves, auxquels il expli- 
qua la grammaire de Théodore Gaza^*. Pour concourir pour sa part à 
ces études, dont s'était éprise la jeunesse strasbourgeoise ^^y Luscinius 
fit plusieurs publications, qui comptent parmi les premiers livres 
grecs imprimés dans notre ville. Dès le mois de mars 1514 Matthias 
Schurer, à la fois maître es arts et imprimeur, avait publié une petite 
grammaire grecque , suivie des tables d'Aléandre sur les déclinaisons 
et les conjugaisons ^*^ \ il n'est pas dit que Luscinius fut le promoteur 
de cette édition , mais il est permis de croire que c'est lui qui fournit 
le traité d'Aléandre, celui-ci ayant été à Paris son professeur. Un peu 
plus tard il donna des textes pour exercer les élèves à la lecture et à 
la traduction ; aujourd'hui on en choisirait d'autres ; au commencement 
du seizième siècle il fallait se contenter de ce qu'on trouvait sous la 
main. Les publications que fit Luscinius ne sont pas, du reste, des 
livres d'école pour des enfants, elles sont destinées à des jeunes gens 
qui savaient le latin et qui , après avoir appris par les leçons de leiu» 
professeur les éléments de la grammaire grecque, devaient découvrir 
eux-mêmes les formes et démêler le sens de ce qu'ils lisaient en s'ai- 
dant d'une version latine. Beaucoup de personnes même, auxquelles 
leur âge ou leurs fonctions ne permettaient plus de fréquenter une 
université, désiraient se procurer quelques notions du grec; quelques 
années plus tard Luscinius fit pour ces amateurs un petit recueil 
d'épigrammes , qu'il accompagna d'une traduction littérale et de 



^^ Prdfaoe dos Dialogues d& Lucien. Ind. bibl. 276. — MeUisnpolisy Immenstadt, 
dans le diocèse d'Augsbourg? 

** Argentina mxdtos alit grœcUatis aludiosos. Dédie, des CoUect. sacrosancta. 

26 Elementale introductorium in tioviinum et verborum declinatioïies graseas,.. Hier. 
Aleàndri Mottenais tabulœ, saite iitilea grœcarum miuarum adyta compendio ingredi 
cupientibus, Strasb. 1514, in-4o; et plusieurs fois. 



LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. 179 

notes *\ On voit combien les humanistes avaient hâte do s'approprier 
les connaissances nouvelles \ il leur suffisait de savoir lire et de com- 
prendre, afin de pouvoir emprunter aux anciens quelque chose do 
leur sagesse et de leur beauté littéraire ; ils ne se doutaient pas encore 
de la philologie. 

Le premier volume de ce genre que publia Luscinius fut une édi- 
tion des Dialogues des dieux de Lucien, d'après un texte qu'Aléandro 
avait fÎEiît imprimer à Paris **• En regard du grec il mit une traduction 
dont il était Tauteur lui-même. Les premiers dialogues sont traduits 
mot à mot, à Tusage des étudiants ; s'étant aperçu, dit-il, que do cette 
façon Lucien, si éloquent en grec, ne paraissait plus que balbutier, il 
a cherché dans les morceaux suivants à reproduire le sens au lieu de 
s'attacher servilement aux mots; mais il ajoute modestement : „ Qu'on 
ne croie pas que j'aie reproduit la grâce de l'original; ceci n'est donné 
qu'à peu de savants de notre époque." Cependant, sa version n'est 
pas sans élégance; il est peut-être celui de nos gens de lettres alsa- 
ciens qui a écrit alors le latin le plus pur. 

C'était une hardiesse d'introduire Lucien dans le cercle de nos 
humanistes; Luscinius, qui le sentait, consacra sa préface à justifier 
son choix; il exprime à cette occasion quelques principes qui font 
connaître sa tendance littéraire, plus libre que celle de Wimpheling. 
Après en avoir appelé à Erasme, pour prouver l'utilité des dialogues 
pour ceux qui veulent se familiariser avec un beau langage, il con- 
tinue : „0n dira sans doute que c'est de la démence de proposer à 
des chrétiens des œuvres où il n'est parlé que de divinités fabuleuses 
et de leurs amours; je réponds que si l'on doit se refuser la lecture 
d'ouvrages où se rencontrent des fables et des turpitudes, il ne faut 
pas non plus pénétrer trop avant dans les livres des Hébreux." Pour 
les fables il cite Juges IX, 8 et suiv. , et 2 Rois XIV, 9 ; ces exemples 
étaient mal choisis pour soutenir sa thèse, car les deux passages ne 
racontent que des apologues bien différents des mythes du paganisme ; 
il est plus fort quand il s'écrie : „Que dirai-je des crimes de Sodome, 
de l'homicide commis par David et des autres iniquités dont abonde 

l'histoire des Juifs?" U fallait en 1515 une certaine indépendance 

* 

^7 n ajouta co recueil h la 2^ éà. de sa grammaire grecque. Ind. bibl. 287. 
^s Lwiard deorum dialogi, avec une prëf. k Timpr. Jean 8chott. Ind. bibl. 276. 



180 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 

pour parler ainsi de TARcien Testament; Wimpheling a dû être 
étonné en voyant son disciple justifier la lecture de Lucien par celle 
des livres des Hébreux. Du reste, Luscinius demande qu'on n'étudie 
les Dialogues que comme modèles d'une langue élégante et pure ; ce 
que Wimpheling appelait le venin caché sous le miel ne se cache 
guère chez le sceptique et railleur écrivain grec, mais la preuve 
qu'un cœur honnête n'avait pas à le craindre, c'est que Luscinius n'a 
jamais été soupçonné d'immoralité. En général, ses idées sur la poésie 
différaient du tout au tout de celles de Wimpheling; il ne voulait 
pas qu'on s'occupât des anciens — Lucien excepté — au seul point 
do vue de la forme, il croyait qu'ils étaient pleins d'enseignements 
d'une portée plus haute; il n'y a que les ignorants, disait-il, qui 
méprisent les poètes, car ils ne s'arrêtent qu'à ce qui est extérieur, 
ils ne voient pas les vérités cachées sous la surface ; se rattachant, 
comme beaucoup d'humanistes, aux anciens commentateurs, il ensei- 
gnait que les mythes sont des allégories, et qu'en enlevant l'écorco 
des fables d'Homère et de Virgile, on arrivait à un noyau de pré- 
ceptes moraux des plus sages. C'était une autre erreur que celle de 
Wimpheling, mais elle témoignait d'un esprit moins hostile à l'an- 
tiquité ". 

Aux Dialogues de Lucien succédèrent quelques autres publications, 
faites dans le même but : une collection d'environ cinq cents apho- 
rismes grecs, tirés de l'Anthologie de Stobée, avec une traduction 
littérale en regard, où Luscinius donne à quelques-uns des passages 
une application morale, ^afin qu'ils n'aient pas l'air d'être froids et 
insignifiants'^ ^° ; un recueil de morceaux religieux et philosophiques, 
les uns grecs et traduits en latin, les autres latins et traduits en grec; 
les premiers, il les avait pris en partie dans des livres imprimés, en 
partie il les avait copiés pendant son voyage en Grèce *' ; — les Epi- 
grammes de Martial, accompagnées d'une explication des mots grecs 

29 Lettre à Raymond Fugger. Plutarchi lucubrat.y Ind. bibl. 305. 

^^ Senarii grœcaiiici, ded. h Nie. Wurmscr, 5 août 1515. Ind. bibl. 278. 

3^ CoUectxinea sacrosaiicta^ avec une lettre a Timpr. «Jean Sehott. Ind. bibl. 277. 
— Le volume contient TOraison dominicale, TAve Maria, le Symbole apostolique, 
celui dît d'Athanase, le P' ckap. de S. Jean, les Maximes des sept sages et quelques 
aphorismes du même genre, un fragment do S. Bernard. Ces pièces, dit L., sont 
partim alibi impressa f pariim a nolns dum inter Cfrœcos versaremurf efidis exemplttri- 
bus exscripta» 



LIVRE IV. — OTTMAR NACIITGALL. 181 

qui s'y rencontrent'* ; — deux discours d'Isocrate, les Géorgiques d'Hé- 
siode, les Sentences de Caton, la Table de Cébès, le tout en latin et 
en grec ". Il accompagna de quelques distiques une édition do 
TEnéide '* et ne fut peut-être pas étranger à Timpression, par Jean 
Schott, du premier livre de Tlliade dans le texte original "**. 

A répoquo même où Luscinius s'occupait de ces publications, il fit 
paraître un ouvrage sur la musique, formé des leçons qu'il avait fixités 
à Vienne '^. Il confesse ingénument que personne avant lui n'avait 
enseigné les éléments de l'art d'une manière aussi simple, que tout 
est de son invention, qu'il a voulu se rendre utile aux érudits, aux- 
quels répugnaient les difficultés imaginées par les anciens maîtres et 
enseignées par eux avec beaucoup de gesticulations. Au fond ces 
Insiitutiones musicœ, petit livre de dix feuillets, ne sont qu'un traité 
fort succinct sur la diversité des voix, sur les clefs, sur les modes et 
les tons. Luscinius se réserva de le compléter plus tard par un autre 
sur le chant à plusieurs voix. Dans la dédicace à ses amis Sympho- 
rien PoUion et Jean Rudolphinger, vicaires de la cathédrale et grands 
musiciens, il parle en bons termes, tout en alléguant trop de passages 
d'auteurs anciens, de l'influence bienfaisante de la musique sur les 
mœurs, de son utilité pour les orateurs, qui ont besoin de varier leurs 
intonations, et pour les laïques, qui veulent chanter les louanges de 
Dieu; tous les vrais amis des lettres ont aimé la musique; en exemple 
il cite Rodolphe Agricola. 

A côté do ses travaux sur le grec et sur l'art musical, il corrigeait 
des éprouves pour 'JVimpheling et faisait pour lui des vers, tantôt 
contre les ennemis de l'immaculée conception, tantôt contre les 
prêtres qui cumulaient des bénéfices '\ Ces petits carmina, ainsi que 



*' Mariîali 28 août 1515. Au titre quelques vers de L. et k la fin 5 pages d*ex- 
plication des mots grecs. Ind. bibl. 281. 

•• Isocrate, 1®^ sept. 1515. Hésiode, s. d. Les deux sans préface. Ind. bibl. 
282, 283. 

8* Ind. bibl. 279. 

85 Homeri liber primuê liiados grarce. Jirgentorati ex ndibuê Joarmiê Schott MDXVI. 
în-40. 

^ Muncœ inntitutiones^ déd. du 5 août 1515. Ind. bîbl. 280. 

'7 En 1515 il ajoute h Tcdit. de Wimpbcling de la Oermania d'Enëc Sîlvius un 
carmen de zelo Leonûpapte Xdeqiie frufjalitate ad eeclesiaaticos parœœfth. En 1516 il 
corrige le traite de Henri de Hesse Contra dhceptat. frairum merulic. super caiicep- 
Hcne h, Virg. publie par Wimpbeling, et y joint un tetrastichon in theotochrenonias 



182 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

d'autres, écrits par complaisance pour des amis ou des éditeurs, n'ont 
pas plus de valeur que ceux de la plupart de ses compatriotes ; le 
meilleur qu'il ait composé appartient à une époque postérieure. 

Il s'occupa en outre d'une publication sur le droit canonique. On 
avait réimprimé à Venise une Somme des cas de conscience, dite 
RoseUa, et compilée en 1488 par le franciscain Baptiste Trovamala. 
Luscinius, qui n'avait jamais interrompu ses études juridiques, trou- 
vait que ces Sommes, où les matières sont rangées d'après l'ordre de 
l'alphabet, étaient d'un usage commode pour les juristes et les prêtres ; 
la Rosella lui semblait particulièrement utile, mais dans l'édition 
vénitienne il crut découvrir presque dans chaque dixième ligne 
une faute ; la restitution d'un texte correct exigea, dit-il, un travail 
d'Hercule. Le livre parut en février 1516, dédié au prévôt et à 
l'écolâtre de Saint-Thomas'*. 

Luscinius était entré vers cette époque en relation avec plusieurs 
jeunes humanistes, qui no tardèrent pas à se faire une réputation légi- 
time, Sapidus, recteur de l'école de Schlestadt, Mélanchthon, alors 
professeur à Tubingue, les Amerbach de Bâle, François Irénicus, 
Béatus Rhénanus. Lorsqu'on automne 1516 celui-ci vint à Strasbourg, 
la Société littéraire lui donna un festin; on s'entretint d'Erasme, qui 
pour nos savants était l'objet d'ime vénération sans bornes ; Rhénanus 
les réjouit en leur parlant des deux brefs que Léon X avait adressés 
en juillet 1515, l'un à Henri VHI d'Angleterre pour lui recommander 
Erasme, l'autre à ce dernier lui-même pour louer sa science. Comme 
on exprima le désir d'en avoir des copies, Rhénanus, de retour à 
Bâle, les fit imprimer et en envoya à Luscinius des exemplaires, pour 
les distribuer aux membres de la Société, dont il avait admiré le zèle 
pour le grec'*. Plus confiant en ses moyens, notre Strasbourgeois 
entreprit lui-même de donner des leçons de cette langue. U paraît que 
Conrad Mellissipolitanus avait quitté la ville, il n'avait dû instruire 

id est deiparœ temeratores. La même annëo il accompagne de vers les Sermtmu ad 
manachoa de Trithdmias, Strasb. Knoblouch, in-f^. 

38 Summa Hosellœ (dite aassi BapHstiana). Ind. bibl. 284. Gomme je n*ai pu 
voir aucune des éd. vdnitîennes de cette Somme, je ne saurais dire sur quoi portent 
les corrections de L. 

39 Brève... LeonU X... ad Desid. Erasmum Boterod, Eiusdem... ctd Senrieum 
Anglicc regem, alierum brève commendatitium pro Des. ErcLsmo. Avec une lettre de 
Rbënanufl k Liuscinius, 31 déc. 1516. S. 1. et a. 4 feuillets in-4<>. 



LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. 183 



que les membres de la Société. Luscinius, qui désormais se chargea 
de ce soin, eut pour disciples des savants et des prêtres ; en même 
temps il enseigna dans Técole de la cathédrale, dirigée par Jérôme 
Gebwiler*®. Pendant Thivcr de 1516 à 1517 il expliqua dans cet 
établissement des règles qu'il avait extraites de la grammaire de 
Manuel Chrysoloras; en 1516 il publia le texte grec de cette dernière, 
au mois de mars suivant il en fit imprimer son extrait, sous le titre de 
Progymnasmata grœcœ literaturœ^\ Dans le même mois il donna en 
traduction latine quelques morceaux de Lucien, qu'il destina au 
doyen de Saint-Pierre-le-Jeune, Laurent Hell, qui aimait cet auteur 
mais qui no savait pas le lire en grec *^. Revenant à l'objection, qu'il 
avait déjà réfutée dans son édition des Dialogues des dieux, qu'un 
chrétien ne doit pas admirer un païen fameux pour son incrédulité, il 
rappelle que Chrysostôme lui-même n'a pas dédaigné de parler de 
Lucien dans une de ses homélies ; Lucien, du reste, ne rit que de ce 
qui est risible, tandis que certains prédicateurs tournent en ridicule 
les choses les plus graves**. A la même époque il assista Nicolas 
Gerbel pour l'édition qu'il fit des Nuits attiques d'Aulu-Gelle, en 
ajoutant une explication des mots et passages grecs disséminés dans 
le livre **. 

40 Epître. K Botzheîm. 

*l ErotenuUa CJirysolorœ. Ind. bibl. 286. — .Progymnasmata grœcœ literaturœ^ dë- 
dîéfl k Jér. Gebwiler. Ind. bibl. 287. Gcbwiler, Jean Guida, Baltbasar Bidner, 
Etienne Thiler et Etienne de Widcrsdorf (plus tard chapelain à Eckbolsheim), 
rayaient engage îi publier ce livre. 

*2 Ex Luciano tjuœdam. Ind. bibl. 285. L. ajouta deux earmina que lui avaient 
adresses Jean -Alexandre Brassicanus et Jean Pinicianus, ainsi que des vers de 
plusieurs de ses élèves. 

*3 n dit qu'un vendredi saint il a entendu un prédicateur décrire comment Jésus, 
ramené prisonnier et traversant un pont, fut jeté dans la rîvîëre, qu'il se blessa le 
visage contre une pierre, mais qu'il le releva aussitclt vers les ci eux, afin que fût 
accomplie cette parole : De torrente in via hihet, propferea exaltahit caput, Ps. CX, 7. 

** Ind. bibl. 286. Dans la préface Nie. Gerbel dit que l'éditeur. Mat. Schûrer, 
n'a pas pu se charger de la traduction des passages grecs, parce qu'il ne sait pas 
assez cette langue; que quant à lui il en a été empêché par ses fonctions an tri- 
bunal épiscopal, et que si l'impression n'avait pas dû être hâtée, un homo acerrx- 
mus in ea provincia consectanda l'aurait aidé de ses conseils. Cet homme est Luscî- 
niu8. H paraît toutefois que quand l'ouvrage était sur le point de paraître, on sentit 
qu'il serait utile d'ajouter des explications ; Luscinius les fit, elles forment 14 feuil- 
lets annexés au volume. Luscinius fit cadeau d'un exemplaire, ainsi que des Ero- 
iemaia Chryaolorœj au jeune Brassicanus, qui l'en remercia par les vers ajoutés ^ 
Jùx Lwiano guœdam. 



184 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'àLSACE. 

En août 1517 il sollicita du chapitre de Saint-Thomas un congé 
pour se rendre dans une université , afin de prendre ses grades dans 
une faculté de droit ; malgré son oflPre de se faire remplacer comme 
organiste; on lui refusa sa demande; on ne la lui accorda que 
le 30 décembre**. Il ne paraît pas en avoir profité immédiatement, car 
en février 1518 on le trouve encore chez nous, achevant une édition de 
la Somme casuistique du dominicain Silvestre de Priério, et la dédiant 
au commandeur de Saint- Jean, Balthasar Gerhard*^. Ce n'est que 
peu après qu'il se mit en route pour Tltalie. Dans une des universités 
de ce pays, où le recommandaient ses publications de la Sumnia 
BoséUa et de la Silvestrinay il obtint la licence et aussitôt après le 
titre de dodor juris pontificii. Partout pendant ce voyage les savants 
lui parlèrent avec admiration de Jean Groslier, le célèbre bibliophile, 
qui était alors trésorier des armées françaises en Italie , et qui , en ce 
pays, comme en France, se montrait le protecteur généreux des 
lettres*'. De retour à Strasbourg vers la fin de mai, Luscinius 
tomba malade; il charma, dit-il, ses ennuis, en traduisant des 
maximes morales de quelques auteurs grecs ; il en fit un petit volume, 
qu'il dédia à son ami Ambroise Ypphofer, chanoine à Brixen dans le 
Tyrol**. En tête d'un carmen assez prosaïque, qu'il fit pour les Sfer- 
mones et varii tradattis de Geiler, mis en vente le V^ août de 
la même année, il se qualifia pour la première fois de docteur en 
droit*^ 

Jusqu'à cette époque il n'avait pas fait de publication théologîquc; 
il ne s'était occupé que de grec, de musique et de droit. Pour 
paraître aussi comme théologien, il donna vers la fin de 1518 une 
édition des Commentaires sur les épîtres de saint Paul qu'on attri- 
buait alors à l'évêque Haymon do llalberstadt, mais dont depuis on a 
prouvé qu'ils sont l'œuvre de Remy d'Auxerre*®. Rien dans ce 

*5 jProtoc. Wurmaerianum. — En 1517 L. fit des vers pour deux traités do Jean 
de Glogau, et en 1518 pour un troisième du même. Ind. bibl. 289, 290, 292. 

*6 Ind. bibl. 291. L'ouvrage fut achevé d'imprimer le 23 fév. 1518; L., qui en 
corrigeait les épreuves, ne put pas quitter Strasb. avant cette date. 

^7 Dédicace des Dialogues des morts de Lucien. Ind. bibl. 295. 

^8 Lettre k Ypphofer, 13 juin 1518. SenteiUiœ morales^ dans les Moralia quœdam, 
Ind. bibl. 299. Je ne connais pas Téd. de 1518. 

*9 Ind. bibl. 194. 

ûo Ib. 294. 



LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. 185 

volume n'est de Luscinius , si ce n'est la dédicace à son ami Sixte 
Hermann, curé de Saint-Thomas''. Elle est importante, parce qu'elle 
nous révèle ce qu'il pensait des études théologiques, telles qu'elles 

m 

étaient pratiquées dans la plupart des écoles. On l'a déjà vu s'écarter 
de Wimpheling dans la question des poètes païens ; on le verra 
s'éloigner de lui encore davantage dans la question de la scolastique. 
Wimpheling avait plaidé la cause „de la subtile dialectique et de la 
théologie qui procède par questions" ; Luscinius les rejette comme 
étant des causes de décadence. Il se plaint de l'oubli où sont tombés 
les anciens docteurs de l'Eglise ; „c'est parce qu'on ne les estime 
plus, que mille erreurs et superstitions ont pénétré, non-seulement 
dans les croyances populaires, mais jusque dans la théologie ; on sou- 
lève tant de questions stériles, tant d'arguties sophistiques, que les 
esprits même les mieux doués ne se croient satisfaits que quand, après 
de longs labeurs, ils ont acquis le nOm de thomiste, de scotiste ou 
d'occamiste ; qui donc s'applique encore à étudier l'Ecriture ? Il est 
temps de se réveiller de ces chimères , de quitter les eaux troubles 
pour revenir à des sources plus pures, c'est-à-dire aux anciens auteurs, 
graves et solides, qui ont interprété les livres de la Bible. Laissons 
les problèmes épineux et les interminables logomachies ; que d'au- 
tres, semblables à des rois de tragédie, se glorifient de leurs vains 
titres ! Quant à nous, nous retournerons aux études qui seules 
peuvent nous rendre pieux et saints". On ne pouvait mieux dire; 
cependant les Commentaires que publia Luscinius ne marquèrent 
encore qu'un progrès timide ; pratiques et allégoriques , ils n'avaient 
que l'avantage de rappeler de nombreux passages des Pères , et de 
n'être pas surchargés de discussions scolastiques. On pouvait faire 
autre chose que cela ; Luscinius le montra lui-même dans la suite. 

Vers la fin de 1518 Ambroise Ypphofer l'învita à venir auprès de 
lui pour lui donner des leçons de grec. Dans les premiers jours de 
janvier 1519 il publia encore à Strasbourg les Dialogues des morts de 

61 Elle est du !«' dc^c. 1518. Sixte Hermann, maître es arts, ^tiit depnis quelques 
années cure de S. Thomas; en 1517 il avait obtenu aussi, par provision apostolique, 
un summissariat dans cette église. Plus tard il devint chanoine de S. Piorre-Ie-vieuz ; 
il quitta Strasb. à cause de la Ré formation et mourut en janvier 1526. Dans sa 
lettre k L., en réponse k la susdite dédicace, il soutient que les théologiens dispu- 
tatifs sont utiles pour exercer Tintelligence, que par conséquent il ne faut pas les 
jeter par dessus bord. C'était le point de vue de Geiler et de W^impheling. 



186 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

Lucien ; dans cette édition il réunit ceux des dialogues qu'avaient 
déjà traduits Érasme , Pierre Virunius et Philippe Béroalde ; ce qui 
restait, il l'avait traduit lui-même, en le dédiant à Groslier, qu'il 
vénérait sans avoir eu l'occasion de feire sa connaissance person- 
nelle »^ 

Le doyen de Saint-Thomas lui avait donné un congé jusqu'à 
Pâques ; il partit malgré l'hiver et trouva Ypphofer à Klausen ; dans 
la maison du chanoine tout était réglé si strictement d'après l'horloge, 
qu'un jour, quand celle-ci s'arrêta à cause du froid, tout l'ordre du 
ménage se trouva bouleversé*'. Ypphofer présenta son précepteur à 
l'évêque de Brixen et aux membres du chapitre, qui tous lui firent un 
accueil dont il garda le meilleur souvenir. Quand il fut rentré à 
Strasbourg il continua de faire connaître des auteurs grecs par des 
traductions latines ; en août il donna celle d'un fragment des Sympch 
siaca de Plutarque". 

Par l'intervention de quelques amis il obtint une prébende dans un 
chapitre qu'il n'indique point. Les titres ne lui manquaient pas, il 
avait toutes les qualités que devaient posséder, selon Wimpheling, 
ceux qui aspiraient à des bénéfices : il était honnête, savant en grec 
et en latin, docteur en droit, auteur ou éditeur d'ouvrages utiles; 
mais quand sa nomination fut connue à Rome, ^grands dieux, s'écrie- 
t-il, quelle armée d'ennemis se présenta contre moi pour me forcer à 
céder ! Condition bien dure ! Un proverbe dit qu'Hercule lui-même 
n'a jamais pu combattre deux monstres à Ja fois ; comment moi, 
pauvre petit homme, aurais-je pu lutter contre toute cette muiti* 
tude ! " '* Le 1®"^ septembre 1519 le chapitre de Saint-Thomas l'auto- 
risa à se rendre à Rome pour essayer du moins la lutte ; dès le 
20 novembre il fut de retour, sans rapporter autre chose qu'une tra- 
duction en vers latins de son recueil d'épigrammes grecques ; il avait 
fait ce travail pour se distraire pendant son voyage inutile"®. Evincé 
par un courtisan^ il avait dû renoncer à la prébende ; tout désireux 
qu'il eût été de jouir d'un revenu canonial, qui lui eût permis de se 



^^ Ind. bîbl. 295. Dédicace du 5 janv. 1519. 

*3 Jod ac scUeSj n® 121. 

6* Dddic à Jacques Spîegel, 1«' août 1519. Ind. bibl. 293. 

^* Lettre h. Botzheim. 

^<> Lettre h Ypphofer, en tête des Senarii, éô., de 1521. 



LIVRE IV. — OTTMAR NACIITGALL. 487 

livrer tranquillement à ses études , il n'avait pas voulu l'obtenir par 
des moyens malhonnêtes. Dans les additions sur les Actiones et astuciœ 
curtisanorum à la suite de la PragmcUicœ sandionis nieduUa de Wim- 
pholing, il est dit que ce qui empêcha Luscinius, que recommandaient 
ses connaissances en théologie, on droit et en grec, d'obtenir le béné- 
fice, c'était son innocence , son intégrité , sa crainte d'agir contre sa 
conscience''. ^Nicolas Gerbel, disait-il lui-même, et Jacques Sturm qui 
ont voulu devenir prêtres, ont renoncé au sacerdoce en voyant qu'on 
n'arrivait aux prébendes que par des iniquités ; ils sont restés laïques ; 
quant à moi, j'ai déjà les ordres, je ne puis point faire comme eux; 
je crois que je remplirais mes fonctions d'une manière irréprochable, 
mais je suis comme un roi qui ne règne pas, j'ai le titre de prêtre et il 
ne me sert à rien*^ '*. 

En 1520 il perdit aussi sa place d'organiste ; pour une raison in- 
connue le chapitre décida l'extinction de la vicairie aflfectée à cette 
charge ; Luscinius ayant demandé alors un traitement fixe , on sou- 
leva des difficultés, il fut même question d'un procès. Quoi qu'il en 
soit de cette afiiaire, sur laquelle je n'ai que des renseignements 
vagues, le 20 juin on donna à Luscinius un successeur**^. Il s'en con- 
sola en revenant à ses études. Il s'était fait une réputation des plus 
honorables dans les cercles où Ton professait le culte des lettres ; 
Érasme l'estimait à cause de ses connaissances grecques, le profes- 
seur Zasius de Fribourg parlait de lui comme d'un homme d'une rare 
érudition®^, dans les EpistoUe ohsmrorum virorum on le citait comme 
un des plus savants défenseurs de Wimphcling contre les moines"*. 
En mars 1521 il fit paraître deux ouvrages qui, surtout par leurs 
dédicaces, justifièrent cette réputation par des preuves nouvelles. 
L'un est une réimpression d'Aulu-Gelle , avec une poésie adressée à 
Ulric de Hutten ; l'autre, une nouvelle édition, corrigée, de sa gram- 



*7 Amœnit.frib.j p. 511. 

69 Lettre h, Botflheim. 

6* Frotoc. Wurtna. — Lettre du chanoine Jacques Bopp au chapitre, 3 mars 1520. 
AntogT. arch. de S. Thomas. 

60 Zasius à Wolfgang R&mus, 17 juin 1526. ZiMÎi epUtolœ, p. 456. 

6* 0. Z., qui etiam acit grœcum sicut Beuchlin, et scU mtdtum aUegare Extra et 
DigettiSj etiam ex Biblia, guœ non sunt mirabilia, quia studuit in Parrhiaia. Epist, 
ebêc, vir.j p. 353. Extra, c'est îi-dire extra Decretumy etc., en dehors du droit cano- 
nique, en d*autres termes dans les livres du droit civil. 



188 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 

maire grecque, avec une épître à Jean de Botzheim®*. Les deux 
livi'es parurent au milieu de Teffervescence produite en Allemagne 
par les écrits de Luther. Quelle position Luscinius prendra-t-il dans 
cette lutte , qui allait devenir la plus grande du siècle ? Humaniste 
éclairé, ennemi de la scolastique, admirateur de Reuchlin, dont les 
adversaires, selon lui, étaient dos ignorants, ami personnel de 
Mélanchthon, on devrait s'attendre à le voir s'associer au mouvement 
réformateur. D'abord il hésite, il approuve la guerre déclarée aux 
'abus, mais catholique de l'école do Wimpheling, il n'ose pas suivre 
ceux qui menacent de rompre l'unité de l'Eglise. Il est curieux de 
l'entendre exprimer les sentiments contraires qui l'agitaient au mois 
de mars 1521.* La poésie qu'il adressa à Hutten est pleine de verve ®^; 
il y parle des docteurs scotistes qui fuient le jour comme les chauve- 
souris, des brouillards obscurs que hait le chœur des muses, des gens 
qui crient à l'impiété quand on étudie le grec, et qui méprisent la 
poésie et tout ce qui est beau ; „à qui dois-je dédier ce livre si ce 
n'est à toi, qui es l'ornement de la noblesse allemande, à toi qui fais 
mes délices et qui possèdes mon solide amour^? Dans la lettre à 
Botzheim il admire de nouveau le vif génie de Hutten; mais il 
regrette que ce génie , d'autant plus étonnant qu'il est éclos sous le 
ciel du Nord, se soit laissé enflammer par les furieuses tempêtes du 
jour. Quant à Luther, dont, suiv^ant Luscinius, les adversaires eux- 
mêmes sont obligés de convenir qu'il est éloquent et plein de sens, il 
a été excité par les ennemis des lumières jusqu'à oublier sa modestie 
accoutumée ; „si ce qu'on dit est vrai, car je n'ai pas eu le loisir de 
lire ses derniers ouvrages, il a attaqué le pape et veut armer la 
noblesse allemande contre le clergé" ; il pense toutefois que si on trai- 
tait le réformateur avec modération, au lieu de l'accabler d'invec- 
tives, on pourrait arrêter sa fougue; Hutten également ne serait peut- 



62 Aulus OéUius, Ind. bibl. 286. A la suite de la podsic K Hutten, L. donne celle 
do Braesicahus fils à lui-mcmoi impr. ddjh en 1517 dans Ex Luciano quœdam; ce 
Carmen est suivi de VIndex rerum et d'une poésie adressée à L. par Brassicanus 
père. Cette édition n'a plus Tappendice contenant la traduction des passages grecs. 
— Progymn. grœcœ lity Ind. bibl. 287. L'épître à Jean de Botzheim est du 1«' mars 
1521. A partir do p. 87 suit un Audarium quo docetur qua ratione cUra prœceptorU 
operam grœce disrere potes. 

^^ Elle se trouve aussi dans Opp, HtUt^ni^ T. 2, p. 6. 



/.. 



LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. 489 

être pas sourd à des représentations amicales. Ces sentiments de 
Luscinius ne sont pas ceux d'un fanatique. 

Cette épître au chanoine Botzheim est intéressante encore à un 
autre point de vue ; dans son ensemble elle est un chaleureux plai- 
doyer en faveUr des études helléniques. Elle n'a pas les formes d'une 
dissertation savante, elle est une causerie qui ne craint pas de se lais- 
ser aller à des digressions. Luscinius commence par rappeler avec 
quelle ardeur la jeunesse strasbourgeoise a suivi ses leçons de gram- 
maire grecque ; il parle des voyages qu'il a foits pour amasser des 
connaissances, des amis que lui a procurés son amour des lettres, des 
savants, tels que Reuchlin, Erasme, Mélanchthon, Œcolampade, dont 
il suit l'exemple en répandant le goût du grec. Mais que fait l'Eglise 
pour les hommes qui cultivent la science? Elle les laisse dans la 
pénurie, elle réserve les prébendes à des intrigants et à des ignorants. 
Léon X, dont on vante la piété et l'érudition, se borne à combler les 
savants d'éloges, c'est la seule faveur qu'il leur accorde; il ferait 
mieux sans doute, s'il pouvait descendre un instant des hauteurs de 
sa majesté pontificale; l'aigle, dit-on, ne voit pas les mouches, de 
môme le saint-père, toujours occupé de choses sublimes, ne jette pas 
les yeux sur ce qui est au-dessous de lui ; s'il consentait à s'abaisser, 
il s'apercevrait que des hommes, qui ont tout sacrifié pour la science, 
n'obtiennent aucune part des biens ecclésiastiques, tandis que les 
fainéants ont les bénéfices et vivent dans l'opulence et dans la 
débauche. Les savants, en outre, sont en butte aux persécutions des 
détracteurs de la vérité, témoin Reuchlin, Erasme, Wimpheling, 
Luther lui-même. Il existe un parti hostile aux bonnes études, sur- 
tout aux études grecques. „ Voici un prédicateur qui s'écrie : ne per- 
mettez pas à vos enfants d'apprendre cette langue, afin qu'ils ne soient 
pas corrompus par les erreurs nouvelles; les Grecs sont des schis- 
matiqucs, leurs livres sont remplis d'hérésies. Et que ne dit- il pas 
encore ce hâbleur, qui parle comme une vieille femme plutôt que 
comme un théologien ! Depuis quand un homme a-t-il le droit do 
prononcer un jugement sur ce qu'il ne sait pas ? Un artisan ne le 
souffrirait pas dans son atelier. D'autres demandent : pourquoi se 
donner tant de peine pour étudier les langues? Luther a écrit en 
allemand, pour le réfuter il suffit de savoir l'allemand. " Dans ce cas, 
dit Luscinius, je m'engage à faire en un mois un théologien du pre- 



190 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

iiiier ouvrier venu. Non, sans grec il n'y a pas de théologie; il faut 
étudier le Nouveau Testament dans le texte original. Luscinîus en 
appelle enfin à Cicéron, à Horace, à Quintîlien, à saint Augustin, à 
saint Jérôme, pour justifier la nécessité du grec pour tout homme cul- 
tivé et en particulier pour les savants de TEglise. 

On est surpris qu'en Allemagne les études grecques aient eu besoin 
en 1521 d'être défendues encore avec tant de vivacité. 

L'année suivante Luscinius publia un ouvrage qui n'est pas moins 
remarquable et qui traite un sujet analogue. Il avait obtenu enfin im 
canonicat à l'église de Saint-Etienne ; un de ses confrères était Louis 
Merswin, issu d'une ancienne famille strasbourgeoise, aimant l'étude 
et non moins la plaisanterie ; ils s'entretenaient souvent des ennemis 
des lettres, en se raillant d'eux; c'est dans un de ces entretiens que 
Luscinius conçut l'idée d'écrire un dialogue satirique contre les obs- 
curantistes. Le titre, Grunnius sophista^^ y est emprunté à une pièce 
facétieuse qui avait paru en Italie, M. GninniiCorocoUœtestanientum, 
legs faits par un porc avant d'être tué par le cuisinier®'. Les deux 
interlocuteurs du dialogue sont Misobarbarus, adversaire de la bar- 
barie, et Grunnius, sophiste changé en porc; le premier représente 
les humanistes émancipés, chez le second il y a quelque chose de 
l'esprit de Wimpheling, mais exagéré jusqu'à la haine de toute étude. 
Le premier s'applique à démontrer qu'une des principales causes du 
bonheur est la culture intellectuelle, l'autre soutient que quoi qu'il 
fasse, l'homme sera toujours misérable et que le plus sûr est de vivre 
comme les bêtes. Le discours, généralement animé, est entravé par- 
fois par des longueurs, mais l'ensemble est spirituel et montre que 
Luscinius n'avait pas lu sans fruit les dialogues des Grecs. 

L'action s'ouvre au milieu des ténèbres. Misobarbarus s'écrie : 



6* lud. bibl. 297. Dëdië, 1®' mars 1522, à Séb. Spérantius, récemment nommd 
cvêque de Brixen. — V. aussi sur ce livre tros-rare Schelhorn, Amœnitates literariœ, 
Francf. 1728, T. 10, p. 1242 et suiv. 

^^ Dans le préambule du 12^ livre des commentaires de S. Jërôme sur Esaïe on 
Ht : Tcstamentum Orunnii CorocoUœ porcelli decaivtant in scholts puerorum agmina 
cadiinnantinm. Le texte est probablement fait pour Tadapter à ce passage, car tel 
qu'il est il ne peut pas dater de la fin du IW^ siècle. Erasme en fait mention dans le 
prologue de VEncomium Moriœ. La pièce avait paru d'abord avec Laurtntii Abêtemii 
Hecatomythicum aecundum, Fanif ITieron, Soiicinus^ 1505, in-8o. Elle est réimpr. à la 
suite du livre de Luscinius. 



à 



LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. IQl 

■ 

^, nuit que tu es longue ! loin de ma patrie, je vis au milieu de la 
société peu aimable des porcs; je ne me console qu'en songeant à 
ces hommes instruits et bons, dans la compagnie desquels il m'a été 
donné de passer jadis mon temps ; quel savoir ! quelle élégance ! 
quelle connaissance des lettres latines et grecques ! Mais voici Taurore, 
elle va chasser la nuit!" Grunnius, qui a entendu ces mots, dont 
le lecteur comprend aisément le sens allégorique, s'irrite contre le 
poetaster qui trouble son repos ; il demande ce que lui veut ce nuga- 
rum et fuci artifeXy ce futnivendalus ;k quoi peut servir la poésie ? Tous 
les poètes sont menteurs, on n'est heureux que dans le stobtUum, ce 
qu'il tâche de prouver par toutes sortes de raisonnements. — Miso- 
barbarus : „ sagesse sortie d'une étable sordide ! ô porc prodigieux, 
trois et quatre fois misérable ! Il n'a pas seulement un corps couvert 
de fange, il a fallu que dans ce corps vînt se loger l'amc souillée d'un 
sophiste. Comment ne pas reconnaître dans cette bête les sophistes et 
leurs mœurs insolentes et obstinées ? De même que le porc se plaît à 
être sale, ils dédaignent les beautés du langage ; ce qu'ils ne saisissent 
pas du premier coup ils le déchirent ; et de même que les sangliers, 
faisant invasion dans une vigne ou dans un champ , ravagent le tra- 
vail des hommes et changent le terrain en boue, les sophistes ont cor- 
rompu la théologie et les autres sciences, de telle sorte que si saint 
Jérôme ou saint Augustin revenaient parmi nous, ils croiraient que 
c'en est fait de toute vraie et solide érudition." Misobarbarus convient 
que la dialectique est utile, surtout aux orateurs, mais ce n'est pas 
celle qu'on apprend chez les maîtres qui ne connaissent que les Parva 
logicalia et d'autres niaiseries de ce genre. Un homme de sens ne peut 
que rire de cette sophistique, inventée pour nous tromper par des 
tours de force et poui* exciter des querelles. Les vrais chercheurs de 
la vérité sont ceux qui haïssent la barbarie; Misobarbarus fait l'éloge 
de la poésie, de cet art divin dont ne peuvent se passer ni les ora- 
leurs ni les théologiens; l'Ecriture sainte eu est pleine, les Pères 
l'ont pratiqué et recommandé; toute œuvre poétique cache un sens 
profond ; Homère, quand on sait l'interpréter, est le plus grand des 
poètes. — Grunnius proteste contre ces opinions qui lui semblent des 
chimères absurdes ; quelle belle vie que celle des porcs, comparée à 
celle des hommes, qui depuis la naissance jusqu'à la mort n'est qu'une 
suite non interrompue de misères ! La vie des poètes surtout est peu 



192 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 

enviable ; Grunnius rappelle, pour le prouver, les mêmes fables que 
Wimphelîng avait recueillies sur la fin tragique des anciens poètes 
latins et grecs. — Misobarbarus oppose à ce tableau celui du bonheur 
de rhomme pieux et éclairé, qui sait supporter Tinfortune sans mur- 
murer ; il cite Texemple d'Erasme. — Grunnius l'interrompt : „Tu fais 
réloge de cette idole? j'ai entendu dire par nos maîtres que rien 
n'est plus insipide que les productions de cet homme; je parie que 
sur six cents arguments que je lui proposerais, il n'en résoudrait pas 
un; on prétend qu'il est bon latiniste, mais c'est tout". — Misobar- 
barus : „Dans ton étable tu veux juger des lettres?" Il continue sa 
démonstration du vrai bonheur de l'homme ; le sage ne s'eflFraye même 
pas de la mort. — Grunnius ne se laisse pas convaincre; il reprend 
son thème que l'homme, malgré la raison dont il est doué, ou plutôt à 
cause même de cette raison, est le plus misérable des êtres; il est 
l'auteur de tous les maux qui affligent la terre ; il est ou malheureux 
ou scélérat, cela est vrai de toutes les conditions sociales ; princes, 
bourgeois, paysans, prêtres, ne sont-ils pas tous plus dangereux que 
les démons ? Qu'on prenne exemple au contraire sur les bêtes, elles 
sont des modèles de toutes les vertus, elles sont heureuses, ne s'in- 
quiètent de rien, ne travaillent pas, ne raisonnent pas, et se con* 
tentent de peu. — Misobarbarus : „ Ainsi cette existence bestiale te 
plaît?" — Grunnius : „ Comment ne pourrais-je pas approuver la vie 
la plus simple, la plus agréable, la plus innocente, la plus fortunée?" 
— Misobarbarus : „ Sois donc heureux à ta façon, je ne te l'envie pas ; 
quant à moi, mon bonheur est plus réel, puisque je sens qu'un Dieu 
est avec moi. Je remonte à cheval, guidé par Apollon, pour rentrer 
plus vite dans ma douce patrie ; en restant, je craindrais d'êtrô à mon 
tour changé en porc. Adieu Grunnius, adieu étable plus sophistique 
que la Stoa ou l'Académie." — Grunnius : „Et toi, adieu pour long* 
temps ! " 

Je n'ai donné qu'une analyse rapide de ce curieux dialogue, dans 
lequel Luscinius a su prouver combien son esprit était nourri de la 
lecture des anciens, et combien il s'était affranchi des traditions sco- 
lastiques. Mais il n'alla pas plus loin. Dans quelques passages il fait 
des allusions aux questions débattues entre les catholiques et les 
réformateurs; il les met dans la bouche du sophiste, qui se plaint du 
célibat imposé aux prêtres et du retour „des vieilles querelles" sur le 



LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. 193 

salut procuré par la foi ou par les œuvres, sur le péché originel, sur 
la prédestination. Quant au célibat, Tadversaire du sophiste en 
appelle à Jésus-Christ et à la Vierge; sur les autres questions il garde 
le silence. Si Luscinius avait eu cette passion de la controverse que 
lui prêtent quelques auteurs, il aurait exprimé une opinion ; c'eût été 
le moment en 1522, quand à Sti'asbourg les principes de la Réforme se 
répandaient de plus en plus parmi la bourgeoisie. Il dit bien, dans 
une lettre adressée vers cette époque à Tévêque de Brixen pour lui 
dédier une traduction de quelques fragments de Plutarque ®®, qu'il 
faudrait craindre un retour au chaos si Ton supprimait l'autorité pon- 
tificale ; mais ce n'était là qu'une phrase perdue au milieu d'une épître 
littéraire et philosophique. Au lieu de se jeter dans la mêlée, comme 
le firent son ami Jérôme Gebwiler et le franciscain Thomas Murner, 
Luscinius ;,remonta à cheval" pour fuir les disputes et pour revenir à 
ses chères, études. En 1523 il quitta en efifet la ville et se rendit à 
Augsbourg, où de vieille date il avait des amis. Il fut accueilli par 
l'évêque Christophe de Stadion, par la riche famille des Fugger, par 
Conrad Peutinger, par le médecin Sigismond Grimm, un des plus 
zélés protecteurs des lettres. Léonard Wurfiling, abbé des bénédic- 
tins de Saint-Ulric, lui donna un logement dans ce monastère et le 
chargea d'enseigner aux religieux les langues classiques®'. Grimm 
écrivit à Jacques Spiegel : „Vous serez heureux d'apprendre que 
votre ami est estimé de nos savants et des personnes les plus notables 
do la ville'* •*. Ceux-ci l'invitaient à des banquets, qu'il égayait par 
ses saillies et ses anecdotes®^. 

Peu après survint un incident qui n'est pas clairement expliqué. 
Le 29 août 1523 mourut Ulric de Hutten. Mélanchthon fut informé 
que quelques adversaires, entre autres Luscinius, diffamaient le 

6^ Ind. bibl. 296. La lettre à Tëvêque est de Strasbourg, s. d.; les fragments do 
Plutarqae parurent le 1^' septembre 1522. Luscinius ajouta à la fin quelques ëpi- 
grainmes, dont une de lui-même, sur un repas auquel il avait été invite avec Geb- 
wiler, Vogler ot d'autres, et qui avait ddgénërd en orgie. 

67 Schelhorn, Amœnit. /»/., T. 6, p. 462. — C'est par erreur que Mirœus (Scriptores 
$œc. XVIj p. 125, à la suite do la Bihlioth, ecdesioët. de Fabricius), Lelong {BiU. 
soerof T. 2, p. 837), et d'autres prëtendont que L. fut k Augsbourg moine bénd- 
dictîn. 

68 Grimm à Spiegel, 24 dëc. 1523. Dëdîcace des discours d'Isocrate. Ind. bibl. • 
283. 

«» Joci ac «ofe», nos 17^ 54^ 62. 

U ^^ 



194 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 

mort; aussitôt il fit contre Luscinîus deux épigrammes très- vives '**. 
On a conclu do là que ce dernier avait publie contre Huttcn une 
poésie injurieuse; mais cette poésie, personne ne Ta jamais vue". 
Si Mélanchthon n'était pas trompé par un faux bruit, on pourrait 
admettre, d'après une de ses épigrammes, que Luscinius s'était borné 
à dire dans une conversation que les malheurs de Hutten sur la fin 
de sa vie étaient un châtiment du ciel. A son point de vue il aurait 
pu avoir cette opinion, bien qu'après avoir loué le poète, comme il 
l'avait fait à peine deux ans auparavant, il eût été plus généreux de 
se taire quand il fut mort; mais il n'eût été guère plus généreux de 
rapporter son dire, en l'exagérant peut-être, à Mélanchthon, qui avait 
été son ami. 

Dans les premiers temps de son séjour à Augsbourg, Luscinius fit 
une excursion en Styrie, où il se rencontra, dans la petite ville de 
Bruck, avec le chanoine viennois Georges CoUimitius, quijs'était fait 
un nom comme médecin et mathématicien. Dans ces contrées et on 
Italie on était efifrayé alors des prédictions de quelques astrologues, 
qui annonçaient un déluge pour le mois de février 1524; les deux 
savants s'entretinrent, en faisant force plaisanteries, de la présomp- 
tion do ceux qui veulent pronostiquer d'après les astres les événe- 
ments futurs, et de la superstition des autres qui croient à ces men- 
songes. Collimitius promit d'écrire un traité poui* rassurer le monde ; 
il le publia deux mois plus tard '^ ; un autre, rédigé dans le même 
sens par Paul, évoque de Fossombroue, fut traduit par Luscinius en 
allemand". 



7<> CameroriuSy Vita MelancJUhonis, Loipz. 1566, p. 04. — //i Lmciniwni proicin- 
denlem mortuum Iluttenum : 

Cum lacères miseros crudeli carminé manesj 

Nomen erit vultur^ iwn FhUonielay tibi, 
Aliud : 

iSiii miser et nuUi miserabiUs omnla quisnuis 

A diië pro merlto cuique venir e putas. 

Farrago aliquot epijrammatuin Melancfiûionin. Ilagucnau 1528, £^ C, b, et dons les 
Opéra Iluttcniy T. 2, p. 364; là on trouve aussi une cpitaphu de Hutten par Mutia- 
nus Rufus, dans laquelle sont nommes quelques-uns de ses adversaires, entre autres 
un certain Luscius; a-t-il voulu dire Luscinius? 

7^ Ein beUaendes GedicIUy cUu ich zwar nicht (jesehn lidbc. Am Ende, p. 31. Booking 
ne Ta pas vu non plus. 

7* Jod ac sales, n9 213. 

^3 Moralia quœdam. Ind. bibl. 303. 



-^t 



LIVUE IV. — OTTMAU NACHTGALL. 195 

En novembre 1523 il fit paraître à Augsbourg une version latine 
des fragments d'une harmonie des Evangiles, attribuée pendant long- 
temps à Ammonius d'Alexandrie'*; ce travail devait obvier aux 
inconvénients des péricopes évangéliques , dans la série desquelles 
Luscinius trouvait du désordre et des lacunes. Dans la dédicace à 
révoque Christophe de Stadion rien ne se rapporte aux controverses 
religieuses du temps; Luscinius ne se plaint que de Tabus qu'on fai- 
sait de la philosophie; cet abus est tel, dit-il, que quiconque n'a pas 
l'esprit rempli des arguties des sophistes, risque d'être inscrit au cata- 
logue des bouffonii et des baladins plutôt que dans celui des théo- 
logiens. La môme idée se retrouve dans la préface d'un recueil grec 
et latin d'opuscules et d'aphorismes moraux, qu'il publia en dé- 
cembre'*; il veut qu'on renonce à la philosophie, qui ne consiste 
qu'en de vaines disputes, pour revenir à la sagesse pratique telle que 
les anciens l'ont enseignée ; les seules bonnes études sont celles qui 
contribuent à l'amélioration morale de l'homme. 

Peu riche, ne jouissant plus de la prébende qu'il avait obtenue à 
Strasbourg, Luscinius, quoique fêté par les savants et les patriciens 
d'Augsbourg, était obligé de se créer 'des ressources par ses publi- 
cations. L'idée lui vint de faire paraître une collection d'anecdotes, 
qui devait trouver plus d'acheteurs que des livres grecs. Il donna ce 
volume en janvier 1524 '® ; il se compose de 233 pièces, dont les unes 
sont tirées d'auteurs anciens, et dont les autres sont des souvenirs de 
ses voyages; il y mêla, outre quelques fables, des épigrammes em- 
primtées à l'Anthologie, à Martial, à Thomas Morus, même à Sapidus, 
dont il se disait encore l'ami ".Le livre est précédé d'une grave dis- 



7^ Ind. bibl. 298. L. ajouta les poésies de Grégoire de Nazianze sur les miracles 
et les paraboles, avec une traduction en vers latins. Le volume est dëdié à révêquo 
d' Augsbourg, 16 oct. 1523. 

7^ Ind. bibl. 299. Dëdié à Fabbd Jean Schrot. L. incorpora à ce volume deux de 
ses publications antérieures, les Sciiarii auxquels il ajouta la Table de Cébès, et les 
SerUentiœ morales. En déc. 1523 parut aussi uno nouvelle éd. du discours dlsoorate, 
avec une lettre de Sig. Grimm à Jacques 8piegel. Ind. bibl. 283. 

70 Joci ctc sales. Ind. bibl. 300. Dédié, 5 janv. 1524, k 8éb. Ilsung, Jacques Hein- 
riclimann, cbanoino à Augsbourg, et Wolfgang Rh&m de Khâtz, jurisdicundo Sueviœ 
tnutnvtn. 

77 Sapidus vêtus iuxta ac coitstans amicus... egregie eruditus. O. c, n^ 193. Les épi- 
grammes de Sapidus avaient paru en 1520; à cette époque il penchait déjà du côté 
do Luther. 



196 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

sertation sur les vrais caractères àesjoci et sur leur utilité. Les meil- 
leures plaisanteries^ dit Luscinius non sans finesse^ vous sont inspi- 
rées quand vous saisissez au vol l'occasion de faire un rapprochement 
ou de signaler un contraste^ et que vous y appliquez soit un trait 
analogue soit un jeu de mots. Et qui pourrait douter de Futilité de 
ceBJoci? Celui qui veut plaire en société doit avoir une conversation 
aimable^ polie^ spirituelle; dans les moments de loisir, quand on 
revient d'occupations plus sérieuses, il est bon de s'égayer; l'esprit a 
besoin de repos, autant que le corps ; c'est pourquoi Dieu a institué le 
sabbat et qu'il a voulu que la nuit alternât avec le jour! Âristoto 
appelle barbares les gens moroses qui dédaignent la plaisanterie; 
l'excès seul est à craindre ; de même que les cuisiniers qui gâtent les 
plats en y mettant trop d'épices, on renvoie les histrions qui ne 
savent que rire; suivons Horace quand il dit: Omne txdit punctum 
qui miscuit utile dtdci. — Dans le choix de sesjociy Luscinius ne reste 
pas toujours fidèle à sa théorie sur la politesse de la conversation ; à 
côté d'anecdotes pleines d'esprit, il en a qui sont triviales et in- 
décentes. Epoque étrange, où des savants, des magistrats, des cha- 
noines, dont rien ne nous autorise à suspecter la moralité, assaison- 
naient leurs entretiens de contes frivoles sur les femmes, et où des 
prêtres pouvaient publier de ces choses sans qu'on s'en montrât 
offusqué ! La preuve combien Luscinius était persuadé que son 
recueil ne blessait pas les convenances, c'est qu'il le dédia à d'aussi 
graves personnages que les trois juges suprêmes de la Ligue souabe; 
il espérait leur procurer, quand ils seraient fatigués des affaires, une 
distraction agréable. Quelque cultivé que fût son goût par les études 
classiques, il lui manquait encore la délicatesse; c'était, du reste, le 
défaut du meilleur monde de ce temps. Mais au moins Luscinius ne 
croit pas que les facéties puissent avoii* une vertu pédagogique pour 
la jeunesse ; il convient qu'il n'a recueilli les siennes que pour contri- 
buer à l'agrément des conversations. Il prévoyait aussi qu'à un mo- 
ment où on attendait de lui des écrits bien différents, on lui ferait un 
reproche de BQSJoci; mais, dit-il, on ne se plaindrait pas si je passais 
mes journées à dormir, si je me livrais au vin ou aux dés, ou si je 
faisais des livres séditieux. 

Il fut heureux pour lui que Jean Schrot, le nouvel abbé de Saint- 
Ulric , lui procurât un travail plus sérieux et plus utile , on le char- 



LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. 497 

géant d'expliquer aux religieux les Psaumes d'après la version des 
Septante. En même temps Jean Cholérus, d'Augsbourg, prévôt de 
Coire et un des amis d'Erasme, le pria de lui aider dans l'étude du 
grec. U commença par lui apprendre l'usage et les propriétés de la 
langue par les auteurs profanes, après quoi ils lurent ensemble les 
Psaumes '*. Pour l'explication de ce livre dans le couvent, Luscinius 
se crut obligé de recourir aux commentateurs anciens, mais voyant 
l'immense variété des interprétations , il chercha à se frayer un che- 
min lui-même ; il ne se fia plus à l'autorité des docteurs, il essaya de 
comprendre l'Ecriture par l'Ecriture, coUatione sacrée scripturœ"^^. 
C'est là encore un symptôme de l'esprit nouveau ; éclaircir la Bible 
par l'analogie de la Bible , sans recourir à la tradition , les réforma- 
teurs n'ont pas voulu faire autre chose. 

L'explication des Psaumes par Luscinius n'est pas exégétique dans 
le sens moderne du mot; elle est avant tout pratique et édifiante, 
comme c'était la coutume au seizième siècle. Cependant il détermine 
aussi le sens des passages figurés, et surtout il veut corriger les fautes 
de la Vulgate. „11 est incroyable, dit-il, quels barbarismes, quels 
monstres de mots, quelle diction impure on rencontre dans le Psau- 
tier de l'édition reçue; j'ignore s'il faut en accuser l'incurie ou l'igno- 
rance ; dans le cours des siècles ces deux causes ont vicié une foule 
de bons livres". Il se raille aussi de la superstition de ceux qui, en 
traduisant l'Ecriture, s'en tiennent si servilement aux mots qu'ils en 
troublent le sens, notamment quand il s'agit d'hébraïsmes, ^comme 
si la leçon la plus corrompue, la plus confuse devait être réputée la 
plus sacrée" ^^, Pour ses corrections il se servit de la version alexan- 
drine ; mais celle-ci elle-même ne suffit pas à son désir d'exactitude ; 
comme il ne jsavait pas l'hébreu , il eut recours à la traduction latine 
des Psaumes faite sur le texte original par le rabbin converti Félix 
dePrato**. 

C'est d'après ces corrections qu'en août 1524 il publia un Psautier 
latin ; il ne prétendait pas qu'il dût prendre la place du texte usité 



78 Dëdicacc à Cholërus des Scrupi. Ind. bibl. 301. 

79 Dëdicaco des AUegoriœ. Ib. 

80 Dëdicace à Choieras. 

81 L. c. — Le Psautier latin de Fëlix Pratensis avait paru on 1515 à Venise; 
on 1522 il fut r^impr. à Haguenau et en 1524 à Bûlo. 



198 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

dans la liturgie ^ lui-môme continuait do chanter au chœur d'après ce 
texte, mais celui-ci étant plein d'obscurité et de fautes, il crut rendre 
service aux théologiens en proposant le sien. Comme complément de 
cette traduction il donna d'abord, sous le titre d'Allegorice psàlmorum, 
les métaphores et autres expressions figurées, rangées par ordre 
alphabétique ; puis, sous le titre de Plectra et scnipi, les arguments 
des psaumes (plectra)^ et des explications des passages obscurs ou 
mal traduits dans la Vulgate (scrupi) *'. 

Presqu'en même temps il fit paraître une traduction allemande des 
Psaumes, accompagnée de notes explicatives et édifiantes très-sobres*'; 
les laïques apprendront par ce livre à s'humilier quand ils sont dans 
la prospérité, et à se confier à la miséricorde divine quand ils sont 
dans l'infortune. Pas plus que dans l'édition latine on ne rencontre 
ici des citations de Pères ou de scolastiques ; elles sont remplacées 
par des passages plus ou moins parallèles de l'Ancien et du Nouveau 
Testament. La traduction est pure, élégante, preaqu'aussi harmo- 
nieuse que le texte original ; sans celle de Luther, qui est de la même 
année, ce serait la meilleure de la première moitié du seizième siècle; 
comme elle semble ignorer les controverses, elle pouvait être lue 
aussi bien par les luthériens que par les catholiques. 

Luscinius était l'hôte des bénédictins de Saint-Ulric ; mais quelque 



82 FsaUerium, dëdië à IMvêque d'Augsbourg, 13 août 1524; —AUegariœf dëdîëes 
h Wolfgang Rh&m, 13 août 1524; Scrupi^ aive incondita verborum portentay àéàié% le 
même jour k Choléras. — Ind. bibl. iiOl. — 11 ne peut pas entrer dans mon plan 
d'examiner la valeur exëgëtique de la version et des notes de Luscinius. D suffira 
de donner comme exemple le 1®' verset du l^r Psaume : Vulgate, éd. approuver 
de 1618: Beatus virqui non abiit in consilio impiorum^ et in via peccatorum nonstetit^ 
et in cathedra pestilentiœ non sedit. Félix de Pratb : Beaiua vir qui non ambulavit 
in consilio impiorum... et in consesitu irruorum non sedit. Luscinius : Beatuê vir qui 
non deambidavit in concUiabulo impiorum... et in aede pestium non sedit. Dans les 
Scrupif ro B, 1, il fait cette observation : Non abiit. InterpreSj quisquis tandem Ole 
fueritt in Umine aberravit a viay non modo non attingens sententiam^ sed etiam deUn- 
quens in re gramm^Uica. Siquidem abire in consilium recte dicimuSf abire autem in 
consilio f non item, Quamquam in hac re levicula condonandum nonnihil arbitrarer 
hominis ruditaliy si oratio parum latina dodrinam sacram non obscuraret... ITœc paufo 
dUigentius adnotavimus, quo lector ex hoc primo errato œstimet ea quœ sequuntuTf 
meque non usque adeo temere arbitretur hanc provinciam castlgandi psalterii suscepisse. 
Les MlegorlfK jisalmorum eurent le singulier sort d'être mises à Tindex. V. Téd. 
de VIndexj Madrid 1667, p. 814. — V. aussi Schelhoni, o. c, T. 6, p. 478 et suîv. 

83 Ind. bibl. 302. Dédié aux frères Raymond et Antoine Fugger. — V. 8chel- 
hom, o. c, T. 6, p. 4^5 et suiv. 



LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. 499 

tranquille que fût sa vie dans ce monastère, il souhaitait une position 
plus stable et plus indépendante. Il s'adressa à cet effet à Jacques 
Spiegel, qui était alors secrétaire de Tarchiduc Ferdinand. Spiegel 
obtînt pour lui une lettre du prince à l'université de Fribourg, pour 
le recommander dès qu'il y aurait une vacance dans la théologie ou 
dans le droit canonique. Cette lettre était datée du 17 mai 1525; Lus- 
cinius se rendit lui-même à Fribourg ; le doyen de la faculté de droit, 
Georges Amélius , le fêta par un banquet où Ton but quatre pots de 
vin qui coûtèrent la grosse somme de 20 deniers. Mais comme en 
ce moment il n'y avait pas de chaire vacante, il dut s'en retourner à 
Augsbourg. L'université ne délibéra sur la demande de Ferdinand 
qu'un an plu? tard, le 15 mars 1526 ; elle décida de la prendre en 
considération dès que l'occasion s'en présenterait**. 

Dans l'intervalle Luscinius avait obtenu des fonctions à Augsbourg 
même; les Fugger, patrons de l'église de Saint-Maurice, l'en avaient 
fait nommer prédicateur et lui avaient procuré une prébende cano- 
niale **. C'est comme chanoine de Saint-Maurice et comme un des 
délégués de l'évêque d'Augsbourg qu'en mai 152G il assista au col- 
loque de Baden en Suisse, mais sans y prendre une part active •®. Peu 
satisfait de son séjour à Augsbourg, où la Kéformation faisait des 
progrès et où son protecteur, le médecin Sigismond Grîmm, faisait 
lui-même les frais de publications luthériennes, il chercha de nouveau 
à se caser à Fribourg; là au moins il pourrait être catholique sans 
faire de la controverse. Le 26 août 1527 les administrateurs de la 
fabrique de la cathédrale de cette ville demandèrent que l'université 
ajoutât un supplément aux 50 florins destinés annuellement au pré- 
dicateur, afin qu'on pût appeler Luscinius, qui serait aussi propre à 
être nommé professeur. L'université, jalouse de ses privilèges, ré- 
pondit par un refus ; quand elle aura besoin d'un professeur, elle le 
cherchera elle-même, les bourgeois pourront alors traiter avec lui 
pour la prédicature *\ 

Obligé, malgré lui, de restera Augsbourg, Luscinius reprit ses 
travaux littéraires. Antoine Fugger lui ayant communiqué la relation 

84 Schreiber, Oeschichte der Freiburger Universitâty T. 2, p. 273. 

85 Schelhorn, o. c, T. 6, p. 463. 

88 Causa helvetica orthodoxœ fidei, h la fin, f^ a, 1. Ind. bibl. 352, 
87 Scbreibor, o. c, T. 2, p. 276. 



200 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

du siège et delà prise de Rhodes par les Turcs en 1522, qu'un témoin 
de ces événements, Jacques Fontanus, avait publiée en langue latine, 
il la traduisît pour servir d'avertissement à la nation allemande ; il 
regrettait qu'il n'y eût plus de pape comme Urbain II, pour entraîner 
les chrétiens à la croisade, ni d'empereur comme Barberousse pour 
se mettre à leur tête**. On dirait vraiment que Lusciniusait voulu, à 
tout prix, détourner son attention de la Réforme, et en détourner en 
même temps celle de ses compatriotes. Il s'aperçut bientôt combien 
c'était impossible ; entraîné malgré lui par le courant, il vit arriver 
un des moments les plus critiques de sa vie. Vers le mois de sep- 
tembre 1528 le chancelier de l'empereur vint lo trouver et lui offrît 
100 florins sur le fisc impérial en sus de sa prébende, si par ses prcdi- 
cations il exhortait les habitants à rester fidèles à l'Église romaine. 
Jusqu'alors il s'était donc tenu à l'écart ! Il avait prêché pour édifier, 
non pour exciter; dans aucune de ses publications faites à Augs- 
bourg, soit avant soit après la visite du chancelier, il n'y a un seul 
mot de polémique agressive; il avait encore traduit en allemand 
l'Harmonie des Evangiles et le traité de l'évêque Paul sur le déluge; 
rien dans ces. deux opuscules ne touche aux débats religieux*®. Pieux 
par sentiment, mais plus philosophe que théologien, il attachait peu 
d'importance au dogme. La question de la foi et des œuvres, qui for- 
mait l'objet fondamental de la lutte, ne lui semblait être qu'un de ces 
problèmes si souvent et si vainement examinés par les scolastiques ; 
dans l'ardeur avec laquelle on la discutait de nouveau il ne voyait 
qu'un effet de la malice des temps ; sans se douter de la profondeur 
du sujet, il faisait des plaisanteries sur ceux ^qui croient que la foi 
peut suflSre sans les œuvres" ^°. Cette indifférence pour les doctrines 
controversées, jointe à son aversion pour les disputes bruyantes, se 
traduisait chez lui en une modération qui étonnait ses amis plus 
passionnés ; elle était telle qu'on allait jusqu'à l'accuser de luthéra- 
nisme®' ; ses ouvrages sur les Psaumes et ses prédications sans polé* 

SB Ind. bibl. 304. Dddië h Antoine Fagger, 20 août 1528. Les Très librx de Mo 
Rhodio avaient paru à Home en 1524 in-f°, et on 1527 à Haguenau ches Jean 
Setzer în-4o. 

89 Ind. bibl. 298, 300. 

9® Jod ac saîeSy n^ 54. 

î^l Ottomarus Lusciniua, ex lutheranismo ^ imo anahaptismo ^ ad eeclesiam revenut 



LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. 201 

mique semblaient justifier ce reproche. II céda maintenant; est-ce la 
promesse d'argent qui le séduisit, ou prit-il le désir du chancelier 
pour une injonction formelle ? je ne saurais le dire ; mais tenté ou 
obéissant, il sortit de sa réserve. Le 8 septembre , jour de la Nativité 
de la Vierge, il parla en cliaire des luthériens et des anabaptistes, et 
les qualifia d'hérétiques. Le magistrat, informé de ce sermon qui 
pouvait troubler la paix, interdit au prédicateur la voie publique. Il 
répondit qu'il n'avait pas prêché d'une manière séditieuse, qu'il 
n'avait cherché qu'à confirmer les catholiques dans leur ancienne foi ; 
il s'excusa d'avoir confondu les luthériens avec les anabaptistes, et se 
dit prêt à paraître, s'il le fallait, devant l'évêque ou devant l'empe- 
reâr. Deux ambassadeurs de ce dernier intervinrent pour lui auprès 
du magistrat; ils déclarèrent qu'il oflfrait de résigner sa place pour 
aller à Fribourg^ et qu'il n'a prêché comme il l'a fait que sur l'ordre 
du chancelier. On lui rendit sa liberté, mais on lui défendit d'exercer 
encore la prédication®^. En lisant ces détails, fournis par un historien 
catholique, on voit que c'est gratuitement qu'un des biographes de 
Luscinius lui reproche d'avoir été à Augsbourg un des adversaires les 
plus violents des luthériens®*; il ne s'agit que d'un seul sermon qu'il 
avait fait par ordre et dont il s'excusa ; s'il avait eu le caractère de 
Thomas Mumer, de Jean Eck, de Jérôme Emser, etc., il aurait 
publié pamphlet sur pamphlet contre la Réforme ; mais d'une nature 
plutôt timide qu'agressive, il craignait le bruit des querelles; il s'était 
flatté de pouvoir rester neutre , sans se douter que dans les temps de 
crise les positions neutres sont intenables pour des hommes qui rem- 
plissent des charges publiques; c'était une faiblesse, mais au moins 
ce n'était pas du fanatisme. Et que fit-il quand on lui eut défendu de 
monter en chaire? Il s'enferma dans son cabinet et traduisit pour 

urbe tandem pidsua est. Mat. Kretz, card h Augsbourg, à Érasme, 22 îé\. 1531, 
Bmcker, Spicileginm^ n9 XXI, p. X. 

9' Sonder, Historica relatio de ortu et progressu hœreêum in OermaïUa, Ingolstadt 
1654, îii-40, p. 40. 

93 Am Ende, p. 19.— Walcbner, p. 173. — Schreiber, T. 2, p. 272, lui attribue 
ëgalement un heftig vnd reitzbar Tempérament. — Bocking, Opp, Suttenif suppl., 
T. 2, p. 409. — A Augsbourg Vincident laissa si peu de souvenir que Rein, qui 
au dernier siëclc publia des biographies et des portraits des pasteurs protestants 
de cette ville, y comprit aussi L. Il se trompa, mais le fait seul quUl a pu se trom- 
per, vient à Tappui de ce que j*ai dit sur la modération et la réserve de notre 
compatriote. 



202 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

Raymond Fugger et ses fils quelques opuscules de Plutarque sur 
des sujets de morale, et sur Futilité de l'étude de la poésie®*. La 
lettre par laquelle il fit hommage de ce petit livre à son patron ne 
contient d'autre allusion aux faits qui venaient de se passer, qu'un 
reproche à l'adresse de ceux qui nient la raison et la liberté; ce fut 
pour combattre cette „en*eur ridicule", qu'il prêtait aux réforma- 
teurs sans toutefois les nommer, qu'il publia les traités du philosophe 
païen , en les corroborant de quelques passages de l'Ecriture et d'une 
foule de citations classiques. 

Cependant il se dégoûta de plus en plus d'un séjour qui ne lui 
offrait plus que des ennuis ; il se retira à Fribourg , où on le trouve 
dès les premiers jours de janvier 1529. Dans cette „ville libre^ il 
espérait pouvoir parler librement des choses de la religion ; il se 
plaignit „ d'antagonistes qui invoquent le Seigneur,. mais qui ne font 
pas ses commandements" ; il songeait aux Augsbourgeois, mais ne 
les désigna point®*. A peine arrivé à Fribourg, il publia un livre plus 
étranger encore aux luttes du jour que plusieurs des précédents; il 
contient une traduction d'un morceau de Plutarque et environ deux 
cents épigrammes grecques , tour à tour plaisantes et sérieuses, 
accompagnées d'une version en vers latins et de quelques anecdotes 
relatives à des contemporains®®. Le 4 mai il se fit inscrire comme 
docteur en droit canonique dans la matricule de l'université , mais ne 
devint pas professeur®'. L'administration de la fabrique de la cathé- 
drale lui confia la charge de prédicateur, avec le faible revenu dé 
50 florins ; on lui assigna en outre un hôtel construit en 1520 par le 
conseiller impérial Jacques Villinger; il en occupa le rez-de- 
chaussée. A cause de cette maison il eut un conflit avec Erasme, con* 

4 

Ait qui ne fait pas grand honneur au célèbre érudit. Celui-ci vint se 
réfugier de Bâle à Fribourg peu après l'arrivée de Luscinius , lequel 
consentit à ce qu'il demeurât au premier étage de son hôtel. Dans les 



9* Ind. bibl. 305. Dédicaces à Raymond Fugger, 20 sept 1528, et k ses fils, 13 
sept. Les traitds moraux de Plutarque lui semblaient particulièrement idonei ad 
nostrorum temporum coarguendos errores, 

95 Dëdicace des Séria jocique. 

96 Séria jocique^ dediës à Antoine Fugger, 13 janv. 1529, ex academia Fribwffenti, 
înd. bibl. 306. 

î»7 Schreiber, o. c, T. 2, p. 274. 



LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. 203 

premiers temps les deux locataires vécurent en bonne intelligence ; 
Luscînius avait toujours professé pour Erasme une admiration sans 
réserve, et Erasme, écrivant à Antoine Fugger en juillet 1529, lui 
avait dit que „notre Luscinius" lui avait vanté sa générosité envers 
les savants ^^. Mais tout à coup il réclama la jouissance de la maison 
entière; après quelques contestations, Luscinius alla pendant l'hiver 
se loger chez un abbé, sans emporter tous ses effets. De là des récri- 
minations de la part d'Erasme qui , maladif et irritable , montra une 
impatience peu digne de lui. Il écrivit à des amis, qui étaient aussi 
ceux de Luscinius, que celui-ci ne songeait qu*à le molester et que, 
lors d'un récent voyage à Strasbourg, il l'avait calomnié®^. Il se peut 
que Luscinius, qui était dans son droit, se soit plaint des procédés 
d'Erasme; mais une parole échappée dans un moment d'humeur 
n'est pas encore de la calomnie. On est peiné pour le vieillard quand 
on lit la longue lettre à Cholérus , dans laquelle il lui raconte cette 
histoire dans ses détails les plus minutieux; tous les torts selon lui sont 
du côté de notre Strasbourgeois. Que faut-il croire? D'une part il y a 
un homme de grand mérite , mais dont le caractère n'était pas au 
niveau de ses connaissances, doué d'un amour-propre sans égal, 
savourant avec délices l'encens qu'on lui brûlait, et se croyant blessé 
dans son honneur dès qu'il rencontrait une contradiction ; de l'autre 
un savant qui , sans être un Erasme , n'était pas le premier venu , et 
qui était plus enclin à fuir les querelles qu'à les chercher. On ne se 
trompera point en attribuant à Erasme le principal tort dans cette 
affiiire de si peu d'importance. Au commencement de 1531 Luscinius 
partit pour Baie ; ne sachant pas qu'il avait provoqué tant de rancune, 
il adressa, le 4 avril, à Erasme une lettre des plus polies, pour lui 
annoncer qu'aussitôt après Pâques (9 avril), il partirait pour Mar- 
seille, dans l'intention de faire pénitence de ses péchés , là où l'on 



»8 14 juillet 1529. Erasmi opp., T. 3, P. 2, col. 1217. — A un autre ami il ëcri- 
vît : Est 0, L.^ huiua urbis primarius ecclesiastesj nec a linguis ac rmuM alienus, in 
hoc met fati, quod ut ille Augusto, ita ego Bcuilea profugi, ne videremua quœ dotèrent 
octdis, O. c, col. 1887. 

»» A Choieras. Erasmi opp., T. 3, P. 2, col. 1426. — A Boniface Amerbach, 25 
mars (1530). JSptstoke familiares Erasmi ad Bonif. Amerbachium, Bâle 1779, p. 7; — 
k Botzhekn, qui le 13 avril 1530 lui rëpond : Lusdniummiror esse talem^ gualem non 
putaram, Cupio aliguando scire causas ^ si quas divines. Burscher, o. c., n^^ XX, 
p. IX. 



204 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

-— ■ I - — , -- , ' - - ■- ■ — - _ _ ■ _ ^ ._ _|_M 

disait que Marie-Madeleine avait fait pénitence des siens. Son 
ancienne passion pour les voyages n'était sans doute pas étrangère à 
cette intention. Il s'offrit à se charger des commissions d'Erasme 
pour Besançon, pour Lyon, pour les villes des bords du Rhône; il le 
pria de le recommander s'il écrit à ses amis dans ces contrées, et de 
lui donner contre de la monnaie bâloise 20 à 25 couronnes dont il a 
besoin pour se mettre en route. En même temps il annonça qu'il ferait 
enlever ceux de ses effets qui étaient encore dans son ancien loge- 
ment; il renvoya les clefs, même celles qu'il avait &it faire à ses 
propres frais, sans demandera être remboursé ^^^. Rien dans cette 
lettre ne trahit un ressentiment; Erasme parut en être satisfait; 
venant de terminer une épître au théologien Nicolas Mallarius de 
Lyon, il résolut de profiter de l'offre de Luscinius; par un post- 
scriptum il recommanda à son ami ^le premier prédicateur de Fri- 
bourg, aussi bon musicien que bon humaniste"***'. Il est à regretter 
que nous n'ayons aucun renseignement sur le pèlerinage de Lusci- 
nius à Marseille. L'année suivante il fit une excursion à Mayence, où 
il demeura chez le prédicateur Frédéric Nauséa , qui devint plus tard 
évêque de Vienne*®'. Erasme, qui semblait s'être réconcilié avec lui, 
ne cessait de se plaindre*"*; il accueillait tous les contes qu'on lui 
rapportait ; un jour on lui dit que , pendant un repas chez les char- 
treux de Fribourg, Luscinius avait prétendu que lui, Erasme, était 
un fripon, et que ceux qui lisaient ses livres le devenaient aussi. Il 
fut assez susceptible pour écrire ce bavardage à un ami* *^*. Quand 
Luscinius résigna la prébende de Saint-Maurice à Augsbourg, et 



100 Burscher, o. c , no XXIV, p. VI. 

101 Am Ënde, p. 25, cite le post-scriptum d'après MaUarii ^nstola musarum gra- 
carum apclogetlca ad JSrasmnm. Eraami ad Mallarium responsiOf 1530, in-S®. Je n'ai 
pas pu trouver cette publication. La date 1530 ne peut pas être exacte. Dans les 
deux éditions des lettres d'Érasme, Bâlc 1538, p. 96G, et Opéra, Leyde, T. 3, P. 2, 
col. 1386, la lettre est du 28 mars 1531, mais le post-scriptum manque. Probable- 
ment Erasme chargea aussi Luscinius de sa lettre à Tabbë Antoine DalboD, 1^ 
avril 1531; 1. c, col. 1393. 

^02 EpistoUe miscdlaneœ ad, Fred. Nattseam. Bâle 1550, in-fo, p. 116. 

103 Quand Luscinius lui eut abandonne la maison, Érasme s'imagina que, par 
égard pour sa gloire, on ne lui demanderait pas de loyer; comme il dut on payer 
un, il s'indigna si fort, qu'il ne voulut pas rester; il acheta une maison •lui-même. 
Schreiber, o. c, p. 28. 

*04 Érasme à Cholërus, 5 oct. 1532. Brasmi opp, T. 3, P. 2, col. 1453. 



k 



LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. 205 



qu'en compensation Antoine Fugger lui fit une pension de 80 florins 
d'or, Erasme se vanta que c'était grâce à lui que Fugger avait con- 
senti à cette libéralité ; ce dernier , ayant appris par Cholérus que 
Luscinius était devenu l'ennemi de l'illustre maître, avait hésité; 
Luscinius aurait fait alors amende honorable, et là-dessus Erasme 
serait intervenu pour lui**^*. Que de petitesses chez des hommes qui, 
à distance, nous paraissent si grands ! 

Comme Nauséa avait engagé Luscinius à se fixer à Mayence, il 
lui écrivit qu'il avait, il est vrai, un revenu suffisant pour demeurer 
dans cette ville, mais que, détestant l'oisiveté, il lui fallait un milieu 
où il pût exercer son intelligence *°". Il resta à Fribourg comme pré- 
dicateur ; cependant, effrayé des événements qui s'accomplissaient en 
Allemagne, il finit par se détacher d'un monde qu'il ne comprenait 
plus. Il se retira dans la chartreuse, à laquelle il fit don d'une image 
de son patron saint Ottmar. Dans ce beau monastère il revint à une 
des études favorites de sa jeunesse ; depuis longtemps l'exercice de la 
prédication lui avait gâté la voix pour le chant *^^, mais il lui était 
resté l'amour de la théorie musicale. A la demande du libraire mila- 
nais André Calvo, qu'il rencontra lors d'un voyage à Strasbourg, il 
traduisit librement l'ouvrage de Sébastien Virdung sur les instru- 
ments de musique; il lui donna la forme d'un dialogue, dont il est 
lui-même un des interlocuteurs , et y joignit sur le chant à plusieurs 
voix deux dissertations qui étaient peut-être un remaniement du tra- 
vail qu'il avait annoncé dès 1515. Le livre, imprimé à Strasbourg en 
1536 sous le titre de Mitsurgia^^^y eut plusieurs éditions et se répan- 



*06 A Bonif. Amerbach) 15 juin 1533. EpistoUe famUiares, p. 93. 

106 ler juiUet 1533. Upistolœ ad Kaiueam, p. 116. 

107 Gilbert Cousin, qui fut pendant quelque temps secrëtairo d^Ërasme, fit une 
ëpigrammo sur ce dernier et sur trois autres savants de Fribourg, Zasius, Glarëanus 
ot Luscinius, qui tous avaient des infinnitës ; il dit de Luscinius : 

Luscinius super est ^ cui concio midta canoram 
HJriimit vocem, sit Fhilomela licet, 

OUbertl Cognatl opéra. Bâle 1562, in-f>. T. 1, p. 415. 

108 Le livre de Virdung était celui-ci: Musica getUtscht und auszgesogen durch 
Sébastian Virdung priester von Amberg, und ailes gesang ausz den noten in die tabu- 
laturen diser henanten dryer JnstruTrttnien, der Orgeln, der Lauten und der Ftoten 
transferieren zu lemen. 8. 1. et a. (vers 1511), in-4o oblong. Gravures d'instruments. 
— La traduction de Luscinius est dédide à André Calvo, 1536, Strasbourg. lud. 
bibl 807. Les interlocuteurs sont, outre Luscinius, Sébastien Virdung, André Sil- 



20G HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

dit surtout en Italie ; encore cinquante ans plus tard Thomas Garzoni 
en parlait avec estime *®°. Sur la fin de sa vie, Luscinius désira se 
faire recevoir dans Tordre des chartreux; mais avant que l'admission 
lui fut accordée, il mourut dans les premiers jours de septembre 1537- 
A Fexception de quelques petits legs, il laissait ses biens et ses livres 
à la chartreuse de Fribourg ***^. 

Comme savant, le mérite de Luscinius est d'avoir dépassé Thuma- 
nisme étroit et exclusivement latin de Wimpheling, et d'avoir intro- 
duit chez nous les études grecques; on peut même dire qu'après 
Reuchlin et Erasme il a été un des principaux inaugurateurs de ces 
études dans l'Allemagne du Sud. Sa renommée s'étendit même au- 
delà des Alpes ; en 1538 Secundo Curioni le mentionne parmi les 
meilleurs gramnjairiens grecs***. En elles-mêmes ses publications 
concernant cette langue sont peu importantes, une grammaire, quel- 
ques recueils de maximes et d'épigrammes, quelques éditions, quel- 
ques traductions ; mais comme il s'agissait de créer le goût du grec, 
de petits livres comme les siens ont été plus utiles peut-être que des 
ouvrages plus volumineux et plus approfondis. Cependant, tout en 
s'étant borné à ce rôle modeste de grammairien élémentaire, il a 
prouvé qu'il s'était pénétré du génie grec. Il est le plus classique de 
nos humanistes de la première époque, le seul qui ait allié la culture 
hellénique à l'érudition latine. Ces études n'étaient pas restées sans 
influence sur son cai'actère ; naturellement doux et spirituel, il l'était 
devenu encore davantage par le commerce avec les Grecs. Son talent 
satirique, nourri par la lecture assidue de Lucien, avait plus de finesse 
que celui de Murncr et plus d'ironie que celui de Brant. Ami de 
la paix et de l'ordre, mais ni grossier ni morose, il se raillait sans 
aigreur de ce qui troublait le calme de ses études. Comme philosophe 
il fuyait la spéculation et n'estimait que la morale ; il répétait souvent 



vanus et Barthélémy StofHer. Cette partie contient les mêmes gravures que ToU' 
vrage de Yirdiing. Barth. Stoffler, de Strasbourg, était un ami do Luscinius; quel- 
ques vers de lui, assez bien tournés , se trouvent dans le traité Ex Ludano quœ- 
dam. — Les deux dissertations traitent des signes de notation, des différentes voix, 
des accords, des dissonances, du faux-bourdon, etc. — On apprend par la dédicace 
que Calvo, éditeur du livre, avait déjà fait imprimer d^autres ouvrages par Schott. 
^^^Piazza unireraak. Opère, Venise 1617, in-4o, p. 193, 366. 

110 Schreiber, o. c, T. 2, p. 275. 

111 Schola, nve de perfecto gramnicUîco (écrit en 1538 à Pavie). BAle 1555, p. 69. 



/ 



%. 



LIVRE IV. — OTTMAR NACHTGALL. 207 

que creuser des problèmes métaphysiques, étudier la terre et les 
astres, se perdre dans les labyrinthes des nombres, ne sert à rien 
quand on n'apprend pas à devenir plus vertueux; aussi préférait-il à 
tous les sages les moralistes grecs, dont les ouvrages étaient incessam- 
ment entre ses mains***. Il croyait trouver là une science pratique, 
parfaitement conforme au christianisme et parfaitement suffisante pour 
nous former à la vertu qui doit nous donner le bonheur. Quand 
en 1522, écrivant à un évoque, il craint que le renversement des lois 
et de la monarchie ecclésiastique n'entraînent une ruine universelle, 
sait-on sur quoi il fonde la nécessité de cette monarchie et de ces lois? 
Est-ce sur quelque canon d'un concile, sur quelque passage d'un doc- 
teur? Non, il en appelle à Homère et à Démosthènes**'. Ce serait 
trop dire que de prétendre qu'il est allé jusqu'au scepticisme religieux, 
mais on ne saurait nier chez lui une certaine indifférence. La théo- 
logie, telle qu'il l'avait apprise, lui répugnait, il n'y voyait qu'une 
matière à discussions arides, il voulait se contenter de la Bible et do 
ses commentateui's, en y joignant les anciens poètes et philosophes. 
Quand s'élevèrent les grandes controverses de la Réforme, il lui sem- 
bla que ce n'étaient encore que des querelles d'école ; il s'abstint d'y 
prendre part, et lorsqu'un jour il se prononça publiquement, il ne le 
fit que parce qu'on lui avait rappelé son devoir de prêtre, et il ne le 
fit qu'une fois et en s'en excusant. J'ai dit plus haut qu'on lui a fait 
la réputation d'avoir été fanatique et qu'il ne la mérite point. Si l'on 
doit signaler un défaut de son caractère, c'est plutôt la faiblesse que 
la violence. Personne n'était moins fait pour les orages que cet écri- 
vain spirituel, aimable, modéré, plus fin que profond, plus prêt à 
égayer les autres par son talent musical ou par ses entretiens agréables , 
qu'à se disputer avec eux ; plus épris des beautés de la littérature et 
de l'art que passionné pour des questions dont la gravité lui échap- 
pait. Dans sa piété, sincère mais craintive, il redoutait tout ce qui 
pouvait l'agiter; il aurait voulu assister en simple spectateur aux 
drames qui se déroulaient sous ses regards \ la vie humaine, avait-il dit 
un jour, n'est tout entière qu'un jeu***. En 1515 il avait écrit ces mots : 

* 

11* A Jean Schrot, 13 ddc. 1523, Morcdia quœdam. Ind. bibl. 299. 

113 A révoque de Brixen. Ind. bibl. 296. 

11* Lusimus in tenerisy séria quoque ludimus annis, 

Et reliquum viUCj quid nisi Iwnis erit^ Luciani deontm dialogi. 



208 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'âLSÂCE. 

Jucundius enim mihi fuerit musicam eximictm audire quant 
Slridenti miser um stipula dispei^dere carmen. 

Bien que ces paroles ne dussent s'appliquer qu'à sa traduction de 
Lucien, elles expriment le fond même de sa nature. On ne peut pas les 
dire de Tauteur qu'il nous reste à étudier; Thomas Mumer, qui mou- 
rut la même année que Luscinius, s'est peu soucié d'une musique 
harmonieuse, il a préféré la stipula stridens; il possède, portées jus- 
qu'à l'excès, des qualités qui ont manqué à Luscinius, mais il lui 
manque celles qui rendent ce dernier si attrayant. 



LIVRE CINQUIÈME 



THOMAS MURNER 



1475-1537. 



Thomas Mumer n'a eu d'autres rapports avec Wimpheling que 
pour le combattre et le persifler; il s'est tenu en dehors du cercle des 
littérateurs qui s'étaient groupés autour du savant de Schlestadt et 
de ses amis Geiler et Brant. Avide d'indépendance, il voulut se frayer 
des voies personnelles, mais celles qu'il choisit ne furent pas toujours 
les meilleures pour le conduire à la renommée qui était l'objet de son 
ambition. Sur la fin de sa carrière il prit une part très-active aux 
luttes de la Réforme; mais comme poète, comme juriste, comme 
auteur didactique, il appartient essentiellement aux premières années 
du seizième siècle. On a dit de lui beaucoup de mal ; encore aujour- 
d'hui bien des personnes qui ne le connaissent que de nom se plaisent 
à répéter les reproches dont jadis l'ont accablé ses adversaires. Nous 
espérons convaincre nos lecteurs que plusieurs de ces reproches n'ont 
pas de fondement. A quelques égards Murner vaut mieux que sa 
réputation; quand on l'étudié au point de vue de son époque et sans 
épouser les passions de ses contemporains, il nous apparaît, malgré 
les bizarreries de son esprit et les défauts de son caractère, comme 
un de nos écrivains les plus remarquables; d'autres ont eu plus de 
savoir ou ont été plus sérieux que lui, mais aucun n'a eu plus de 
verve , aucun ne l'a égalé comme poète satirique. Si ses connais- 
sances avaient été aussi solides qu'elles ont été variées, s'il avait eu 
moins de jactance, moins de goût pour les choses vulgaires ou singu- 
lières, et à la fin de sa vie moins de fanatisme, il clorait dignement la 
période que nous nous sommes proposé de peindre. 



210 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

Sa biographie n'est pas sans présenter des difficultés* ; moine men- 
diant et d'humeur vagabonde, il n'a pas eu de résidence fixe ; bien 
qu'il appartînt au couvent des frères mineurs de Strasbourg, on le 
rencontre tour à tour en France, en Allemagne, en Pologne, en Ita- 
lie, en Suisse. Dans plusieurs des endroits où il a £iit des séjours 
passagers, il ne paraît avoir laissé aucun souvenir de sa présence ; 
ceux de ses écrits qui n'ont pas été réimprimés n'existent plus qu'en 
de rares exemplaires ; on n'a de lui qu'un petit nombre de lettres ; les 
pamphlets de ses adversaires débitent sur son compte des jugements 
dont il faut se méfier et des anecdotes très-suspectes d'être inauthen- 
tiques. La chronologie enfin de ses faits et de ses voyages n'est pas 
toujours facile à établir. Quoi qu'il en soit de ces difficultés, il nous 
semble possible de raconter la vie de Mumer sans commettre des 
erreurs graves ; il n'y restera peut-être que des lacunes. 

^ La première biographie de Marner qu^on pnîsse citer est celle de Waldau, 
Kachrichten von Mumers Leben und Schriften. Nuremb. 1775; rëimpr. dans le recueil 
de Scheiblëy D<u Kloater^ Stuttg., T. 4, 1846.— M. deLiebenan, arcbiviste da canton 
de Lnceme, cet Tauteur d^nn travail sur Mumer, fruit des recherches les plus con- 
sciencieuses; malheureusement il est encore inédit. M. de Liebenau a bien tooIq 
me communiquer quelques renseignements, dont je lui exprime ici toute ma recon- 
naissance. Il m^offrit même de mettre k ma disposition son manuscrit; un sentiment 
que Ton comprendra, m^ empêcha de profiter de son offre gracieuse; an risque de 
commettre quelques erreurs, je ne voulus pas qu^il n^eût pas la primeur des résul- 
tats de ses études. — Il faut mentionner encore les notices de ROhrich, dans la 
Zeitschr. fur hisL Theoî.y 1848, et de Lappenberg, dans son éd. de VUlenspiegdy Leipz. 
1854. I/article de Wadding, dans ses Scrlptores ordinU minoruniy éd. de Rome 1806, 
in-i^, p. 221, est insuffisant et inexact; Tauteur n'a ni su Tallemand ni tu les ouvra- 
ges de Mumer. 



I. 



VIE DE MURNER 



CHAPITRE PREMIER 

Naissance A Obemai. — Études, voyages divers. — Premiers écrits. 

Murner naquit à Obcrnai (Ober-Ehenheiin), au pîed de la mon- 
tagne de Sainte-Odile, en décembre 1475^. Dans cette ancienne ville 
libre les Murner, qu'on peut suivre jusque vers 1400, occupaient une 
position très-estimée. A la fin du siècle un Thomas Murner fut plu- 
sieurs fois membre du conseil; en 1489 il remplit les fonctions de 
steUmeister^. Le père de notre littérateur s'appelait Matthieu, sa mère 
était Ursule Studeler, de Schlestadt. En 1481 Matthieu et son frère 
Jacques vinrent se fixer à Strasbourg, où ils achetèrent le droit de 
bourgeoisie*. C'est pourquoi Thomas, tout en étant originaire d'Ober- 

^ DanB un pamphlet publie contre M. en 1521, Mumarus Leviaiktm^ s. I. et a., 
în-40, fa C, 4, on lui prête ce» paroles : NI mea f allât opinio^ quarta luna natus sum 
anno 1475 mense duodecimo hora sexfa pomeridiana. On n'a aucun moyen de contrô- 
ler cette assertion, mais on n'a aussi aucune raison de la mettre en doute; Tannëe 
1475 concorde avec les faits subséquents de la vie de M. 

' Ountzo dictua Murner de Ehenheim superîoriy 1406. — La famille avait des biens 
dans les banlieues d'Obemai et de Valf, 1453. — Y. aussi Gyss, Histoire de la ville 
fC Obemai, Strasb. 1866, P. 2, p. 423. 

4 Jakob und Mattheua Murner von Obem-Ehenhetm^ gébriidere^ hahen kaufft das 
Burgerrechi, feria quintapost Antonii, 1482. Burgerbuch, arch. de Strasb. — Ce pas- 
sage met fin au doute qui avait plane sur le lieu de naissance de M. Dëjà Wimphe- 
ling, il est vrai, avait dit: NifaUor, tu non Argentines f aed in Ehenheim natua ea; k 
M., s. d., chez Lappenberg, Ulempiegel, p. 422. M. Gyss s'ëtait également prononcé 
pour Obemai, mais seulement par conjecture, et il avait supposé que le poète était 
le fils du ateUmeiater Thomas. M. Aug. Stober, au contraire, Bévue d'Alaace 1867, 
p. 129, se fondant sur la qualification à.''ArgenHnua que Murner se donne dans plu- 
sieurs de ses écrits, avait essayé de démontrer qu'il était natif de Strasbourg. 
M. Clyss, ne pouvant ni réfuter les arguments de M. Sti5ber ni fournir la preuve que 



212 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

nai; a pu dans la suite se qualifier de Strasbourgeois. Matthieu, qui 
avait fait quelques études de droit, devint avocat au grand conseil ^ ; 
c'était peu généreux de la part de Wimpheling, quand il eut pris 
Thomas en haine, de dire qu'à Obernai son père n'avait été qu'un 
raccommodeur de vieux souliers*'. 

Soit qu'il fût né avec une infirmité, soit qu'il en eût contracté une 

Marner ëtait d^Obemai, avait répondu qa*aa moins la question restait indécise i 
o. c., p. 249; à quoi M. Stober, ib. , p. 252, avait réplique que jusqu*à plus ample 
informe il persistait dans son opinion. Si Mumer est né en 1475 et'si son përe n'est 
venu s'établir à Strasbourg qu'en 1481 , il est évidemment natif d'Obemai. Il parle 
de son përe Matthieu dans son traité De pythonico coniractu, MaUeus meUeficarum. 
Francf. 1600, T. 2, p. 363, et dans la préface de ses Stairechte. Ind. bibl. 331. 

^ FroloctUor majoris constdatus. Proloctttor, en ail. Fûrsprech, avocat. — Matthieu 
mourut en 1506 ; sa veuve et ses enfants, Jean, Gertrude, Sixte, Béatus, Richarde et 
Barbe, les quatre derniers encore mineurs, empruntèrent de Torfëvre Lauchberg^r 
une somme de 13 livres. (Arch. de Strasb.) Thomas, qui était absent, n'est pas nommé 
dans cet acte. Une autre sœur s'appelait Marie. Jacques, le frëre de Matthieu, était 
également juriste. Sixte et Béatus furent pendant quelque temps imprimeurs à Franc- 
fort. Jean; qui devint avocat, eut des démêlés avec le clergé. En 1513 le chanoine 
de S. Thomas, Jean Hepp de Kirchberg, ayant séduit une jeune fille, le magistrat 
envoya Jean Mumer à Kome pour porter plainte. En 1519 les deux fVëres Cosmas 
et Jean- André Wolf, chanoines de S. Pierre-le-jeune, séduisirent Marie Mumer. Jean 
demanda qu'on punît les deux coupables; comme il n'obtint pas justice, il les sur- 
prit, les roua de coups, fut excommunié, quitta la ville et s'adressa à quelques che- 
valiers, entre autres à François de Sickingen, qui déclara la guerre au chapitre et 
ravagea ses biens. Le magistrat étant intervenu, les deux parties consentirent, le 12 
avril 1519, à un accord par lequel elles s'engagèrent à cesser les hostilités. Néan- 
moins le chapitre accusa Jean Mumer devant la Chambre auliquc; le 4 janvier 1520 
il publia alors un placard pour se justifier. Ri>hrich, Mittheil., T. 1, p. 132; Jung, Bei- 
triUje, T. 2, p. 63. Pour étouffer l'affaire, on choisit des arbitres qui, après avoir cite 
Mumer et le doyen du chapitre, renouvelèrent, le 17 juillet 1522, l'accord fait trois 
années auparavant. Arch. de la Basse-Alsace. — En 1514 Jean Mumer était, avec 
sa femme Madeleine, parmi les membres de la confrérie de S. Sébastien, que Brant 
avait formée dans la paroisse de S. Martin. Comme plus tard il appelle Pierre Buts, 
secrétaire du magistrat, son beau-frère, sa femme a dû être une sœur de Butz. Il 
paraît qu'il quitta Strasbourg h cause de la Réforme. En 1525 on le trouve an ser- 
vice du duc Antoine de Lorraine et comme avoué de Marmoutier. En 1529 il est à 
Nancy et écrit à Pierre Butz , le 30 juin, une longue lettre sur des rumeurs politi- 
ques. En 1539 il vit à la cour de l'évêque Erasme de Strasbourg. Sur un poème 
dont il est probablement l'auteur, v. la note 42 de la 2® pai-tie. — André Mumer, 
jardinier et marchand de blé, qui en 1496 acheta à Strasb. le droit de bourgeoisie, et 
dont en 1415 les héritiers donnèrent cent florins à l'église de S. Martin, a été de 
la même famille. — Lappenberg, o. c, p. 389, parle d'un frère de Thomas nommé 
Rodolphe, dont je n'ai aucune connaissance. 

^ NcUus es ex pâtre olim calciatorum {calciamentorum) repettatorCf nunc autem cauti* 
dico. L. c. note 4. Ce passage ne se trouve pas dans la lettre de Wimphelîng telle 
qu'elle est publiée dans la Vefetisio Oermanûe et dans les Anuciiit, frih», p. 213. 



\ 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 213 

dans sa première enfance, ses parents Tattribuaient aux maléfices 
d'une sorcière; il prétendit plus tard qu'il fut guéri par un voisin ; le 
remède fut aussi étrange que la cause qu'on assignait au mal : on lui 
fit toucher un sac et on le baigna dans de l'eau qui avait servi à laver 
la vaisselle'. Cependant la guérison ne fut pas complète, Murncr 
garda une faiblesse durant toute sa vie; on peut supposer que par 
moments il boitait. C'est pour cette raison que son père le destina à 
l'état monastique. „Je n'aurais été bon à rien, dit-il lui-même, si je 
n'étais pas devenu prêtre" *. A l'âge de 15 ans, en 1490, il fut admis 
à Strasbourg au couvent des frères mineurs ®, où comme novice il 
suivit les leçons du lecteur Conrad de Bondorf, dont il se plaisait à 
louer le zèle pour les études et la sollicitude pour les élèves *®. A 
19 ans il reçut l'ordination sacerdotale; pour être consacré si jeune, il 
fallait une dispense**; l'avait-il obtenue ou, dans le relâchement 
général de la discipline, avait-on cru pouvoir s'en passer? Nous n'en 
savons rien. 

Entre les années 1495 et 1497 il fréquenta l'université de Fri- 
bourg, où un des maîtres auxquels il s'attacha le plus fut le professeur 
de poésie Jacques Locher **. De Fribourg il se rendit à Paris, où il fit 
un séjour plus long. Curieux de tout apprendre, mais trop impatient 
ou trop léger pour rien approfondir, il étudia un peu de théologie, de 
droit, de mathématiques, d'astrologie, de médecine; son esprit vif 
saisissait facilement ce qu'il apprenait, mais se contentait de peu. Sa 
prédilection pour la méthode d'enseigner les sciences par des jeux 



^ Depythonico contractUf 1. c, p. 362. 

s CofUurbor quia hominis unitiê pessima voluntate, nunquam ante infirmitatem a me 
viii, tali mùerabili poena sine meis nieritis crucior per omiies dies vitœ meœ. Et nisi 
OTimipoiens deus,.. me inier suorum sacerdotum numerum coUocassefy quid facerem, deo 
ommpoienti qfero, O. o., p. 365. 

î' Puer eram quiiidedm annorum. Honestorum poemafum laudatio, f) C, 2. Ind. 
bibl. 311. 

iO OrcUio iidcapittUum Solodorenae^ £^ C, 4. Ind. bibl. 310. 

11 ... quamvis tu in XIX. œtatis anno, ut pater tuus mihi retulit, sacerdotio initiatua 
tU; prosit tihi ad salutevi. Veliem autem hanc tuam videre diapensationem. Wimpheling 
h Murner, 1^^^ sept. 1602. Amosnii. frihury., p. 214. 

1* Locher fut une première fois professeur à Fribourg do 1495 à 1497. En 1502, 
Oraiio ad Capit. Solod.^ i^ C, 6, Murner mentionne Fribourg parmi les universitës 
qa^il a firëquontiSes, et dans la dédicace de son traite De refiirmatione pœtarum^ Ind. 
bibl. 313, il appelle Locbcr son prâceptor; c'est donc entre 1495 et 1497 qu^il a du 
être à Fribourg. 



214 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'aLSACE. 



nous fait penser qu'il suivit à Paris les cours de Lefèvre d'ÉtapIeS; 
qui avait imaginé ce moyen pour Tarithmétique *'. 

De Paris Murner revint à Strasbourg, en 1499, sans avoir pris 
d'autre grade que celui de maître es arts '*. A en juger par divers 
passages de ses écrits, il rapporta quelques travaux qui n'ont pas été 
publiés. Il parle d'un Opus qtmdripaîiitum maius et d'un Tradatus de 
revoltUionem veritate et falsitate, tous les deux contre l'astrologie; il 
parle en outre d'un traité sur la perspective, où il démontrait entre 
autres que le rayon de soleil est le même dans l'air et dans l'eau, la 
diflférence n'étant qu'apparente à cause de la différence des milieux 
qu'il traverse^*. Il paraît aussi qu'il avait préparé dès cette époque 
des jeux de cartes sur le droit et sur la logique '®. A Strasbourg il 
publia, en mai 1499, son premier traité, Invectiva contra astrologos ". 
Jean Wemer de McJrsberg ou Morimont, dont il avait été le précep- 
teur à Paris et qui se trouvait alors à Fribourg **, l'avait informé que 

13 Dans la Narrenheschworui^Çy f° x, 6, Ind. bibl. 321, ou lit ce passage : 

Der meiêter Piero pon Quitiet 
Mich zu Paris geleret heU. 

Il ne faut pas se méprendre sur le sens de cette facëtio; maître Pierrot de Quinet est 
la figure grotesque dans la cathédrale de Pari» connue sous le nom de Pierre de 
Coig^et. y. la notice sur Brant, livre 2, II, chap. 4. 

^* Sur le titre de V Invectiva contra astrologos, Ind. bibl. 308, il se dit liberalium 
artium magister; dans la suscription de la dédicace, sacrarum literarum studens Pari- 
sîensis. 

i'*» Le Quadnpartitum majus était dëdië à Werner de Morimont; Murner y avait 
exposé, ut nostif la viodemior astrologia; Wemer paraît donc Tavoir vu en manuscrit. 
Invectiva j h. la fin. — De pyth» conir.j p. 358 et 366, il parle du 1®' livre du même 
traite. Le IVadatus de revolutionum veritate ëtait aussi écrit pour Werner. O. c, 
p. 370. — Ve perspectivis , o. c, p. 359. Selon Lapponberg, p. 391, ces ouvrages 
n^auraient existé qu'en projet; mais Murner s'exprime d'une manière trop positÎTe 
pour qu'il soit permis de supposer qu'ils n'aient pas été écrits. 

i* Ilœc in juventutis flore fecimus, quœ nunc cogitare et pigritaremus et verecundare' 
mur. Chartiludium logicie, f^ a, 4. Ind. bibl. 312. 

^7 Daté de Strasbourg, 8 mai 1499. Ind. bibl. 308. La gravure du titre montro 
l'aigle impériale bénie par la main de Dieu sortant d'un nuage; à gauclîe, deux enfants 
nus représentant la constellation des Gémeaux (signe sous lequel était né Tempe* 
reur Maximilien); à droite, un potier faisant tourner un pot sur un tour; cette figura 
paraît être une allusion à un certain Nigidius flgtUus, dont Murner réfute ropinion 
sur l'influence des Gémeaux. 

^^ Jean Werner, fils de Gaspard, seigneur de Morimont et de Belfort et sous-bailli 
de la Haute- Alsace, avait fait des études théologiques K Paris; le 31 oct. 1499 il fut 
élu recteur de l'université de Fribourg. D'après Bemhard Hertzog, Elsâssische Chro- 
niky livre 9, p. 152, et SchOpflin, Als. ill., T. 2, p. 611, il devint prévôt de la cathé- 




LIVRE V. — THOMAS MURNEU. 215 



ccrtaîns astrologues venaient de prédire à Tempereur Maximilien une 
défaite dans sa gueri'e contre les Suisses ; Werner en était inquiété, 
car les astrologues ne sont-ils pas dignes d'être crus? Murner lui 
répondit par son traité, écrit en forme d'épître; il distingue trois 
espèces d'astrologues, les anciens, les modernes et les plus récents; il 
réfute rapidement les superstitions des anciens et des modernes (ceux 
du moyen âge), pour donner la préférence aux savants nouveaux, 
„qui nient les règles que, sans tenir compte de la volonté humaine, 
on croit pouvoir tirer du cours des astres; ceux-là seuls sont d'accord 
avec la vérité et avec la théologie". Quand il s'agit de choses contin- 
gentes, dépendant du libre arbitre, les astres sont sans influence ; ou 
no peut donc rien pronostiquer. Ce petit traité, écrit à l'âge de 24 ans, 
témoigne d'un bon sens qui à cette époque était assez rare. Il paraît 
toutefois que Werner de Morimont en fut peu satisfait; le jeune baron 
était beaucoup plus crédule que le moine. 

Peu après Murner revint à Fribourg; c'est là qu'il continua ses 
études de théologie, pendant que, le 31 octobre 1499, Werner fut élu 
recteur de l'université. Dans ce même mois d'octobre, Murner 
adressa à son élève un nouvel opuscule, moins sensé que l'invective 
contre les astrologues; c'est un dialogue entre Werner, son père Gas- 
pard et Murner lui-même, sur lepythoniats cantractus, c'est-à-dire sur 
la paralysie produite par la sorcellerie **. Werner demande à son 
maître s'il est possible qu'une méchante femme ait pu le rendre con- 
tract? Murner répond par une argumentation longue et confuse, 
d'après Aristote, Albert le Grand et Duns Scot, sur la Providence, 
sur les causes des phénomènes et sur les effets qui paraissent fortuits, 
mais qui ne le sont pas, puisque la volonté de Dieu est le premier 

drale de Bâle. WaldBu, p. 38, Tappelle un cëlëbre jurisconsulto, en se fondant sur 
une lettre de Zasius à Brant, 26 juill. lÔOô , chez Wencker, Collecta archivi jura, 
p. 141 ; dans cette Isttre il est fait mention en passant d^un docteur Werner, mais 
lors même que ce serait Werner de Morimont, Zasius ne dit rien de sa cëldbritë. 

^9 De pythonico contracta, Ind. bibl. 309. Murner prend la forme du dialogue pour 
imiter, dit-il, un traite sur une matière semblable par le docteur en droit Ulric 
Molitor (MflUer) de Constance; c*est celui De pythonicis mulieribuSy dialogue entre 
Millier et Tarchiduc Sigismond. Malleua malef,^ T. 2, p. 34 et suiv. — LMcrit de 
Murner est daté ex universitate frtburtjeiisiy sole in 22, fjradu librœ fjradieivte^ anno 
1499. — Lappenberg, p. 391, dit que dans cet opuscule Mumer sMlëye contre Fabus 
que des imposteurs faisaient de la mëdecino. La médecine n^y est même pas men- 
tionnée. 



216 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

moteur de tout. L'accident dont il a été victime lui-même ne vient 
pas de rinfiuence des astres; Mumer ne croit pas à cette influence^ 
mais il croit que Dieu permet à des sorciers de faire des pactes avec 
le diable et de devenir ainsi ses instruments. Wemer lui ayant objecte 
que le moyen par lequel il a été guéri est aussi de la sorcellerie et que 
pour cette raison il devrait être excommunié; il se tire d'embarras en 
soutenant que c'est une chose méritoire de détruire les œuvres du 
diable. Les trois interlocuteurs discutent des opinions diverses sur les 
causes des ligatures; ib arrivent à la conclusion que, la question étant 
obscure, toutes les opinions sont également probables. Il semble, 
d'après ce réarultat, qu'en écrivant son traité Murner n'ait voulu faire 
qu'un exercice de dialectique. Il continua du reste de croire au pou- 
voir des sorcières; il les jugeait capables de tous les maléfices et vou- 
lait qu'elles fussent condamnées au feu *®. 

Il ne resta pas longtemps à Fribourg; en.l500 ou 1501 il est à Cra- 
covie, dont l'université était vantée alors pour ses cours de poésie, 
de philosophie et d'astronomie ; Conrad Celtes y avait enseigné ; un 
de ses disciples, le Silésien Laurent Corvinus, y faisait des leçons de 
littérature dans l'esprit de son maître ; un autre docteur, au contraire, 
Jean de Glogau, qui professait la philosophie, avait sur les poètes 
païens des opinions assez semblables à celles de Wimpheling. A Cra- 
covie Murner obtint le grade de bachelier en théologie**. Il i*aconto 
plus tard qu'avant 1502 il avait visité, outre les universités de Fri- 
bourg, de Paris et de Cracovie, celles de Cologne, de Rostock, et 
même celle de Prague „bien qu'elle fût hérétique" **. Il fit ce voyage 



*® IVîe bût 80 blindt in disen sctchen 

Dos du tcenst du kynnest machen 
Wetter^ hagel oder schnCf 
Kinder lemen, dazu me 
^V fjesalbten stecken faren, 
if-tr tcoUens dir nit îeiiger sparen. 
yun ina feur und angezindt, 
Und oh man schon kein Iiencker Jindt, 
Ee das ich dich tcolt Icuaen yan 
Ich tooU ee selber zinden an. 

Narrenbeschtodrunrff ft> m, 3. — Kinder luhmen, paralyser des enfants, est sans douto 
une aUusion de M. à son propre accident. 

** En 1499 il s'et^t qualiô<S àoaacrarum literarum studena Farisenns (v. note 14); 
en 1502 il se dit sacrœ theologiœ bctccalarius Cracoviensin, Titre de la Gemiania tiocra, 
Ind. bibl. 310. 

*2 Oratio ad capU. Solod., fo C, C. 



^ 



LIVRE V. — TUOMAS MURNEU. 217 

à travers rAllemagne et la Bohème, soit en se rendant en Pologne, 
soit au retour. Au commencement de 1502 on le retrouve dans sa 
ville natale. Pendant le carême il fréquenta Wimpheling, qu'aucun 
savant ne pouvait manquer de visiter. Wimphcling Tinvita à des 
repas et lui prêta des livres ; il venait de publier sa Gerniania, dans 
laquelle il soutenait que déjà du temps de Jules César TAlsace avait 
fait partie de TAUemagne. Mumer, après avoir lu ce pamphlet 
bizarre, qui dans un intérêt national altérait la vérité historique, no 
put s'empêcher de le réfuter. Cependant, voulant ménager Wimphc- 
ling, il consentit à ne pas faire imprimer sa réponse-, il en envoya le 
manuscrit au pédagogue, en le priant de le brûler; mais il eut 
soin d'en garder une copie, il n'était pas assez naïf pour supposer que 
Wimpheling se rendrait à ses arguments. 

En juin il fut appelé à Soleure pour assister à un chapitre pro- 
vincial de son ordre'*; il y prononça un discours laborieusement 
préparé selon les règles de la rhétorique du temps. Après s'être excusé 
de prendre la parole devant une si grande foule de frères plus instruits 
que lui, il dit que dans les anciens livres des Arabes on raconte 
qu'Abdallah, roi des Sarrasins, interrogé sur ce qu'il trouvait de plus 
admirable dans le monde, répondit que c'était l'homme; „tâchons de 
nous rendre dignes de cette admiration; nous le pouvons, si nous 
«menons la vie des anges, qui brûlent d'amour pour Dieu, qui brillent 
par l'intelligence, et qui observent la justice ; faisons comme eux, 
nous surtout, les religieux de l'ordre de Saint-François." Ce thème 
est développé dans un langage emphatique et mêlé de citations 
de Cicéron et même d'Ovide. Dans l'édition que Mumer fit de ce 
discours il ajouta une invocation à la Vierge , où il parle avec com- 
plaisance des universités qu'il a fréquentées et des dépenses qu'il a 
faites pour ses études afin de mieux servir la reine du cieP*. Dans 



23 1502 dominica quartn post PciUecosten capituîum cdebratum est Soloduri, in quo 
160 frcUres fuerujit ex 32 domibus provinciœ et 5 doctoreSf et omnia magnifiée per sena- 
htm adminitirata et diaputaiitmes habitue, et proceasio ad S, Ursum et collatio a fratre 
Mumero, Georges Hofmann, lecteur des franciscains de Strasb., assista également 
k ce chapitre. Communicat. de M. de Liebenau. 

** Ce discours est public h, la suite de la Oemiania nova Godecke, Grundrisa 
zur Oesch, der detdschen Dichtung, Ilanuov. 1859, T. 1, p. 202, cîto de Mumer une 
Oratio ad capituîum auperioris jUemaniie, 1515, in-4o. Ne serait-ce pas une confu- 
sion avec le discours do 1502? 



218 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

son ordre il acquît la réputation d*être un orateur de premier rang, 
bien qu'il eût peu de dispositions pour Téloquence d'apparat; dans sa 
harangue de Soleure on sent la gène d'un homme qui, n'ayant pas la 
liberté de ses allures, s'est creusé la tête pour trouver des phrases 
sonores et des images éblouissantes ; la rhétorique solennelle ne con- 
venait pas à cet esprit qui révélait de plus en plus sa particularité. 
Son vrai domaine était la prédication populaire, attaquant hardiment 
les vices et n'évitant ni les gros mots ni les facéties •, en juillet il 
prêcha dans l'église de son couvent, à la façon de Geiler de Kaysers- 
berg, contre les jeunes nobles qui venaient au culte avec leurs chiens 
et leurs faucons, et contre les femmes qui suppliaient les saints de les 
délivrer de leurs maris *^ A la même époque il faisait dans l'école 
des franciscains des leçons sur les poésies de Boëce ** et publia un 
jeu de cartes pour faciliter l'étude des Institutes ^\ Peu après piirut 
son discours prononcé devant le chapitre de Soleure; il le mit à la 
suite de sa Germania nova, qu'il ne crut plus devoir retenir. J'ignore 
si Wimpheling avait détruit le manuscrit qu'il avait reçu ; en tout 
cas il avait voué à l'auteur une de ces rancunes qui lui étaient habi- 
tuelles; aufesi Murner, qui s'en aperçut, passa-t-il outre. Son traité, 
où l'ironie se cache sous les formes les plus respectueuses, marque 
son entrée en scène comme écrivain satirique. Ses courses à travers 
l'Europe, en élargissant son horizon, l'avaient afiranchi de plus d'un- 
préjugé ; caustique par nature, il avait appris à se railler de tout ce 
qui lui semblait faux dans la vie ou dans la science. Pour ne pas 
séparer inutilement ce qui se tient de si près, nous avons analysé son 
pamphlet dans l'article consacré à Wimpheling. Murner avait ce qui 
manquait à ce dernier et à beaucoup de ses disciples, il avait de l'es- 
prit ; on comprend qu'il a dû rire en lisant la Germania. Wîmphe- 

»5 Wîmpheling à Murner, 25 juillet 1502. Defermo Oemi., 1^ b, 3. 

î?6 Versiculi^fo a, 6. Ind. bibl. 61. 

27 Quid 7um audet moiiachus iste loquacissimua qui,., aacratissimas Justiniani institu- 
tiones tn^tissimis depravavit glosais^ née ea re sadatua addidit imagunculas quasdam 
marginihus depictas. Froh nef as ^ ut protinus iam edicta cfesarea appareant chartœ luso- 
rke. Th. Wolf à Albert de Rathsamhausen. Versiculif ft> a, 3. — Murner en con- 
vient; dans une lettre h. Geiler, 1502, îl dit: ... cum prœter me sit nemo, qui Justi- 
niani ca-aaris institutionum libros in tara celeberrima (creberrima'i) variaeset exercitatio- 
num eomm4>da. Defensio Oenn.^ f b, 3. — ... me chartiludium insiitutionum edidutse 
ac pictasmate Justinianeum textum ad facil^m memorandi viam revocasse, Ilonestorum 
poeniaium laudattOf in cap. Excusatio a crimlne lesœ maiestcUis. 



LIVRE V. - THOMAS MURNER. 219 

ling, habitué à etro admiré par son entourage, ne souffrait pas la 
contradiction et ne riait guère; il convoqua le bataillon do ses par- 
tisans pour attaquer son audacieux antagoniste ; mais au lieu de 
discuter la question des limites de la Gaule, on fit tomber la contro- 
verse dans des personnalités peu dignes du maître et de ses élèves. 
On accabla Mumer lourdement, on lui prodigua les noms les plus 
injurieux, on le qualifia à'asinus plumbeus , de cncuUatus dia- 
bohis y de hacccdauretis cacoviensis; pour avoir osé produire une 
opinion contraire à celle d'un vieillard aussi vénérable que Wimphe- 
ling, on le compara à Zoïle, à Erostrate, à Judas ; on mit en suspi- 
cion sa moralité, en disant qu'au lieu d'être religieux par sa vie, 
il ne l'était que par son froc sordide ; on l'accusa d'écrire une langue 
„plu8 puante qu'une sentine", et pour le prouver on releva quelques 
erreurs de plume et quelques fautes d'impression ; on lui reprocha ses 
cartes juridiques comme uu crime de lèse-majesté, on défigura son 
nom en Murnar {Murr, chat, Narr, fou), on se moqua de ses péré- 
grinations. Quelqu'un lui rapporta aussi que Geiler avait blâmé publi- 
quement ses cartes, et qu'en faisant allusion au discours de Soleure 
il s'était permis des plaisanteries sur la nouvelle application de la 
doctrine des anges. Mumer s'en plaignit dans une lettre hautaine et 
peu claire ; il invita Geiler à no plus l'exposer à la risée de la foule ; 
^considérez comme vos fils tous les Strasbourgeois, ils vous vénèrent 
comme leur patron^ *'. Il assure qu'il a entendu de ses propres 
oreilles*® ce qu'il reproche à Geiler d'avoir dit sur son compte; il se 
peut qu'excité par la querelle dans laquelle il était engagé , il ait rap- 
porté à lui-même quelques phrases du prédicateur qui n'avaient eu 
qu'une portée générale ; car on ne peut pas mettre en doute la loyauté 
de Geiler, quand il lui fit écrire par Wimpheling qu'il ne savait pas 
de quoi il se plaignait, qu'il ne lui était jamais venu à l'esprit d'atta- 
quer un homme qu'il connaissait à peine de nom '°. Dans cette lettre, 
assez modérée, se terminant par ces mots : ^accepte avec bienveillance 
la vérité de la part d'un ami", Wimpheling ne dit pas un mot de l'af- 
faire de la Gennania. Du reste, la vente du traité de Murner fut défen- 

»8 Defensio Germ., f9 b, 3- 

^^ Me audiente. L. c. 

'0 26 juillet 1502. L. c. Un texte plus complet, chez Lappenberg, p. 422. 



220 HISTOIRK LITTÉRAIRE DE L*ALSACE. 

due par le magistrat et par l'empereur'*. Mais comme, malgré cette 
défense, les disciples de Wirapheling continuèrent de poursuivre l'au- 
teur de leurs invectives, il s'irrita à son tour ; il publia une réplique dos 
plus mordantes, dont le titre Honestorum poematum laudaiio ne ferait 
pas deviner le but; tantôt grave, tantôt véhément, il y réfute une à une 
toutes les accusations qu'on avait portées contre lui **. Depuis lors il 
ne s'occupa plus de Wimpheling qu'une seule fois en 1506, en four- 
nissant à un pamphlet de Locher une épigramme contre „le vieux 
théologien" qui, monté sur la mule stérile de la scolastique, ose com- 
battre les muses'*'; Wimpheling, au contraire, ne laissa passer 
aucune occasion pour manifester son antipathie contre cet adversaire 
incommode'*. 

En 1503 Mumer est à Esslingen en Souabe, où lors du chapitre 
provincial des franciscains il fait un discours sur l'étrange argument 
scolastique deimi non esse ens, Dieu n'est pas un être ; l'année suivante 
il prêche la même harangue devant le chapitre réuni à Strasbourg, en 
1505 devant celui d'Ueberlingen. En cette dernière année Maximilien, 
chez lequel, depuis l'interdiction de la Gertnania "nova, il avait su se 
remettre en faveur, le couronna poète. Par une lettre du 26 sep- 
tembre 1505 le général des franciscains, Egidius Delphinus d'Amérîa, 
lui permit d'accepter cette distinction ; suivant Delphinus, l'empereur 
la lui avait accordée à cause do son habitude „ d'appliquer les auteurs 
païens à la théologie, afin d'empêcher que la majesté des choses 
divines ne soit rabaissée par un latin barbare^ ". Dans ses leçons de 



^^ De là la raretë du livre. La bibliothèque de Strasbourg ou ayait possëdd un 
exemplaire. M. de Liebenau en a dëcouvert plusieurs dans divers dépôts. Gérard, 
Un alsatique qui n'existe plus, dans le Bibliographe alsacien, 1865, p. 97, croit que 
le trait<^ a été imprimd par Grûninger; d'aprbs la forme des caractères, il est plu- 
tôt sorti de la presse de Hupfuff. Comme Gérard en parle sans Tavoir vu, on com- 
prend aussi qu'il ait pu se tromper dans ses conjectures sur le contenu. 

3' Honestorum poemcUum laudatio. Ind. bibl. 311. 

33 Locher, Vitiosa sterilis rniUe ad musam comparatio. Nureinb. 1506, in-4o, f^ B, 6. 

3* Suivant Rohrich, Zeitschr, fiir hist. Theol. 1848, p. 593, Mumer aurait aussi 
e'ttt de ceux qui ont attaque Wimpheling h cause de son opinion sur le capuchon 
de S. Augustin : welchen Anthcil Murner an dieser Anidage tjchabt, làsst sich nichi 
crmitteln; aber dasi er Antheil gehabt, ist gettùs. Ce n'est nullement sûr, c'est même 
trcs-peu probable. M. pensait trop librement sur les choses extérieures du monu- 
chisme, pour prendre parti dans cette ridicule affaire du capuchon. 

3S Cum... didicerimua... te sacris pocnuUibwt et oratorum leciionibua operam impm- 
disse jidelem, usque adeo quod veterum poetartun d-ogimUa, etsi injideliunif in res theoio- 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 221 

littérature Murner se piquait d'être humaniste orthodoxe ; c'est comme 
tel qu'il fut créé poète lauréat; et non pour un de ses poèmes alle- 
mands qui à cette époque n'existaient pas encore '°. Autorisé selon la 
coutume à prendre des armoiries^ il choisit pour devise le mot patientiaf 
qu'il inscrivit sur une bande jaune^ surmontée d'une couronne et tra- 
versant un écu dont la partie supérieure était blanche et qui en bas 
était noir. Il voulut montrer ainsi que, harcelé de divers côtés^ il se 
sentait au-dessus de ses adversaires quels qu'ils fussent ; la couleur 
noire devait signifier les tribulations, la blanche l'innocence que J)ro- 
cure la patience, la jaune la couronne de justice qu'il ne doutait pas 
d'obtenir ". 

Comme il avait encore à prendre ses grades supérieurs en théo- 
logie, il se rendît à Fribourg, où le 26 mars 1506 il devint licencié ; 
le lendemain on lui conféra le chapeau de docteur. Il fit un essai dans 
cette université d'enseigner la logique d'après un jeu de cartes , mais 
n'eut que peu d'élèVes ; il prétend toutefois que sa méthode leur pro- 
fita beaucoup ^^. En même temps il expliquait des poètes et des ora- 
teurs classiques. A peine eut-il commencé ces leçons qu'il dut les 
interrompre. Dans sa lettre du mois de septembre 1505 le général des 
franciscains l'avait invité à paraître au chapitre général de l'ordre, 
convoqué à Rome pour la Pentecôte de l'année suivante ; l'objet de 
cette assemblée était le rétablissement de l'union des deux branches, 
les conventuels et les observants ; Murner devait exposer ce qu'il 
croirait utile à ce but ^*. Il n'eût pas été le frère Thomas que l'on 
connaît, s'il ne s'était pas conformé à une invitation aussi flatteuse, 

gicas assoleas cammtUare, pervers am exisiimana latinitatenij qua divina maieatas conia- 
minaretur.,. A la suite du traite De reformcU. poetarum. 

3* Lappenberg) p. 393. et Kurz, Mumers Oedicht vom luth. Narren^ Zurich 1848, 
p. XXXIX, supposent que M. s'est remis en faveur auprès do Maximilîen, par 
Tune ou l'autre de ses satires allemandes que Tempercur aurait vue en manuscrit 
on dont il aurait existe une édition que Ton ne retrouve plus. Mais ces poèmes 
sont positivement d'une date postërieure. 

*^ Arma patienHœ, Ind. bibl. 315. 

88 Préface du ChartUudium logicœ, éd. de Cracovîe. 

39 Dans la ReformaHo poetarum la lettre du général H M. est datée par erreur 
de 1506. Le chapitre ftit convoqué par Jules II le 5 juillet 1505; il se réunit en 
1506 dans les derniers jours de mai. H ne fit pas Tunion des deux branches do 
Tordre, mais déposa le général, qui mourut peu après. Wadding, Annales minorum. 
Rome 1736, fo T, 15, p. 300, 311. 



222 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

lors même qu'il n'eût pas été de son devoir de se rendre à Tappel de 
son général. L'historien des frères mineurs ne parle pas de motions 
qu'il aurait faites devant le chapitre tenu le 31 mai 1506; il ne men* 
tienne pas même sa présence, mais on ne saurait douter qu'il ait 
assisté à la réunion ; on a la preuve qu'avant 1512 il a été en Italie 
et qu'il a passé par Montefiascone; or cette ville n'est pas très-éloignée 
de Rome ; soit on allant, soit en revenant, il paraît aussi avoir visité 
Venise *°. Il reprit ensuite le chemin de Cracovie ; là il fit un cours 
sur les Parva logicalia de Pctrus Hispanus. Craignant d'ennuyer les 
élèves par des leçons abstraites , et peu enclin lui-même à en faire, il 
avait réduit la logique en un jeu de cartes, comme il en avait fait un 
sur le droit*'. D'après cette méthode, disait-il, il suffisait à peine 
d'un mois pour initier même les plus ignorants à tous les secrets de la 
science. Il eut plus d'auditeurs qu'il n'en avait trouvé à Fribourg. 
Comme il désirait garder le monopole de son invention, il leur fit 
jurer de ne pas la révéler pendant deux ans. Cependant le bruit de 
ses succès s'étant répandu , l'université soupçonna qu'il y avait là de 
la magie ; Mumer fut cité, il montra et expliqua son jeU; on l'admira, 
on trouva qu'au lieu d'un génie magique l'auteur avait un génie divin; 
on le reçut solennellement membre de l'université, avec un traite- 
ment de 24 florins de Hongrie ; le professeui' Jean de Glogau, qui lui- 
même enseignait la logique, lui délivra un certificat constatant son 
orthodoxie et l'excellence de son procédé**. Comme désormais le 
secret sur ses cartes n'était plus possible , il les publia à Cracovie, fin 
février 1507 *^ 

A Fribourg, où on le retrouve en 1508, il fit, devant un auditoire 
do laïques et de moines , un cours pour recommander, de préférence 
aux poésies profanes, les pudica poemata des auteurs ecclésiastiques ; 

^0 AU mir der eîner êelber that (un Wale^ c.-à-d. un Italien) 

Zu Monteflaschkon in der stcU. 

XarrenleschworuTiff, f^ v, 5. — Dans la Geuchmatt, fo D, 3, il parle de la manière 
dont s^arrangent les olëgants de Venise pour avoir Tair de porter des chemiscB 
blanches. 

*i Prëf. du ChaHil. logicœ. 

^' Ce témoignage, publie dans les différentes ëdit. du Chartil. îog.y est reprodnit 
par Menestrier, Biblioih, curieuse et iTistructive, T. 2, p. 186, et par Marchand, Dic- 
tionnaire historique, T. 2, p. 95. 

*» Tnd. bibl. 312. 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 228 

il développa surtout la pensée que les prêtres séculiers et que les reli- 
gieux voués à la contemplation doivent s'abstenir de la littérature 
païenne^ mais que les moines mendiants ont le droit de s'en occuper; 
il interpréta lui-même à ceux de son couvent les œuvres de Virgile. 
Dans ces diverses leçons il exprimait ses opinions avec une véhé- 
mence qui choquait quelques-uns des assistants ; il s'excusa en disant 
qu'il serait heureux si; dans le cas qu'il s'était trompé ^ on le rame- 
nait à la vérité, ce serait faire envers lui une œuvre de miséricorde ; 
Je suis Murner, je ne suis pas Œdipe; je suis homme, je puis tomber 
dans l'erreur"**. Il se serait épargné bien des querelles, s'il était 
resté fidèle à ce principe. A Fribourg même il eut un conflit avec le 
professeur Zasius, qui, lui aussi, avait enseigné la littérature latine et 
qui partageait les vues de Wimphelîng sur les poètes païens. Murner, 
désirant publier ses leçons , mais se rappelant qu'à propos de la Oer- 
mania nova on avait accusé son latin de barbarie , voulut se couvrir 
cette fois-ci de l'autorité d'un savant que Wimpheling ne pouri'ait pas 
récuser ; il pria Zasius de revoir son œuvre ; Zasius lui répondit 
qu'elle lui semblait suffisamment élégante pour n'avoir pas besoin de 
correction, que du reste ses occupations ne lui avaient pas permis de 
lire le manuscrit tout entier; toutefois il en avait vu assez pour s'aper- 
cevoir que Murner défendait une opinion qu'il trouvait insoutenable ; 
les prêtres, dit-il, peuvent lire les poètes quand ils sont jeunes, plus 
tard ils doivent les éviter; à plus forte raison les religieux sont-ils 
tenus de fuir les auteurs profanes ; Murner fera bien de ne pas leur 
recommander de les étudier quand ils ne l'ont pas fait dans leur jeu- 
nesse. Murner, satisfait d'avoir obtenu une constatation de l'élégance 
de son latin, persista dans sa manière de voir ; il l'exposa dans une 
lettre assez longue**. Ses leçons sur Virgile n'étaient consacrées qu'à 
l'interprétation grammaticale et prosodique ; il lui suffit du court 
espace de seize semaines pour expédier toute l'Enéide. Quand on lui 
reprocha de ne mesurer que la quantité des syllabes et de ne rien 
faire sentir de la,poeti€a majestas, il répliqua qu'un exégète gramma- 
tical ne pouvait guère s'occuper d'autre chose *^. Quant à la prosodie, 

** De reform. poetarum, condusio. 

^^ Ind. bibl. 313* M. ajouta sa correspondance avec Zasius; sa repense à ce 
dernier est insërëe presque en entier dans le traite même, chap. 11 et suiv. 
*<*' De syUaharum quantUatibus^ f b, 4, Ind. bibl. 318. 



224 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

il s'amusa à renseigner aux étudiants en se servant d'un échec, d'un 
trictrac et d'une roulette*'. Il prépara une nouvelle édition de son 
Chartiludium logicœ*^, et acheva un ouvrage entrepris depuis quelques 
années pour montrer l'usage qu'on devait faire de ses cartes juri- 
diques *'. 

Des raisons que nous ne connaissons pas éloignèrent Mumer de 
Fribourg. Au commencement de l'année suivante il fut à Worms, où 
en avril l'empereur vint présider une diète; il entretint le prince de 
son projet d'écrire un livre dans lequel il conjurerait les fous ; Maxi- 
milien, qui aimait les gens d'esprit, ne put que l'approuver***. De 
Worms Mumer vint à Berne. Ce voyage fut motivé sans doute par la 
curiosité d'assister au procès des quatre dominicains qui avaient 
organisé avec le tailleur Jetzer la scandaleuse comédie contre les par- 
tisans de l'immaculée conception. Ce procès avait commencé en 
1508 ; Mumer, moine franciscain et défenseur de la doctrine contro- 
versée, aura voulu se procurer le malin plaisir de voir condamner des 
religieux d'un ordre rival du sien ; tel qu'on le connaît cette supposi- 
tion n'a rien de contraire à la vraisemblance. A Berne il s'établit au 
couvent des frères mineurs, où l'on profita de son séjour pour le 
charger des fonctions de lecteur''*. Le procès terminé, rien ne le rete- 
nait plus en Suisse ; il rapporta à Strasbourg un traité sur l'affaire 



47 Ind. bibl. 316, 317, 318. 

48 Cette ëdîtion est dddiëe à Jean Adelphus, qui en avait corrige les épreuves 

4!> Il ressort de la lettre de Th. Wolf, cîtdc note 27, qu'en 1602 on ne connais- 
sait pas seulement ses cartes juridiques, mais un ouvrage, probablement manuscrit, 
où les Institutes dtaient accompagnées de gloses et d'^imaguncnke in fnarginibuê 
depictWy de telle sorte que les lois apparaissaient comme des carttv lusorùe. Dans 
la préf. du ChartU, hij.y M. assure que le Chartil. InstUutw <5tait également prêt h 
être publié. 

^^ C'est ainsi que je crois devoir expliquer le passage de la Narrenbesckwvrung, 
ff> b, 4 : 

Min fryliext sag ich in voran 
Die %ch von unserm Keiser han 
Erholet Maximilian 
Der mire zu Wurma uff einem tag 
Erloubt dos ich euch schinden mag. 

On a pensé qu'il y avait dans ces vers une allusion à la couronne de poète don- 
née à Mumer en 1505, mais en 1505 il n'y avait pas eu de diëte à Worms. 

6* Jung, o. c, T. 2, p. 249, note 20, d'après des annales manuscrites des frères 
mineurs do Strasb., de 1501 h 1510, rédigées par le receveur du couvent, Martin 
Stauffenbcrgcr. Ces annales avaient appartenu h la bibliothèque de notre ville. 



k 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 225 

que, bien qu'il ne soit pas signé , on ne peut pas hésiter à lui attri- 
buer; il est conçu dans son esprit et écrit dans le style qu'il recher- 
chait quand il voulait être solennel ^^. La dédicace est adressée aux 
magistrats de Berne, qui ont su empêcher le monstre de Thérésie de 
faire chavirer la barque de l'Eglise ; l'auteur ne veut pas raconter les 
faits par haine pour les victimes ; il ne prend la défense du saint-siége 
odieusement outragé que parce qu'il y est obligé par son vœu d'obéis- 
sance ; à côté de sorties violentes contre les dominicains il y a de 
grands éloges décernés aux franciscains ; le récit remonte jusqu'aux 
démêlés du très-célèbre docteur Brant avec Wigand Wirt, et se termine 
par le supplice des frères prêcheurs do Berne, „afin que par cette 
lamentable histoire le lecteur apprenne à croire que la Vierge a été 
conçue sans aucun péché de ses parents". Ce traité „des quatre héré- 
siarques" parut sans date , mais probablement dans la seconde moitié 
de 1509 ; pour le peuple Murner en fit une traduction en rimes alle- 
mandes *'. Vers la fin de 1509 il remit à l'imprimeur Jean Schott les 
leçons qu'il avait faites à Fribourg sur les poètes '*. Schott le remercia 
de la façon admirable dont il avait traité la matière, mais lui demanda 
si des moines mendiants pouvaient être décorés du laurier poétique. 
Murner lui répondit que, l'honneur étant le prix de la vertu, le capu- 
chon n'empêchait pas les religieux de recevoir du prince une récom- 
pense méritée ; chez eux la poésie n'est que la servante de la théologie ; 
pour l'en convaincre, il lui communiqua la missive du général qui 
l'avait autorisé à accepter la couronne; il le pria de la publier, comme 
utile à sauvegarder les droits de l'ordre. C'est accompagnées de ces 
lettres que les leçons furent imprimées sous le titre de Réformation 
des poètes d'après saint Augustin et saint Jérôme ; Murner dédia le 
volume à Locher, tout en n'ignorant pas que la thèse qu'il défendait 
n'était pas celle de cet humaniste si indépendant. 



^^ Ind. bibl. 314. Déjà du vivant de Marner on savait quUl ëtait ranteur de co 
traite. Dans ano des Epistolœ ohscurorum virorum, p. 339, on lit : £t dixit de dodore 
Murner.,, quod ipse composuil unum librum de scandalis prœdicatorum. Y. Tarticle sur 
Brant et le Ohronicon Fellicaniy p. 38. 

^3 Ind. bibl. 314. La preuve que cette traduction est de Marner lui-même, c^est 
qu*on y rencontre des proverbes et des vers entiers qui se retrouvent dans ses 
autres poèmes. 

«^* Ind. bibl. 313. 

Il 15 



226 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



CHAPITRE IL 

Séjour à Francfort. — Mumer et le couvent des franciscains de Strasbourg. 
Voyage en Italie et â Trêves. — Doctorat en droit â Bâle. 

Après avoir fait la publication dont il vient d'être parlé, Mumer 
devint gardien du couvent des franciscains de Spire; c'est comme tel 
que le 3 mars 1510 il assista au chapitre tenu à Strasbourg; cette 
assemblée élut aux fonctions de provincial le frère Georges Hofmann **, 
dont Mumer avait fait un brillant éloge dans son discours de Soleure 
et dont bientôt il se plaindra comme d'un persécuteur. En 1511 il 
prêcha TAvent à Francfort. Comme il supposait que pendant la foire 
de Pâques les affaires et les distractions empêcheraient le peuple de 
songer „avec la dévotion convenable" à la Passion, il voulut profiter 
des semaines avant Noël pour faire une suite de prédications, pré- 
parant les auditeurs à mieux observer le temps pascal prochain. Afin 
de les attirer, il mêla à ses sermons des anecdotes et des facéties. Ce 
genre, qui paraît avoir été nouveau à Francfort, fut blâmé des uns, 
tandis que d'autres en furent si émerveillés qu'ils en répandirent le 
bruit dans les villes voisines; à Mayence „mille oreilles" désiraient 
entendre un prédicateur aussi original. Un Francfortois, que Mumer 
avait connu à Fribourg, Philippe Keilbach, maître es arts, n'ayant 
pas pu assister à ses sermons, lui demanda une copie du premier qu'il 
avait prononcé '*. Mumer lui en envoya un extrait latin sous forme 
de lettre. Le sujet était: les armes de la patience, c'est-à-dire ses 
propres armoiries expliquées allégoriquement; ce bouclier, dit-il, qui 
jusque-là l'a défendu contre les assauts de ses adversaires, peut 
rendre le même service à tous ceux qui sont dans la tentation ou 
dans l'adversité. Il convint que dans ses prédications il a été facé- 
tieux; pour s'en justifier, il en appela à l'exemple de Geiler de Kay- 
sersberg, mais dans le résumé des Arma patienticCy qu'il fit publier 

^^ L^acte de rcHection, signé aussi par Jean Pauli, gardien da couvent de Strasb., 
se trouve aux arch. de Lucerne. 
^^ Keilbach est cité parmi les reuchlinistes. Ep. ohsc. vir., p. 328. 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 227 



par son frère Béatus^ imprimeur à Francfort, il eut soin de supprimer 
ce qui aurait pu choquer des lecteurs trop scrupuleux; il n'y a 
d'étrange que l'allégorie ". 

A Francfort il s'occupa aussi d'hébreu ; il avait appris cette langue 
tout récemment, on ne sait où '*. Toujours plein de projets, dont plus 
d'un devait dépasser ses moyens, il avait résolu de défendre les com- 
mentaires bibliques de Nicolas de Lyra contre les corrections qu'y 
avait faites l'évêque Paul de Burgos. Nicolas avait eu de bonnes con- 
naissances hébraïques, mais Paul, juif converti, en avait eu de meil- 
leures encore, Nicolas ayant été franciscain, Murner crut qu'on lui 
devait une réparation d'honneur, en démontrant qu'il ne s'était pas 
trompé dans ses explications de l'Ancien Testament. On ne sait si son 
propre honneur eût gagné beaucoup s'il avait exécuté ce projet ; il 
l'abandonna, pour le moment, dit-il, mais probablement pour tou- 
jours ^^. Il y renonça pour satisfaire à une demande des frères mineurs 
de Francfort; ceux-ci l'avaient prié de traduire en allemand vingt- 
quatre petits traités hébraïques, qui étaient sans doute autanf de 
pièces tirées d'un des livres de prières dont se servaient les Jui&. 
Sous cette demande se cachait le vieil antagonisme entre les francis- 
cains et les dominicains; on était au commencement de la querelle que 
les moines et les théologiens de Cologne avaient suscitée à Reuchlin ; 
les frères mineurs ne pouvaient pas soutenir une cause que défendaient 
leurs rivaux; ceux de Francfort, sans se prononcer ouvertement pour 
le savant wurtembergeois, voulaient savoir au moins ce qu'il y avait 
dans ces livres juifs dont on réclamait la destruction. Murner, per- 
suadé que ni les israélites ni les chrétiens ne pourraient s'en offenser, 
fit la traduction et en forma deux brochures, l'une sur la célébration 
de la Pâque, l'autre contenant des formulaires usités lors des repas, 

*7 Arma pattentiœ. Ind. bibl. 315. 

^^ Dans la lettre citëe dans la note suivante, Marner dît qu*il n*a pas appris 
Thébrea dans sa jeunesse, mais vespere. Plus tard il s'en vantait. Dans un pamphlet 
ëcrit contre lui à lYpoque de la Rëformation, on lui prête ces mots : Pœdagoffum 
me prcfficite liherisy grœce quo Uloa doceam, et si velu hebraice etiam et chaldaice^ toti- 
dem enim lir^tLoa caUeo. Auctio luiheromaatigumy à la suite du LevicUhan , 2^ éà. — 
JEr hat uns selbst enibottenj er wisse mehr hebrâlscJi und andres im kleinen Finger^ weder 
wir im ganizen Leib. Capito, EntschtUdigung an den... Bischoff zu Strassburg, 1523, 
in-40, f^ G, 4. 

^^ Lettre aux franciscains de Francfort, 1512, servant do prdfacc au Bitus paschœ^ 
Ind. bibl. 319. 



228 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

lors du décès d'un membre de la communauté; et quand la nuit on a 
des songes inquiétants ®®. La version n'est ni très-littérale ni toujours 
très-exacte, mais elle prouve que Murner ne se vantait pas tout à fait 
à tort de ses connaissances hébraïques et qu'il était plus libre de pré- 
jugés que les HochstrateU; les Ortwin Gratins, etc. Les deux bro- 
chures furent imprimées par son jfrère Béatus. 

D'après un pamphlet publié contre lui dans les premières années 
de la Réforme, il aurait été à Francfort dès avant de revenir à Stras- 
bourg en 1502, et à cette occasion il aurait attaqué en chaire le domi- 
nicain Wigand Wirt®*. Il n'est pas impossible que lors de son grand 
tour à travers l'Allemagne il ait passé aussi à Francfort, mais s'il a 
prêché contre Wirt, il ne l'a fait sans doute qu'en 1512, l'année 
même où ce dernier fut obligé de rétracter publiquement ses invec- 
tives contre Sébastien Brant et contre les autres défenseurs de l'im- 
maculée conception. 

Le séjour de Murner à Francfort est surtout important parce que 
c'est là qu'il composa ou acheva deux de ses poèmes satiriques, la 
Corporation des vauriens, Schelmenzunft^ et la Conjuration des fous, 
Narrenheschwôrung. Il dit que d'abord il en rédigea un texte grave, 
ne contenant pas de facéties, et que sur ce texte il fit à Francfort des 
prédications, semblables peut-être à celles de Geiler sur la Nef des 
fous de Brant®*. Les rimes allemandes qu'il fit sur les mêmes sujets 

60 Ind. bibl. 319, 320. 

61 Leviathariy f> a, 3. 

6* Schelmenzunft; Narrenheschwôrung, Ind. bîbl. 321, 322. — La Schdmenzunft : 

Die ich zu Frankfurt an dem Mayn f^ k, 6. 

Anfengklich dichiet zu lateinj 

Daryn dufindat das ich auch kan 

Emsten wo es fug man han. 

Das findstu cîârïieh zu latyn 

Wîe emstigklich myn schympff tool syn^ 

Zu Frankfurt hab ich an dem Mayn 

Diss huch heschriben zu latein 

Und zu tûtsch darzu geprediget. 

Narrenb., f» y, 6. — Le premier des deux poèmes pariût être fait avant le second; 
parlant dans ce dernier des ivrognes, fo f, 1, il dit: 

Jch musz das uff myn eidt veriehen, 

Wer nit so grosse bitt aeschehen 

Ich hett sy gsetzt in dte Schelmenzunfft, 

Et dans la prëface de la Oeuchmatt, f° b, 1 : 

Ich sirafft sy vormals mit yoemunfft 
Und setzt sy in der schelmenzunjp, 
Noch deten sy uff schand verliarren 
Bisz ich beschwur die selben narren. 




LIVRE V. — THOMAS MURNER. 229 

trahissent en plusieurs passages leur origine francfortoise ^^ ; elles 
témoignent en même temps pour la première fois de son talent pour 
la satire populaire. Ces deux poèmes eurent le même retentissement 
que le Narrenschiff; en peu d'années il en parut plusieurs éditions. 
En 1513 un agent impérial, Jean Mue, venu à Strasbourg pour des 
affaires diverses, avait aussi la mission de s'informer du docteur qui 
avait fait „ l'autre Nef des fous"; cela ne pouvait être que la Narren- 
beschwôrung; il devait prier le magistrat de l'envoyer à Maximilien, 



V. aussi ib., £*> C, 1 . — Herdegen, auteur d'un Schediasma de Th, Mumeri lofftea 
memorativaj Nuremb. 1739, in-fo, p. Z, cite une édition de la Narrenb., Bftle 1506. 
Waldau, p. 51, et Panzer, AnncUen der àltem detUêchen Liieraturf T. 1, p. 347, ne 
la connaissent pas et pensent que Herdegen a confondu le livre de Mumer avec 
le Narrenschif de Brant, réimprime à Bâle en 1506. Gomme dans le LtUheriêcher 
NarVf fo B, 3, Mumer dit : 

Ich hab vor Jiertzehen ganzen ioren 
Allein die kleinen Nàrrlin beschworeUf 

Kurz, dans son introduction à cet ouvrage, p. XXXVIII, pense que la Narrerib. 
pourrait bien avoir paru en 1506 ; le Luth, Narr fut publié en 1522, mais rien n*em- 
pêche, selon Kurz, d*admettre qu'il était commencé dès 1520; 1520 moins 14 = 1506, 
donc une édition de 1506 est vraisemblable, et c*cst à cause d'elle que M. fut 
créé poète lauréat. Nous avons prouvé que cette distinction lui fut décernée 
pour d'autres motifs. En outre, le Luth. Narr n'a pas pu être commencé dès 1520; 
il n'est pas seulement inspiré à M. par les pamphlets de 1520, mais aussi par les 
XV Bundsgeiiosaeny qui ne sont pas antérieurs à 1522. Les quatorze ans dont parle 
M. ne sont pas à prendre à la lettre. S'il avait écrit la Narreiib. en 1506, il fau- 
drait que la Schelmenzunft eût existé dès cette même époque, et il faudrait sur- 
tout que M. eût été à Francfort avant 1511. On a vu plus haut que d'après le 
Leviaihan il aurait été dans cette ville en 1501 ou 1502, mais que ce qu'on raconte de 
ses controverses avec Wigand Wirt est improbable. Il se peut que pendant son 
voyage pour fréquenter les universités, il ait passé aussi par Francfort, mais ses 
deux poèmes supposent un séjour assez long. D'ailleurs, comme simple étudiant 
il n'aurait pas pu prêcher comme il prétend l'avoir fait. On sait par ses Arma 
patientiœ qu'il débita à Francfort une suite do prédications facétieuses; il donne 
à Philippe Keilbach l'assurance que quantumcungue humana re et serioso Joco mië- 
ceantur^ elles étaient fondées sur les Saintes-Écritures; c'est de cette nature qu'ont 
dû être ses sermons sur la Conjuration des fous. L'édition de ce livre de 1512 me 
paraît donc être la première ; je persiste dans cette opinion aussi longtemps qu'on 
n'aura pas trouvé un exemplaire de 1506. 

^^ TM diitsch nenn ichs ein scTielmenstUck, 

^ Frankfurt nennt mans btdfentandt, Schelmenzunfi, fo a, 2. 
Dos seindfiirwar die nassen knaben 
Die zu lohn funff schilling haben 
Zu Frankfurty die in anderm kmd 
Butzbacher kneeht werden gênant, 

O. c, fo d, 3. — Dans la Narrenb. un usurier dit: Zu Frankfurt heiesents wir den 
stichj ft> q, 3. 



230 HISTOIIIE LITTKHAIUE DE L'aLSACE. 



qui pourrait se servir do lui ®*. On connaît le goût de rcmpercur pour 
ces sortes de publications; il avait une vive affection pour Brant, il 
ne devait pas en avoir une moindre pour Murner ; s'il chargea son 
envoyé de s'informer de lui, c'est qu'il n'ignorait pas sans doute qu'il 
changeait incessamment de résidence. Le moine se rendit-il à la 
cour ? on pourrait le supposer d'après le titre de chapelain impérial, 
qu'il ne se donne, il est vrai, que deux ans plus tard •*, mais que rien 
n'empêche de faire remonter à 1513; Alaximilien le lui conféra en 
témoignage de la- satisfaction que lui avaient procurée les deux satires. 
Murner était revenu à Strasbourg dès 1512 ®®. Un chapitre provin- 
cial, tenu à Nôrdlingen le 10 juillet 1513, le choisit pour être gardien 
du couvent de notre ville. Plus rieur que sérieux, remuant, plein 
d*amour-propre, il manquait de toutes les qualités que ces fonctions 
auraient exigées; bientôt après on l'accusa de se conduire en despote, 
d'avoir renvoyé sans motif plusieurs employés et dépensé en un an 
une somme de 500 livres dont il ne pouvait pas rendre compte. Sur 
ces plaintes, le chapitre réuni à Strasbourg le 14 mai 1514 le déposa, 
et les administrateurs laïques du couvent le firent appeler devant eux. 
A l'entendre, il n'eut pas de peine à se disculper ; ce n'était que par 
rancune, dit-il, que le provincial et d'autres frères le persécutaient*'. 
Au milieu de ces ennuis il ne cessait d'écrire. Son voyage à Franc- 
fort pendant l'hiver de 1511, sur un bateau du Rhin, lui avait attiré 
une maladie; au printemps suivant il avait cherché la guérison dans 
un lieu de bains ®*. Pendant ce séjour, qui le condamnait à l'oisiveté, 



64 Wencker, Apparatus archivorum, p. 16. 

6!> ... deiner weUen fiirskhtigkeit als yejlissener Caplwu Dddicaco à Maximilion do 
TEnëide, 1Ô15. Waldau, p. 110, est d'avis de ne pas prendre cela au sërieux; mais 
comment M., s'adressant à Tenipereur lui-même, aurait-il pu se dire son chapelain, 
s*il ne Tavait pas éié*i 

66 D*aprës VAuctarlum scriptorum ecdenast, du prieur de Laach, Jean Butzbach, 
M. habitait encore en 1513 le couvent des franciscains de Francfort. Bôcking, 
Supplem. opp. Hutteniy T. 2, p. 425. Il est plus probable qu*il dtait ddjà revenu à 
Strasb., ce que Butzbach a fort, bien pu ignorer. 

^7 V. sa protestation ci-dessous, note 75. 

^^ Ich fur yen Franckfurt vff dem Hein, 

Va viel ein solich iretter ynn 
Dos ich 80 (/antz erfroren bin. 

Oeiatlich liadcnfarty f*^ c, 3. II se rendit dans un Met/enbad, o. c, fo O, 4, un bain 
comme Hadcn-Baden, où l'on allait aussi au printemps. 



LIVRE V. — THOMAS MUllNEU. 231 

^» ... I ■ - -^ ^.-,■.^l■■-l ■■»■ ■ ■ ■ «l^ll» ■■■ ■ ■■■■ I ■■■!■» — ^^— ^^B^ — ■ ■^■— M^— — ..Il »-^ 

il fit un poème intitulé : Eine geistUche Badenfahrt, allégorie des plus 
singulières avec la prétention d^étre édifiante. Ce livre parut en 
1514*^^. En 1515 suivit Die Mule von SchwinddsJieim''^y qui, à de 
certains égards, est une de ses satires les mieux réussies. Un autre 
ouvrage du mémo genre. Die Geuchmatt, contre les mœurs eflféminées 
des contemporains, était prêt dès 1514. Mumer en vendit le manu- 
scrit pour 4 florins à l'imprimeur Hupfuflf "'*. Les franciscains eurent 
Timprudence de prétendre que, par vengeance, il les visait directe- 
ment dans cette pièce, dirigée contre ceux qui se laissent séduire par 
les femmes; ils s'en plaignirent au magistrat, qui délégua deux de 
ses membres pour examiner Touvrage et pour avertir Hupfuff de ne 
rien publier contre les moines ''^. Le manuscrit ayant été remis à 
Vammeister^ Murner s'adressa à Brant, qui était chargé de la censure; 
il lui déclara qu'il ne voulait offenser personne en particulier et que 
son livre n'avait d'autre but que de châtier l'immoralité générale; 
comme l'imprimeur redemandait soit la copie soit les 4 florins, il 
supplia Brant de lui faire restituer son œuvre, qu'il tâcherait de 
vendre ailleurs ". Elle lui fut rendue, mais il ne put pas la publier 
chez nous. 

Plein de dépit il quitta Strasbourg, fit un voyage en Italie, s'arrêta 
à Bologne, se chargea à Venise de l'instruction de quelques jeunes 
gens, mais dut revenir à cause du mauvais état de sa santé'*. Le 

69 Ind. bibl. 233. 

70 Ib. 324. Cet ouvrage parut sans nom d*autour, mais on savait qu^il était do 
M. Il est mentionné dans des pamphlets du temps de la Réforme; dans le Dialog 
zwischen aim pfarrcr und aim schulthaisz j etc., s. 1. et a. , in-4<>, on lit, fï E, 3 : 
Mumer.., hat herfiir gébracht die hoch ergriindien leerj mit namen die Narrenpachwe- 
rung, die Schelmemunfi, der Chreth Mullerin jahrtag, auch den Ulenspygelf und andre 
sehXme biichle mer. De même dans la NoveUa^ s. 1. et a, in-A^i AUeding er zu dem 
b'ôsten kort — Als das gar mancher wol hat gliôrt — In der MuUerin von Sckwindels- 
heim. Du reste, on n'a qu'à lire deux pages du livre et à les comparer à deux quel- 
conques d'un des poèmes jBÎgnés de M., pour se convaincre qu'il est l'auteur. 

^^ Wencker, CoUecta archivi jura^ y . 143. 

7* 1514. Der ammeister hringt an, %cie der Guardian zu den Barfussen klag, wie 
Murner tcider aie by Hwpfvff drucken lasse... Ist erkant dass man Hupfuff beschick mit 
derselben matery fiirzukummen... Item. Zu Hupfuff die Geuchmatt besichtigen soU Peter 
Museler und Hofmeister (membres du conseil); ihnen gesagt, hat er eiwas das wider 
die MUnch sey, soll ers nit drucken. Brants Antialen. 

7'^ Wencker, Collecta arch. jura, p. 143. 

' * Dans sa protestation du 18 août 1515, il assure qu'il est revenu h Strasb. usz 



*232 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 



15 août 1515 il écrivit à Strasbourg une épîtrc à Maxiinilien pour lui 
dédier sa traduction de FEnéide en rimes allemandes, dont, dît-il, il 
avait soumis le manuscrit à la correction de Peutinger. Trois jours 
après il publia, sous forme de placard, une protestation contre le pro- 
vincial et contre le nouveau gardien de Strasbourg'* ; il y raconte ses 
démêlés avec eux, expose les reproches qu'on lui faisait,' et se dit 
prêt à défendre la justice de sa cause devant Tévêque et le magistrat, 
et jusque devant l'empereur et le pape. On ne peut pas douter de la 
sincérité de ces déclarations , mais peut-on se figurer Murner , facé- 
tieux, inconstant, plus habitué à courir le monde qu'à maintenir 
l'ordre et la discipline dans une corporation monastique, peut-on se le 
figurer comme gardien d'un couvent? Il a dû y avoir mille causes 
d'inimitié entre lui et les frères. Un de ses travers était de se croire 
capable de tout ; il ne comprenait pas qu'il était peu fait pour ces 
fonctions de surveillant, dont il se plaignait d'avoir été injustement 
dépouillé. 

Sans attendre l'effet de sa protestation , et sans donner suite à son 
offre de se justifier devant les autorités ecclésiastiques et civiles, il 
partit brusquement pour Trêves. Au mois de novembre il annonça 
dans cette ville un cours sur les Institutes, en promettant de les 
enseigner en quatre semaines, toujours au moyen de ses cartes "'*• 
C'est le seul renseignement positif que nous ayons sur sa présence à 
Trêves pendant l'hiver de 1515. L'auteur d'un pamphlet qui lui est 
hostile le fait raconter lui-même, qu'ayant machiné quelque chose 
contre les chanoines de la cathédrale, il fut obligé de fuir afin de 
n'être pas jeté dans la Moselle". Dans une des JbJpi^olœ ohscurarum 
virorum, qui est censt^^e datée de Trêves'*, le personnage auquel on 
l'attribue raconte au contraire qu'on craignait que Murner, venu 
récemment en cette ville , ne s'efforçât de gagner les chanoines et les 
autres clercs pour la cause de Keuchliu. En effet, il passait alors pour 
un ami de Reuchlin , on prétendait même qir'il avait écrit un livre 

den ucelscJien landen. C'est donc en 1514 ou dans la première moitid de iblb qu'il 
a fait ce voyage en Italie. 

76 Publie par extrait par Rohrich. ZeiUclir, 1848, p. nSS. 

78 TrUimatio facta in universUate Treinreruti in die S, Andreœ apostoli (30 nov.); au 
verso du titre du Chartiludium InstUutœ. Ind. bibl. 327. 

77 Leviathan, f« a, 4. 

78 Epp. obuc, vir., p. 189. 




233 



pour sa défense "■ On a vu qu'il avait l'esprit assez ouvert pour ne 
pas condamner les études liébraïques ; son traité eur les dominicains 
brûlés à Bcmo avait prouvé son peu de sympathie pour l'ordre des 
frères prêcheurs; il aimait d'ailleurs k prendre parti dans toutes les 
querelles ; on peut donc admettre qu'il s'était déclaré pour la caose 
reucliliniste, et que c'est peut-être pour l'avoir plaîdée trop haut qu'il 
s'était fait à Trêves des enuemiB , auxquels il voulait échapper en 
quittant la ville. C'était sa coutume, quand il avait un ennui, do 
changer de lieu. Il revint dans son couvent de Strasbourg*", mais 
son impatience ne lui permit pas d'y rester longtemps. 

En 1518 on le trouve à Bâle, pour y compléter ses études sur le 
droit romain", ^n même temps, désireux de se produire, il demanda 
à faire pendant les vacances des leçons d'hébreu qu'il pourrait 
achever en quatre ou ciuq semaines; il annonça que si on ne le lui 
accordait pas, il s'absenterait momentanément de la ville". Il ne 
paraît pas qu'on ait accepté son offre ; il n'y a pas do trace d'un 
enseignement d'hébreu qu'il aurait fait à Bâle; on commençait à se 
métier de la science d'un homme qui prétendait tout savoir. Avant le 
mois d'avril 1519 il reçut le grade de licencié en droit"; il expliqua 

, p. 27B. Ce livra a-t-il 

B" Avant l'ouvrage de Waldau la biographie de M. était û peu connue que JUcher, 
GeUhrlen-Lacikon, Leipx. ITûl, in-4'>, T. 3, p. 765, dit qu'il fut en 1517 prufessQur il 
Leipzig et qu'il ne quitta cotte villa qu'on 1539 pour sa rendre à Trêve». 

^^ Il fut inscrit dans la matricule soue le rectorat de Jean Gebyi Un : frôler Th. 
Mumer ordinit minorum aacne theologia dodor. 

SI Mumer k Brunon Âmerbacli. Autogr, liibl. de Itille. Cette lettre csteana date; 
conuno Marner ne signe que iheol. doctor, il faut admctlie qu'il l'a ëcritc avant 
d'avoir obtenu les grades juridiques. Il parait pour la premifere fois comme licencié 
en droit le 8 avril 1510; la phrase mm atioquijant olioitia ad 4 vel 5 hebdomadiu et»an 
■e rapporte par conBéquent t, des vacances de la faculto do droit en 1516; il comp- 
tait sans douta sur des auditeurs de la faculté des arts, auxquels un avait l'habi- 
tude, à B&le, de faire des leçons mémo pondant les vacance» de la canicule. Brunon 
Amerbach, auquel il s'adressa, était beaucoup plus fort en hébreu que lui, Ca savant, 
qui, sons Être professeur de l'université, fut un des principaux collaborateurs 
d'Érasme pour l'édition des ceuvrea de S. Jérôme, mourut lo 21 octobre 1519. 

^^ Soi les titres de la Oeuchmalt, qui parut i Bâle le 5 avril 1619, et de la tra- 
duction allemande des Institutes, qui est du 8 du même mois, il se qualifie de 
btider rethlen licentiat. V. aussi Sieber, i/umer und iciii jurùtisckti Kartentpid, dans 
lea BeHrU-je nur valerlandUchen OaehichU, von der Baeler hlst. Ge*eiUchaft, 1875, 
p. 298. 



234 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L ALSACE. 

alors aux étudiants ses cartes juridiques et fit un cours sur les Insti- 
tutes. Quelques personnes le prièrent de traduire cet ouvrage en 
allemand; quand on apprit qu'il avait cette intention, d'autres lui 
démontrèrent qu'il entreprenait une œuvre impossible, on le railla de 
son outrecuidance, on le menaça, s'il persistait, do le rendre la fable 
du monde®*. Ce fut pour lui un motif de plus pour faire ce travail 
réputé si difficile, et il faut dire qu'il n'y réussit pas trop mal. Il 
paraît que d'abord il dicta sa traduction dans ses leçons*'; il se 
plaignit que, la trouvant très -utile, on la lui volât; quelque étudiant 
s'était peut-être servi de son cahier do cours, sans nommer le nom du 
professeur. . 

La licence en droit ne suffisait pas à son ambition, pas plus quo les 
titres de docteur en théologie et de poète lauréat; il aspirait aussi aux 
honneurs du doctorat en droit. Comme le monde, dit-il, n'apprécie 
quo les docteurs, et que Salomon et Jésus-Christ, s'ils revenaient, ne 
seraient pas* estimés s'ils ne prenaient pas de grade dans une école, il 
a cru devoir demander le doctorat dans les deux droits , afin de pou- 
voir écrire sur ces matières avec plus d'autorité*''. Pour témoigner de 
son aptitude, il publia successivement trois ouvrages, le ChariUudtum 
InstitutcOy une édition allemande des rubriques et des règles du droit 
civil et canonique , et sa traduction complète des Institutes*'. Son 
dessein de populariser la connaissance du droit par des versions en 
langue vulgaire n'aurait dû trouver que des approbateurs à une 
époque où, pour siéger comme magistrat ou comme juge, on n'avait 
pas besoin d'avoir fait des études latines ; Ulric Tengler et Sébastien 
Brant avaient poursuivi le même but par la publication du Klagspiegd 
et du Layenspiegel. ilais les juristes savants protestèrent contre cette 
nouveauté, qui suivant eux devait rabaisser la majesté du droit. Celui 

^^ Préf. des InstittUen et des JStatrecIit. Ind. bibl. 331. 

85 Siebcr, 1. c, p. 303. 

8« Prëf. des Statrecht. 

87 Ind. bîbl. 327, 328, 329. — Un ras. du CTiaHil. Imtitutœ, avec des dessins enlu- 
mînds, dcjk mentionne par Waldan, p. 20 et 37, appartient h la bibl. de la ville de 
Nuremberg; le 23 août 1537 il avait été donne par Arbogast Stercker, un des hërî- 
tiers do Murncr, à Diebold Bchwartz, pasteur de Tcglise do S. Picrre-le- Vieux à 
Strasbourg. Ce ms. fait songer à l'ouvrage qu'on avait connu h Strasb. en 1502. 
V. note 27. — D'après ^>tintzing, Gofch. der pojml. LU., 405, le texte n'est pas iden- 
tique avec celui qui est imprime. 



MVHE V. — TilOMAS MUKNEU. t2î35 



qui s'emporta le plus fut Ulric Zasius, qui jouissait alors de toute la 
plénitude de sa célébrité. Il ne paraît pas s'être plaint des publications 
de Brant, car Brant était son ami; mais dans le cas de Murner, la 
rancune que Zasius lui avait gardée depuis qu'en 1508 ils n'avaient 
pas pu s'entendre sur les poètes païens , se joignait au dédain poui* 
les livres juridiques populaires; la sortie de Murner, dans la Narren- 
beschworung , contre ceux qui enseignent le droit dans les écoles et 
qui n'y réussissent pas mieux que des aveugles tirant à la cible**, 
peut également avoir contribué à exaspérer le très-susceptible profes- 
seur de Fribourg. Dans deux opuscules qu'en 1518 il fit publier à 
Bâle, il exprime, en faisant des allusions directes à Murner, son mé- 
pris pour les idiots qui , coiflfés d'un capuchon ou d'un bonnet de fou, 
avilissent la science par des traductions ou par des jeux; ils méritent 
d'être battus de verges*®. Si un homme grave comme Zasius n'avait 
parlé sur ce ton que des cartes de Murner, on le trouverait assez 
naturel ; mais condamner aussi les traductions , ce n'était qu'un 
orgueilleux pédantisme. A Bâle même on partageait cette opinion; 
on était peu disposé à accorder au moine le titre de docteur qu'il 
réclamait. Le 1®^' mars 1519 Zasius écrivit à Claude Cantiuncula, de 
Metz, un des professeurs de la faculté de droit : ^Quant à Murner, je 
m'aperçois qu'enfin vous ouvrez les yeux ; le bruit s'est répandu que 
vous couronnez des gens de rien; je te supplie, au nom de Dieu, 
faites que cela n'arrive pas aussi à Murner; il s'agit d'un intérêt 
majeur, l'honneur de notre faculté est en jeu ; ce serait une chose 
odieuse, qu'aucun châtiment ne pourrait expier, si ce misérable souil- 
lait de son bonnet de fou les très-saintes lois et les nobles prescriptions 



®8 Darumb dos sy das recht verk'ôren 

Des musz icii ay auch hie beschworetif 

Ich red von denen in den schtden... 

JSy wusen des rechien also vil 

AU wenn ein blinder schiitzt zum zil. Narrenh,^ fo h, 3. 

89 Eos omnibus verheribus dignos esse putamuSf qui jurls civllls scienliam, quam ne a 
vesHbulo qiiidem unguam cognoverunt, in linguam vemaculam et nescio quos ludos ira- 
ducere pergunt: quibus non salis est y quod ipsi sinl omnibus numeris imperiti, nisi et 
alios insanité faciant. Scholia; Zasii LuciibratiunculŒ, Bâle 1518, in-f>, p. 17. — Pro- 
viderant enim viri prudenlissimi complûtes venturos esse rabulas^ qui citni idiotw, tum 
imperiti esstiit, legum tanien sinceritaleni fadarCj profanare, vemaculis inaulgare verbvt 
aggrederentur ; id quod nonniUlis In uoslra Germania site cucidlo, sivc àtolidilatis mitra 
tenlalum esse cognotlmms. Antiuomiarum dissolulioncs ; o. c , p. 7t>. 



236 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



canoniques, lui qui n'en sait pas plus qu'un aveugle des couleurs" •*. 
D'autres prétendaient qu'en sa qualité de moine et de prêtre il n'avait 
pas à s'occuper de droit civil. A ces adversaires il répondait avec une 
fierté qui ne déplaît pas : ;,Si annoncer la parole de Dieu, prêcher 
aux fidèles, étudier nuit et jour le droit pour pouvoir l'offrir aux 
laïques honnêtes, sont des œuvres religieuses, je suis un religieux. 
Si, au contraire , se faire raser la tête , se ceindre d'une corde , porter 
des sandales et une chemise de bure, coucher sur la paille, ne parler 
ni dans le cloître ni à table , mendier de maison on maison, se donner 
pour pauvre tout en étant dans l'abondance , si c'est là ce qui consti- 
tue le religieux, je n'en suis pas; ces niaiseries conviennent à des 
béguines, mais non à un chrétien sincère"^'. 

Cependant, malgré les avertissements do Zasius, et malgré ses 
propres hésitations , la faculté de Baie consentit à donner à Mumer le 
chapeau de docteur en droit civil et canonique. Pour narguer ceux 
qui s'y étaient opposés, il voulut donner à sa promotion un éclat, 
qu'autorisaient les statuts de l'université. Le candidat pouvait inviter 
l'évêque et les magistrats en se présentant devant leurs demeures à 
cheval et accompagné de trompettes et de fifres®*. Murner demanda à 
cet effet les musiciens de la ville de Strasbourg; venus de loin et 
revêtus de leurs costumes oflSciels ils auraient rehaussé encore la 
solennité; quand une ville comme Strasbourg prêtait ses fitnfares à 
un de ses habitants, les envieux n'auraient plus eu qu'à se taire. Mais 
à Baie on souleva des difficultés, on contesta à Murner, parce qu'il 
était moine, le droit d'user de ce privilège; comme il insista, on lui 

^0 Quod ad Mumerum attinet, video, quodjam tandeni octUos aperitis, vos qui sacra- 
tiasimi juris facultatem moderamini. Invulgata jam tut fabula homines nihili apud vo$ 
nimia faciliter coronarl, quod ne Mumerus in tam honesta factUtate prœstet, per deum 
exoratusj Olaudi, prohibe, Popularis est ea actio, quoniam nostrœ faadtatis laus péri- 
clitatur, ut ita omni hono viro competat exercitium, Jnfanda ea res foret j et nuUo 
unquam sulphure erpianda, si vel sanctissimas leges, vel laudatisstma canonica prœ- 
scriptaj homo illottis suo stuliitùc pileo contaminareiy qui tantum in utrisque novit^ quan' 
tum in colorihus cœcus. l©' mars 1519. Zasii epistoke, p. 324. — C'est à cela que se 
rapportent les paroles de Murner sur sa traduction : Cuiuê quidem interpretatioms a 
plerisque juristis non fuimus commendatiy ajentes, me nohilissimaê îeyedis dodrinœ mar- 
garitas porcis devorandas prehuisse, et ingratis atque indoctis barbaris juriê majesiatem 
dilacerandam opprimeiulamque prodidisse, potîus quam interpretatum fuisse, ChartU, 
Inst., fo C, 4. 

»1 Pref. des Statrechte. 

•»2 W. Vischer, Geschichie der Universitàt Basely p. 235. 




LIVRE V. — THOMAS MURNER. 237 

observa qu'on en référerait à la cour de Rome. Le 11 mars 1519 il 
écrivit au magistrat de Strasbourg pour le remercier de lui accorder 
ses fifres, en ajoutant qu'il ne les demandait que pour son honneur et 
non pour faire une mascarade , mais qu'il attendrait la décision de la 
cour apostolique®'. Cette décision ne venant pas, il fut reçu docteur 
„8ans bruit, quoique non sans peine"'*. La promotion, il est vrai, 
n'est pas mentionnée dans les registres de l'université ; mais si elle 
n'avait pas eu lieu, il n'aurait pu se donner le titre ni dans un 
ouvrage qu'il publia au mois d'août de la même année ni dans des 
publications des années suivantes®'; on a constaté du reste qu'en 1519 
les registres ont été tenus d'une manière très-irrégulière*®. Dans une 
lettre à Peutinger , Murner se plaignit de l'opposition que Zasius lui 
avait faite ; Peutinger communiqua cette lettre à Jacques Spiegel, et 
celui-ci la transmit à Zasius lui-même, en l'engageant, dans l'intérêt 
de son honneur, à répondre de façon que ce moine présomptueux 
apprenne quel est l'homme qu'il ose mépriser®'. Nous ne saurions dire 
si le juriste de Fribourg a suivi ce conseil. 

Satisfait d'avoir obtenu le grade qu'il avait convoité , bien qu'on le 
lui eût conféré sans enthousiasme , Murner n'eut plus de raison pour 
s'arrêter à Baie ; les savants se méfiaient de lui ; il sentait que ce 
milieu ne lui convenait pas. Avant de quitter la ville, il remit à l'im- 
primeur Adam Pétri de Langendorf sa Geuchmattj pour laquelle il 
avait su obtenir un privilège impérial contre la contrefaçon. Dans 
une intention manifestement satirique contre les Bâlois, il avait modi- 
fié le texte écrit à Strasbourg ; il se qualifiait de chancelier institué 

88 Autographe. Arch. de S. Thomas. 

^^ Frag und Antwort Symonxa Hessi und Martini Lutheri netcltch mit einander zu 
Worms gehalten, S. 1. et a, iii-4o. Chez Bocking, 0pp. Huttenif T. 4, p. 609. Dans ce 
traita on raconte, en Texagërant, Thistoiro des fifres de Strasbourg. 

85 Stintzingy Ulrich ZàsiuSj p. 210, a tort de croire que Murner n*est pas devenu 
à B&le docteur en droit. Sur le titre de sa traduction du traite do Hutten sur la 
racine de gaïac, il s^appelle der heiligen geschrifft und beider rechien doctor; il so 
donne le même titre dans une lettre à Brant du 13 jany. 1521; dans sa protestation 
du 8 mars 1521, ROhrich, Zeit8chr.j 1848, p. 598, il dit: ich hab aile mein drey doc- 
torat erlangt mit genugaame der kunst, aU mir das under hrieffund sigel heyde achulen 
Boiel und Freihurg huntschafft gaben. Enfin, dans Véd. latine des actes du colloque 
de Baden, à la fin, fo a, 2, il est également qualifie de divinarum literarum et virius- 
gne jurie doetor, 

9« Sieber, o. c, p. 299. 

^7 Spiegel à Zasius, 29 mars 1520. Stintzing, Zasius, 379. 



238 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

par les magistrats du pré des coucous de la louable ville de Bâle^ et dit 
dans les derniers vers : „Notez-vous, 6 Bâlois^ que je vous feis cadeau 
de ce livre en prenant congé de vous"*®. Le volume parut en 
avril 1519; trois mois auparavant était mort Fempereur Maximilien ; 
Murner raconte qu'affligé de cet événement il partit pour l'Italie , où 
il espérait acquérir auprès des jurisconsultes une plus grande expé- 
rience du droit®*. Le peu de cas qu'on faisait de lui à Bâle explique 
ce voyage mieux que les regrets qu'aurait inspirés à Murner le décès 
de Maximilien. Son absence ne peut pas avoir été de longue durée, 
car dès l'été on le voit de nouveau dans son couvent de Strasbourg. 
Il paraît que là on avait oublié les anciens griefs ; on l'admit à remplir 
les fonctions de lecteur***. Les publications qu'il fit à cette époque ne 
sont pas de celles qu'on aurait attendues d'un professeur monacal; en 
juillet il publia les histoires facétieuses de Till Eulenspiegel^**, et en 
août une traduction du traité d'Ulric de Hutten sur la vertu de la 
racine de gaïac dans la maladie syphilitique***. 



98 Ind. bibl. 330. Au titre : Der loblichen statt Basd infreyden zu einerletz heschrî- 
ben ; k la dernioro page : Disz buchj ir Baaler, merckt mich eben — Dcu hab ich iich 
zu letzen geben. Letze, repas ou cadeau que Ton donne à quelqu*un en prenant congd 
de lui. Le livre parut le 9 avril 1519. Les privilèges des Oeuch sont àaiés de fiftle 
1515; dans la première rédaction il y avait sans doute Strasb. au lieu de Bftle. 

99 Prëf. des Statrecht. — C'est do ce voyage, ou de celui de 1514 ou 1515, qu'on 
se raille dans le Leviathan^ f^ a, 4; les détails donnes dans ce pamphlet sont vrai- 
semblables, à Texception de Tanecdotc qu'à Venise M. aurait été nommé patriarche 
s'il n'avait pas été reconnu par des négociants strasbourgeois. 

ioo Dans une lettre à Brant, 13 janv. 1521, il se dit ledor et regens Jrairtivi rnino* 
rum. — Dans lo Levtathafiy (^ b, 1, on raconte que de retour à Strasb., il eut une 
querelle avec un certain Weddele, qu'il poursuivit ce dernier comme adulateur, 
détracteur, gourmand, etc., et qu'ayant été excommunié pour ce fait, il dut de non- 
veau quitter la ville. La querelle est possible , mais l'excommunication est impro- 
bable; en tout cas M. resta h Strasb. Weddclc n'est pas un franciscain, comme le 
croient Jung, BeitrU{je, P. 2, p. 289, et Rohrich, C^esch, der Réf. im Elsasêf T. 1, 
p. 223, note 10; il s'appelait Wcddelin, et était licencié en droit, avocat, laïque 
et marié. Au commencement de la Réforme il fut h Strasb. un des chefs du parti 
catholique; l'auteur du Leviathan le qualifie de lutfieromastix et ne le maltraite pas 
moins que Murner; à la fin il le change en porc. En 1524 les bourgeois demandèrent 
une dispntation, à laquelle devait aussi prendre part Weddelin. 

^91 Ind. bibl. 332. Murner no signa pas cette édition, mais on sut que c'était lui 
qui l'avait fuite. V. le passage cité note 70, et Lappenberg, p. 384. 

102 Ind. bibl. 333. Le traité de Hutten, De admiranda guaiaci medicîna et ftwrho 
gcUUco, avait paru k Mayence, Jean Schofier, l519,in-4o. Il a été souvent réimprimé, 
en dernier lieu dans les Opéra de Hutlen par Bocking, T. 4, p. 397 et suiv., où se 
trouve aussi, au bas des pages, une réimpression de la traduction par Murner. 



LIVRE V. — THOMAS MURNEn. 239 



CHAPITRE III. 



Mumer et la Réfonnation â Strasbourg et en Sxiisse. — Séjo\ir à Luceme. 

Retour et mort â Obernai. 



L'année 1520 commence la période où Mumer s'engage avec toute 
son impétuosité dans les polémiques provoquées par la Réforme. Il y 
déploya une activité prodigieuse ; ce fut le temps de sa plus grande 
fécondité, et aussi celui où il fut attaqué avec le plus de verve. Nous 
avons d'autant moins l'intention de suivre ces controverses dans leur 
partie théologique, que chez Mumer, de même que dans les pam- 
phlets de ses adversaires, les questions de doctrine sont plus négli- 
gées; il n'y touche que dans quelques écrits spécialement dirigés 
contre Luther et contre Zwingle, mais tout docteur qu'il fut, il 
n'avait pas l'esprit théologique; ses arguments, quand ce ne sont pas 
des injures, ne sont que ceux de la scolastique ordinaire; il n'y a donc 
pas lieu pour nous de nous en occuper; nous ne faisons pas d'histoire 
ecclésiastique, notre premier et principal objet est l'histoire litté- 
raire. 

Les écrits satiriques de Murner antérieurs à 1520 sont remplis de 
plaintes sur les abus qui se commettaient dans l'Eglise et sur les vices 
des prêtres et des moines ; il n'avait fait que répéter ce que disaient 
Wimpheling, Geiler et beaucoup d'autres. A l'origine de la Réforme 
il ne paraît avoir vu dans Luther qu'un homme indigné comme lui- 
même de la décadence générale. Mais quand il le vit se déclarer 
contre les dogmes et les usages traditionnels, il se sépara de lui, 
comme le firent chez nous Wimpheling, Luscinius, Gebwiler. Sa 
première publication polémique fut, en octobre 1520, une traduction 
du livre de Luther sur la captivité babylonienne de l'Eglise, où est 
réfutée la doctrine des sept sacrements*®'; il s'imaginait qu'il battrait 

l<>3 ind. bibl. 334. Gervînns et d'autres ont cru que Murner a fait cette traduc- 
tion parce qu'il partageait encore toutes les opinions de Luther! Il dit dans son 
traita contre Stifel, Ind. bibl. 338 : ... dod buch der babiloniachen gefcnghnisz, dos ich 
selbs vertiitschet hab^ uff dos dock der gemein christ sehe uwer gotzlesterung vnd sclien- 



i40 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

ainsi le réformateur avec ses propres armes, et qu'il suffirait de dévoi- 
ler ses hérésies pour que la population strasbourgeoise en fût effrayée. 
Mais nos bourgeois étaient plus empressés de lire les écrits de Vhéré- 
tique que ceux du moine, dont ils connaissaient trop les singularités 
pour qu41 leur inspirât une haute estime. Murner revint à la charge; 
en novembre et en décembre il répandît quatre traités, dont le pre- 
mier est encore empreint d'une certaine modération; il est consacré 
aux objections que Luther avait élevées contre la messe, et Luther 
lui-même est invité avec beaucoup d'égards à revenir à l'Eglise ortho- 
doxe^°*. Les trois autres deviennent de plus en plus véhéments; dans 
l'un il représente les doctrines luthériennes comme gravement sus- 
pectes d'hérésie; dans un autre il prend la défense de la papauté^®'; 
dans le dernier enfin, qu'il opposa à l'épître du réformateur à la 
noblesse allemande et qu'il dédia à l'empereur Charles- Quint*®*, il 
appelle Luther un destructeur de la foi, un Catilina ressuscité des 
morts pour la ruine de la patrie. Mais, chose curieuse, dans ce même 
livre il convient qu'en bien des choses Luther n'a pas tort, qu'il serait 
la gloire de la nation s'il n'abusait pas de son génie pour attaquer le 
siège apostolique, que les abus, au contraire, dont il se plaint sont 
réels, et que lui, Murner, est loin de vouloir les justifier. Aucun de 
ces pamphlets, qui tous avaient obtenu des privilèges impériaux, 
n'était signé de son nom ; ils étaient anonymes, dit-il, pour qu'on no 
les prît pas pour des libelles diffamatoires ; il ne s'était révélé commo 
auteur qu'à l'archevêque de Mayence et à l'évêque de Strasbourg, ses 
supérieurs, dont l'autorité devait garantir sa sincérité. Pensait-il que 
son nom seul, ajouté à ses productions, leur aurait donné un carac- 
tère injurieux? Il savait sans doute qu'il ne jouissait pas d'une grande 
considération. Du reste, ses précautions ne lui profitèrent guère ; per- 
sonne ne se méprit sur l'origine des traités que nous venons de men- 



dung der Tieiligen eacrament; et dans son livre sur Lnther et Henri VHI, Ind. bîbl. 
340: dos der Luther.,, aagt^ ich hah im die hahilonisch gefenghiiaz verdeuischi in stt 
8chend&Hf das geatand ich; ich hah aber seiiie wort nit gefeUclU mit eîniclierley umcar- 
heity dan cUlein sein lateiniscJie wort nacfi meinem vermogen zu deutsch yesprochen; ist 
im dasselbig buch zu schanden, so hat er selber geschent und 7iit ichy dan ich seins buchs 
kein mâcher, sonder ein dolmetsch bin. 

*04 Christliche ermanung. Ind. bibl. 335. 

A«>» Ind. bibl. 336, 337. 

106 Ind. bibl. 338. 




LIVRE V. — THOMAS MIJRNER. 241 

tionner; Murner trouva des adversaires qui le traitèrent comme il 
traitait les luthériens ; il parut contre lui un pamphlet satirique, inti- 
tulé Karsthans, dont il sera parlé plus bas. 

Comme les écrits de Luther et de ses partisans circulaient à Stras- 
bourg avec la même liberté que ceux des catholiques, Murner écrivit 
le 13 janvier 1521 à Sébastien Brant*^', déplorant que celui-ci, qui 
était censeur, n'empêchât point la publication des livres hérétiques; il 
le conjura de veiller à ce que Strasbourg, la cité glorieuse et fidèle, 
ne devînt pas une caverne d'infidèles; il se déclara prêt à lui indiquer 
les écrits qu'il faudrait supprimer; il se plaignit en particulier d'un 
libelle dirigé contre lui-même (le Karsthans); si on n'en défendait pas 
la vente, il serait forcé de s'adresser à la cour de Rome, bien que le 
magistrat n'aime pas qu'un des habitants de la ville soit cité devant 
ce tribunal. Brant se sentait découragé au milieu du mouvement qui 
entraînait la population strasbourgeoise ; comme censeur il ne put rien 
faire pour l'arrêter; le magistrat, d'ailleurs, était décidé à rester 
neutre; il ne défendait que les injures et les violences. 

En février (1521) parut un nouvel écrit de Murner, moins passionné 
que quelques-uns des précédents ; il réfutait les raisons que donnait 
Luther d'avoir brûlé les Décrétales, et annonçait encore d'autres 
livres *"•. Comme les idées nouvelles étaient propagées aussi par des 
chansons, il en fit ime à son tour, en l'adaptant à un air populaire ; 
c'est une complainte en trente-cinq couplets sur la décadence de la 
foi, causée par les réformateurs ; mais là aussi il est remarquable que, 
tout en défendant l'Église, Murner ne put s'empêcher de dire, même 
dans cette pièce destinée au peuple, que si les laïques se détournent 
du catholicisme, la faute en est à l'envie et à la discorde qui régnent 
dans le clergé, aux abus auxquels personne ne songe à porter remède, 
aux indulgences, qui ne servent qu'à séduire la foule*®'. 



l®7 Sitzungsherlchte der MUnchner Academtef 1871, p. 277, 

108 ind. bibl. 340. 

10^ Ib. 339. Contre cette chanson on en fit une autre : Dm lied vom aujffgang der 
ehrUtenheity in Doct, Mur, Veiten thoii; chez Scheiblë, T. 6, p. 671; ce sont des 
plaintes sur les abus, des ëloges de Luther, des invectives contre M. : Von schelmen 
8oU er schreyhen — Da ist er in der zunfft, — Michel Stifel, d^Ësslingen, écrivit: 
Usdegen tind tjloaaen iiber D, Jfumem... lied, 1520, in-40; M. répondit trbs-verte- 
ment, Ind. bibl. 342; Stifel répliqua de la même façon: Antteort uff D, Th» Mnmars 
mumarriêcKe phantaeey» Wittemb., 1523, in-4o 

Il *« 



242 niSTOinE littéuaiue de l'alsace. 

Luther laissa passer, sans y repondre, les premiers traités do son 
adversaire strasbourgeois ; ce ne fut qu'en écrivant un jour contre 
Jérôme Emser, qu'il releva aussi les attaques de Murner ' *° •, la manière 
dont il écrivit son nom prouve qu'il avait vu quelques pamphlets qui 
venaient de paraître, et qui très-probablement étaient d'origine stras- 
bourgeoise. L'un était ce Karstham que nous avons cité; c'est un 
dialogue entre un paysan et un étudiant son fils^ Murner, Luther et 
Mercure***; un autre, également sous forme do dialogue, portait en 
tête Munxarus Leviatlmn^^^; un troisième était une pièce en vers, à 

**0 Avff dos iihirchristlichy iibiryeystlich und iihirkumtUch huch Bocks Eniasers zu 
Leffptzk antwort D, M, LutherSf darinn auch Muniarê seiiies gesellen gedocht wiiri, 
1521, m-A9, Ce traite fut aussitôt rëimprimë à Strasb. chez Jean Schott, in-4o. 

11^ Le KarsÛians est de 1520; on en connaît au moins 7 dd., toutes s. I. ni d., 
in-i9. Les unes ont au titre une gravure à quatre personnages : un paysan portant 
une hone (Karsthans = Jean de la Houe), son fils qui est dtudiant, un homme barbu 
qui doit être Luther, et Murner avec une tête de chat; sur d^autres est ajoute Mer- 
cure. La preuve que la satire est d^origine strasb ourgeoise, est fournie par ces vers, 
à la fin de la 2^ ëd. : 

Der Muniar Ut nit aUein in dein spil, 
Zu Straszburg ich iioch ztcen iiennen tcillf 
Der schtdmeUier Jermiimus geiiaïU. 
Und doctor Peter vff dem 8t\ft predîcaïU. 

L^un de ces deux est Jérôme Gebwiler, le maître d'école de la cathédrale, Tautre 
est Pierre Wickram, le prédicateur do la même église. Murner est persiflé h c^usc 
de ses ouvrages sur le droit, de sa Oexichmatt^ de son liabitude de citer des pro- 
verbes; on rappelle Munnaw et on lui attribue les mœurs des chats; on lui reproche 
de fréquenter les mauvais lieux ; on prétend qu'à Fribourg il a prêché tout un 
carême sur la locution populaire : n'as-tu pas vu mon oie ? — Jung, T. 2, p. 254, 
est d'avis que Karsthans est le nom de l'auteur ; je crois plutôt que c'est un nom 
fictif, une personnification satirique de l'opinion populaire. Après l'apparition du 
pamphlet, Jean Meurer, ancien médecin à Fribourg, qui parcourait le pays en prê- 
chant aux paysans, paraît s'être emparé du nom do Karsthans. Le 16 mars 1523 le 
conseil de régence du duché de Wurtemberg écrivit à notre magistrat pour lui de- 
mander des renseignements sur un certain Karsthans, qui dans des lieux écartés, in 
Wiiûceln^ répandait les doctrines luthériennes et excitait le peuple îi la révolte, zu 
bwndschuhiscfter liaiidluiig. Arch. de Strasb. En 152-4 ce personnage fut pris ÀTubin- 
gue. — Le traité est réimpr. dans le Kloster de Scheiblc, T. 10, p. 219, dans Tédit. 
de Kurz du Luth. Karr, p. 163 et suiv., et dans celle de Bocking des œuvres de 
iluttçn, T. 4, p. 615 et suiv. — Un antre pamphlet contre Murner, du mois do dé- 
cembre 1520, est celui de Matthieu Guidius, d'Augsbourg, poète lauréat: Defentio 
chriêtiaiwruni de ci'uce, id est lutheranorum ; cum pia admonitione fr. Tlioinœ Murner^ 
lutheromcutigis, ordinis viinarunij quo siùi tevipcret a canvlciis et stultis impugnationibuM 
M. Lutheri, Hagueuau 1520, in-4«; et s. 1. et a., iu-4o. 

i ^ > Mtimarus Leviathan vulgo dictus Geltnar oder Genszprediger. Murnarus qui et 
SMnhenselin oder Schmutzkolbf de se ipso: Si nugce et fasttu faciuiU gnem reUvjioeum 



LIVRE V. — THOMAS MUUNER. 243 

réloge de Reuchlin, de Hutten et de Luther, et contre l'inquisiteur 
Hochstraten, Murncr et tout le concUiabulum malignantium ;^ovir per- 
sifler notre moine encore davantage, on publia ces vers à la suite d'une 
réimpression de ses propres rîmes sur TafFaire des dominicains de 
Berne *^'. Toutes ces satires sont accompagnées de caricatures, où 
Murner est représenté tantôt avec une tête do chat, tantôt^ avec la 
queue du dragon Léviathan. On reprit le nom de Mumar que lui 
avait déjà donné Wimpheling***; on Tappela JkfwrmMr, Murmau, etc., 



^- Sum battus et mafpxus reUigiosus ego. Raphaelis Mitsœi in graiiam M, LxUkeri et 
Huttein, propugiia4orum christiaiiœ et germanicœ lïbertatis ad osorea epistola. S. 1. et a. 
(1521), în-40, gravures. Une autre ddition, ayant en tête du titre le mot Diatogi, ajoute : 
J^udio Lutheromastigumf dialogus recens illis additus. S. 1. et a., in-4o, grav. — Jung, 
T. 2, p. 255, attribue ce pamphlet à un ausw'drtiger SchriftsteUer et pense à Mat. 
Gnîdius, mais Tauteur se rëvèle comme Strasbourgoois dans les dëtails qu^il donne 
sur Murner, notamment sur ses séjours à Strasbourg, par ce quMl dit de Timprimeur 
Gr'lninger, du licencie Weddelîn, du médecin Laurent Frics, par sa connaissance 
du mont S^ Odile et des traditions qui s'y rattachaient. Il prétend qu*il n*a pas do t 
haine contre Murner, quUl a vécu avec lui amicalement à Bâle, à Francfort, à Trê- 
ves ; il se raille surtout de sa vie vagabonde; le moine est censé raconter lui-même 
ses aventures, mais on lui met dans la bouche une foule d'anecdotes imaginaires. 
Le distique Si nugœ etc. est emprunté au pamphlet publié contre M. par les amis de 
Wimpheling, Versiculi, etc. — Le Léviathan est réimpr. dans le KLoster, T. 10, p. 337 
et Buiv. — Un pamphlet de 1521, qui, sans être dirigé uniquement contre M., fait 
mention de lui, est intitulé : Ain schoner dialogua und gesprech zunschen aim pfarrer 
und aim achulthaysz, hetreffend aUen iibeUtand der gaystlichen und bosz handlung der 
weltlichen, S. 1. et a., în-4o. Réimpr. dans le Kloster, T. 10, p. 301 et suiv. On y cite 
quelques-unes des satires de M., on prétend qu'il n'a appris sa science que dans un 
cabaret de Fribourg, im favlen beltZy etc. L'auteur paraît être un Strasbourgoois : le 
adiuWieiaa dit que le jour de Pâques il a été à ^trasb., le curé revient de Hague- 
nau. — En 1522 parut Ain kurtzi anred zu aMen myszgunstigen doctor Luthers und 
der christenlichen freyheit. S. 1., in-4o; à la fin: I A hat es gemacht da er frUieh 
was; une gravure représente cinq personnages, dont quatre avec des têtes d'ani- 
maux, M. avec celle d'un chat Cette harangue, en prose, n'est qu'une traduction de 
la conclusion du Léviathan; elle est suivie de rimes. 

118 History von den fier Ketzern^ etc. Ind. bibl. 314. Au-dessous du titre une 
gravure: à gauche Reuchlin, Hutten et Luther, patron, libertatis; au milieu quatre 
dominicains, Hochstratj Doctor Jésus et ceter., avec eux Murner ayant une tête de 
chat et une queue de dragon; à droite les domin. de fierne et Jetzer, die maeulisten 
von Bem^ concUiabulum malignantium; sur une maison du fond la date 1521. Au- 
dessous de la gravure : Ein hurtzer begriff unbillicher frevelhandlung ffochstrtUs, Mur- 
nari , Doctor Jhesus und irer anhenger, mder den christlichen D. M. Luther ^ von allé 
(sic) liebhaher evangelisther (sic) 1ère. S. 1. et a., in-4o, gravures d'Urs Graf. Le doc- 
teur Jésus était un dominicain suisse nommé Jean Burkardl. 

11^ Wimpheling, s'adreësant à BoÔoe : lacérât tua carmina Mumar, VertîcuH^ 
fo a, 6. 



^ 



244 HISTOIRE LITTKRAIRE DE L'ALSACE. 

on tourna en ridicule, comme l'avaient fait jadis les wimphclingicns, 
ses voyages, ses prédications facétieuses, ses jeux de cartes; on 
demanda s'il était possible de prendre au sérieux un homme qui avait 
écrit le Maulin de Schwindélsheim et publié les farces d'Eulenspiegel ; 
on lui imputa des sottises et des méfaits dont il est permis de croire 
qu'il n'était pas coupable. Dans ces pamphlets la question religieuse 
est traitée à peine en sous-ordre ; très-divertissants par leur causticité, 
ils ont le tort de déverser trop d'injures sur la personne do Mumer. 

Il voulut se défendre, mais le magistrat, qui en avait assez de ces 
querelles, ne lui permit que d'afficher un placard en douze endroits 
de la ville. Dans cette pièce, datée du 18 mars 1521**', il déclare 
que puisqu'on a publié à Strasbourg des traités de Luther qui lui ont 
semblé contenir des attaques injustes contre le siège de Rome, il s'est 
cru obligé par son vœu d'obéissance et par sa qualité de docteur en 
théologie de les réfuter; qu'il n'a pas signé ses propres écrits ^ mais 
qu'il en a informé ses supérieurs ; qu'il s'est servi de la langue alle- 
mande parce que Luther a fait de même; qu'il s'est abstenu de dire du 
mal „du savant et vénéré docteur Luther," et qu'il ne veut que du 
bien au chevalier Ulric de Hutten ; qu'il n'a pas justifié les abus et 
que si, dans ce qu'il a dit de la doctrine, il a erré, il est prêt à se 
rétracter; qu'étant poursuivi d'outrages par des libellistes anonymes, 
il traduirait ceux-ci en justice s'il découvrait leurs noms; qu'enfin il 
s'offre à des disputations publiques devant les universités de Bâle, de 
Fribourg, de Mayence ou de Heidelbcrg, mais qu'il ne se croit pas 
obligé de faire à ses frais le voyage de Wittemberg pour disputer per- 
sonnellement avec Luther**®. 

Cette déclaration de la part d'un homme aussi fougueux que Mur- 
ner pourrait nous étonner, si l'on ne savait pas combien il tenait à 
ne pas s'aliéner la faveur du magistrat. Pendant quelque temps il 
s'abstint de la controverse ; en septembre il publia avec un nouveau 
titre une édition remaniée de sa traduction des Institutes, en la 
dédiant slu stettnieister Jean Bock**'. Il avait achevé aussi une tra- 

1** Protestation D. Thome Mumer dos er rcider Doc. Mar, Luther niehtz unrechtz 
gehandelt hab. Publie par Këhrich. ZeiUchr, 1848, p. 598. 

^^^ Il parle de six traites qu^il a publies chez Gnlninger et de vingt-six qu^il tient 
en réserve. Les six sont les numéros 331 à 336 do Tlnd. bibl. Quant aux vingt-six, 
il est pormis de croire que le chifire est exagërë. 

1^7 /STifa/rec^i achevé d'imprimer lo 28 sept. 1621. Ind. bibl. 881. 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 245 

duction du code entier, en soixante-dix-sept livres, entreprise depuis 
trois ans ; il annonça au chevalier Bock qu'il no tarderait pas à la 
livrera Timpression***, mais il ne le fit jamais; dans ces années de 
trouble, où Tattention générale était absorbée par les discussions reli- 
gieuses, un ouvrage de ce gienre eût difficilement trouvé un éditeur. 
.Murner lui-même, du reste, était trop engagé dans les luttes et avait 
l'humeur trop belliqueuse pour pouvoir garder longtemps le silence; 
en automne 1522 il revint à la polémique avec une ardeur nouvelle. 
En septembre il traduisit l'ouvrage peu royal de Henri VIII contre 
Luther* *•; en novembre il compléta cette publication par le traité : 
Lequel des deux est un menteur, Luther ou le roi d'Angle- 
terre**®? Dans une note ajoutée à ce livre, l'imprimeur Jean Grtipinger 
s'excusa de l'avoir publié; il espère que personne ne lui en voudra, 
car il faut qu'il vive de sa profession en imprimant toutes sortes de 
livres***. 

Il venait de paraître un ouvrage intitulé : Les quinze àUiés^^^ contre 
VÈglise romaine; Murner n'y était pas nommé, mais le volume, trèg- 
sérieux et très-spirituel, l'embarrassait et l'irritait; il résolut de 
frapper un grand coup à la fois sur ses adversaires personnels et sur 
ceux du catholicisme ; il publia, en décembre, son poème sur le grand 
fou luthérien**', où il montra qu'au moins comme écrivain satirique 

1^8 ,,^ J5in ich zulest in die meinung ersessen das gantz keiserlicJi rechtj das in im 
giben und ailbzig biicher verfaaseff zu verteutschen. *— Il aurait voulu dédier cette œuvre 
à Maximilien, mais celui-ci étant mort, il interrompit le travail et no le reprit quV 
près rélection de Charles-Quint ; ich hah durch die giite des almecJitigen gots hinbracJttj 
dcu 8olch verteutêcJU Tceiserlich recht ietz aUen tag in den druck von mir gefertiget icUrt, 
ein gratuames werck zu underston, ich geschweig zu voUenbringen, Préf. des Statrecht, 

"9 Ind. bibl. 343. 

1*0 ib, 344. Contre ce traite parut : AiUuortt den Mumar vff seine frag^ oh der 
konig von Bngellani ein lilgner sey, oder der g'ùttlich 1). M, Luther. Datum ex MithUena 
insula anno XXIII, in-4o. Pamphlet moitié sérieux, moitié satirique. 

l^i ,,,hab ich Joh, Qruninger^ burger zu Straszburg, dis buch getrucktj in gut&r 
hoffnung nienian mir solchs verargen wirdy mewol mich etlich angeret ich sol es eim 
andem trucken lassen, Mag doch ein jeder frumer koI bedenken^ das ich mit meiner 
handtierung dis und anderer triick mein narung suchen musz. 

m Mne klâgliche klag an den chrisilichen romischen kayser Carolum von wegen 
D. Luthers und Ulrich von Hutten. Auch von wegen der Curtisanen und bâttelm'ônch. 
Das keiserlich maiestat sich nit lasz sollicJi leut verfiiren, Der erst bundtsgnosz, S. I. 
et a., in-40. L'ouvrage se compose de quinze parties, qui parurent successivement. 
L'auteur principal est Jean Eberlin de Criintzbourg, ancien franciscain, qui en 1521 
avait quitté le couvent d'Uhn pour se retirer h, Rheinfelden, près de Bâlc. 

1" Ind. bibl. 345. 



246 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L*ALSACE. 

il était supérieur à quelques-uns des pamphlétaires dont il avait à se 
plaindre. L'éditeur Grtininger s'était procuré pour ce livre un privi- 
lège impérial pour cinq ans ; la contrefaçon était défendue sous peine 
d'une amende de 5 marcs d'or. L'ouvrage parut le 19 décembre ; 
trois jours après on en informa le magistrat; Griininger et les autres 
libraires furent cités et reçurent l'ordre de livrer tous les exemplaires 
pour qu'ils fussent brûlés. Grtininger ne livra pas tout; il supprima 
le privilège impérial; le remplaça par une excuse pareille à celle qu'il 
avait ajoutée au traité sur Luther et Henri VIII, et continua de 
vendre le volume en cachette ; d'autre part il avertit le conseil que 
Mumer avait l'intention de faire réimprimer le livre à Haguenau, sur 
quoi qp. invita le gardien des franciscains à veiller à ce que cela n'ar- 
rivât point. Murner prétendait être dédommagé de ses pertes soit par 
son éditeur soit par le magistrat ; des deux côtés on lui répondit par 
des refus *'*. On combattit son ouvrage par un autre qui le surpasse 
encore en verve humoristique ; il a le simple titre de Navella : un 
vieux curé doit conjurer un esprit qu'on croit être celui de Karsthans; 
comme il ne réussit pas, on appelle Mumer; celui-ci prodigue en vain 
ses signes et ses formules, l'esprit se révèle comme le grand fou 
luthérien et finit par avaler l'exorciste. De même que chez Murner le 
fou est la personnification de la Réforme, il est ici lui-même la per- 
sonnification de la puissance hostile vaincue par la Réforme *'*. 

Les combats livrés par Murner lui firent la réputation d'être à 
Strasbourg le champion le plus intrépide du catholicisme. Le 17 mai 
1523, Jean Faber, vicaire de l'évoque de Constance, aussi irrité que 
lui contre les réformateurs, l'avertit qu'il venait d'envoyer dans notre 
ville un traité contre eux; il espère qu'après „ les Dialogues tragiques 

124 Voîcî l'excuse à la fin du volume : VeratUtcortung den mâcher diaz bûchlint^ 
stot zum teil in der vorred, trie sie im den grosseii. narren zum spot umbgefiirt, ete, Aher 
sunder verantwort er, daa sîe in geziyen, antreffende ein persoiiy dxis sie dan in vil hun- 
dert buchlin uffin iisz hon lassen gon, an ire namen^ des vermeint er ein ietlicher schuldig 
aei sein eer zu retten. Des hat er mir auch zvgesagt, dos dis hiichlin niemans sol schmehen^ 
sunder in der narrenkappen uszgon, Vjf solcfu hahich Johannes Grieninger dcu a/tigenu- 
Tîicn, 80 ich mich auch truckens musz emeren, und mein handel ist^ von mir geiruckt 
niemans zu lieb noch zu leit, — V. aussi Jung, T. 2, p. 75 et suiv. 

125 KoveUa. S. 1. et a. 18 feuillets iii-4o, 3 grav. dont 2 répëtëes quatre fois. 
L'auteur est Pamphile Gengenbach, poëte et imprimeur à Bâle; c'est un dialogue 
en vers entre un marchand et un curé. — Réimpr. dans le Kloster^ T. 8, p. 675 et 
suiv.y et par Gudecke, Pamphilus Oengenbach^ Hannov. 1856| p. 262 et suiv. 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 247 



et impudents" qui ont paru à Strasbourg {Karsthans et Murnarns 
Leviathan), la censure ne permettra pas que son travail soit sup- 
primé, autrement il se plaindrait au pape, à Tempereur et à Ferdi- 
nand d'Autriche ; au contraire, comme il n'est ni un simple gram- 
mairien ni le premier venu, il est en mesure de rendre des services 
aux Strasbourgeois, s'ils laissent publier son livre, que Mumer fera 
bien de traduire aussi en allemand **®, Jusqu'à présent je ne connais 
pas d'ouvrage de Faber imprimé alors à Strasbourg soit en allemand, 
soit en latin. 

Peu après cette lettre du vicaire de Constance, Murner reçut l'avis 
que, puisqu'il avait défendu Henri VIII contre Luther, le roi brûlait 
du désir de faire sa connaissance. Par malheur, cet avis ne venait 
pas du roi lui-même, mais de quelqu'un qui, connaissant la vanité 
du moine, voulut se railler de lui. Murner le prît au sérieux; ver^ le 
milieu de 1523 il partit pour l'Angleterre et se présenta à la cour; là 
il apprit que personne n'avait songé à le faire venir; cependant le roi, 
plein d'admiration pour son zèle catholique et le prenant en pitié à 
cause du tour qu'on lui avait joué, lui fit remettre 100 livres pour 
s'en retourner dans des lieux où sa présence semblait plus néces- 
saire *". Henri VIII s'estimait assez fort théologien pour n'avoir pas 
besoin des secours du franciscain strasbourgeois. Il lui remit une 
lettre dans laquelle il le recommandait à notre magistrat comme un 
homme qu'aucun danger ne rebute quand il s'agit de combattre l'hé- 
résie luthérienne ***. 

Quand Murner rentra dans son couvent, une scission avait éclaté 
parmi les frères; les uns ne voulaient plus porter le froc, d'autres 
étaient résolus à le garder. Murner joua dans cette circonstance un 
rôle assez équivoque; lui, qui jusque-là s'était montré un des soutiens 
les plus fermes de l'ancien ordre des choses, jugea à propos de c4der 
k l'opinion publique, soit par peui', soit pour profiter au moins de 
quelques-uns des avantages de la Réforme ; comme le peuple n'aimait 
plus les moines, il ne voulut plus paraître en moine **®. En novembre 



126 Rôhrich, Geschichte der Seformaty T. 1, p. 445. 

127 Le chancelier Thomas Morus au cardinal Wolsey, 26 août (1523J. State- 
paperSf T. 1, p. 225. 

128 La lettre est du 11 sept 1523. V\rencker, Collecta archivi jura^ p. 144. 

12Î* Ces dëtails sont tirds d'extraits du Mémorial du magUtrat (arch. de Saint- 



248 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L*ALSAC£. 

1523 lui et plusieurs franciscains adressèrent au magistrat uno 
requête, tendant à être autorisés à changer le froc contre le costume 
des prêtres séculiers; ils demandèrent que dans le couvent on leur 
assurât leur subsistance et qu'on leur accordât le droit de bourgeoisie ; 
à ces conditions ils continueraient de s'occuper de Técolo et de dire 
des messes en mémoire des bienfaiteurs de la maison. D'autres frères, 
soutenus par le gardien Ulric Graf et par le provincial Georges Hof- 
mann, protestèrent contre cette démarche. Le 2 mars 1524 l'afifairc fut 
portée devant le magistrat; il fit savoir aux moines qu'il n'était pas 
compétent pour se mêler de leurs querelles, qu'il n'avait rien à leur 
permettre ni à leur défendre. Dix jours plus tard Mumer, accom- 
pagné de trois frères, se présenta en personne devant le conseil; il 
exposa que le froc était devenu la risée de la foule, que leur règle ne 
les obligeait pas à le porter, mais qu'ils ne voulaient pas le quitter 
sans l'assentiment de l'évêque et du magistrat ; qu'étant fils de bour* 
geois, ils croyaient avoir le droit d'être reçus bourgeois à leur tour ; 
qu'enfin, ils avaient à se plaindre du provincial qui, logé dans le cou- 
vent, le ruinait par le grand train qu'il y menait avec ses partisans. 
Le conseil répondit qu'il réfléchirait. Murner, sans attendre le 
résultat de ces réflexions, prit l'habit noir des clercs séculiers, tout 
en restant dans le monastère, qui fut abandonné de la plupart des 
autres moines *'^. Ce fut alors que le magistrat institua une commis- 
sion pom* faire l'inventaire des biens monastiques. Murner se rendit 
à Saverne, où résidait l'évêque; celui-ci lui conseilla de solliciter 
pour le changement de costume une autorisation pontificale et de 
partir à cet efifet pour Nuremberg, où était réunie la diète et où se 
trouvait le cardinal Campeggi. L'évêque lui-même envoya à ce der- 
nier une plainte contre le magistrat, principalement au sujet de la 
tolérance à l'égard des prêtres mariés. Murner fit le voyage, s'entre- 
tint avec le légat et lui exposa aussi verbalement les griefs de l'évêque. 
Ceux-ci furent réfutés très-énergiquement par les députés que Stras- 



Thomas), d'un protocole dos franciscains, 1523 et snlv. (ms. brûle), et do la Pur- 
gatio de Murner (v. note 136). En gdne'ral v. Jung, T. 2, p. 261 et suiv., et ROhrich, 
T. l,p. 227 et suiv. 

^30 En 1524 Luther dcrivit à un ami: Mumamu hahitum cum suis mutavitf grtuuê 
(egressiu) ctim omnibus m<n\astenum. Fiietus, ut alitiui dicunt^ canonicus regularis rel 
studeiitiinn onlinU in coUajio, Luthers Briefe^ éd. De Wette, T. 2, p. 528. 




LIVRE V. — THOMAS MURNER. 249 

bourg avait envoyés à la diète***. Murner, à ce qu'il paraît, n'obtint 
pas la permission qu'il avait demandée, car de retour dans notre ville 
il reprit le froc *'', Selon lui-même, il ne le reprit que pour se séparer 
ostensiblement des franciscains devenus infidèles à leur ordre. Le 
21 mai il parut de nouveau devant le conseil pour réclamer encore 
une fois le droit de bourgeoisie ; on consentit seulement à le prendre 
sous la protection de la ville. 

Un décret du magistrat du 15 juin 1524 défendit l'impression de 
pamphlets polémiques ; on prétend que Murner établit alors une presse 
clandestine dans le monastère même des franciscains **', mais on ne 
connaît de lui aucune publication ni de 1524 ni de l'année suivante. 
Il ne combattit les réformateurs que par des leçons faites dans son 
couvent et leur demanda de le réfuter par écrit. Invité par eux à une 
conférence, il refusa de discuter leurs doctrines, do sorte que Butzer 
fut obligé d'attaquer les siennes. Après cette réunion il remit à 
Butzer le manuscrit de six leçons qu'il avait faites sur la messe; le 
réformateur y répondit par un traité sur la cène *'*. Les théologiens 
strasbourgeois, auxquels s'était joint le Français Lamibert d'Avignon, 
réfutèrent en outre leur antagoniste dans les coura publics qu'ils fai- 
saient sur divers livres de la Bible. Le bruit de cette controverse se 
répandit parmi la bourgeoisie, excitée déjà contre Murner par les 
satires populaires ; plusieurs fois il fut insulté quand il traversait la 
rue. Il n'avait pas seulement des ennemis parmi la population laïque, 
il en avait aussi, et de plus ardents encore, parmi les quelques reli- 
as i Rôhrich, T. 1, p. 187, note 16, cite un document qui n^existo plus : Handlung 
stcUchen dem Cardinal und der Stadt Strasshurg Oesandten, D^ Mumers und der 
Priester halb , etc, 

18* D'après Sleidan, De statu relifjionis, etc», Strasb. 1565, f^, f^ 57, Mumor serait 
allë à Nuremberg, au nom de Tëvêque, pour accuser le magistrat auprès du lëgat; 
on peut admettre qu'outre les motifs personnels qui le conduisirent K Nuremberg, 
il a eu une mission de Tëvêque. Le renseignement, au contraire, que donne Wal- 
dau, p. 26, d'après des annales wurtcmbergeoises manuscrites, est peu vraisem- 
blable: M. serait venu pour accuser les Strasbourgeois auprès de la diète; il n'avait 
pas qualité pour paraître devant la diète. U rend compte lui-mcmc des motifs de 
son voyage dans sa Purgatio. V. ci-dessous. 
"3 Jung, T. 2, p. 77. 268. 

*34 Nie. Gerbel à Jean Scbwebel, juin 1524. Centuria epistolarum theolog, ad 
J, Schtcebelium, Bipont, 1597, p. 66. — De cœna dominica ad objecta que contra rm- 
tatem Evangelicam Mumerua, partim ipse finxit, partim, ex liqfensi ac aliU pietatiê 
hostibiis, sublegitf Pesponsio Martini Buceri, S. 1. et a., 40 feuillets in-S^. 



250 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



gieux qui étaient restés dans le couvent. Ils lui reprochèrent d'avoir 
quitté un jour le froc, d'être devenu hésitant dans sa foi, d'avoir 
engagé quelques-uns d'entre eux à se joindre au mouvement réfor- 
mateur, d'avoir accepté de l'argent pour attaquer la religion. Les 
dernières de ces imputations sont trop étranges pour qu'on puisse les 
accepter comme fondées ; elles ne s'expliquent que par l'incompa- 
tibilité d'humeur qui existait entre Murner et les n^oines de son ordre; 
il s'était formé contre lui un parti qui, pour le dénigrer, le chargeait 
d'accusations dont quelques-unes étaient aussi injustes que plusieurs 
des reproches de Wimpheling, de Zasius et des luthériens. Singulière 
destinée que celle de cet homme, qui n'avait réussi encore qu'à se 
brouiller avec tout le monde, même avec ceux dont il défendait la 
cause! Le provincial réclama contre lui l'intervention du magistrat; 
la foule, le voyant poursuivi par son propre supérieur, pénétra dans 
sa demeure et enleva divers objets, entre autres le manuscrit de la tra- 
duction latine de son traité pour la défense d'Henri VIII. Chassé du 
couvent, menacé de prison, il se retira à Obernai, où, parait-il, vivaient 
encore des membres de sa famille. Depuis le 28 septembre il adressa 
au magistrat do Strasbourg lettre sur lettre, pour demander réparation 
des violences et des dommages dont il était victime, affirmant qu'il 
ne se sentait coupable ni d'ime infraction aux lois de la ville ni d'une 
ofifense envers un de ses habitants, ne se plaignant pas des bourgeois 
mais du provincial et des moines, et s'ofifrant à comparaître dès qu'on 
le citerait régulièrement devant des juges *'*. Il voulait aussi qu'on 
obligeât le couvent des franciscains à lui fournir les moyens de vivre. 
Il envoya en outre un mémoire justificatif, qu'il se proposait sans 
doute de livrer à l'impression; il est adressé à tous les amis do la 
vérité ''^. Pendant longtemps, dit Murner, il a gardé le silence, mais 
son honneur exige enfin qu'il se défende contre les calomnies; il réfute 
les accusations que les moines avaient portées contre lui; il insiste 
surtout sur le reproche de n'avoir changé de costume que pour se 
conformer aux opinions luthériennes; comme religieux de l'ordi'e do 

*35 Ces lettres, dont les originaux existent aux arch. de Saint-Thomas, ont (Çtt? 
publidcB par Strobcl, Beitrâje zur deutschen Liieratiir, p. 67 et suiv., et diaprés lui 
par Scheible, Kloater^ T. 4, p. 580 et suiv. 

136 Purgatlo vuhjaris Th. Mur7ifr}MB. autogr., 5 pages fo. Arch. do Saînt-Thoma» 
Strobel, o. c., p. 88, n'en donne qu'un extrait. 




LIVRE V. — THOMAS MURNER. 251 

Saint-François il n'est pas un moine astreint à porter le froc, la règle 
ne prescrit qu'un habit avec un capuchon, elle ne détermine ni la 
coupe ni la couleur et ne sait rien d'une corde; ces choses-là ne sont 
exigées que par les statuts ; or il n'a pas prêté serment sur les statuts, 
il n'a juré que d'observer la règle. Dans la même pièce il annonça 
l'intention de se rendre à la diète qui en novembre devait se réunir à 
Spire ; là il prouverait publiquement son innocence et son orthodoxie. 
On sait que cette diète n'eut pas lieu. 

Avant que le magistrat de Strasbourg lui eût répondu, Mumer 
quitta Obernai. Depuis le 17 avril jusqu'au 19 mai 1525 cette ville 
était menacée par les paysans. Dans cet intervalle il réussit à s'échap- 
per, relevant à peine d'une maladie*''. De crainte de tomber entre 
les mains des insurgés, qui en voulaient aussi aux moines, et qu'on 
avait avertis peut-être que dans plusieurs de ses satires il s'était élevé 
contre les révoltes précédentes***, il partit en habits laïques; c'est 
dans ce costume qu'il arriva à Lucerne, Par égard pour Strasbourg 
et par pitié „pour un savant célèbre", les Lucemois l'habillèrent, le 
logèrent au couvent des franciscains et bientôt après lui conférèrent 
l'office de prédicateur**^. Il dit qu'après les tribulations des dernières 
années, il ne désirait plus que le repos**®; mais dès la fin de 1525, il 
rentre, plus violent que jamais, dans la polémique ***. Il était provo- 
qué par des pamphlets publiés en Suisse, et dans lesquels on la trai- 
tait de la même façon que dans les satires strasbourgeoises. Comme 



137 A Pierre ViUenbach et à Nie. Knîebs, 27 juin 1525. Strobel, p. 76. 

138 ])fffi bundschîih uffwerfen, Karrenbeschc, f^, S, 5. — Den bund^chuh schmieren. 
Luth. Narr, (9. T. 4. 

139 Causa helvetica orthod. fidti^ i9. Pp , 3. Ind. bibl. 353. — Le magistrat de 
Lucerne à celui de Strasb., 7 mai 1526. Strobel, p. 78. — A Lucerne M. est men- 
tionne pour la première fois le 18 janv. 1526, mais il y fut évidemment plus tôt. 
Schiffinacher, Ueher Mumers Flucht nach Luzem, dans le QeschicfUsfreund y Lucerne 
1872, p. 231. 

1*0 Causa helvetica j\, c. 

141 Vers cette même époque Mumer intenta un procès k un jeune Bâlois, Jean 
Wemer Frey, qui Tavait qualifie de voleur. Lucerne défendit à Frey do se montrer 
en ville et dans le canton jusqu'à ce qu'il se filt rétracté. Bâle se plaignit de cette 
rigueur et demanda que Mumer poi*tAt sa plainte devant les tribunaux bâlois. Frey 
ayant fini par déclarer qu'il n'avait répété qu'un ouï-dire, Bâle pensa que Mumer 
serait satisfait et que Lucerne devait révoquer l'ordre de bannissement. Strickler, 
Actensammlung zur schiceizerichtii Reformatiaiisgeschichtet Zuricb 1878, T. 1 , p. 438 
et suiv. 



252 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'âLSâCE. 

Lucernc n'avait pas encore d'imprimerie, Murner lui-même en établit 
une. Un traité qu'il fit paraître contre ses adversaires dans les pre^ 
miers jours de janvier 1526 est le premier livre qui ait été imprimé 
dans cette ville ; environ trois mois plus tard, Murner en publia un 
second; dans lequel il attaquait aussi „le sot hérésiarque Zwingle"**', 
Au milieu de ces controverses, plus passionnées en Suisse qu'à 
Strasbourg, Murner attendait toujours une décision de notre magis- 
trat. Le 7 mai 1526 celui de Lucerne intervint en sa faveur auprès 
du nôtre. Le 19 juin Murner écrivit lui-même; il raconta comment la 
peur qu'il avait des paysans l'avait obligé de s'enfuir d'Obernai; il 
renouvela ses demandes antérieures et ajouta celle que, s'il ne pou- 
vait se présenter à Strasbourg, on lui fixât un jour, soit à Schlestadt, 
Boit à Haguenau, à Obemai ou à Offenbourg **'. On le laissa venir à 
Strasbourg même, dans les premiers jours du mois d'août***. Les 
franciscains ayant remis leur couvent au magistrat, celui-ci leur 



\^^ Lo promior pamphlet dans lequel Murner est attaque depuis son arrivée à 
Lucerne, date des derniers mois de 1525 ; il est intitule Concilium et parut s. 1. ni d., 
in-80. Rëimpr., Kloster, T. 8, p. 705 et suiv. L'auteur est Utz Eckstein, pasteur à 
Uster, dans le canton de Zurich. C'est un dialogue en vers allemands entre sept 
jiaysans et sept docteurs, sur les questions alors controverst^es. Un des docteurs est 
Murner, auquel Tautcur donne les noms de Mumar, Murmaw, — Contre ce traite M. 
publia, dans les premiers jours do janvier 1526, une apologie «contre la perfidie 
des Inthdriens»; il la fit précéder de la lettre du docteur Eck aux douze cantons, 
28 oct. 1525, et du mandat de rdformc do ces derniers, 28 janv. de la même année. 
Ind. bibl. 346. — Eckstein répliqua par son Richslag, écrit en mars 1526, s. 1. et a., 
in-80. Kloster, T. 8, p. 827 et suiv.; espèce de comédie en vers, comme le Conci- 
lium; les personnages sont des paysans, des magistrats, et Murner comme repré- 
sentant du clergé ; on y trouve des réminiscences du Karsthans et du Leviathan, — 
Le traité que Murner fit paraître vers la même époque, fin mars ou commencement 
d'avril 1526, n'est pas dirigé contre Eckstein, mais contre Zwingle et Sébastien 
Hofmeister de Constance; il est précédé d'un écrit d'Erasme sur la messe et du bref 
do Clément VU adressé aux Zurichois. Ind. bibl. 347. V. aussi l'article de Schifi'- 
macher cité note 139. — Murner est raillé accidentellement dans plusieurs autres 
pamphlets du temps, p. ex. dans ceux de Nicolas Manuel, de Berne, au sujet du 
colloque de Badcn. Griineiscn, Xic. Manuel ^ p. 415-434. — Pour en finir, j'ajouterai 
qu'en 1531 parut une satire contre Luther sous ce titre : Bochapiel M, Lutherê^ darin- 
nenfast aile stdnde dcr viensdteii berj^riffeii, vnd me eich ein yeder béklagt der yetzt- 
leuftigeii schiceren Zeyt. Mayence, 20 juill. 1531, in-4o. A la fin de cette pièce l'auteur 
fait intervenir Murner, qui se plaint d'avoir vainement essayé de conjurer les fous ; 
si on l'avait écouté on n'aurait pas à regretter les progrès de la Réforme, mais on 
s'est moqué de lui, on l'a appelé tcte do chat, etc. 

i*3 Chez 8trobel, o. c, p. 78-80. 

1** Ib., p. 90. 



LIVRE V. — THOMAS MUUNER. '253 

accorda à chacun^ et aussi à Murner, une pension viagère de 52 flo- 
rins. Murner, de retour à Lucerne, envoya au conseil une lettre pour 
le remercier; il déclara qu'il renonçait à toute autre réclamation, et 
qu'il s'engageait, sous peine de perdre sa pension, à ne plus ni prê- 
cher, ni écrire, ni imprimer quoi que ce soit contre la ville et ses 
habitants ***. 

Il se dédommagea de cette promesse intéressée, à laquelle du reste 
il demeura fidèle, en montrant d'autant plus d'animosité contre les 
réformateurs suisses. Le 18 mai avait eu lieu le colloque de Baden, 
convoqué par les cantons catholiques, auxquels Jean Eck, professeur 
à Ingolstadt, avait offert l'appui de son talent de disputateur. Zwingle, 
contre lequel Murner et d'autres avaient proféré des menaces, avait 
dû décliner l'invitation de /paraître**®. Le parti de la Réforme était 
représenté par Jean Œcolampade de Baie, par Berthold Haller de 
Berne et par quelques pasteurs. Eck avait pour seconds Faber et 
Murner. Le colloque s'ouivrit par une discussion sur la messe, en 
termes relativement courtois et modérés, entre Eck et les réforma- 
teurs. Le seul orateur du deuxième acte fut Faber; il s'était proposé 
de prouver par les écrits de Zwingle que ce dernier était le plus dan- 
gereux des hérétiques ; mkis Zwingle n'étant pas présent, Faber ne 
put faire qu'une harangue: contre sa ^perfidie" et remettre aux délé- 
gués des cantons des conclusions écrites. Quand vint le tour de 
* Murner, il protesta d'abord de son estime pour le magistrat et les 
habitants de Zurich; il n'en voulait, dit-il, qu'à Zwingle; il donna 
lecture de thèses théologiques et juridiques qu'il avait fait afficher à la 
porte de l'église de Baden. Les premières avaient pour objet la messe ; 
Murner se contenta de les poser, sans les développer; par les autres 
il prétendait prouver, au moyen de quarante conclusions basées sur 
des articles du code et longuement motivées , que les réformateurs 
étaient infâmes, ehrloSy pour avoir pris possession des églises, pour 
avoir excité des troubles et attaqué les dogmes, les docteurs et les 
usages du catholicisme ; les plus infâmes entre tous étaient Luther et 
Zwingle. Dans sa relation il ajoute d'un air de triomphe : Personne 

1*6 15 août 152G. 0. c, p. 83. 

i*6 llottînger, Hist&ria der lîeformatîon in der Etdge^wssenschaft. Zurich, 1708, 4®, 
p. 297 et suiv. — J. J. Hottingcr, Oesch, der Eidgenoesen wUhrend der Zeiten der 
Kirchenspaltung, Zurich 1825, T. 2, p. 80 et Buiv. 



tiS'lr IIISTOIUE LITTÉUÂIllE DE L'ALSACE. 

n'osa ouvrir la bouche **M Cela se comprend, il n'y avait pas lieu à 
discuter sur de pareilles violences. 

Quand on connut les détails du colloque, le gouvernement de 
Zurich se plaignit du langage et des procédés du fougueux firancis- 
cain***. Celui-ci répondit qu'il n'avait rien dit ni écrit contre les 
Zurichois, qu'il n'était l'adversaire que de leur prédicateur. Il inséra 
cette déclaration dans un pamphlet où Zwingle est malmené de la 
manière la plus injurieuse **®. 

Pondant l'automne de cette année 1526 on rapporta au magistrat 
de Strasbourg que Murner publiait de nouveau des traités de contro- 
verse. D'abord le conseil n'y fit pas attention, mais les plaintes s'étant 
reproduites, il fit rappeler au moine les conditions auxquelles on lui 
avait accordé une pension viagère. Le 9 novembre il répondit que 
s'il écrivait encore, ce n'était pas contre les Strasbourgeois, mais 
pour défendre son honneur et celui des catholiques de la Suisse*'**. 
On peut se demander si en efifet il défendait cet honneur en faisant 
paraître son Calendrier des hérétiques et des voleurs d'églises ***. 
Dans cette pièce, qui est une des satires les plus virulentes et les plus 
grossières d'une époque si féconde en grossièretés, Murner répète, 
en l'outrant encore, ce qu'il avait déjà soutenu au colloque do 
Baden, savoir que les réformateurs sont des voleurs d'églises, et que 
Zwingle en particulier est „un scélérat infâme, apostat, quarante 
fois parjure, séducteur du peuple, un lâche qui n'a pas osé se pré- 
senter à Baden '^. Des signes outrageants marquent les phases du 
calendrier des hérétiques; dans chaque mois les noms des saints 
sont remplacés par des noms de tyrans et de traîtres, auxquels sont 
mêlés ceux des réformateurs**'*. Ce n'était pas là cette controverse 
presque modérée que Murner avait essayé do faire dans ses premiers 

1*7 Causa helvetica orih,fid4t^ f> Zz, 4. 
i*8 J. J. Hottingcr, o. c, T. 2, p. 95. 
i*» Ind. bibl. 348. 

150 Strobel, o. c, p. 88. 

151 Kirchenkaleiider. Ind. bibl. 349. 

152 Le premier des signes du calendrier est un homme pendu: dteêes Zeichtn 
hedeut fjut ntelen den ]\fafen und miitichen. Veut. X. Galyibus in hangis krayorum 
iiayere heinis. Le l'^' janv. est consacré k Judas, le G à Luther, le 9 k Mahomet ein 
unflat^ le 12 à Kero ein tcilterichy le 13 h Bersabea ein hur, etc. A la fin M. dit que 
tous les partisans do la Réforme sont onmechtiy^ eerlouz , b'ôifztticht f dieb^ lecker^ êchel' 
w»cM, buben J jur/anti tuttiquanti. 



\ 



LIVRE V. — THOMAS ML'RNER. 255 



traités contre les luthériens, où il ne prétendait que plaider la cause 
de la foi sans justifier aussi les abus. A mesure que les événements 
avaient marché, ce qu'il y avait de violent dans son caractère avait 
débordé de manière à lui faire perdre toute mesure ; il était tombé au- 
dessous des pamphlétaires dont il avait eu à se plaindre personnelle- 
ment; il n'y a même plus de l'esprit dans le Calendrier des héré- 
tiques. 

En janvier 1527, les Bernois, indignés de ce pamphlet, envoyèrent 
à Lucerne des députés pour que Murner fût cité devant les tribu- 
naux*", A Lucerne, où Ton reculait encore devant l'idée d'une rupture 
avec les Eidgenosseny on regretta l'apparition du Calendrier des héré- 
tiques; on craignit que les Zurichois ne prissent les armes pour venger 
leur réformateur outragé ; le magistrat crut donc devoir défendre à 
Murner de publier encore des livres de polémique. Pour se justifier il 
imprima une excuse en vers adressée à tout le peuple du canton de 
Lucerne ***. Le lendemain du jour où cette pièce fut livrée au public, 
il fit paraître les actes de la disputation de Baden ; les cantons catho- 
liques en avaient décidé la publication ; on n'y comprit que la relation 
du colloque entre Eck et les réformateurs, telle qu'au moment même 
elle avait été écrite par un des quatre notaires, Jean Huber de 
Lucerne *'**. 



163 J. J. Hottînger, o. c, T. 2, p. 99. 
. 154 ind. bibl. 351. 

155 2>{e diuputacion vor den XII orteil einer lobliclien cidlgenoschaft... su Baden im 
ertjotD irer statt gehalten uniid vollendet. — Gedruckt in der altchrMichen Stat Luzem 
durch dodor Murner in dem iar Chriêti iuaent funfkuiidert uniul XXVII uff den 
XVIII tag May. In-4o. — Zwingli ayant appris, en août 1626, que Murner se pro- 
posait dUmprimor les actes, et craignant qu'il ne les falsifiât, demanda qu'on ne 
publiât qu'une copie authentique. Strickler, Actennammlunriy T. 1, p. 486. — Apres 
l'apparition du volume les Bernois connurent également des soupçons, Murner no 
leur paraissait pas digne do foi, der ehren tind des glauhenu nit tcerth. Hottinger, 
Hiatoria der Bef,, p. 398. Plus tard ou renouvela souvent le même soupçon ; mais 
outre une préface de Murner, le volume ne contient que la relation officielle écrite 
pendant le colloque nii^me par le secrétaire du magistrat de Lucerne, Jean Huber. 
Au f° (i il est dit que Uuber a certifié tous les exemplaires do sa signature; en effet, 
sur le titre do celui que j'ai vu et qui appartient k la bibl. de Bâle, il y a cet auto- 
graphe ; Joh, Huber zu Lucern tjcscJuconicr ttchriber nscpl (nubêcriptrii), — Des rédac- 
tions pareilles furent faites par quatre autres notaires. Comme .les cantons catho- 
liques tardèrent h, publier les actes, Thomas de Hoffen, secrétaire de Berne, fit 
paraître à Strasb., 1526, sa Warhafitvje handlung der dispiUaiion in Obem-Baden, Les 
catholiques, trouvant co rapport inexact ^ décidèrent la publication do celui qu'avait 



4 



25G HISTOIRE LITTERAIRE DE L'ALSACE. 

Lorsqu'en novembre 1527 le gouvernement de Berne convoqua une 
nouvelle conférence pour le mois de janvier suivant, Murner remit au 
magistrat de Lucerne une protestation contre cette mesure „anti- 
chrétienne", mais comme on lui avait défendu Timpression de traités 
de controverse, il ne la publia point. A Strasbourg, où on le connais- 
sait et où on ne le redoutait pas, on désirait qu'il prît part à la dispu- 
tation de Berne ; les cantons de Lucerne et de Fribourg reçurent Tin- 
vitation pressante de Tenvoyer; mais lui, qui avait reproché si 
durement à Zwingle de n'être pas venu à Baden, se garda de venir à 
Berne ; Lucerne, du reste, refusa de se faire représenter au colloque*^". 
Après la publication des actes de ce dernier et de pamphlets contre 
lui-même, Murner ne se crut plus lié par la défense du magistrat ; il 
imprima successivement une traduction latine des actes de Baden, aug- 
mentée d'un extrait du traité de Faber, de ses propres conclusions^ 
do 148 ^mensonges" tirés des écrits d'Œcolampade et d'une foule 
d'observations blessantes insérées dans le texte officiel **', un résumé 
de sermons qu'il venait de prononcer contre la thèse sur la messe 
qu'on avait soutenue à Berne***, un appel contre ce colloque, suivi 
d'un exposé des motifs de son abstention *'*, une satire en rîmes alle- 
mandes contre les Bernois *®°, la protestation que l'année précédente 
il avait remise au conseil de Lucerne *®*; enfin une épître aux cantons 
catholiques pour les exhorter „à ne pas se laisser déshonorer par les 
hérésies évangéliques et luthériennes"***. Ce fut sa dernière publica- 
tion. En 1528 il avait fait un travail d'une nature toute dififérente ; 
c'était un registre des anniversaires célébrés dans les églises de 
Lucerne et des communes voisines d'Ebikon et de Littau **'. 

Le 16 juillet 1528 Berne écrivit à Lucerne pour se plaindre de la 
satire intitulée le Testament du vieil ours chrétien ; on demanda que 

fait Iluber. Les quatre autres sont aujourd'hui dt^pos^s & la bibl. de Zurich ; en les 
comparant îi celui de Luccmc, on s^cst convaincu qu'ils concordent ensemble; c*est 
une preuve do plus que Murner n'est pas coupable d'une falsification. 

i&6 Hottinger, Bht. der Réf., p. 396. 

157 ind. bibl. 352. 

168 Ib. 353. 

159 Ih. 854. 

160 ib. 350. 

161 Ib. 355. 
16« Ib. 356. 

168 Ms. în-f^. Arch. de Lucerne. 



r 



LIVRE V. — TIIOMxVS MURNER. 257 

l'auteur fût empêché de publier de nouvelles invectives. Le magistrat 
de Lucerne répondit que ce pamphlet avait paru à son insu, et que 
Murner interrogé a déclaré que les attaques incessantes de ses adver- 
saires et de ceux de la Suisse catholique l'avaient seules poussé à ne 
plus garder le silence. Le magistrat ajouta dans sa lettre, d'un ton 
assez aigre, que dès que Berne interdira la polémique, Lucerne fera 
de même. Là-dessus les Bernois donnèrent Tordre à leurs baillis de 
se saisir de Murner partout où ils pourraient le rencontrer ***. Le 
24 février 1529, le magistrat de Zurich résolut à son tour do le citer 
en justice ; mais déjà se préparait la guerre de religion. Au mois de 
juin, après le départ des troupes lucernoises, Murner monta en chaire, 
exhorta le peuple à ne pas perdre courage et pria Dieu d'exterminer 
les hérétiques; puis, saisissant une croix, il se rendit pieds nus et 
suivi de la foule au village d'Ebikon, où il prêcha de nouveau pour 
enflammer le zèle des habitants **'. Dans le traité de paix, qui le 24 
de ce mois fut conclu entre Zurich et les cantons catholiques, on con- 
vint que Murner, que l'on considérait comme le principal instigateur 
de la guerre, aurait à se présenter à Baden devant des juges désignés 
par Zurich et Berne, et que Lucerne exécuterait la sentence qui pour- 
rait être prononcée. Il se sauva sous un déguisement par la fuite. 
Comme on le supposait à Strasbourg, des députés bernois, venus en 
notre ville avec une mission politique, demandèrent sa punition; 
comme on ne le trouva point, Berne et Zurich firent saisir ses biens *•*. 
Encore en juin 1530, les deux cantons renouvelèrent leur plainte 
auprès des Strasbourgeois ; ceux-ci supprimèrent sa pension et fixèrent 
un jour où il aurait à comparaître ,jpour rendre raison de ses 
libelles"*®'. Il ne se montra plus; vers cette époque il était à Heidel- 
berg, jouissant de la faveur do l'électeur ^®*. En 1532 enfin il revint 
à Obcrnai, où les nobles d'Oberkirch lui procurèrent la cure de 
Saint-Jean *®*. Dans cette retraite, fatigué des orages qui l'avaient 
jeté hors de sa voie, il revint à des études plus paisibles; il acheva une 



164 Striokler, Acttmammlung , T. 1, p. 641 et suiv. 
166 J. J. Hottînger, Gesch. der Eidg., T. 2, p. 266. 

166 0. c, p. 275. — Grttneison, Nie, Manuel, p. 144-147. 

167 Ruchat, llist. de la réf. en Suisse. Genève 1727, T. 3, p. 147. 

168 Vierordt, Gesch, der evanj, Kirche in Baden, T. 1, p. 241. 
-169 Gyss, Hîst. d'Obernai, T. 2, 429. 

II ^7 



258 HISTOIRE LITTÊRAIIIE DE l'ALSACE. 



•1 



traduction de THistoire de Marc-Antoine Sabellicus *^°. En 1535 le 
magistrat de Lucerne lui offrit la direction de ses écoles ; il déclina 
cet appel, ne voulant pas, dit-il, que s'il éclatait une nouvelle guerre, 
on pût lui reprocher de Ta voir provoquée ''*. Il ne quitta plus sa 
ville natale ; c'est là qu'en 1537 il termina sa vie troublée*'*. 

170 jf. ^. SabeUid History von anbeschaffeTier WeU. A la fin : finis anno Î/>S2 sah- 
hato posi Ulricij Thonia Munier interprète. Ma. avec dessins ù la plume. Carlsruhe. 
Il s'agit do Touvragc de SabcUicus intitule : Enneadea ab orbe condito ad inclinatio- 
neni imperii romani. 

171 Lettre du 1^^' avril 1535. Arcli. de Lucerne. — Suivant le frcro Sbaralea, auteur 
d'un Supplementuin et caatvjatio ad scriptores vùnorum Waddin'ji, Kome 1806, i^, 
p. 678, Thomas Mumer aurait été en 1536 gardien des frères mineurs de Pausau , et 
eu cette qualité il serait devenu suffragant de IVvcque de cette ville. Sbaralda 8*on 
rapporte à une Historia provinciœ austrlœ min. content. C'est une confusion; le 
Thomas qui en 1536 a ëto suffragant de Passau s'appelait Mumavuëy il ëtait do 
Mumau en Bavière. 

17* On aimerait avoir un portrait authentiqne de Mumer. Sur la gravure do la De- 
feimo Germaniœ on le voit a côtd de Wimpheling et de ses disciples; il est jounc, 
sans barbe, vu de face, avec une physionomie qui, maigre la simplicité du dessin, 
est très-caractdristique ; l'expression est celle d'un homme railleur et content de lui- 
même. Comme le portrait de Wimpheling paraît être ressemblant, celui de Mumer 
l'est probablement aussi. Une des gravures de la Oeuchmatt, dessinée par Ambroisc 
llolbein, représente un moine assis h un pupitre, écrivant des vers, la main gaucho 
comptant les syllabes. Ce moine doit être l'auteur du livre; il ressemble à celui de 
la Geistliche Badenfahrt où, au chapitre intitule der Baderin danken, il y a un reli- 
gieux h côté duquel sont les armoiries de Murner. Le visage, plus âgé et plus 
sérieux, diflfère un peu de celui de la Defensio Germaniœ. Un autre portrait se trouve 
chez Pfenninger, Ueheiiem beriihvite Mànner, 2^ éd. Zurich 1799, T. 1, p. 228; il a 
une grande barbe et une expression vulgaire et sensuelle. Meister, l'auteur du texte 
de cet ouvrage, dit que l'image est faite d'après celle «qu'on trouva chez les fran- 
ciscains de Lucerne». Cette dernière, œuvre du dix-huitième siècle, donnait un 
Murner de fantaisie; elle ne parait plus exister. 



IL 



LES ŒUVRES DE MUMER 



En racontant la vie clé Murner, nous avons eu Toccasion de men- 
tionner à leui*s dates la plupart do ses écrits; il importe de les exa- 
miner encore au point de vue littéraire. Qu^ls soient en prose ou en 
verS; en allemand ou en latin, didactiques , polémiques ou satiri- 
ques, singuliers ou graves, modérés ou violents, ils sont, avec leurs 
défauts et leurs qualités, au nombre des productions qui servent le 
mieux à caractériser la fermentation des esprits au commencement du 
seizième siècle. L'ardeur impatiente avec laquelle on cherche des 
voies nouvelles, Tambition de rendre populaires et do propager vite 
des connaissances qui jusqu'alors n'avaient été que le monopole des 
savants de profession, le désir de corriger ce qui était faux, vicieux, 
abusif, et en même temps un attachement opiniâtre aux traditions, 
tout cela se retrouve dans les ouvrages de notre franciscain ; pour 
réussir mieux qu'il ne l'a fait dans la partie scientifique et nK)rale de 
son œuvre, il lui aurait fallu encore autre chose qu'un talent qu'on 
ne saurait lui contester, il aurait eu besoin de connaissances plus 
réelles, d'un esprit plus équilibré, d'une plus grande noblesse de 
caractère. 

On s'étonnera peut-être que Murner, docteur en théologie et plusieurs 
fois lecteur dans des couvents de son ordre, n'ait laissé aucun ouvrage 
théologique ; on ne peut donner ce titre ni aux quelques sermons qu'il 
a laissés ni à ses traités de controverse. A l'époque où il fut promu 
docteur, il a dû savoir tout ce qui était requis pour obtenir ce grade ; 
mais personne n'a eu l'esprit moins théologique que ce moine tur- 
bulent, qui depuis 1506 fut occupé de trop d'autres choses pour son- 
ger à augmenter la somme de ses connaissances. Au surplus, il ne 
voulait pas former des savants, il se devait, disait-il, au peuple qui le 
faisait vivre de ses aumônes, et pour les besoins du peuple il croyait 



260 HISTOIUE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

avoir assez de science*. Ses écrits contre les réformateurs prouvent 
surabondamment la médiocrité de son savoir tbéologique; au colloque 
de Baden il se hâta 3e quitter le terrain du dogme pour transporter 
la lutte sur celui du droit, où il était persuadé d'être plus fort. Pour 
l'apprécier comme écrivivin, on peut donc, sans être injuste à son 
égard, se dispenser de revenir sur cette partie de sa succession litté- 
raire; il sera inutile également de parler encore une fois de ses deux 
premiers écrits, sur Tasirologie et sur la paralysie pytJioniqm; ce qui 
en a été dît dans la biographie peut en donner une idée suffisante. 
La vraie renommée de Murner se fonde sur ses ouvrages didactiques 
et sur ses satires ; les premiers sont en partie bizarres, mais c'est cette 
bizarrerie qui constitue leur intérêt historique; les satires, quand 
pour les juger on n'oublie pas qu'elles appartiennent au commence- 
ment du seizième siècle, sont des plus spirituelles qu'on ait écrites à 
cette époque. 

* Woê tcere es dos ich doctor were 

ITnd geb dem armen man keiii 1ère 
Undfress den hettel gar umhsunsty 
So ich verhelet meine kuimt 
So ich von inen han dos leheti. 

GeUa. Badenfahrty f». P. 1. 




LIVRE V. — THOMAS MURNER. 261 



CHAPITRE PREMIER. 



Ouvrages didactiques. 



Les uns de ces ouvrages concernent renseignement de la littérature 
classique, les autres les procédés pour faciliter Tétude de la logique, 
de la prosodie et du droit. 

Ce que Mumer a fait comme humaniste forme la moindre partie de 
son œuvre ; il n'est remarquable sous ce rapport que par la position 
qu'il prit dans la querelle sur la valeur pédagogique des poètes païens. 
On se rappelle que Wimpkcling et son ami Zasius accordaient que la 
lecture de quelques-uns de ces poètes n'était pas dangereuse pour les 
enfants, mais qu'elle le devenait dès qu'on entrait dans l'adolescence; 
Locher, au contraire, poursuivait de son persiflage ce pédantisme 
inconséquent. Mumer n'était pas d'humeur à laisser passer cette que- 
relle sans y prendre part. 

Wimpheling et ses disciples lui ont reproché d'écrire un latin plein 
de barbarismes et de solécismes; ce reproche n'est pas plus fondé que 
le compliment que Zasius lui adressa un jour sur l'élégance de sa 
latinité *. Le style de Mumer est loin d'être élégant, mais en somme 
il n'a pas plus de défauts que celui de la plupart des contemporains. 
Murner avait lu les auteurs classiques, sa mémoire était pleine de 
leurs sentences, mais quant à leur emploi dans l'enseignement, il 
semble avoir partagé l'opinion de Wimpheling, qui était aussi celle 
de Lefèvre d'Etaples et de Jean de Glogau, dont il avait suivi les 
cours à Paris et à Cracovie. Dans sa Honestorum poemcUum laudcUio, 
écrite vers 1503, il met ceux qui faisaient contre lui-même des épi- 
grammes sur la même ligne que les poètes païens ^remplis de men- 
songes'' ; il en appelle contre ces poètes aux mêmes passages de 
saint Augustin qu'il reproduira quelques années plus tard. En 1508 
il reprit la question dans ses leçons professées à Fribourg et publiées 
sous le titre de Reformatio poetariim» Dans ce livre il ne suit plus les 

* De reformat, poetarunif f> î, 2. 



262 HISTOIRE LITTÉHAIRE DE L'ALSACE. 



principes de Wimpheling, avec lequel il s'était brouillé ; mais, tout 
en dédiant le volume à Locher, il se rattache encore moins à ce prince 
des poètes, comme il veut bien le qualifier. Ne voulant dépendre de 
personne, il choisit une voie nouvelle qui, comme cela lui amva sou- 
vent, ne le conduisit qu'à des paradoxes. 

La question de la poésie étant controversée, il veut la traiter, dit- 
il, sans aucun sentiment de haine contre qui que ce soit, uniquement 
dans rintérêt de la vérité. Il se propose de rechercher d'après les 
Pères „les vices et les qualités de la faculté poétique"; il ne tirera 
rien de son propre capiteUum, qiwd nidlum est, il ne s'appuiera que 
sur les docteurs de l'Eglise; c'est donc à ceux-ci et non à lui même 
que devront s'en prendre ses contradicteurs. En effet, son argumen- 
tation est fondée en général sur saint Augustin et saint Jérôme ; 
cependant il a aussi des opinions qui n'appartiennent qu'à lui. Il dis- 
tingue trois espèces de poètes, les scéniques, les impériaux, les cano- 
niques ou ecclésiastiques. Par les premiers il entend tottë les poètes de 
l'antiquité, et voici pourquoi : les auteurs dramatiques des Romains' 
n'ont fait représenter que des fables et des turpitudes ; or les autres 
poètes ne nous offrent également que des turpitudes et des fables; 
donc ils appartiennent à la môme catégorie. Leur éloquence n'est pas 
la vraie, c'est une éloquence d'enfants qui ne convient pas à des 
hommes mûrs; par conséquent il ne faut pas même leur donner le 
nom de poètes, car pour être poète il faut être éloquent. Virgile n'est 
pas éloquent, il n'est donc pas poète, hœc veritas est, Virgilium non 
esse poetatn. Pour prouver cette vérité surprenante, Murner cite un 
passage de saint Augustin où il n'est pas dit un mot de Virgile; il 
généralise et exagère ce que l'évêquo d'Hippone avait écrit contre les 
auteurs païens de son propre temps. — Les poètes scéniques se sub- 
divisent eux-mêmes en plusieurs classes : les mystiques et les natu- 
rels, dont les uns expliquent les fables par des allégories, tandis que 
les autres les ramènent aux phénomènes de la nature ; il ne veut ni 
des uns ni des autres, par la raison que, de quelque façon qu'on les 
interprète, les mythes sont toujours des mensonges. Viennent ensuite 
les fabulistes ; Murner consent à ce qu'on s'en serve, pourvu que dans 
l'explication on ne fasse pas intervenir la mythologie et qu'on ne 
parle pas des amours des dieux. — Les poètes efféminés, qui font 
„des vers doux et impudiques" ; il y en a aujourd'hui, dit-il en son- 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 263 

géant manifestement à Celtes, ils adressent à des courtisanes des 
odes saphiques ou des élégies; — les poètes adulateurs, comme Vir- 
gile, Horace, Ovide, mais que sont devenus ceux dont ils ont chanté 
les louanges? au lieu de célébrer des hommes qui passent, il ne fau- 
drait glorifier que le Seigneur Jésus-Christ; — les poètes obscènes, 
faisant des œuvres telles que les Elégies de Catulle, les Amours 
d'Ovide, les Priapeia; — les poètes prodigues et stériles , qui , après 
avoir dépensé leur talent à chanter la volupté, ne produisent plus 
qu'un vain bruit de paroles. Murner fait une sortie véhémente contre 
tous les poètes; il affirme, à peu près comme Wimpheling et Geb- 
wilor, que les muses sont des ineretrices; il est indigne d'un chrétien 
de chercher la gloire en se vouant à leur culte ; s'adonner à la poésie 
lascive et mensongère est ^l'erreur de notre temps"; il faut s'en gar- 
der comme d'une peste. Il est dangereux d'admettre de pareils poètes 
comme professeurs dans les universités ; tout au plus peut-on les tolé- 
rer, à la condition qu'ils ne tirent des œuvres des anciens que des 
maximes morales. Murner veut bien croire que les professeurs de 
poésie ne prennent plaisir qu'au latin des classiques et qu'ils ne 
croient pas aux divinités païennes, mais il est persuadé aussi qu'ils 
ont besoin de beaucoup de prudence, puisque sous le miel des mots 
se cache un venin pernicieux ; c'était le refrain de la plupart de nos 
humanistes. 

Quant aux poètes impériaux, on cherche en vain ce qu'il entend 
par ce terme ; il paraît le prendre pour synonyme de poètes canoni- 
ques. Il prouve que les Pères ont fait grand cas de la poésie; ils 
avaient lu les classiques, ils ont écrit eux-mêmes des vers; eux seuls 
ont eu la vraie éloquence, celle qui est inspirée par la théologie. A 
leur exemple, il est permis de citer dans des sermons et dans des 
poèmes chrétiens des passages d'auteurs païens , quand ces passages 
contiennent des vérités ; on peut surtout faire usage de Virgile, qui 
mérite presque le titre de vir ecclesiasticuSy in 7wstra est enim potes- 
taie ethnicum ecclesiasticum facere. Murner semble oublier que quel- 
ques pages plus haut il avait dit que Virgile n'était ni éloquent ni 
poète. 

Mais les religieux peuvent-ils s'occuper d'études poétiques? Les 
poètes séculiers leur en contestent le droit. Murner se récrie contre cette 
prétention; il trouve qu'il est injuste de priver ceux qui ont à prêcher 



26i HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L*ALSACE. 

rÉvangilc des moyens de se former à l'art oratoire ; ce n'est d'ailleurs 
que dans les poètes qu'ils apprennent h connaître les vices et les 
erreurs qu'ils sont chargés de combattre; ils peuvent les lire, non- 
seulement comme écoliers, mais aussi plus tard. Les moines, il est 
vrai, qui se livrent à la contemplation et ne sortent pas de leurs cou- 
vents, font bien de fuir les poètes qui ne pourraient que les troubler 
dans leur recueillement ; mais les frères mendiants, obligés de vivre 
dans le monde, n'ont pas moins besoin d'études séculières que d'études 
sacrées 5 ils emprunteront aux poètes, non la matière, mais l'élégance, 
l'ampleur, la majesté du discours; ceux qui traitent ;,de choses impu- 
diques" auraient-ils seuls le droit de parler un beau langage, et nous 
autres, qui prêchons les vérités les plus hautes, serions-nous condam- 
nés au jargon des béguines? Sans doute, on peut se former àl'élo- 
quence par les Saintes-Ecritures, où l'on en trouve tous les préceptes 
et toutes les qualités; on l'apprend aussi mieux en lisant ou en écou- 
tant des prédicateurs qu'en suivant péniblement les règles de la rhé- 
torique; cependant l'étude des poètes n'est pas à négliger. 

Telle est l'opinion de Mumer, autant qu'on peut la dégager de son 
exposition souvent confuse et contradictoire. Il trouve que c'est une 
perversité d'expliquer les poètes profanes dans les écoles, où l'on ne 
devrait s'occuper que des dogmes et des vertus, et pourtant il veut 
que ces mêmes poètes soient étudiés par les religieux. II veut réfarmer 
cet enseignement d'après les Pères, pour l'appliquer exclusivement à 
l'usage pratique des prédicateurs. Il a des chapitres dont les titres 
parlent du poeta canonicuSy mais dans le texte il n'est question que de 
Vecclesiasticus éloquens; pour lui poésie veut dire forme oratoire; le 
vrai poète est le prédicateur éloquent ; Virgile n'ayant pas été chré- 
tien n'est pas poète, mais il a dit des choses si belles que sans trop de 
peine on peut les faire servir à la théologie. On voit que dans cette 
question Murner a voulu prendre une position intermédiaire entre 
Wimpheling et Locher ; mais on voit aussi qu'il a moins écouté son 
bon sens que son ambition de faire bande à part. 

On se rappelle que, dans les cours qu'il fit sur Virgile à Fribourg, 
il ne l'expliqua qu'au point de vue de la grammaire et de la prosodie, 
en négligeant la majestas poetica; pour mettre en pratique sa théorie, 
il aurait dû montrer aussi comment le pUiS Maro pouvait être trans- 
formé en homme ecclésiastique. Son étrange opinion sur Virgile ne 



LIVRE V. — THOMAS MlIRNER. 26S 



paraît avoir été qu'un de ces paradoxes qu'il aimait à produire pour 
affirmer son individualité; car quelques années plus tard il traduisit 
TEnéide en rimes allemandes, en convenant que Virgile était le poète 
le plus agréable; il s'écria avec complaisance : „En ressuscitant cet 
auteur de la mort latine à la vie allemande^ j'ai fait une œuvre inouïe 
jusqu'à ce jour"; et de même que Virgile avait fait son poème en 
l'honneur du très-pacifique empereur Auguste, il dédia la traduction 
au très-pacifique empereur Maximilien. Il a soin de prévenir le lec- 
teur que dans l'Enéide il est beaucoup parlé des anciens dieux „qu'on 
estime maintenant être des démons", mais que n'étant que le traduc- 
teur, il n'a rien voulu changer au texte. Il n'aurait manqué que de 
revêtir le païen d'une robe ecclésiastique. Dans sa version on soup- 
çonne à peine la poésie de l'original; le mètre dont il s'est servi no se 
prêtait guère à la reproduction d'un poème héroïque; on croit lire la 
prose rimée d'un ménétrier, sans élévation et sans grâce, et parsemée 
de locutions populaires. Et n'est-il pas curieux que les opinions de 
Murner sur le danger des poètes païens ne l'aient pas fait reculer 
devant l'idée d'en mettre un des plus fabuleux entre les mains du 
peuple laïque? 11 faut croire que ces opinions n'ont pas été très- 
sérieuses chez lui. 

Parmi ses œuvres les plus singulières sont plusieurs de celles qui 
ont pour but de faciliter l'enseignement de certaines sciences. Il avait 
le même principe que Lefèvre d'Etaples sur l'utilité d'interrompre les 
études par des délassements, et d'employer ces derniers eux-mêmes 
au progrès de l'instruction. A cet effet il imagina des jeux de cartes, 
d'échecs et de dés. Si un homme savant et sérieux comme Lefèvre a 
pu, sans déroger, faire un jeu sur les nombres, on serait injuste 
envers Murner en le taxant de légèreté pour le seul fait d'avoir suivi 
cet exemple. La méthode peut nous paraître peu raisonnable ; nos 
ancêtres ne l'ont pas jugée ainsi, elle avait alors de nombreux par- 
tisans ; parmi nos humanistes, Matthias Ringmann, également élève 
du célèbre professeur de Paris, fit un jeu de cartes sur la grammaire. 
Il convient, dit Murner, d'oflfrir aux étudiants des distractions hon- 
nêtes, afin qu'ils ne se dégoûtent pas de la science; pour soutenir 
leur intérêt, il faut varier les moyens de s'adresser à leur intelligence; 
par les jeux les préceptes acquièrent un agrément qui manque à l'ex- 
position abstraite; ^rendus palpables aux sens", les règles, en pas- 



200 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



sant par rimagination, s'impriment plus facilement à la mémoire; de 
même que l'aigle apprend à ses petits à fixer l'éclat du soleil, Murner 
pense que par ses images il apprendra à ses élèves à supporter les 
diÔicultés de l'étude'. U se berçait encore d'un autre espoir: dans 
les universités la passion du jeu était si répandue, qu'il semblait 
impossible „d'extirper ce monstre" ; Murner se flattait que jwir ses 
jeux savants il bannirait ceux qui ne servaient qu'à la ruine des 
jeunes gens. Il prend Dieu à témoin qu'il n'a jamais joué lui-même, 
que de tout temps il a détesté les joueurs, que par conséquent 
il n'a pas d'intention mauvaise; ne pouvant pas supprimer le jeu, 
il veut au moins le rendre utile et instructif, il veut habituer la 
jeunesse „à jouer honnêtement" *. Un de ses admirateurs s'écrie : 
„A-t-on jamais vu ou entendu pareille chose! ce qui doit servir à 
un but aussi glorieux ne peut pas mériter de blâme" *. D'autres 
disaient que Murner tentait l'impossible, que ses promesses étaient 
trompeuses, qu'au lieu d'étouffer la passion du jeu il ne lui four- 
nissait qu'un aliment nouveau. Suivant le même admirateur, il 
n'y a que les paresseux et les envieux qui puissent manifester ces 
craintes; on abusera peut-être des jeux du frère Thomas, mais do 
quoi n'a-t-on pas abusé! N'a-t-on pas changé en hérésie l'Evangile de 
Jésus-Christ ! ® Murner lui-même savait que sa méthode trouverait 
des adversaires, mais il déclarait qu'il ne s'en inquiétait point; quand 
on a la conscience de vouloir le bien, on peut tranquillement se 
laisser calomnier '. C'étaient de bien grands mots pour justifier une 
chose bien petite. Murner en appelait aussi aux figures des évangé- 
listes de Georges Rhelmisius et aux gravures de la Nef des foiés de 
Brant; mais ni les unes ni les autres ne formaient des jeux de cartes *. 
La plupart de ses traités sur les jeux furent d'abord des cours faits 
à des étudiants ; ils s'adressent à des auditeurs; Murner en montrait 



s Prëf. du ChariU. logicœ, 

* O. c, fo a, 4. — Ludus sttideiUum frib.j préface. 

5 Quis hœc audirit antea, aut quin vidit similia!... Iiitentio saiicta et felix doctrina ! 
Non po88U7U esse maJa quœ ad taux yloriosam Jînem swid ordinata. Vitiis Geiafell, 
prdf. du Ludus stud, frib. 

6 L. c. 

^ Charttl. ht/iccCy P a, 4. 

8 Honestorum poeniatum laudatîo, f» b, 1. — Les Evangelistarum figurœ avaient 
paru plusieurs fois, entre autres en 1502 avec des vers de Urant. 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 267 

rapplication soit par des tableaux, soit au moyen d'une table de jeu 
à laquelle il prenait place avec un élève. Il a enseigné ainsi la logique, 
la prosodie et le droit; il n'y trouvait pas seulement un avantage 
pour Içs élèves, il s'amusait lui-même. 

Dans les écoles du moyen âge on exposait généralement la logique 
d'après les Parva logicalia de Pierre l'Espagnol. C'est dans ce livre 
que Murner avait appris la science; après s'en être servi pour ses 
propres cours à Cracovie, il lui reprocha trois défauts : latin barbare, 
texte plein d'erreurs, absence d'images capables d'aider le lecteur et de 
le distraire des ennuis d'une étude abstraite ^. Il avait déjà fait des 
cartes sur les Institutes ; il en fit maintenant pour la logique ; il les 
publia en conservant le texte de Pierre l'Espagnol, dont il ne voulut 
pas embellir le style; il redoutait la trop grande nouveauté d'une 
pareille entreprise; si son jeu, dit-il, a du succès, il corrigera aussi 
le livre et fera une nouvelle édition de re logica» Le CJmrtïludium 
logicœ^ où il expose sa méthode, se compose de seize chapitres, autant 
qu'en a le traité de Pierre. Chacun est indiqué par un signe, qui le plus 
souvent n'a aucun rapport visible avec le sujet ; en voici l'énumération : 

I. enuncicUio, un grelot; 2. prœdicabile, une écrevisse; 3. prœdica- 
mentuiny un poisson; 4. syllogismus, un gland; 5. loms diàlecticus, un 
scorpion ; 6. faUdcia, un bonnet; 7. supposition un cœur; 8. ampliatio, 
une sauterelle; 9. restriction un soleil; 10. appellcUio, une étoile; 

II. distribution un oiseau; 12. expositio, une lune; 13. exdusiOj 
un chat; 14. exceptio, un bouclier; 15. reduplicatio, une couronne; 
16. descensm, un serpent. Pour chaque chapitre il y a, en outre, 
douze cartes, roi, reine, valet, servante, et huit jusqu'à l'as, ce qui 
forme en tout 192 cartes ou images. Sur chacune de ces dernières 
on voit un certain nombre de signes marqués de chiffres qui ren- 
voient aux paragraphes des chapitres. En prenant en main une 
carte, on avait ainsi les moyens de se rappeler tout le contenu du 
chapitre auquel elle se rapportait. Pour se servir du jeu on mêlait 
les cartes, cliaque joueur en tirait une au hasard et devait réciter les 
paragraphes correspondants. On a, par exemple, un roi; des grelots 
appliqués à sa coiffure, à sa langue, aux oreilles de son cheval, indi- 
quent que c'est le roi de grelots et qu'on est au chapitre de l'énon- 

» Prëf. du ChartiL logicœ , éà, de 1508. 



2(18 lusTomii: littéraire de l'alsace. 



dation ; sur le dos du roi est un écu avec deux pies, une roue et une 
étoile; sa lance porte au bout un miroir; sur le caparaçon du cheval 
sont une tête d'homme tirant la langue, une pie et la tête d'un chien 
qui aboie; les deux pieds de derrière du cheval sont Tun, celui d'un 
oiseau, l'autre celui d'un ours. On ne se douterait pas que sous ces 
hiéroglyphes se cachent les onze paragraphes du premier chapitre 
des Parva logiccdia. Ces images bizarres ont une telle analogie avec 
les Evangelistarum figurœ, qu'on est tenté de croire que celles-ci 
avaient inspiré à Murner la première idée de ses compositions. 

Quand on était bien exercé aux cartes, on passait au jeu des pyra- 
mides; c'étaient neuf quilles qu'on dressait sur une table divisée en 
compartiments, et au milieu desquelles on lançait une boule; selon 
que les quilles tombaient dans un compartiment ou dans un autre, il 
s'agissait de deviner à quoi elles se rapportaient. Murner avouait que 
cet exercice était difficile, puisque la mémoire n'est plus aidée par 
des images; aussi, dit-il, les étudiants ne l'aimaient-ils guère'®. 
Quant aux cartes, il était persuadé qu'elles facilitaient merveilleuse- 
ment la compréhension et la pratique de la logique; cette dernière 
devenait un art agréable, les images lui donnaient même une certaine 
poésie; il appela son livre Ijogica poetica^\ 

Ses procédés pour enseigner la prosodie sont peut-être plus singu- 
liers encore. C'est d'abord l'image d'une main, pour montrer com- 
ment on peut apprendre les quantités en les localisant sur les articu- 
lations des doigts; c'est ensuite une roulette, un trictrac avec des dés, 
un échiquier dont chaque pièce représente une règle*'. Pour en 
répandre l'usage, il publia un tableau formé de quatre feuilles in- 
folio, collées ensemble de manière à représenter une longue bande ; 
au haut est l'échiquier, et au-dessous de celui-ci une roulette mobile *'. 
Tout cela est encore beaucoup plus compliqué que les cartes logiques ; 
il n'y a que Murner qui ait pu dire qu'il n'existe pas de moyen pour 
se familiariser plus promptement avec la prosodie, „celui qui n'ap- 



'^ Hoc exercUium nostrl studcntett Infjulunf ente amarum et acerhum^ plerique iUud 
subitaneam mortem appellare consucveruiit. 0, c, ^* x, 4. 

^1 Sur le titre de l'éd. de Cracovic, et P n, 3, do celle de 1508, il appelle Ron jeu 
une logica pœtica. 

*2 Ludus atud.frih. — De syUah, quanfit. Ind. bibl. 316-318. 

A« Scaccus infaimiis. Ind. bibl. 317. 



% 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. t269 

prend pas cet art vite, ne l'apprendra jamais'^ **. Il donnait aussi à 
ses élèves quelques conseils sur la facilitas carminatnli : ne laissez pas 
de substantif sans épithète, mais séparez les deux par d'autres mots, 
ne répétez pas trop souvent le même terme, employez des synonymes, 
lisez souvent les mêmes poètes, exercez-vous beaucoup**. C'était 
peu, mais c'était moins déraisonnable qu'une roulette ou un échiquier. 
Avant d'imaginer ces jeux logiques et prosodiques , Murner en 
avait inventé un sur le droit ; c'était celui dont il se vantait le plus : 
„Je suis le seul, jn-œler nie nemo, dit-il en 1502, qui ait transformé les 
Institutes de l'empereur Justinien en un usage commode" **. Il 
raconte que du moment où il commença, l'étude de la jurisprudence, 
il se proposa de rendre ce champ immense plus abordable, en réunis- 
sant sous une forme brève et attrayante le contenu des nombreux 
volumes des juristes; les étudiants pourront pénétrer ainsi avec moins 
de peine jusqu'au fond de Tabîme des lois et des canons ^^. La forme 
qu'il choisit fut encore celle d'un jeu de cartes. Dès 1502 on connais- 
sait ce Chartîludium à Strasbourg, où il était l'objet des railleries de 
Wimpheling et de ses disciples. Il y a quelques années , le savant et 
infatigable bibliothécaire de Baie, M. Sieber, retrouva un vieux 
paquet de cartes ; il put fournir la preuve que c'étaient celles de 
Murner, probablement les seules qui existent encore *'. Elles sont au 
nombre de 119, mais on voit au premier examen qu'il en manque 
deux. Le format est un peu plus grand que celui de nos cartes 
actuelles, et les gravures en bois ne sont pas colorées. Elles se par- 
tagent en douze groupes, chacun de dix cartes, qui diflfêrent de celles 
sur la logique en ce qu'elles portent les nombres de un à dix. Chaque 
groupe est marqué d'un signe : 1. grelot, 2. peigne, 3. gland, 4. cœur, 
5. couronne, 6. baquet, 7. cloche, 8. soufflet, 9. grelot d'une autre 
forme que le premier, 10. bouclier, 11. poisson, 12. couteau. Sur les 
douze as sont représentés l'empereur, les sept électeurs et les quatre 
ducs de Souabe, de Brunswic, de Bavière et de Lorraine. Au dos des 

^^ ...Hanc artem nUi quis cUOf nunquam omntno posait perdiicere. De syUah, guanHt,, 

*5 L. c. 

^6 Lettre à Qeiler, citée plus haut p. 219. 

17 Prëf. du ChartU. ImtUuUe. 

iB y. le mëmoire de M. Sieber, cité plus haut p. 233, note 83. 



270 HISTOIRE LITTERAIRE DE l'ALSACE. 



cartes do chaque groupe, on voit les armoiries du prince de l'as. Une 
121® carte, qui n*appartient à aucun des douze groupes, est ajoutée 
sans qu'on en puisse deviner la raison^®. Sur chacune de celles qui 
forment réellement le jeu, il y a un ou plusieurs mots rappelant des 
paragraphes des Institutes ; Jiisticia, par exemple, se rapporte à l'in- 
troduction du premier titre du premier livre ; Jurisprudentia au § 1 
du titre 1 *, et ainsi de suite. En tirant une carte du paquet, l'étudiant 
devait aussitôt compléter la phrase dont le mot lui donnait la réplique. 
Dans la pensée de Murncr, c'était un moyen infaillible de s'assurer 
si l'on savait bien les textes; les cartes faisaient l'office d'examina- 
teurs, posant au hasard des questions sur toutes les parties des 
Institutes. 

A l'époque même où Murner publia ces cartes, il avait préparé un 
traité pour en expliquer l'usage ; ce traité ne paraît avoir circulé alors 
qu'en manuscrit. Lorsque plus tard il fit imprimer son Chartiludium 
hgicœ, il annonça que si ce livre avait le succès qu'il en espérait, il 
donnerait sous une forme semblable les Institutes de Justinien*". En 
1515 il fit sur ses cartes un cours à Trêves; pour y inviter les jeunes 
gens, il promit, même aux moins avancés, qu'en quatre semaines ils 
sauraient tous les paragraphes; „on ne le croirait pas, dit-il, mais j'en 
ai fait l'expérience; venez, ne vous laissez arrêter ni par votre igno- 
rance ni par la crainte que le temps ne soit trop court ; le professeur 
qui vous proclame une chose aussi extraordinaire sait qu'il tiendra 
sa promesse"**. L'ouvrage lui-même ne parut qu'en 1518, sous lo 
nom de Chartiludium Institiitœ, avec de nombreuses gravures, dont 
la plupart ne sont que la reproduction des cartes. Il se compose de 
trois parties : la théorie, le jeu et la pratique du jeu. Dans la pre- 
mière, qui contient un résumé des Institutes sous forme de tableaux, 
Murner expose aussi les avantages de sa méthode. La seconde est 

1^ D^un côte on y voit un hërant avec les armoiries impériales, de la main gauche 
il tient une bande avec les mots Mid IlammzÇf); tout autour sont quelques répli- 
ques 80 rapportant aux derniers paragraphes des Institutes; au bas, trois vers tires 
du Carmen^ que je donnerai note 24. Au verso de la carte, un porc, portant au cou 
une cloche, au-dessous les mots: du iri&ite «aiar. Quel est le sens de cette face'tie? 
Corop. Sieber, o. c, p. 281. 

20 Dédicace du ChartU, log. à Jean Adelphus. 

*A IntimcUio lùlô fada in univerntate Trevireiisiy au verso du titre du Chartil, 
Instît 




LIVRE V. — THOMAS MURNER. 271 



Texplication des Images, dont chacune a les mots servant de répliques 
et représentant en quelque sorte le professeur qui interroge; les 
réponses, qui sont données dans le texte, ne sont en général que des 
passages mêmes des Insti tûtes. Murner avait dessiné une grande 
figure ayant trois membres et donnant une image do la science 
entière; les trois membres symbolisaient le droit des personnes, celui 
des choses et celui des actions judiciaires ; mais une seule feuille ne 
sufiisant pas pour Timpression, il ne comprit pas cette pièce dans son 
livre; on devait y embrasser d'un coup d'œil tout Tensemble des 
Institutes comme dans un miroir. Il en avait fait imprimer quelques 
exemplaires, composés de trois feuilles collées Tune à Tautre; en 
1518 il lui en restait une vingtaine, qu'il ne voulait pas distribuer à * 
la légère; à ceux toutefois qui suivraient ses leçons, il ne cacherait 
rien**. La troisième partie du Chartiludhim consiste en indications 
diverses et en tableaux pour enseigner la manière de se servir des 
cartes. Murner prouve de nouveau rexcellence de son art ; jamais il 
no croira qu'on pourra donner plus commodément Tintelligence des 
lois de Justinien ; ceux qui en doutent, après quelques semaines sont 
forcés d'en convenir; on prétend que c'est un démon qui lui a soufflé 
cette invention prodigieuse, „maisje sais que tout don parfait vient du 
père des lumières; ce n'est donc pas un diable, c'est un ange qui m'a 
inspiré, moi qui ne suis qu'un pauvre serviteur de Dieu". Plein de 
cette confiance, il avertit ses lecteurs qu'ils devaient s'attendre de sa 
part à bien d'autres choses „qu'aucun mortel n'a encore vues" ^'. 
En 1502 les savants de Strasbourg accusèrent Murner de com- 



^^ Cum igitur universœ legcdU disciplviœ imoffinatio unica figura claudi possei , ea 
videlieet quœ omne jus personarum essety rerum aut or/tonum, ticqtœ iUiusfigurœ tria 
fivembra forent principalia y quœ tamen papyrus ipse iwn caperet, ex singtUis membris 
specialem figurant perscripsimus. Et tamen eadem iUa unica Institutœ figura a notU ex- 
pressiani tradita et tribus hapiri foliia connexis perfecta, quod tamen in hoc opère insti- 
tuto fieri non potuit. Chartil, Tnst.y ft) a, 4. — Il désigne cette feuille par Instituta 
major ou Memoriajuris: Institutam nostram majorem {quam typls atquefiguris sic ordina- 
vimiUf ut Unicef ère conceiiiu simtd et coiUuitu liceat cuJusHbet tituLi memoriam non aliter 
quamin speculo pervidere) fideliter audiasj quam 6b »ui mirandas figurarum protrac 
tioneSf usque in hanc horam exprimi non potuit. Ib., (^ c, 4. — Bestant viginti Memoriœ 
juria exemplaria^ sed non temere publicanda. Si qui autem sinceri fuerint audttoreSf 
nihil est quod UUs ex voto occidtabimuë, Ib., f> 4, 3. 

^^ Quœ adhuc supersunt, nuUi mortalium visa^ ex nobis iiidubitanter sperate, O. c.| 
dernière page. 



272 IIISTOIRE LITTKRAIKK DE l'aLSACE. 



mettre le crime de lèse-majesté en faisant un jeu des saintes consti- 
tutions impériales ; un de ses disciples^ au contraire, le célébra dans 
un Carmen comme l'émule de Dédale, d'Ulysse, d'Isocrate, de Platon, 
d'Eschine, de Virgile**. La louange valait Taccusation, Tune ne fait 
pas moins sourire que l'autre. Quand lui-même parle du merveilleux 
succès de son enseignement par les cartes, on ne peut y voir que la 
jactance d'un prestidigitateur qui se glorifie d'un tour nouvellement 
inventé. Il réclamait quatre semaines; il est possible qu'après ce délai 
les étudiants, amusés d'un genre si contraire à la grave sécheresse 
des professeurs officiels, aient su quelque chose des Institutes ou de 
la logique; mais comme la réflexion ne venait pas en aide à la mé- 
moire, il ne pouvait pas rester beaucoup d'un savoir acquis à si peu 
de frais. D'ailleurs, s'il y a eu des résultats, ils ont dû être produits 
moins par les jeux que par les explications orales do Mumer, pleines 
de saillies et d'exemples. Quelqu'un qui aujourd'hui voudrait s'in- 
struire par la lecture d'un des Chartiludta, y perdrait son temps; il y 
a si peu de rapport entre les images et les idées, que les premières no 
rappellent jamais les secondes; les répliques sur les cartes juridiques 
et les chiflres sur les cartes logiques ne suffisent pas pour remédier à 
cet inconvénient ; la valeur mnémonique de la méthode de Murncr 
est donc pour le moins très- contestable. Erasme s'est raillé, dans un 
de ses dialogues, de l'enseignement par des jeux; Rabelais, au con- 
traire, partageant les principes de Lefcvre et de Mumer, raconte que 
le jeune Gargantua apprit l'arithmétique par le moyen agréable de 



^* Jngenio valuit primus qui nomlna fecit 

Sideribuaque suis tradidit esse locis^ 
Dicitur ingenium dictea hahuisse Jfinerra , 

Mneinosine intjenium Fieridos (sic) et habeiitf 
Vedalus ingenium monstraiU et grecus ï lisses , 

Ingenium Isocrates ingeniumque Flato, 
Claruit ingénia damans Esdiinus a^mto^ 

Ingenio Arpinas ingenioque Maro; 
Ingemoque potes multum, doctissime Thonuif 

Si dicam plus hits fallere forte putas; 
At scio ceruleo dices quid stulte cucuUo 

Me tantis audes assimilare viris ? 
lies est plena jociy res est miranda m'ofecto *, 

Kon minus altisonis afque canenda modis*, 
Ordine si cunctas picto pictasmxite leges 

Et décréta pafrum commemoi'are potes*. 

Honest, poema^um laudntio^ f^ b, 1. Les trois vers marques d'astérisques se truuvcnt 
aussi sur la 121^ des cartes juridiques. 




LIVRE V. — THOMAS MURNEIl. 273 



cartes et de dés, et qu'il entra ainsi „on affection d4celle science 
numérale" ^^. 

Il faut dire à Thonneur de notre franciscain que, pour propager la 
connaissance du droit, il a fait des travaux plus utiles que ses jeux. 
Il regrettait que les membres des conseils des villes appelés à gou- 
verner leurs cités et à prononcer des jugements d'après les lois impé- 
riales, fussent obligés de s'en rapporter „à des docteurs latins" qui, 
profitant de l'ignorance des magistrats, brouillaient les procès, les 
traînaient en longueur et dénaturaient le droit. Il crut donc faire une 
œuvre salutaire en traduisant le code ; apprendre aux laïques à rendre 
la justice ne lui semblait pas indigne d'un prêtre; il le trouvait plus 
méritoire que les pratiques de dévotion des moines. Ceux mômes qui 
dans les universités étudiaient la jurisprudence, pour devenir un jour 
avocats ou procureui's, devaient connaître, selon lui, la signification 
allemande des termes dont ils avaient à se servir soit envers leurs 
clients soit devant les tribunaux'®. C'est dans cette pensée, assuré- 
ment très-sage, qu'à Bâle il expliqua en allemand les Institutes. Le 
premier ouvrage qu'il publia pour vulgariser la science contient, on 
latin et en allemand, les rubriques des Institutes, du Digeste, du 
Code, du droit canon, des libri feudarum et de la bulle d'or, ainsi que 
les regulœ juris civilis et canonici*''. Ce volume fut suivi d'un autre, 
intitulé : Instituten, ein warer ursprung und fundament des kaiser- 
lichen redUens '*; c'est la première version allemande du recueil de 
Justinien. Malheureusement là encore Mumer ne peut résister à la 
tentation de se vanter : les lois sont rédigées de telle sorte que les 
plus érudits mêmes ne les comprennent pas ; il a fallu qu'il vînt les 
interpréter et les mettre à la portée de ceux qui sont chargés de 

^^ Brasmi CoUoquia, dial. Ars notoria. — Rabelais, Qargantua, cliap. 23. 

26 Ich hab sein lange iar ein hohen verdrtuz getra'jen, daa in so man^Jien loblichen 
itetten uiuers rdmUchen reicJiSj U8Z unerJcendtnisz der latininchen sprachen, meitter und 
riidte die keUerlichen rechty damach nie regieren soUen und urteil aprechen, van den Uui- 
nischen doctores haben miissen betlen... Ich hab auch dos von Jacob Mumer und Mattheo 
meinem ratter so oft tjeJiôrt Jdagen, une die baretliszleut.,. die armen leut rechtlosz uwiô- 
getriben haben y das ich so hoch zu hertzen gefasset hab, und vermeinet wie es vor got ein 
hohes almusen wer, den armen des rechten begierigen zu hilff zu humen mit vertUtschten 
rechten. Prëf. des Statrecht, — Baretlisleut, gens ayant obtenu le birretum^ bëret de 
docteur. La même expression, Xarrenbeschw,, fo B, 6, et plusieurs fois chea Qeiler. 

«7 Ind. bibl. 329. 

S8 Ib. 831. 



274 HISTOIRE LITTÉHAIRE DE l'ALSACE. 

Tcxercice de la justice'®. La traduction, du reste, quoiqu'elle soit 
faite avec la négligence habituelle de Murner, est d'une lecture facile; 
on a dit qu'elle est tellement littérale qu'elle en devient obscure ^" ; il 
est vrai qu'il a dû créer quelques expressions pour rendre des termes 
qui n'avaient pas leurs correspondants dans la langue vulgaire '* ; 
mais en général il a su rester aussi clair que la matière le comportait. 
La preuve que l'ouvrage répondait à un besoin, c'est qu'il en parut 
plusieurs éditions successives. On ne sait pourquoi il donna à la troi- 
sième un nouveau titre, qui pouvait induire en erreur sur l'objet du 
livre ] les Statrechte ne sont qu'un remaniement des Institutes, dont 
les quatre livres sont divisés en sept parties; sauf quelques retran- 
chements, quelques additions et quelques changements dans les 
phrases, le texte est le même'^*. On se rappelle que cette tentative de 
rendre le droit populaire fut censurée très- aigrement par les juristes 
de profession, et que îlurner les laissa dire ; il s'était même proposé 
de publier une traduction de tous les livres composant le corps du 
droit civil. 



29 Les lois Bont: 

Mit êoicher hoch beschnlen, 

Biêzher so unverëteiidig * bliben, * unverstândlieh 

Dot haum den glerten ist bekant 

Was JiutUuten uff nich haïU... 

A la suite de la prëf. dos Jnstituten» 

30 Stintzing, Gesch. der poptd. Lit., etc., p. 469. 

3 A p. ex. Unucapio Bruchnemung {Bruchj Gebrauch)^ obligcUlo Verbinduiig^ etc. 
3^ SicUrecht, Stat statue f ëtat des personnes, etc. 






LIV(\E V. — THOMAS MURNEH. 275 



CHAPITRE IL 



Ouvrages satiriques. 



Quelle que fût Tutilité pratique des Institutes allemandes de 
Murner, elles ne révélaîent pas de talent personnel. En général, s'il 
ne s'était signalé que par les œuvres dont il vient d'être fait mention, 
il n'y aurait pas lieu à le placer bien haut dans notre histoire litté- 
raire ; il ne serait qu'un de ces savants qui n'ont pas manqué au com^ 
mencement du seizième siècle, et qui se sont hâtés de répandre ce 
qu'eux-mêmes avaient appris à la hâte, en se flattant souvent d'être 
originaux quand ils n'étaient que singuliers. Mais Murner a de meil- 
leurs titres à l'estime de la postérité; son mérite littéraire consiste 
avant tout dans ses ouvrages satiriques. 

En 1505 le général des franciscains, en l'autorisant à accepter le lau- 
rier des poètes, lui recommanda de ne chanter que la majesté impériale, 
ainsi que la gloire, les doctrines et les grands hommes de l'ordre des frè- 
res mineurs. Le conseil était peu de son goût ; composer gravement, 
comme Brant, des carmina en mètre élégiaque, en l'honneur de l'empe- 
reur ou des saints, ne convenait pas à cette natui'e moqueuse et vfve. 
Aussi le conseil de son général fut-il comme nul et non avenu pour lui. 
Son domaine comme poète était la satire ; là seulement il avait la liberté 
de ses mouvements. Pendant que Geiler attaque les vices du haut de 
la chaire, que Wimpheling les censure dans ses écrits, et que Brant, 
dans sa Nef des fous, ne cherche sous la folie que le péché, Murner 
poursuit le même but par ses satires. Né railleur, comme il le dit lui* 
même ", ayant observé pendant ses voyages les mille travers de ses 
contemporains, il les dépeint avec une verve inépuisable; mais, il 
faut le dire dès à-présent, il ne se contente pas de faire rire; lui aussi 
a une intention morale, elle éclate parfois avec une énergie voisine 
de la brutalité. 

Son premier pamphlet satirique n'a pas pour objet le vice ; c'est sa 

^3 Arma paiientiœ. 



276 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'aLSACE. 

Germania nova, persiflage spirituel du pédantisme et de l'ignorance 
avec lesquels Wimpheliiig avait soutenu son opinion sur les anciennes 
limites de la Gaule. Il y a de la satire aussi dans sa Honestorum j^oe- 
maiutn latidatiOj où, pour n'avoir pas Tair d'écrire un pamphlet per- 
sonnel contre Wimpheling et ses défenseurs, il abrite sa cause der- 
rière l'intérêt général de l'honnêteté de la poésie. Comme nous avons 
analysé ces traités dans l'article sur Wimpheling, nous n'y revien- 
drons pas; nous ne nous occuperons que des poèmes allemands de 
Murner. 

Trois de ces poèmes, les premiers en date, furent composés à peu 
près à la même époque. Ils ne se rattachent pas directement l'un à 
l'autre, de manière à former un ensemble qui ne serait complet que 
par la réunion des trois, mais ils se tiennent en ce sens que dans deux 
l'auteur développe sous une forme nouvelle et avec plus de détails 
certaines parties que dans l'un il s'était borné à ébaucher. La Narren* 
beschwôrung traite des folies ou des vices en général , en les énumé- 
rant sans ordre; la Schelmenjsunft, plus spéciale, s'occupe des vau- 
riens et des fripons; la GeuclimcUt, plus spéciale encore, ne dépeint 
que les hommes efféfuinés qui s'adonnent à la volupté. 

La Narrenbeschwôrung est une imitation du Narrenschiff; tandis 
que Brant embarque ses fous sur un navire qui les conduit à la per- 
dition, Murner se propose de conjurer ou d'exorciser les siens. Les 
défauts des deux livres sont identiques; de même que le NarrefiscJiiff^ 
la Narrenbeschivôrmig n'est qu'une série de chapitres sans suite, qu'on 
pourrait intervertir sans déranger le plan ; et de même que Brant ne 
maintient pas l'allégorie de la navigation, Murner ne maintient pas 
celle de la coiyuration. La preuve que la première idée de son 
ouvrage lui a été inspirée par celui de Brant, c'est qu'il s'est emparé 
des gravures du Narrmsdiiff, bien que les vers qu'il y adapte n'aient 
souvent aucun rapport avec elles '*. Les textes qu'il développe sont 
pour la plupart des locutions proverbiales; quelquefois, mais rare- 
ment, il se rattache soit à un vers de Brant, soit à un détail d'une de 
ses images. 

L'entrée en scène est ingénieuse. La gravure du titre, une des 

8* Un petit nombre de gravures, faîtes spécialement pour le livre, sont d'Urs 
Graf. 



Ik 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 277 



rares planches qui ne sont pas empruntées au Narrenschiff, montre un 
fou retenu dans une baignoire et exorcisé par un moine, qui fait sor- 
tir de lui des démons sous la forme de petits fous et de guêpes. C'est 
toute ridée du livre. Dans la préface Murner dit que Tordre des fous 
est répandu dans le monde entier, il remplit les villes, les villages, les 
moindres hameaux ; c'est le docteur Brant qui les a amenés dans sa 
nef. Est-ce là, comme on Ta cru, une pointe contre Brant ? Nous ne 
le pensons pas; plus bas on verra Murner tourner la même pointe 
contre lui-même: oe qu'il veut dire, c'est que, quoi qu'on fasse, il y 
aura toujours des fous ; il est facile d'en trouver, il en tombe de toutes 
les branches; le difficile c'est de nous en débarrasser. A cet efifet il 
veut essayer d'un moyen nouveau ; il considère les fous, comme des 
possédés, auxquels il faut faire subir toutes les opérations de l'exor- 
cisme. „ J'ai veillé bien des nuits, j'ai traversé beaucoup de contrées, 
j'ai lu une foule de livres, jusqu'à ce que j'eusse découv'ert l'art de 
conjurer les fous pour les séparer des gens honnêtes. Jamais l'Alle- 
magne n'a eu plus besoin de cet art, car jamais elle n'a eu plus de 
fous dans toutes les classes de la société. Nos pères nous racontent 
que jadis quand les Gecken (les Armagnacs) ont envahi notre pays, 
ils ont pris les armes pour les chasser; aujourd'hui lesGecia^i (les foils) 
sont revenus en plus grand nombre, il est temps de les chasser de 
nouveau" *'. Un des membres de l'ordre interpelle le poète et le raille 
de ce qu'il veut entreprendre une tâche dans laquelle n'ont réussi ni 
les philosophes ni Salomon ; Jésus-Christ lui-même, dit-il, n'a pas pu 
faire d'un fou un sage; „Vous êtes Murner, je vous connais bien; 
depuis quand savez- vous l'art de nous apprendre la sagesse? laissez 
cela, chantez vos psaumes; il vous est plus facile de changer les sages 
en fous". 11 répond qu'il sait que lui aussi fait partie de l'ordre de la 
folie, mais que cela ne l'empêchera pas de dire la vérité ; il n'en veut 
à personne en particulier, il s'adressera à tous en bloc ; si quelqu'un 
se plaint, ce sera une preuve qu'il s'est senti touché '*. Il fait défi- 
ler alors devant nos yeux des fous de tout genre : les mères qui ne 
nourrissent pas elles-mêmes leurs enfants et qui les élèvent mal, les 

3^ M. joue sur le double sens que le mot Oeck, sot, fou, avait en Alsace; on avait 
corrompu en arme Gecken le nom d*Annaguacs donne aux bandes qui, au quinzième 
siècle, avaient plusieurs fois ravagd la province. 

^® Xajreiiheachir., f» a, 4. 



278 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L*ALSACE. 



savants, les vaniteux, les lansquenets fanfarons, les alchimistes, les 
goliards {fahrende Schuler) qui viennent de la montagne de Vénus et 
qui ne parlent que du Tannhâuser, les médecins, les astrologues, les 
étudiants prodigues et débauchés, les galants et les courtisanes, les 
détracteurs du clergé, les séducteurs, les jeunes fats, les femmes 
impudiques, les calomniateurs, les traîtres, les ivrognes, les trom- 
peurs, les menteurs^ les avocats perfides, les oppresseurs des paysans, 
les chevaliers bandits, les paresseux, les flatteurs, les juristes, les 
apothicaires, les marchands, les bourgeois qui veulent être ennoblis, 
les sorcières, les vindicatifs, les gourmands, les charlatans, les arti- 
sans, les usuriers, les falsificateurs des monnaies et des marchan- 
dises, etc. Chacun de ces groupes est caractérisé par quelques traits 
piquants; mais quelle cohue, quel pêle-mêle dans ce cortège désor- 
donné ! Finalement Murner introduit un fou malade que le médecin 
déclare incurable, et un autre qui fait à un prêtre la confession de ses 
péchés; puis vient, comme conclusion, la pénitence. On s'attendrait 
& voir Tauteur traiter cette matière avec un sérieux conforme à son 
caractère sacerdotal et à son intention de corriger le monde; mais 
que fait-il? il reprend une des gravures du Narrenschiff qui lui avait 
déjà servi pour un des chapitres précédents, et que le hasard seul 
semble avoir remise sous ses yeux, Dalila coupant les cheveux à 
Samson, qui dort sur ses genoux. Murner en tire la leçon qu'avant 
d'exorciser les fous, il faut leur raser la tête, puisque c'est dans lu 
chevelure que les petits démons se cachent; comme exemple, il cite 
les élégants qui ne songent qu'à soigner leurs cheveux et leur barbe. 
Une autre pénitence pour les fous, qui par nature sont tous bavards, 
c'est que les sages ne les écoutent pas. Après nous avoir fait assister 
à la confession d'un fou, qui n'oublie aucun des péchés qu'on peut 
commettre, n'est-il pas singulier que Murner ne parle que de la péni- 
tence des bavards et des fats? Sa plume capricieuse passe sans raison 
d'une idée à une autre, s'arrêtant avec complaisance au premier détail 
qui se présente et négligeant souvent ce qui semblait être la chose 
essentielle. Le livre se termine, comme la Nef des fous, par une 
excuse du poète qui dans un sens est plus motivée que celle de Brant. 
Murner, qui était moine, avait à se justifier vis-à-vis de ceux qui lui 
reprochaient d'écrire des ouvrages indignes d'un prêtre. 

Dans la conception générale de cette satire il n'y a de personnel à 




LIVRE V. — THOMAS MURNER. 279 

Murner que l'idée de la conjuration; celle de représenter les péchés 
comme des folies vient de Brant; Tinvention de la Schélmeneunft 
n'est pas npn plus murnérienne, elle appartient à Barthélémy Grieb, 
auteur du discours facétieux intitulé : Monopolium philosophorum 
vulgo die Schelmenzunft, que Wimpheling avait fait imprimer en 
1489. Grieb ne parle que des étudiants qui se livrent à la débauche ; 
Murner prend le mot Schelm dans le sens général de fripon et même 
de scélérat. Il ne traite plus le péché de folie, il lui donne les noms 
de forfait, de turpitude, et il a particulièrement en vue les infamies 
qui se commettent par la parole. Les Schelnien forment une corpora- 
tion qui le choisit pour être son président; il les convoque pour leur 
assigner à chacun sa place ; ils passent devant lui dans le même dés- 
ordre que les fous qu'il avait conjurés et dont la plupart d'entre eux 
ne diffèrent pas; ce sont des prédicateurs, des juristes, des conseil- 
lers, des prêtres, des femmes ; ce sont ensuite les jureurs, les traîtres, 
les mauvais débiteurs, les flatteurs, les vaniteux, les hypocrites, etc., 
en un mot tous ceux qui abusent de la parole pour tromper le monde. 
Beaucoup d'entre eux, parlant à la première personne et rattachant 
leurs discours à quelque proverbe, font eux-mêmes leurs portraits, ce 
qui donne à cette œuvre une vivacité que n'a pas toujours la précé- 
dente. Les différents chapitres sont précédés de gravures, illustra- 
tions parfois très-impertinentes des locutions populaires qui servent 
de texte. Comme conclusion Murner ajoute une paraphrase rimée de 
la parabole de l'enfant prodigue, en forme de dialogue entre le père 
et le fils repentant ; le récit que fait ce dernier de sa vie est une sorte 
de confession des péchés suivant l'ordre des chapitres du livre; l'en- 
fant prodigue a commis toutes ces turpitudes, il est la personnification 
du pécheur qui se reconnaît coupable et qui implore le pardon de 
Dieu. En terminant, le poète s'excuse d'avoir osé peindre les Schél- 
men tels qu'ils sont; ils s'en plaindront, mais qu'ils prennent garde! 
au jugement dernier ils paraîtront devant un autre maître, qui leur 
assignera d'autres places ; ils diront alors : Ah ! si nous avions encore 
le Murner! mais le Murner ne viendra plus''. 

La fin de la Scliélmenzunft est ainsi plus satisfaisante, plus conforme 
à Vidée poétique que celle de la Conjuration des fous; mais dans la 

37 Schelmenzunft ^ f» k, 6. 



280 HISTOIRE LITTERAIRE DE L'ALSACE. 



suite des chapitres les deux poèmes présentent le même désordre; 
Mumer aurait pu s'excuser en disant que, dès qu'il voulait peindre 
toides les folies et toutes les bassesses, il lui était imposable de les 
rattacher logiquement les unes aux autres; mais comme poète il 
n'était pas tenu à parler de tout. La GeuchnwU, achevée après la 
Schélnienzunft et la NarrenbescJiwôrung, marque sous ce rapport un 
progrès sensible dans le développement de son talent; elle n'est plus 
une succession de morceaux détachés, semblables à des feuilles 
volantes que le hasard seul aurait réunies ; il y a plus d'unité dans la 
composition, le plan est plus régulier, le mouvement est plus rapide^ 
et malgré les digressions et les répétitions inévitables chez Mumer, 
le tout forme un ensemble plus artistique. L'autour ne va plus dis- 
perser sa satire sur toutes les variétés imaginables de la folie; il en 
choisit une qui lui semble être la plus répandue et qu'il poursuit de 
ses railleries les plus incisives; c'est celle ^des hommes efféminés^ 
qui deviennent les victimes des femmes, qui se ruinent pour elles et 
qui leur aliènent leur liberté. Dans le langage populaire on appelait 
ces hommes des geuch^ pluriel du vieux mot allemand goîich, gatichj 
coucou; le verbe gticken, qu'on en avait dérivé, signifiait pratiquer la 
galanterie; geuchmatt^ pré des coucous, était une expression prover- 
biale pour désigner les lieux que fréquentaient les libertins des deux 
sexes *•. 

Murner débute en disant qu'il s'est beaucoup raillé des folios du 
monde, dans l'espoir qu'on se corrigerait ; mais c'est en vain qu'il a 
voulu dissoudre la corporation des fripons, et pour chaque fou que par 
ses conjurations il a réussi à chasser du pays, il en est revenu une 
légion '^. Il y en a maintenant qui lui demandent de leur décrire les 
ruses des femmes; ils lui confèrent le titre do chancelier, car ils 
n'ignorent pas qu'il sait par expérience ce dont il doit les entretenir ; 
avec une hardiesse qui, mal comprise, a provoqué des soupçons sur 

38 II existe aiiSBÎ une Oeu<^hmatt do Pamphile Gengeiibach (chez G5deckc, p. 117 
et siiiv.). Elle n'est ni une imitation ni une réfutation de celle do M. Lo sujet, la 
censure dos amours malhonnêtes, est le même, mais la forme et Tesprit .sont diflu- 
rents. Les deux poèmes sont indépendants Tun do l'autre; celui de M. était prêt 
dès 1514, mais comme il ne fut imprime qu'on 1519, Gengenbach, qui publia le sicu 
vers 1517, n'a pas pu en avoir connaissance, do même qu'en 1514 M. n'a rien pu 
savoir do celui de Gengenbach. 

3» Oeuchmatff fo b, 1. 



K 



LIVRE V. — THOMAS MURXER. 281 

la moralité de Murner lui-même, il accepte la charge, il convient 
qu'il en est digne: „Si je m'étais occupé de la sainte Ecriture et des 
aiFaires de mon ordre autant que des folies, je n'aurais pas ici la pre- 
mière place." Il exposera les ruses des femmes; ce ne sera pas facile, 
car les femmes sont dangereuses et il ne pourra pas éviter do dire les 
choses par leur nom ; mais il espère que les femmes honnêtes verront 
bien qu'il ne s'agit pas d'elles. 

Le premier personnage qui paraît en scène est la Pudeur; elle se 
plaint qu'après avoir été honorée jadis par Pénélope, Lucrèce, Esther 
et surtout par la Vierge Marie, elle soit aujourd'hui méprisée; elle 
dit donc adieu à la terre et remonte au ciel. Au lieu de la Pudeur 
c'est Vénus qui règne ; l'une ne promet la joie que dans les cieux, 
l'autre la promet dès ici-bas, ce qui est plus sûr. Vénus en appelle 
au témoignage de Salomon, de David, d'Alexandre, de Samson, de 
Virgile, pour prouver que sa puissance est sans limites et qu'elle peut 
tout faire des hommes. Elle convoque ses serviteurs en assemblée 
générale ; une gravure la représente assise sur un trône, avec un cou- 
cou sur la main; à ses pieds sont réunis des chevaliers, des bourgeois, 
des prêtres, des moines, ayant à leur tête les uns l'empereur, les 
autres le pape. Dame Vénus invite son chancelier à donner lecture 
des vingt-deux articles de la constitution de son empire. Cette consti- 
tution, rédigée en prose, dans les formes du droit, n'est pas la partie 
la moins satirique du livre; pour lui donner une apparence plus 
solennelle, Murner y insère même un passage des Institutes. Elle 
énumère ce que les femmes attendent de leurs adorateurs; il faut 
croire qu'elles vous aiment dès qu'elles vous sourient ou vous disent 
une parole agréable; il faut leur sacrifier votre bien, avoir plus de 
confiance en elles qu'en Dieu, obéir sans murmurer à leurs caprices ; 
il faut chercher la plus belle, non dans la patrie, mais, comme les che- 
valiers des romans, dans des contrées lointaines; chaque année la 
conduire dans un lieu de bains, où elle puisse rencontrer d'autres 
hommes; lui permettre un ami de la maison, que ce soit le con- 
fesseur, le valet ou le fou ; lui faire la cour en tous lieux , même 
dans l'église ; lui rendre des services dans son ménage, en débrouil- 
lant par exemple sa quenouille ; être habillé selon la mode, se donner 
des airs de héros intrépide, deviner les moindres désirs de la belle, 
lui faire des cadeaux, lui donner & garder l'argent que l'on possède. 



282 HISTOIRE LITTÉRAinE DE L'aLSACE. 

lui révéler les secrets qu'on peut avoir, se rendre instantanément à 
ses appels, et quand on est vieux, se parer et se coiffer de manière à 
paraîti'e jeune ; enfin il faut démentir tout le mal qu'on peut dire de 
celle qu'on aime. Après avoir entendu ces formules, les serviteurs de 
Vénus prêtent le serment d'y rester fidèles; ils jurent aussi de ne 
jamais se laisser détourner par les gens moroses qui les réprimandent, 
car dans leur jeunesse ceux-ci n'ont pas fait mieux*, ils déclarent en 
outre qu'on calomnie les femmes en leur reprochant des vices, qu'au 
contraire il n'y a pas de vertu qu'elles ne pratiquent pas. Quand cette 
formalité est remplie, le chancelier fait le tableau des ruses qu'em- 
ploient les femmes pour attraper les concom, pour les caresser, les 
apprivoiser et les plumer-, ce sont là les expressions de Murner. Cette 
partie de son poème est une très-curieuse peinture de mœurs; rien 
ne lui a échappé; on serait tenté de croire qu'en effet il parle par 
expérience, s'il n'avait pas suffi d'un talent d'observation comme le sien 
pour recueillir les détails qu'il donne. Le chancelier ayant fini, c'est 
Vénus qui reprend la parole; après avoir vanté le pouvoir irrésistible 
de la beauté, elle donne aux femmes des conseils sur les moyens de 
subjuguer les hommes; qu'elles se parent et s'habillent avec élégance, 
qu'elles se tiennent décemment, qu'elles paraissent aimables, douces, 
modestes, mais qu'elles s'y prennent de bonne heure, car vieilles et 
ridées elles ont perdu leurs charmes. Pour donner des exemples du 
pouvoir de Vénus, Murner fait parler successivement et sans se préoc- 
cuper d'un ordre chronologique, la papesse Jeanne, Bcrsabé, Thaïs, 
la reine de Saba, Ualila, Eve, la fille d'Hérode, Didon, Lucrèce de 
Sienne, la mauresse de Moïse, Sémiramis, Judith. Quand ces dames 
ont raconté leurs exploits vrais ou légendaires, il passe en revue les 
hommes qui, depuis Adam jusqu'aux empereurs romains, ont succombé 
à la séduction. Sans transition il ptisse aux sept arts libéraux de Vénus; 
ce sont encore des moyens d'attirer des amants et de les tromper. De 
cette façon les hommes sont avertis de ce qui les attend ; comme néan- 
moins ils ne renoncent pas au culte de Vénus, le chancelier institue 
un maître de leur corporation ; c'est un personnage qui a observé 
scrupuleusement tous les articles de la constitution, qui s'est ruiné 
pour sa maîtresse, qui a été chassé par elle et ^jui pourtant la regrette. 
Le conseil de la corporation est fonné de douze membres, auxquels 
on adjoint les sept méchantes femmes xlont parlait un proverbe, mais 



s 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 283 



ce ne sont pas des femmes vivantes, on fait sortir de Tenfer la 
Romaine Tullia, Putipliar, Jézabel, Hérodias, Sémiramis, la femme 
de Job, la reine Alba de France. Arrivé à ce point, Murner quitte le 
ton de la satire pour faire .des invectives contre les hommes efféminés 
et des recommandations de fuir les courtisanes; la montagne de 
Vénus qui en ce monde est le séjour de la volupté, sera dans Tautre 
le lieu des tourments infernaux. Il semblerait qu'après cet avertisse- 
ment le poète eût pu s'arrêtfer ; mais tout d'un coup il retombe dans 
l'ironie, il proclame les privilèges de la corporation des galants : „Moi 
Thomas Murner, par la patience de Dieu, chancelier du pré des cou- 
cous, à tous ceux qui liront cette charte, salut et bonne volonté." 
Les privilèges au nombre de huit, formulés dans la même prose offi- 
cielle que la constitution, confirment le droit des membres de suivre 
leurs fantaisies sans que personne puisse les en empêcher. Dans le 
chapitre final Murner reprend son sérieux ; il se justifie de nouveau 
d'avoir employé l'arme de la satire; il termine en se tournant non 
plus contre les hommes, mais contre les femmes qui les séduisent : 
„De même que la femme honnête est digne de tout éloge, la mauvaise 
doit être punie dans son âme, dans son honneur, son bien et son corps, 
jusqu'à ce que Dieu dans sa justice décrète le châtiment étemel qui 
lui est dû." 

Le même sujet des femmes est traité, outre quelques autres, dans 
le Moulin de Sdiwindélsheim. Ce poème, plus dramatique encore que 
la GetichmaU et plus spirituel, est l'histoire plaisante d'un meunier 
qui a des embarras à cause de sa femme, de ses visiteurs et de son 
âne. Selon sa coutume, Murner distribue ses coups à droite et & 
gauche, mais tâche au moins de ne pas trop s'écarter de son meunier. 
Aux environs de Strasbourg il y a un village appelé Schwîndratz- 
heim ; vulgairement nous prononçons Schwingelsheim ; le peuple disait 
d'un homme de manières rudes qu'il fallait l'envoyer dans cet endroit 
pour que le meunier lui mît la tête dans l'eau, de même qu'on* faisait 
aller à l'aiguiserie de Schnersheim les gens qui ne savaient pas manier 
leur langue. Murner adopte le proverbe sur le Moulin de SchwingelS" 
hetniy mais change ce nom en Schwindelsheim •, Schwindel, vertige, 
est pour lui la folie de ceux dont la tête s'échauffe vite et qui com- 
mettent alors toutes sortes d'incongruités. Le meunier de Schwindels- 
heim a une femme, nommée Marguerite; cette Gred MiiUerin, qui 



284 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 



paraît aussi dans d'autres satires do notre poète, était la personnifi- 
cation populaire de la courtisane ] pour dire d'un homme qu'il fréquen- 
tait les femmes, on disait qu'il célébrait l'anniversaire de la meunière 
Marguerite*®. Ce proverbe, avec celui du meunier, fait le fond do 
tout le livre. Les têtes folles qui viennent à Schwindelsheîm pour 
recevoir une douche, reçoivent au contraire des grâces de la meu- 
nière, et les payent par des présents. Mais elle meurt; le veuf s'ap- 
prête à feire dire la messe mortuaire; on sonne la cloche de l'église, 
et aussitôt accourent en foule des princes, des bourgeois, des prêtres, 
^tandis que si dans la rue on entend la clochette du saint-sacrement, 
on s'incline à peine". Les visiteurs apportent de riches offrandes. Il 
vient aussi des femmes, laïques et religieuses; le meunier les frappe 
avec un sac, en les apostrophant à cause de leur mauvaise vie. Jus- 
que-là le poème a de la suite; mais voici que Murner perd son fil; il 
prend à partie le meunier lui-même; il rappelle de quelle manière 
celui-ci trompe ses clients, et chacune de ses ruses il la retrouve chez 
les princes, chez les prélats et chez beaucoup d'autres, en particulier 
aussi chez les ivrognes. C'est ensuite l'anc qui élève la voix; il se 
plaint de la charge qu'il porte, tout en étant logé dans une bonne 
étable; il représente les évoques et les cardinaux qui se lamentent du 
fardeau de leurs fonctions, et qui pourtant n'en dédaignent pas les 
bénéfices. Après ces divagations Murner revient à l'anniversaire de la 
meunière Marguerite ; le veuf déplore ce qui s'est passé ; il n'avait 
invité personne, ils sont venus d'eux-mêmes, comme l'ont fait jadis 
Salomon et Aristote ; il aurait été satisfait si chacun n'avait sacrifié 
qu'un denier, mais ils ont oflfcrt des robes, des manteaux, des voiles. 
Pour s'informer des donateurs, il va en ville chez le marchand, qui 
lui ouvre ses livres ; là il trouve les noms de prêtres, de moines, de 
magistrats, de gentilshommes; surpris de voir que des religieux ont 
acheté des étoffes de couleurs qui ne conviennent pas à leurs costumes, 
il apprend qu'elles étaient destinées à l'anniversaire de Marguerite ; 
sans cet anniversaire, dit le marchand, nous pourrions fermer bou- 

40 Ouch itie Ored miillerin jarzyt toerd. Schelmenzunft ^ f* a, 6; c'est, suivant M., 
un des sujets sur lesquels prêchent les mauvais prédicateurs. — Ewer grottte tryt^- 
Jieit Ut — Wie ir Gred miiUerin gryfft die hriist (il parle des prêtres libertins). Narrenh, , 
ff> b, 5. — ihed Milllenn er/fpeJien, Ib., f* d, 5. — Un homme qui assiste au culte 
sans dévotion achtef was Ored MiiUerin thu. Ib., f d, 3. 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 285 

tique. Le meunier, en colère, fait une sortie contre les parents qui 
laissent trop de liberté à leurs filles, et contre les maris qui ne savent 
pas surveiller leurs femmes. Ce n'est pas tout; pour comble de mal- 
heur on lui a volé son âne ; il se met à sa recherche et le trouve tantôt 
comme prince, tantôt dans le conseil d'une ville, entouré du respect 
de tous ; il le rencontre comme chanoi^e dans le chœur d'une église, 
comme gardien de fransiscains, comme prieur de dominicains, comme 
docteur dans une université ; ^l'âne est partout, dans tous les états, 
dans tous les royaumes". Le meunier n'y comprend rien ; il consulte 
un devin, qui se borne à lui confirmer les mérites de son baudet; il 
se console en disant : „Soit, qu'il jouisse de sa gloire, bien qu'il eût 
été plus profitable pour tout le monde de le laisser dans son écurie"** . 
Comme ce chapitre est un des plus spirituels de Mumer, nous le don- 
nerons en entier comme échantillon de ses satires : 

Was hab ich doch den luten thon, 
Dos sie mein escl nit Ion ston f 
Sie thunt meim esel so vil gut 
Dos er mir nimmer gut mer thut. 
Thet man im an nit so grosz ère. 
In meiner mtd (er) noch dussen were. 
Sohald er mir einmal entran , 
Do fieng ich in zu suchen an, • 

» Und fand in uff eim kûssen sitzen, 

Mein escl von den hohen witzen; 
Bei mir war er von hertzen fro 
Wenn ich in legt ins botwnstro; 
Mein esel hats hindurch gebissen 
Das er ietz sitzet uff eim kûssen. 
Sie hant im uffgesetzt ein kron 
Und gûlden stùck im angethon; 
So hant die fûrslen im gegeben 
Das er mag fûrsllich fur en lében, 
Und ist ein esel doch darneben. 
Die burger hant in gesetzt in rat^ 
Der kaiser in geadlet hat^ 
Und furet ietz adelichen stat. 
Zunffïmeister, schôffen, oberkeit 
Hant sie meim esel zugeleit, 
Bym goltschmidt sitzt er in dem gaden, 

*i Les mcniôs idëes sont développées plus briëvement dans le chapitre den Esel 
Ûberladeiit Karrenb.y f** n, 4. 



280 HISTOIRE LITTÉUAIRE DE l'aLSACE. 

Bey dcm kremer in dem laden^ 
Bey dem kauffmann uffder gasseti, 
AU hantwerk bey dem esel sasseii 
Und sctzten in hoch oben dran, 
Er mtcst den hOchsten aitz do han ; 
Jederman gab im bevor^ 
Dein wûsten groben eselsor; 
Bey mir lag er im stall fûrwor. 

Do ich in suchtj von leyen gietig, 
In kirchen suchen anefieng^ 
Fand ich in oben ston im chor 
Und gab sich usz fûv ein doctor, 
Und hatt ein syden chorrock a)i, 
Under in allen oben stan. 
Wol abet' sprach ich : in den stall ! 
Do wolten sie mir weren ail 
Und wolten im beygestanden sin, 
Bisz dennocht ich in treyb dohin^ 
Und mir zu den barfuszen entran. 
Bald legtens im ein kutten an 
Und ma^hten in do gardian, 
Zun predigem ward er prior gemacht 
Und hat sich mit eitn mantel bsacht 
Das ich hett tusent eyd gcschworen 
Er wcr ein prediger erboren, 
So abenthûrig war er gschoren. 
Die Augustinet^j Carmcliten, 
Carthuser von den alten ziten, 
^ Hatlent in auch uffgclesen 
Das er mit in fûrt mûnches wesen 
Und niust in der schuleti lesen, 
Ich fand mein esel uff dem stul 
Sitzen uff der hohen schul, 
Und fieng an im hertzen sagen : 
Hat dich der tûfel uff hin tragen ? 
Mit kurtzen worten sag ich das^ 
On allen zom, on nyd und hasz. 
Das er ein grosser esel tvas 
Do er schon oben hoch dran sasz. 
Der ley den esel zucht zun eren, 
Dem geistlichen kan man das nit weren. 
Was hab ich doch den lûlen thon 
Das sie myti esel nit lont gon 
Und doheim im stalle ston ? 
So unwert wurt er wol darneben 
Das sie in umb ein sackpfiff geben, 
Den armen ryten und in schinden 




LIVHE V. — THOMAS MUUNER. 287 

Wo sie ein wenig gelt drum finden, 
Det* esel iat, in allem stand, 
In alleni rychy in allem land, 
Kummen zu so grossen eren 
Dos sie latein in wellen leren, 
Und hett wolme denn drissig ior 
Aueh latein gelemet vor, 
Und doch nie met* hegriffen kynnen 
Denn ia von dummen syntieti, 
Wetm er schon gantz nûten kan, 
Und dennocht sitzt er ohen an. 
Niin clag ich ietz vom leyen stal 
Der mir min esel verwenet hat 
Und in so erlich ufferzogen 
Das er min stall dusz ist geflogen, 
Dos hat auch thon die geistlicheit 
Die im anthaten mûnchisch kleit 
Das noch hût min esel treit, 
Jo, ist es wor voie man mir seit, 
Denn ich hab stn kein wissenheit. 

So hald ich aber in verlor 
Und sucht in lange zyten vor, 
Zu eim worseger weisz man wiic/i, 
Der selbe sagt mir das sicherlich 
Wie das mein esel wet* so wert 
Von iedeî*mann uff gantzcr erd, 
Das es mich groszlich wunder nam 
Wie er zti solchcti eren kam, 
Fûrwor, ich gyn im wol der eren 
Fiir fûrsten, graffen und den herren. 
Fur aller geistlicheit prelaten, 
Wie wol sie mich nie darumb baten, 
Aber doch ist mirs ein busz 
Das ich sin also manglen musz; 
Ich soit min narung mit im gwinnen, • 

Latin diirfft er nit darzu kynnen, 
Mich dunckt, tvenn ichs dôrfft ôfflich sagen, 
Liesz man in sack zur mûlen tragen 
Und den esel in dem stall, 
So stund es basz xvyt uberalL 

Le Mouîin de SchivinddsJieim est devenu un des livres les plus rares ; 
s'il ne fut pas réimprimé aussi souvent que les autres satires de Mur- 
ner, c'est sans doute à cause des passages ofiFensants qu'il contient sur 
le clergé ; celui-ci n'est ménagé dans aucun des poèmes du frère Tho- 
mas, mais jamais il ne s'était raillé de ses confrères d'une manière 



288 UISTOIUE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 

aussi mordante qu'en décrivant Tanniversaire de la meunière Margue- 
rite et en trouvant l'âne du meunier dans les chapitres, dans les cou- 
vents et dans les universités. Le livre parut en 1515; un an après que 
Murner eut été destitué comme gardien de Strasbourg, et presque au 
môme moment où il publia une protestation contre le provincial et 
contre le gardien nouveau; ce qu'il dit des franciscains qui avaient 
choisi pour supéx'ieur un âne pouvait être pris pour une vengeance 
personnelle; dans nos sources on ne trouve rien sur une prohibition 
dû volume, mais il n'est pas impossible que les moines l'aient récla- 
mée et qu'à cette époque le magistrat l'ait prononcée. 

Pendant quelques années Murner n'écrivit plus de satires **. L' Ulcfi- 
sptffel, qu'il publia en 1519, est moins un ouvrage satirique qu'un 
recueil de contes facétieux. Il dit dans la préface que déjà en 1500 
quelques personnes l'avaient engagé à rassembler ces histoires; il n'y 



** Il existe un petit livre de 24 feuillets in-4o, intitule Von eelichs atcidu nutz utid 
beschtperdeii durch Joannes Hunier gedicht uiid geniachl. S. 1. et a. Je ne le con- 
nais que par la description qu^en fait Waldau, p. 47. C^ost un poëme qui paraît être 
plutôt didactique que satirique; un jeune homme sp plaint d^un vieillard qui a 
ëpousd une jeune fille , et un vieillard se plaint de ne pas s^êlre marie plus tôt, 
le tout pour prouver que pour qu^un mariage soit lieureux, il ne faut pas une trop 
grande disparité d'Âge. Waldau attribue le livre k Thomas Murner, dont Jean ëtait 
un frbre : Timpression est trës-ndgligce, on peut donc admettre que par erreur le 
compositeur a mis Jean au lieu de Thomas ; les bordures des pages sont les mêmes 
que dans la Xarrenbeschtcôruiif/; la langue et la manière sont celles de Thomas; il 
y a une excuse du poète comme dans les autres satires; enfin, dans cette excuse 
Fauteur prie les lecteurs de no pas lui en vouloir s'il parle de choses dont il n'a pas 
d'expérience, il n'y a qu'un moine qui ait pu parler ainsi. Ces arguments ne sont 
pas sans réplique : il est difficile de croiro que Jean ne soit qu'une faute d'impres- 
sion; Thoma^ quand il mettait son nom sur ses livres, avait soin de le faire pré- 
céder du titre de docteur; or celui-ci manque sur le traité en question ; les bordures 
des pages prouvent seulement que ce dernier a été imprimé par Hupfuff; Jean, 
Strasbourgeois, a parlé la même langue que son frère, il a pu avoir quelques-unes 
de ses qualités et le désir d'être son imitateur; pour expliquer son manque d'expé- 
rience, on n'a qu'à su])poser qu'il n'y avait pas de disproportion d'âge entre lui et sa 
femme qui s'appelait Madeleine. Jung, T. 2, p. G3, note 12, est également d^avis 
que le poème, qu'il avait encore pu voir, est de Jean. — J'ajouterai que selon Pan- 
zcr, Annalen der Ultem deutschen Literalur^ T. 1, p. 339, un autre frère de Murner, 
l'imprimeur Béatus, serait l'auteur d'un petit poème astrologique, Sehiffart ron dUem 
ellenden Janiertal, gedruckt zu Franhfurt îôl'2 durch Datt Muriier von Strtuzburg^ in-4o. 
La préface étant signée B. M. , Panzer en conclut à l'identité de l'imprimeur et du 
poète. 



S 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 289 

a pas de raison pour mettre cette assertion en doute. Mumer avait 
rapporté de ses voyages dans TAllemagne du Nord une collection, 
manuscrite ou imprimée, des anecdotes dont le héros était le paysan 
Till Ëulenspiegel , il les avait traduites en allemand strasboui*geois ; 
plus tard il y avait ajouté divers morceaux du Pfaff Amis et du curé 
de Kalenberg, ainsi que du Pogge et de Henri Bébel. S'il se qualifie 
de laïque ignorant la langue latine, c'est pour donner le change sur 
son titre de docteur en théologie ; il trahit trop souvent sa connaissance 
du latin et du français, pour qu'on puisse supposer que le texte, tel 
que nous l'avons, ne soit pas de lui. Les tours joués par Ëulenspiegel, 
ses drôleries, ses bons mots étaient conformes à l'esprit de notre 
moine railleur; dans le nombre il y a des farces triviales et même 
indécentes, mais il ne faut pas oublier que Brant avait inséré des 
pièces du même calibre dans la seconde partie de son Esope, et que 
tous les recueils de facéties de l'époque en sont pleins. Brant avait eu 
une intention pédagogique ; Murner ne veut que „faire rire dans des 
temps difficiles". On était à l'origine de la Réforme; il ne songeait 
encore qu'à distraire le peuple de ces luttes, en l'égayant; mais il 
s'agissait d'intérêts trop graves pour que les historiettes d'Eulenspiegel 
eussent pu en détourner les esprits sérieux. Mumer ne tarda pas à 
entrer lui-même dans la lice; après quelques traités polémiques, il 
publia son poème du Grand fou luthérien. 

Sans être de son parti, il nous sera permis de dire que, sous le rap- 
port littéraire, c'est là son œuvre capitale. Elle a les défauts habituels 
de ses productions, mais elle les rachète jusqu'à un certain point par 
ce qu'il y a de remarquable dans la conception. Dans une préface aux 
lecteurs il expose son but : ^Luther a fait deux choses, il a changé la 
doctrine et combattu les abus; quant à moi, sans vouloir justifier les 
abus, je n'ai pris la défense que de la foi, en laissant en dehors du 
débat la personne de mon antagoniste; mais celui-ci et beaucoup 
d'autres m'ont accablé d'invectives; on m'a traité de fou; eh bien, je 
prendrai la massue des fous, si je frappe fort, on n'aura pas à se 
plaindre; j'écrirai un livre dans lequel les luthériens se reconnaîtront 
comme dans un miroir" . Et pour bien montrer qu'il use de représailles, 
il place en tête les paroles de Samson que Luther avait mises au bas 
de son traité sur les décrétales qu'il avait brûlées : sicut fecerunt mthiy 
M *o 



290 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 



sic feci eis*^. Il poussa la présomption jusqu'à se faire représenter 
sur les gravures du livre avec cette tête de chat que lui donnaient les 
caricatures de ses adversaires. Pour entrer en matière il reprend 
ridée de la NarrefiJjescJiwônmg ; jadis il n'a conjuré que les petits fous, 
aujourd'hui ce sera le tour des grands; il en a rencontré un, grand 
comme le saint Christophe peint dans ThOpital de Strasbourg et haut 
de 30 aunes. Il le conjure par des formules en latin macaronique; 
quand il le voit efiFrayé, il lui demande qui sont son père et sa mère, 
pourquoi il est au monde et pourquoi il est si grand. Le fou supplie le 
moine de ne pas employer des conjurations si formidables : „ Je suis né 
de parents fous, toi aussi tu es fou, pourquoi donc me menaces-tu ? Si 
je suis grand, c'est que je porte en moi des fous nombreux, contre 
lesquels tu feras bien de te mettre en garde'^ ; dans sa tcte il a les fous 
savants „qui expliquent la Bible selon leur fantaisie", dans sa poche 
ceux qui aspirent à s'enrichir des biens de l'Eglise, dans son ventre 
les Quinze alliés, tels qu'ils figurent dans le pamphlet d'Eberlîn de 
Gunzbourg. Chacun de ces alliés devient sous la plume de Murner la 
personnification exagérée d'un des principes pratiques de la Réfor- 
mation : Abolition des jeûnes, des couvents, du chant des heures, des 
taxes payées aux prêtres, du culte des saints, de la liturgie, etc. **. 
Mais ces quinze «'illiés ne suffisent pas pour faire la conquête de 
l'Eglise ; le grand fou a besoin de renfort ; il s'adresse au frère Veit, 
qui représente les lansquenets ; ne sachant pas s'il y aura beaucoup 
à gagner dans la campagne entreprise, Veit est peu disposé à s'y 



*3 Juges XV, 11. 

^^ Parmi ces allies Murner cite le docteur Grifi*, le chevalier Pierre et Uli de 
Stauifen, f^ L, 1. Ces noms sont pris dans la Xef des fous do Brant. Si Murner dit 
que son pore a connu les deux premiers , ce n'est qu'une de ses plaisanteries. 11 
ajoute qu'un quatrième pourrait se joindre îi la troupe, Uli, un des valets do Jean 
Wemer de Morimont, mais il est trop petit et ne mange pas de fromage. Jean Wer- 
ncr est celui auquel M. avait dedio ses deux premiers opuscules. Sur la gravure 
du chapitre Uli de Stauffen est reprdsenté comme dans le Xarrenschify chap. 4; lo 
docteur GrifF et le chevalier Pierre ressemblent aux mômes personnages chez Brant, 
chap. 76. Griff paniît avoir été en Suisse une personnification populaire du médecin 
cupide ; il figure aussi parmi les interlocuteurs du ConcUiiim d'PIckstein ; d'après la 
réponse de Stifel k Murner, f® A, 9, on le supposait de Bâle. Le chevalier que 
Brant appelle Peter von BruiUrutt, est appelé par Stifel Peter von BwUziglori; c'était 
également un personnage fictif. 



LIVRE V. — THOMAS MUUNEn. 291 



engager. En revanche on recrute quelques valets 5 ce sont les moyens 
employés, selon Murner, contre les catholiques : les pamphlets ano- 
nymes, les injures, les calomnies. Le grand fou réunît ainsi une 
armée dont Luther devient le capitaine; d'autres encore viennent s'y 
joindre, les KarstJians, les paysans révoltés dix Bundschuh*^. Le capi- 
taine leur distribue trois bannières, sur lesquelles sont écrits les mots : 
Evangile, vérité, liberté. Après que tous ont prêté le serment de sac- 
cager les églises et les couvents et de piller les prêtres, le tambour les 
appelle au combat; on détruit quelques maisons religieuses, après 
quoi on s'apprête à attaquer la citadelle principale. Celle-ci est défen- 
due par Murner; Luther le somme de se rendre; comme il s'y refuse, 
Luther lui ofiFre en mariage sa fille; il feint d'accepter, fait la cour à 
la jeune personne, lui chante des couplets allemands très-burlesques, 
et finit par l'épouser. Ne voulant pas quitter le froc, il ne se môle pas 
à la danse qui suit la noce; dans la chambre nuptiale la fiancée lui 
confesse qu'elle a la gale, il prend un bâton et la chasse. A cette nou- 
velle Luther tombe malade de chagrin ; Murner l'exhorte à la repen- 
tance, mais il repousse les sacrements ; on l'enterre comme hérétique, 
ses funérailles ne sont célébrées que par les miaulements des chats du 
voisinage. Luther mort, le grand fou ne peut plus vivre; il s'affaiblit 
a son tour, il demande une béguine pour garde-malade, Murner s'offre 
à lui en amener une âgée de 78 ans; il n'en veut pas et expire sans 
s'être confessé. Murner convoque à son enterrement tous les fous 
luthériens ; il s'élève entre eux une dispute sur sa succession, qui ne 
consiste qu'en son bonnet; Murner met fin à la querelle en s'emparant 
de cette dépouille opime : on l'a assez traité de fou, il a donc le droit 
de garder le bonnet. 

Quand on fait abstraction de ce qu'il y a de trivial et de négligé 
dans l'exécution, on ne peut s'empêcher d'être frappé du caractère 
épique de l'ensemble de ce livre. Le grand fou n'est pas Luther, il 
personnifie l'esprit réformateur, tel que cet esprit était compris par 
Murner; l'idée fondamentale du poème est la lutte entre les deux 



^^ Bundschuh, gros soalier qu^on nouait (binden) avec des laniëres de cuir; il 
ëtiût devenu le symbole et, par suitOi le nom do la confëdëration (Bund) des paysans 
insurges. On avait même fini par appeler JJuneUchtûi toute ligue ou coi^uration 
quelconque. 



292 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'aLSACE, 

principes, dont les représentants sont le moine de Wittemberg et 
celui de Strasbourg; par la fille de Luther le poète entend la gloire 
dont, selon lui, le réformateur était ambitieux *°; cette gloire lui étant 
ravie, son existence n'a plus de but, et il suffit qu'il disparaisse pour 
que l'esprit dont il est l'instrument disparaisse avec lui. En 1522 
Mumer se croyait encore sûr de vaincre ; mais on se souvient qu'il 
rencontra un adversaire aussi spirituel que lui, et qui le montre avalé, 
vaincu par l'esprit nouveau. Quoi qu'il en soit, son irritation contre 
ses ennemis personnels, sa passion religieuse, la conscience des dan- 
gers que courait son Eglise, lui avaient inspiré une œuvre qui dans 
son genre est une des plus remarquables de l'époque; bien entendu, 
nous ne l'apprécions qu'au point de vue littéraire. 

Il me reste à parler d'un poème de Mumer qui, à tous égards, est 
inférieur à ses autres compositions en vers; c'est son voyage au bain 
spirituel, die geisfliche Badmfahrt. Quelques personnes, ne jugeant 
ce livre que d'après le titre, l'ont pris également pour une satire; mais 
rien n'est moins satirique, il doit servir au contraire de lecture édi- 
fiante. Un jour Murner, malade, dut prendre les eaux; on lui défend 
de prêcher et d'enseigner; non-seulement il s'ennuie, il songe qu'il 
peut mourir; pour se distraire il se met à écrire des vers, mais dans 
la disposition physique et morale oii il est, il ne trouve pas sa verve 
accoutumée. Le bain qui doit le guérir lui fournit l'idée d'un bain 
spirituel à l'usage de ceux qui veulent se préparer à la mort. Il se 
croit autorisé à faire cette comparaison par le récit qui se trouve dans 
l'Evangile de saint Jean, XIII, 8 et suiv. L'application qu'il rattache 
à ce passage est une des plus singulières qu'on ait osées à une époque 
où on ne reculait devant aucune extravagance quand il s'agissait 
d'interpréter pratiquement la Bible. Le bain est la pénitence, le 
baigneur est Jésus-Christ. Déjà sous l'ancienne alliance Dieu y avait 
invité les hommes par l'organe des prophètes et de Jean-Baptiste; à la 
fin il est venu lui-même : 7,il y a quinze siècles aujourd'hui que Dieu 
est descendu du ciel et qu'il s'est fait baigneur; il veut nous laver de 
manière à nous rendre resplendissants comme le soleil" *''. Pour pro- 



46 Selon Gcrvînus, T. 2, p. 420, M., en parlant de la fille de Luther, se moque du 
mariage du rc'formateur ; mais celui-ci ne se maria qu^en 1525. 
*7 Badenfahrt^{9 tk^ 1. 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 293 

fiter de ce bienfait, il faut commencer par reconnaître qu'on n'est pas 
propre; à cette condition Jésus-Christ entreprend avec nous toutes 
les manipulations qu'on faisait subir à quiconque prenait un bain com- 
plet; il nous déshabille, nous lave, nous frictionne, nous gratte la 
peau, nous ventouse, nous nettoie la tête, nous rase, nous parfume, 
nous peigne, nous donne des douches d'eau froide, nous couche dans 
un lit chauffé, et enfin nous remet nos habits. Les bains sont de dif- 
férentes sortes, bain de jouvence, bains d'herbes aromatiques, d'eaux 
minérales, d'huile, de rivière, de sueur. Chaque opération est accom- 
pagnée d'une image où Jésus-Christ fait les fonctions con'espon- 
dantes. En tout cela Murner ne manifeste aucune intention satirique, 
il ne veut qu'engager ses lecteurs à faire pénitence ; pour attester 
combien il est sérieux, il met en marge des passages latins de la Bible, 
des renvois à dos Pères et à des docteurs, même à des classiques tels 
qu'Aristote, Cicéron, Ovide. Cette gravité pédantesque ne fait que 
mieux ressortir ce que l'allégorie du bain a de ridicule et d'inconve- 
nant; elle vaut celles de Geiler sur le pain d'épices et sur le civet de 
lièvre. "La, JBadenfahrt est la plus faible des œuvres de Murner; on 
sent qu'en l'écrivant il n'a pas été à son aise ; ennuyé lui-même, il 
est devenu ennuyeux pour ses lecteurs; le genre édifiant était celui 
qui lui allait le moins. Et pourtant, qui croirait que c'est dans ce sin- 
gulier livre qu'il a su placer quelques-uns de ses meilleurs vers ? On 
les rencontre dans le chapitre où il rend grâce à la baigneuse, c'est-à- 
dire à la Vierge. Malgré son humeur railleuse, il était capable d'éprou- 
ver des sentiments plus doux; mais pour les faire naître il fallait des 
circonstances comme la maladie qui l'avait condamné à l'inaQtion. En 
pensant à la mort, il avait pensé aussi à son père qui n'était plus, et 
à Strasbourg que peut-être il ne reverrait pas. Il parle avec émotion 
de la beauté de notre cathédrale „qui n'a pas sa pareille dans la chré- 
tienté"; il raconte avec une simplicité qu'il aurait dû garder plus sou- 
vent, que dans sa jeunesse, quand il partit pour l'étranger, son père 
lui recommanda d'envoyer chaque fois qu'il rencontrerait un messager 
allant à Strasbourg, un salut à la Vierge; le messager devait entrer 
dans la cathédrale et dire une prière pour lui. Plein de reconnaissance 
pour son père, ^Texcellent homme que j'ai perdu", il observa son 
conseil dans toutes ses pérégrinations ; c'était, dit-il, la coutume des 
Strasbourgeois; coutume naïve, mais touchante; nos ancêtres, quand 



294 HISTOIRE LITTERAIRE DE l'aLSACE. 

ils étaient loin^ reportaient leurs pensées vers leur cathédrale, dont 
Timage était pour eux le symbole delà patrie absente**. 

48 Voici comment M. parle de la cathédrale ; il s'adresse K la Vierge : 

Insunderheit gedeiiek mit fleisz 
Dos wir zu Straszburg ère und hreUz 

FUr iederman hont* m der icelt * haben 

Den unser munster wol qefelt, 
t Dos tnr zu lob deins heiltgen namen 

So zierlich hont gesetzet zamen, 
Desgleichen nit ist in crist^nheit... 
Wer do humpt gen Strtuzburg gan 
Und sehent d(u zierlich miinater an^ 
Der spricht dos hontfrom lut gethan 
Vie Bclche kosien uni arbeit 
Dir zu lob homt angdeitf 
Dein schlosZf dein husz und dein pcUast 
Den du von unser arbeit hast, 
Doran wir dir teglich buwen 
Und inigklich fiir dich knutceny 
Das suent man weit in aUem landt 
IHe schmi sie es dir erbuwen handt. 
Es ist fUrwar disz als ein kron 
In die mitt gesetzet schon... f* P, 3. 



LIVRE V. — THOMAS MUR.NER. 295 



CHAPITRE III. 



Appréciation. 



Une appréciation de Murner comme écrivain devra porter princi- 
palement sur ses satires allemandes. D'après les analyses que nous 
avons données de. ces ouvrages, on peut, jusqu'à un certain point, s'en 
faire une idée sommaire ; mais on ne les connaîtrait que superficielle- 
ment si on n'entrait pas dans quelques détails sur la forme et sur le 
fond ; cela paraît d'autant plus nécessaire que, comme le dit avec rai- 
son un auteur moderne, les œuvres de Murner ont été rarement 
jugées avec impartialité *® ; peut-être que plusieurs de ceux qui les 
ont jugées ne s'étaient pas donné la peine de les lire; d'autres ne les 
ont abordées qu'avec des opinions préconçues. On est étonné par 
exemple d'entendre un historien de la valeur de Gervinus affirmer 
que Murner est peu original, qu'il n'est qu'un imitateur servile de 
Brant '®. En pénétrant plus avant dans ses œuvres, on arrive aussi à 
mieux connaître son caractère; je ne prétends faire ni son procès ni 
son panégyrique; mon seul désir est d'être équitiible envers un 
homme trop rabaissé par ses adversaires de tout genre, trop loué par 
lui-même, et si peu connu de la génération présente. 

Gervinus reproche à Murner d'avoir imité Brant ; en effet, il était 
si nourri de Brant que, sans s'en douter peut-être, il lui emprunte des 
vers entiers ; la Nef des fous lui inspira la Conjuration des fous; l'idée 
de la folie traverse toutes ses satires. Mais que de différences entre 
les deux poètes! Murner a des défauts qui se rencontrent à un 
moindre degré chez Brant, et il a des qualités qui manquent à celui- 
ci absolument. 

La versification des deux poètes est la même, si ce n'est que chez 
Murner elle est moins régulière encore que chez Brant; tous ses 
poèmes, y compris encore la traduction de l'Enéide, se composent de 
vers ïambiques , dont tantôt deux , tantôt trois ou quatre riment 
ensemble. Le retour invariable de ce mètre à quatre pieds, qui était 

^^ KuTZf Muniera Gedicht vom luth, Narren^ Einleitunt/j p. XXVIII. 
ûo Oesch, der deutschen Lit,, T. 2, p. 416. 



296 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'aLSACE. 

du reste celui de tous nos littérateurs quand ils écrivaient des vers 
allemands, donnerait à ses poésies une monotonie fatigante, s'il n'était 
pas compensé par un langage pittoresque, plein d'images et de com- 
paraisons, bien que celles-ci ne soient pas toujours du meilleur goût. 
Murner a montré toutefois qu'il savait manier aussi des rhythmes 
plus harmonieux; son cantique sur la ruine de la foi est formé de 
strophes de huit vers ïambiques , chacun de trois pieds , d'une allure 
vive, qui se prêtaient facilement au chant ; plus alerte encore, quoique 
indécente, est l'ode saphiquo qu'il chante à la louange de la soi-disant 
fille de Luther ** . 

Sa langue est en général le dialecte strasbourgeois ; çà et là, 
notamment dans le Grand fou luthérien y on a remarqué une influence 
de certaines formes nouvelles qui tendaient à s'introduire dans le 
haut-allemand '*. Un fait plus singulier et dont je ne sais pas l'expli- 
cation, c'est que bien avant qu'il vînt à Baie, Murner s'est servi de 
provincîalismes suisses, surtout pour des diminutifs*'. Ailleurs il 
mêle à son allemand des expressions et des phrases latines, ou bien il 
invente un langage impossible ** ; souvent aussi il parle français '*, 
parfois même italien '*. 

'^^ Le refrain est forme par le mot spanwslin. Dans le Karsthans, qui est antërienr 
au Fou luthérien t on trouve pamoael pour jolie fille. Geilcr, Bilgrimschaft , f^» 114, 
parle de grosse bamose Herren; Sclierz, Olossarium^ p. 97, fait robser\'ation iridetur 
legendum Baronen; mais hamos est adjectif. Kurz, qui cite hmbsï pamosisch, diaprés 
les 15 Bwidsgenossenj n'explique pas le mot, p. 248. 

62 Comp. Kurz, p. XXXIX. 

68 Kindly, ŒrUy, EUnâXy, Oeldy, WyUy, Hendy, etc. 

6* Narrênbeschwôrung y f» c, 1. — Luth. Narr, f«> B, 4. Etc. 

65 Je suis tout vostre, heisst m tcelsch. Xarrenb., f^ r, 4; V, 4. 

Wol usz! cUis iich der ritten schiitt! — In guterti tcelsch le febre quartan. Ib., f^ t, 3. 

Kekete (caqueter) frantzesisch , mentiris zu IcUyUy 

Zu tiUschem^ du lilgst in hais hînyn. Ib., f^ y, 7. 

IrhlappererUf kakatressen. Ib., f^ d, 7. 

Oder dir monays gehrist. Schelmenz.j f^ d, 4. 

So thut ereingrosz gentylytz (gentillesse). Mille von Schicind.j fo E, 2, 

Zilhe uff, gibjm ein strope de chordcn. Oeuchm., f» x, 3. 

Genre de torture, estroppe, estrapade; Taccusë dtait élevd en l'air au moyen de 
cordes. — Dans le G rosser luth, Narr^ fo c, 2, Murner dit îi la soi-disant fille de 
Luther: ich dantz mit dirden denteloren. Dentelure est le français Tintelore, qui parait 
avoir été une danse accompagnée de chant. Le mot se retrouve dans le refrain de la 
fameuse chanson de Janncquin sur la d(îfaite des Suisses II Marignan: Escampe, 
toute freloro (tout est vcrlore, perdu), — La tintelore frelore, — Escampe, toute fre- 
lore, bigot! (par Dieu!) Leroux de Lincy, Kecueil de chants historiques français. 
Paris 1842, T. 2, p. 67. 

66 Daruvib bin ich yefz bencvenut. Karrenb.^î^ a, G. 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 297 

Peu soucieux de la pureté de la langue, il ne Test pas davantage 
de la régularité de la composition. On a vu que la Narrenbeschwôrtmg 
et la Schélmmzunft ne se composent que do fragments incohérents, 
reliés à peine par les idées de la conjuration et de la corporation, 
idées qu'à chaque instant Tauteur semble perdre de vue. Il paraît 
avoir rédigé les chapitres de ces deux livres sans avoir fait d'abord 
un plan; après les avoir écrits sur des feuillets détachés, selon qu'un 
proverbe s'était présenté à son esprit, il les réunit au hasard pour en 
former des volumes ; dans le dixième chapitre de la Sctiélmensiunft par 
exemple, il est fait allusion au vingt-troisième d'une manière qui 
prouve que ce dernier était achevé avant l'autre '^. Brant, on s'en sou- 
vient, n'avait pas travaillé autrement. La Genchmatt, le Moulin de 
Schwindélsheim, le Fou luthérien ont plus de suite, mais là aussi le 
mouvement est arrêté par des digressions, des répétitions, des lon- 
gueurs fréquentes. Lors même que Murner s'était fixé un but précis, 
il ne pouvait se résoudre à en approcher par le chemin le plus droit; 
son esprit courait à l'aventure, sans s'en apercevoir quand il s'écar- 
tait de la route. Le peu de soin qu'il donnait à la forme doit être attri- 
bué à l'extrême facilité avec laquelle il savait tourner des vers : „ Je 
ne puis m'empêcher de faire des rimes, c'est plus fort que moi; quand 
même je veux parler autrement, ma bouche déborde de rimes; rimer 
n'est pas difficile à celui qui en a le don naturel" **. Il écrivait au 
courant de la plume; tout chez lui est du premier jet, inégal, négligé; 
on ne voit nulle part qu'il ait pris la peine de faire des corrections. 
Cette facilité d'improvisation ne l'empêchait pas de se copier parfois 
lui-même; non-seulement les mêmes tournures, les mêmes proverbes 
reparaissent en maints endroits de ses livres, mais quand il lui fallait 
un portrait qu'il se rappelait avoir dessiné précédemment, il ne le fai- 



Uff dos solch gut dos mal quesit 

Chtch iciderumh \cerd mal perdut. Geuchm,^ f^ i, 2. 

Les mêmes deux vers dans la Karrenb.y f» s, 8, où au lieu de bediit il faut lire 
perdut, 

*^ JSchelmenzunfty f> c, 2; e, 1. 

^^ Das ich aber r^tn didU 

Der kan ich mtr erweren nicht^ 

Wenn ich schati anders reden sol 

Wurdt mir der muiidt der ryvien fol y 

Rymen rnachen wurdt nit sur 

hyni der das selb hat von natur. Oeuckmati, f* ji 2. 



298 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



sait pas à nouveaux frais, il le reprenait. Dans le Moulin il a inséré 
une longue tirade de la Conjuration des fous *®. Quand dans la Geuch- 
matt il rédige en prose la constitution des libertins, les articles con- 
cernant leur toilette et la charte de leurs privilèges, ce n'est pas, 
comme on Ta dit, par négligence \ il le fait à dessein pour donner à 
ces pièces la forme plus comique d'actes officiels. Mais dans le 
même poème il y a d'autres passages en prose qui n'admettent pas 
cette explication : ce sont quelques faits empruntés à l'histoire sainte 
et à l'histoire profene *®; s'il ne les a pas mis en vers, comme d'autres 
analogues, il faut supposer qu'il était pressé définir; ils nous révèlent 
peut-être un des procédés de son travail; avant de chercher les rîmes, 
il notait rapidement le sujet et les exemples dont il voulait l'illustrer; 
ce sont de ces notes qu'il a mises dans la GeuchfnaU; quand il publia 
le livre, il était trop insouciant pour le remanier. 

Brant, d'un esprit plus sérieux et plus élevé que Mumer, est rare- 
ment vulgaire dans sa Nef des fous. Chez le frère Thomas au contraire 
on se heurte à chaque pas à des grossièretés et à des trivialités. Le 
scandale ne l'eflfraye pas ; il se plaît à peindre les vices sous leurs 
formes les plus brutales, les gens qu'il met en scène sont des Gro- 
bianeVy ils parlent un langage hérissé de gros mots et de jurements. 
On pourrait citer par centaines des passages où il blesse les conve- 
nances les plus élémentaires. Il ne perd pas son temps à chercher des 
périphrases pour voiler sa pensée, il l'exprime telle qu'elle lui vient, 
soit dans toute sa crudité, soit par une comparaison tout aussi crue, 
avec un sans-gene qui n'appartient qu'à lui. Il a l'air parfois d'éviter 
certains mots, mais s'arrange de telle sorte que le lecteur est amené 
involontairement à les prononcer**. Dans ces moments il n'est plus 
spirituel, il devient bouffon, sa satire dégénère en caricature. Après 
un chapitre particulièrement grossier de la Schelnwmunft y il prévoit 
qu'on lui demandera : comment, vous qui êtes religieux et prêtre, 
pouvez- vous parler de ces choses? Il s'excuse en disant : Ces choses-là 
ne viennent pas de moi, je ne fais que rapporter ce que j'entends au- 



*^ C'est la tirade Lieber Haiis nim eben tcar — Wie unser nachptirin trit dohç,r^ etc. 
Narrenbenchw .^ fo v, 2. 

60 Oeuchmattf P c, 4 et suiv 

«I O. c, fox, 1. 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 299 

tour de moi ®'. On peut accepter cette excuse, mais il aurait mieux 
valu pour Murner qu'il no se fût pas mis dans le cas de la donner ; 
pour être fidèle peintre des mœurs, il n'était pas nécessaire de dessiner 
en gros traits des détails qui devaient rester dans Tombre. Il est vrai 
qu'on n'était pas choqué alors aussi vite que nous le sommes aujour- 
d'hui ; la délicatesse de nos ancêtres était moins susceptible que la 
nôtre ; on nommait les choses par leurs noms ; les prédicateurs eux- 
mêmes, quiind ils voulaient frapper fort, ne se souciaient pas de 
s'abriter derrière des précautions oratoires. Cependant les satires de 
Murner n'auraient rien perdu de leur force s'il avait observé davan- 
tage des convenances qui , après tout, sont fondées sur le respect du 
sens moral. 

Mais tout vulgaire et bouffon qu'il soit par intervalles, il a une 
vivacité qui ne le quitte même pas quand il se perd dans des longueurs ; 
sa veine satirique est tout autrement riche que celle de Brant. Ce der- 
nier avait vécu dans un monde restreint, il l'avait étudié en moraliste 
un peu sombre, en suppléant par ses lectures à ce qui lui manquait en 
fait d'expérience ; il n'avait tracé que des portraits généraux. Murner, 
toujours en voyage, avait vu beaucoup plus de gens, il avait observé 
les mêmes travers que Brant, mais sous dos aspects plus variés et 
avec la sagacité propre aux esprits qui sont portés à la raillerie. Il 
s'applique moins à rassembler des détails épars pour former des types, 
il nous présente des individus tels qu'il peut les avoir rencontrés. 
Pour les peindre il ne songe pas à faire étalage d'érudition; il lui 
arrive parfois de parler de livres qu'il a lus, mais il ne juge pas à 
propos de les citer®'; les personnages de la mythologie, de l'histoire 

^^ Ich v?ei8z noch ein der selben kunden 

Der disz myn dicht durchleaen hat 
Da der auwkf^ôner hcU syn stat , 
Und meirU ich wer ein geisUich man 
Dent semlich redt stUndt iibel an, 
ZTnd wolt darby nit merTcen dos 
Dos soUich reâ der grobianer was 
AU aie die thundt an allem ort, 

Und nit das ich dieg* sevilich wort * ihu 

Den nur allein in vieldens wysz 
Wte man die auto hront ao mitflyaz, Schelmenz., f> c, 2. 

Dans ce passage il renvoie an chapitre die JSaw kr'ôneny f^ e, 1 , qui est en effet un 
des plus grossiers et des plus obcënes ; il n'est surpasse sons ce rapport que par la 
chanson que M. adresse à la soi-disant fiUe de Luther. 

68 Wer diêz buch gedichtet hett — Der hatt mer denn ein bucli gelesen. Oeuchmatty 
f' j, 3. — Dans la Schelmenzunftf f^h, 3, M. fait dire à quelqu'un : 



300 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



ancienne et de la Bible , qui jouent un si grand rôle dans la Nef des 
fous, ne font que de rares apparitions dans les satires de Murner, et 
quand il les introduit ils agissent comme des hommes de son temps ; 
VénuS; trônant dans un antre de sa montagne^ est moins la déesse de 
rOlympe que la Frau Minne du moyen âge. Murner veut être popu- 
laire, et il y réussit ; cgmmc prédicateur et moine mendiant il sait mieux 
qu'un professeur de littérature classique que le peuple se méfie d'ou- 
vrages remplis d'une science dont il ne sait rien. Dans la Geudinuxit, 
où il a le plus d'exemples empruntés à l'antiquité , il s'en excuse par 
une plaisanterie : „Pour les réunir je me suis fatigué à lire beaucoup 
de livres" ®*. Il préfère les anecdotes et les facéties plus récentes; il 
on a du Pogge, d'Eulenspiegel, du curé de Kalcnberg, de Geiler ** ; 
il cite des faits ou des paroles de gens qu'il assure avoir connus •*, il 
en appelle aux expériences qu'il a faites pendant ses voyages, il parle 
de Francfort, de Paris, de l'Italie, il mentionne des localités et des 
coutumes alsaciennes ^' ; il fait allusion à des fables et au Tannhiiuser ; 
il est surtout inépuisable en proverbes. Vrai Sancho Pansa, il les 
enfile à perte de vue; on en trouve sur chacune de ses pages; les cha- 
pitres de plusieurs de ses poèmes n'ont pas d'autres suscriptions que 
des locutions populaires; des 137 vers de la préface du Moulin de 
Schivindelsheim plus de 80 sont des proverbes. Il en a beaucoup qu'on 

Do mich mein vatter schiclU zu schulen 
Do lemt ichfUr atudieren bulen 
In dem unniitzen irrigen huch 
Zu latein der megt furtuch. 

Dans l'ëdition de 1788, p. 31, lYditeur exprime dans une note le dësir que quelque 
bibliographe fasse connaître ce livre qu'il a lui-même cherche en vain ; il ne s'eat 
pas aperçu qu'il s'agit d'une facdtie. 

«* L. c. 

65 Karreiib.y f^ f, 3; k, 4; r, 6. Comp. Geiler, EvaiKjeÙa mit usdegung^ f» 49. 

66 ScJidmenzunftj fo a, 4. 

67 II parle de la rue mal famde du Dummenloch à Strasb., Karrenb,, (*> g^ 3. ^q in 
coutume des Strasbourgeois de faire des promenades en bateau jusqu'au couvent de 
S. Arbogast ou h, la Kobertsau, ib., fo x, 7; de l'inscription audiatur et altéra par$ 
dans la salle du s^nat, ib., fo v, 8; de la grotte de S. Ciuy près de Saverne; ib., 
fo b, 7; de l'habitude de conduire les gens qu'on croyait possèdes du diable à Wit- 
tersdorf, près d'Altkirch, dont l'église avait un autel consacrd k S. Anastase et un 
chapelain pour le desservir; ce saint ($tait le patron des posse'dds; parlant de moines 
qui s'opposent îi une reforme, Mumer les représente disant k leur abbë : Sag an 
iroht du um reformieren — ïïtr wendt dich zu saiU Anatetfieren — Der gui frum man 
muât scJieUig (fou) fin. O. c, f» e, 3. — Lui-même veut amener les fous luthériens K 
Wittersdorf pour les faire conjurer. Luth. Narr^ f> H, 1 . 




LIVRE V. — THOMAS MURNER. 301 



ne rencontre ni chez Brant, ni chez Geiler, ni dans aucun recueil du 
seizième siècle; plus d'un peut-être est de sa propre invention. 

Murner est celui de nos écrivains qui a le plus d'esprit; rien de 
plus spirituel dans son genre que l'histoire du meunier qui cherche 
son âne, ou Tapplfcation des découvertes faites par les Portugais dans 
la mer des Indes aux mœurs des chevaliers qui pillaient les bateaux 
du Rhin, ou encore la solennelle constitution des habitués de la Geuch- 
matt. Brant n'a rien de pareil dans sa Nef des fous; sa gravité d'érudit 
et de moraliste ne le quitte pas un instant. Sans ironie, enfin, il n'y a 
pas de vraie satire ; Murner est très-habile à manier cette arme , dont 
Brant semble avoir ignoré la force. Seulement, pour produire des 
eflfets plus sûrs, il eût fallu à Murner plus de finesse et plus de goût. 
Il se pose ironiquement comme le premier des fous ®' ; dans la Schd- 
menzunft il est le maître de la corporation, dans la Genchmatt il rem- 
plit les fonctions de chancelier, dans la Narrefiheschtvonmg il se dit 
l'abbé supérieur de Tordre de folie. En parlant des théologiens il se 
cite lui-même : „ Quand je n'étais que le frère Thomas, je réfléchissais 
avant de prêcher, je cherchais à comprendre les textes; maintenant 
que je suis le docteur Murner, je parle de ce que je ne sais pas, je me 
fie à mon grade; je n'ignore pas que j'ai tort; je crois être un docteur 
et je ne suijs qu'un fou" ^^. Plus d'une fois il prend cet air de s'iden- 
tifier avec ceux dont il se moque ; il s'intitule ein gelerter gauchy il pré- 
tend connaître les ruses des femmes par expérience, il raconte une 
mésaventure arrivée à quelqu'un avec une courtisane comme si ce 
quelqu'un avait été lui-même. Ce sont des licences très-hardies que 
l'on peut regretter, mais dont il ne faut pas abuser contre le poète ; 
se citer soi-même comme témoin de ce que peuvent les femmes, eût 
été une manière étrange de se poser en accusateur des hommes effé- 
minés "'". Sébastien Brant, dans la protestation qui précède son poème, 
s'était aussi qualifié de fou, et personne n'a jamais cru qu'il l'a été en 
réalité. Murner a maint chapitre où, après avoir commencé par décrire 
un personnage, il le fait tout à coup parler à la première personne ; si 

68 Karrenb.f fo s, 7. 

69 O. c , f*> a, 7. 

'0 Schampt ich mich nit uiz fjeistllMeil — Ich redte tisz er/orenheit — Wîe eim 
solch geucherei tcurdt leidt. Geuchmaftj f» E, l. — S'adressant aux femmes, U dit: Ir 
handt mich auch hetrogen schon — J)e« tcil ich ûch geniesseii Ion, O. c, (^ c, 8. — 
V. aussi, ib. f> a, 2/ b, 3; Xarrenb.y f» g, 6; h, 2; m, 6. Etc. 



302 HISTOIRE LITTKRAIRE DE l'ALSACE. 



chaque fois que, sans nous avertir, il introduit un moi, on voulait pré- 
tendre qu'il 8*agit du sien, il faudrait en conclure qu'il a été, non pas 
seulement coureur de femmes et fou, mais avocat, marchand, che- 
valier bandit, etc. 

Une autre qualité qui mérite d'être appréciée chez Mumer, c'est 
son talent de donner S, ses satires un caractère dramatique, en person- 
nifiant les idées au lieu de nous les offrir dans leur abstraction. Le 
plus souvent l'action remplace l'enseignement didactique ; au lieu de 
procéder, comme Brant, par maximes appuyées de citations, il fait 
agir et parler ses fous et ses fripons, il discute avec eux, il a des dia- 
logues très animés, où son ironie se donne pleine carrière. L'exemple 
le plus frappant, sous ce rapport, est le Grand fou luthérien. Ce 
môme caractère dramatique se retrouve, quoique avec moins de suite, 
dans la Geucliniatt, dans le Moulin et dans qu'elques chapitres de la 
Narrcnbeschivôrung. Là, entre autres, le représentant des faux savants 
que Murner se propose de conjurer, lui dit : „De quel droit oses-tu 
nous citer? viens, nous allons discuter avec toi; tu te fais fort de nous 
prouver que nous sommes des fous, mais nous sommes pleins de l'Ecri- 
ture sainte, nous savons ce qui concerne le ciel, la terre et l'âme, 
avec le Maître des sentences nous scrutons les mystères de la Trinité, 
nous connaissons les voies célestes, nous possédons la sagesse, nous 
réglons la foi, nous avons lu les décrétales, nous calculons le cours des 
astres, nous avons appris tout ce que peuvent apprendre les hommes, 
aussi l'université nous a-t-elle jugés dignes du chapeau du doctorat ; 
nous t'amènerons des enfants plus instruits que toi , pendant six ans 
ils devront encore te fouetter de verges". Murner répond : ^Pour qui 
me prenez-vous ? suis-je par hasard maître Pantalon, le tailleur boi- 
teux? Rien n'est plus dangereux que des fous savants; je sais qu'il 
n'est pas facile de les conjurer; vous êtes si sophistes que la parole ne 
suffit pas pour vous convaincre, il faut vous écorcher comme Marsyas, 
qui lui aussi a cru qu'il n'était pas fou jusqu'à ce qu'on lui eût enlevé 
la peau. Vous dites que vous connaissez rÉcriturc; pourquoi donc ne 
suivez-vous pas ses enseignements? Vous avez étudié la voie du ciel, 
et vous marchez sur le sentier des singes. Ce que vous savez le mieux, 
c'est de faire bonne chère et de courtiser les femmes" '*. 

7» Geuchmattf f» b, 8; f, 4; g, 2; x, 4. Ktc. 



LIVRE V. — THOMAS MU-RNEH. 303 

On voit par ce passage, très-abrégé, auquel on pourrait en ajouter 
beaucoup d'autres, que Murner, comme je Tai indiqué plus haut, ne 
se raille pas seulement des vices, mais qu'il veut les corriger. Il a la 
même intention morale que Brant, il ne diflfère de lui qu'en étant 
moins didactique, en faisant plus réellement de la satire. Pour lui 
aussi le mot folie est synonyme de péché: „c'est avec raison que j'ap- 
pelle fou celui qui persiste dans ses péchés, car n'est-ce pas de la folio 
que de compromettre volontairement son salut?" '^ Presque tous ses 
chapitres sont entremêlés d'exhortations ou se terminent par des 
appels à la repentance. Il déclare maintes fois que son seul but est 
d'avertir les hommes, pour les empêcher d'aller en enfer; au fond de 
toutes ses satires morales se retrouve l'idée de la justice divine qui 
punit les pécheurs. Son indignation éclate en termes d'une rudesse 
qui nous toucherait peu, mais qui peut-être ne manquait pas son effet 
sur quelques lecteurs contemporains : „Au nom des mille diables, 
rougissez de votre conduite ! que la fièvre vous serre ! que la foudre 
vous écrase!" " Olivier Maillard , frère mineur comme Murner et lui 
ressemblant sous bien des rapports, s'écria de même dans un de ses 
sermons : „ Allez à tous les diables !" 

„ Vous allez trop loin, vous renversez l'enfant avec la baignoire", 
lui disait-on en citant un proverbe ; il prétend même que des gens 
qui s'étaient sentis touchés de ses coups l'avaient menacé de mort '*. 
D'autres s'affligeaient de voir un religieux se railler sans ménagement 
de toutes les hontes. Pour se justifier, il en appelait à des arguments 
divers. Un jour il se retranche derrière l'impossibilité de rester tou- 
jours grave : „0n ne peut pas s'occuper sans cesse des obligations de 
sa charge ; si je ne devais qu'étudier et enseigner, mon sérieux n'y 
tiendrait pas*' ". Après ce qui a été dit de ses intentions comme réfor- 

7« 0. c, f» y, 4; II, 4. 

73 Wol aber her in dusend iiifel nammeriy 

Ir wybêchen geuch soit flcn des schammenl Oeuchm.f f^ m, 4. 

Ui/f do schliej der tiifel drin! Narrenb., f» s, 4, 

Hepf nun schlag der duiider dreyn 

Dos b'ôse zungeii sind so gemeyii. S€helmenz.y f^ a, 3. 

IVok ir Uch der schelnien schameiiy 

So thundt erlich ins henckers namen. 0. c, f> k. 7. 

... Dos der dunder dryn 

Schlag^ dos ich so grob musz syn, 0. c., f^ b, 2. 

7* O. c, fo a, 2; k, 7. 

75 Oeuchmatty f» a, 2. 



304 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L^ALSACE. 

mateur des mœurs ^ on ne se serait pas attendu à cette explication ; 
elle a Tair de n'être qu'une de ces railleries qu'il ne s'épargnait pas à 
lui-même, et pourtant elle est conforme à sa nature mobile. De même 
qu'il changeait continuellement de résidence, il lui fallait changer 
d'occupation ; fatigué do ses fonctions de docteur et de prédicateur, 
il se délassait en composant des rimes , mais au milieu même de cette 
distraction il se souvenait du rôle de censeur auquel il se croyait des- 
tiné, il ne revenait pas du plaisant au sévère, il les mélangeait. 

La raison qu'il vient de donner de ses satires n'est pas en contra- 
diction avec une autre , sur laquelle il insiste plus souvent et qui cor- 
respond à un autre côté de son caractère : „Le monde ne veut plus 
d'enseignement sérieux, il nous oblige de rire avec lui ; il nous faut 
tourner en plaisanterie les choses que nous devrions traiter autre- 
ment ; si je disais à quelqu'un qu'il est pécheur, il se mettrait en 
colère, mais si je l'appelle fou, vaurien, œucoUy il rit et m'écoute ; 
quand je les ai tous réunis autour de moi , je leur dis leur fait en me 
raillant d'eux ; je les châtie, non comme je le voudrais, mais comme 
ils le demandent" '*. „Si vous y regardez de près, vous comprendrez 
que je ne ris des folies que pour mieux les extirper ; elles résistent 
aux plaintes et aux remontrances, mais cèdent quand on les rend 
ridicules" ". „Je parle une autre langue en écrivant sur Dieu et la 
vertu pour les savants; quand je m'adresse aux ignorants, il faut que 
j'emploie la leur" "'*. Il disait encore à ceux qui lui reprochaient ses 
satires, qu'il avait traité les mêmes matières dans des livres latins, 
qu'il tenait en réserve cinquante ouvrages sérieux, et que s'ils ne 
paraissaient pas, la faute en était aux imprimeurs, qui préféraient 
publier des facéties dont le débit était plus assuré '°. Quels étaient 
ces cinquante ouvrages ? Le chiflfre ne peut être qu'une des hâbleries 
du moine; c'en était une autre que d'en appeler à sa jBaden/it/tr^, dont 
on s'était moqué , et qui pourtant lui semblait fournir la preuve qu'il 
savait parler religieusement de choses religieuses®". Il affirmait enfin 

76 o. c, f^ I, a. 

77 Sdielmenzunfty fo k, 6. 

78 JJeiin ver dein umjelerten vil — Schreyhen^ dcrmusz sch'mpffen vil. O. c, A» k, 
6- — iVrtrrc7ii., f> y, 5. — Schimpfen^ qui signifie aujourd'hui injurier, avait alors le 
sens de plaisanter. 

79 Karrenh.^ i9 y, 6.— Geuchviatc^ f*> I, 2. 

®® iVun hab ichgemacht ein badenfart 



LIVRE V. — • THOMAS MURNER, 305 

- 

qu'en censurant les folies il ne remplissait qu'un devoir de son minis- 
tère : le prêtre est chargé d'avertir et de menacer; s'il se taisait, de 
peur de se faire des adversaires , il laisserait le mal régner dans le 
monde ; il faut donc qu'il continue de châtier le vice ; quoi qu'il lui 
arrive, il fera toujours quelque bien*^ Il prévient du reste, à 
maintes reprises, qu'il parle en général, qu'il ne vise personne en 
particulier®*. 

Il est douteux que Mumer ait converti beaucoup de fous en 
sages ; nous avons exprimé le même doute à propos de la Nef de 
Brant \ les satires de Mumer, plus railleuses et en partie plus gros- 
sières que ce poème , ont dû produire encore moins d'eflfets moraux ; 
on les a lues pour en rire, non pour se corriger; la véhémence des 
objurgations qui les interrompent a pu frapper quelques esprits en- 
durcis, mais plutôt peut-être pour les irriter que pour les adoucir. 
Cependant, quoi qu'on pense de la forme et sans se préoccuper des 
résultats pratiques , on doit convenir que Murner a rempli son pro- 
gramme aussi bien, je dirai même mieux que Brant. Il connaît la 
fausseté, la vanité, l'avarice, l'impudeur de ses contemporains, et il 
poursuit ces vices sous tous leurs déguisements et dans toutes les 
classes de la société. On lui a reproché jadis et on lui reproche encore 
aujourd'hui d'avoir calomnié les femmes , mais il n'en dit pas plus de 
mal que Geiler et Brant: „Ce que je proclame de leur frivolité, je l'ai 
trouvé dans des livres, où c'est raconté avec des expi*essions cent 
fois plus fortes que les miennes^ ; il ne cesse de protester de son res- 
pect pour les femmes vertueuses, mais il croit qu'elles sont des phé- 
nomènes rares *'. 

Ce serait d'un médiocre intérêt de montrer en détail comment il 
dépeint les différents vices ; je ne relèverai que les tableaux qu'il fait 
des classes dont la censure exigeait alors un certain courage ; on verra 

Darynn ich aeîstiicheît* nit sparte * spiritualit<f, dërotioii. 

Noch dennocfu ay gescholten wardtf 

Und wardt von tnen drum verlacht 

Dcu ich gott zu eym bader mackt. 

Ich miUt worlichen friig uffston 

Soit ich dicJiten nom irern won. Oeuchmatt^ f> I, 2. 

81 Es hiljfî doch dennœht w<u es niag, O. c, f> b, 2. 

82 Und habs geredt als in der gemein — In sunderheit gmennet l-ein. Narrenb.^ 
f> jy 4. Presque dans les mêmes termes, Schelmenz. , f^ k, 7. Àliile von SchtcindeU- 
heitn, f"> F, 8. 

83 Geuchmatt, fJ I, 4. — Xarrenb., fo c, S; y, 5. Etc. 

11 20 



306 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 

que ce courage ne lui a pas fait dt^faut, et qu'il a eu le sens de l'hon- 
nêtôté, du droit, de la justice. Il dévoile avec la même franchise que 
Geiler les turpitudes et les abus de son siècle. Qu'on voie, par 
exemple, comment il traite ceux qui opprimaient et exploitaient le 
peuple. Un de ces chevaliers-bandits, qui étaient une des plaies de 
l'Allemagne, parle ainsi de ses habitudes: „0n raconte que le roi 
Ferdinand a découvert de nouvelles îles près du pays de Calicut, et 
que là on a trouvé en abondance des épices , de l'argent et de l'or. 
Comme si c'était un art de découvrir des îles ! Je l'ai enseigné gratis 
à bien des gens. Je trouve des îles dès que je le veux ; j'écris en secret 
à mes compagnons habitués à chevaucher avec moi. Quand sur le 
Rhin j'aperçois un bateau, je le force d'aborder, et c'est là que je 
recueille des épices, de l'argent, de l'or, du drap, des étoffes. Per- 
sonne ne se doutait que nous avions ces trésors chez nous ; j'ai été le 
premier à les découvrir. Et cela ne nuit pas à mon honneur... Quand 
on décrète que les routes doivent être sûres , pour que le pèlerin et le 
marchand puissent passer librement, nous nous mettons au service 
des princes, à condition qu'ils nous abandonnent le butin; nous appe- 
lons cela le jeu des chevaliers; qui veut jouer avec nous, qu'il pose 
les quilles ! C'est nous qui sommes les vrais découvreurs d'îles nou- 
velles ! Nous apprenons à nos fils à se nourrir sans quitter l'étrîer, à 
frapper le paysan, à piller les villages, à bâillonner les gens ou à les 
attacher à des arbres, à brûler les maisons, à ravager les blés, à dé- 
vaster les vignobles, à rançonner les vilains. Nous amassons ainsi de 
quoi vivre en liesse pendant quelque temps ; quand tout est dépensé, 
nous remontons en selle pour chercher quelque île sur le Danube ou 
sur le Rhin!"*** 

Mumer remonte plus haut, jusqu'à ceux qui exerçaient le gou- 
vernement: ^Ecoutez! ceux-là ne sont-ils pas des fous qui prétendent 
régner comme des tyrans, opprimer le peuple , noua pousser dans des 
trous de souris, nous forcer de faire leur volonté, oubliant que nous 
aussi nous sommes des hommes? Le monde ne souffre plus la con- 
trainte ; par de bonnes paroles on obtient plus que par la violence ; 
bien souvent les soigneurs ont à se repentir d'avoir employé la force" **. 

8* Xartenb,, f> y, 2. 
85 O. c, f» n, 2. 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 307 

II plaide avec énergie la cause du arm manny de Thomme pauvre, 
comme on appelait le paysan ; il se plaint des impôts dont on le charge, 
des taxes que prélèvent les nobles, des dîmes et des droits qu'il faut 
payer aux prêtres, des contributions qu'on exige pour une prétendue 
guerre contre les Turcs , de la rapacité des avocats et des scribes , de 
la falsification des monnaies par les princes **. Voici comment il décrit 
la situation des paysans : „Le pauvre homme est accablé de tant de 
taxes, que la vie lui devient impossible ] on lui enlève jusqu'à la peau, 
il peut rester à peine à sa charrue. Il ne suffit pas qu'il livre des rentes 
et des redevances, il faut qu'il paye un tribut de tout ce qu'il a. Un 
noble a-t-il rendu un service à un prince, celui-ci lui donne en récom- 
pense un village, dont il ruine les habitants pas ses exigences. On a 
imaginé tant d'impôts divers, que les pauvres ne peuvent plus subsis- 
ter : taille, gabelle, péage pour passer un pont, droit de gîte pour le 
seigneur, et quand le paysan meurt on prend à la famille une partie 
de la succession. Sa poule a-t-elle pondu un œuf, je m'empare du 
jaune pour moi et du blanc pour ma femme ; à lui je laisse la coque. 
On lui demande de livrer les monnaies mauvaises, mais il n'en a ni 
de mauvaises ni de bonnes, et si par hasard il en a, on ne lui prend 
pas les mauvaises, mais les bonnes. Veut-il boire un coup, la moitié de 
son vin est au seigneur ; a-t-il du blé, le tiers en est perdu pour lui. 
Le prêtre veut la dîme, quoique aujourd'hui, dans plusieurs pays, 
elle soit inféodée à des laïques ; quand ceux-ci ont rasé le paysan , le 
prêtre trouve encore à prendre sa part, offirandes à l'autel, deniers 
pour la confession, pour les baptêmes, pour l'admission dans une con- 
frérie, pour les anniversaires des morts, pour des fondations pieuses. 
Puis viennent le moine, dont il faut remplir la besace de farine, d'oi- 
gnons, de fromage; le religieux de Saint- Antoine, qui demande un 
porc ; des vagabonds, des montreurs de reliques, des mendiants, des 
joueuses de lyre, des jongleurs, des étudiants, qui réclament des 
aumônes ; la grêle, la neige, les gens de guerre achèvent la ruine. 
Comment le pauvre homme peut-il se tirer d'affaire !" *' 

Après s'être fait en termes si vifs l'organe des souffrances des pay- 
sans, appauvris par leurs oppresseurs ecclésiastiques et laïques, Mur- 

86 0. c, fog, l;h, 8; î, 2. Etc. 

87 O. c, fP i, 2. 



308 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE l'ALSACE. 

ner se tourne contre eux et leur reproche de se soulever contre les 
nobles et les prêtres ^^; c'est une contradiction chez lui^ que nous ne 
nous chargeons pas d'expliquer; si les vilains étaient réduits à la 
misère qu'il déplore^ comment peut-il les accuser de n'en vouloir au 
clergé et à la noblesse que par envie ? Ils avaient des vices, comme 
les seigneurs, les bourgeois et les clercs, et à cause du défaut 
d'instruction leurs mœurs étaient plus brutales ; le portrait que Mur- 
ner fait de nos villageois, quand il les montre grossiers, buveurs, 
joueurs, préférant le cabaret à l'église, n'est pas une charge; mais 
quand ils avaient des maîtres qui les opprimaient et des curés qui les 
négligeaient autant qu'il le dit lui-même, il n'est pas étonnant qu'ils 
n'aient pas valu mieux que leurs supérieurs et que, poussés au déses- 
poir, ils se soient insurgés contre eux. 

Ceux que la satire de Murner poursuit avec le plus d'acharnement 
— ce mot n'est pas trop fort — sont les hommes de sa propre classe. 
Il a le sentiment de la dignité de son état, et plus celui-ci lui semble 
déshonoré, plus il laisse éclater sa colère. Les membres des clergés 
régulier et séculier figurent au nombre des fous qu'il faut conjurer, 
on les rencontre parmi les fripons, au pré des libertins ils sont des 
plus nombreux, ils viennent en foule à l'anniversaire de la meunière 
Marguerite. En cent passages Murner flagelle les évêques nobles qui 
dilapident les biens de leurs églises et qui, allant à la chasse avec 
trente ou quarante chevaux, ravagent les moissons des pauvres 
gens **; les chanoines qui ne viennent au chœur que pour se raconter 
les nouvelles du jour ou pour regarder les femmes ®°, les curés qui 
écorchent leurs paroissiens pour pouvoir faire bonne chère en mau- 
vaise compagnie ** ; les clercs qui ne se font consacrer que pour obtenir, 
par simonie, de riches prébendes®'; les bcnéficiers dont les cures sont 
desservies par des vicaires condamnés à mourir de faim^', les moines 
dégénérés qui s'opposent à la réforme de la discipline®*, les religieuses 



88 0. c, fo 8, 5. 

8» O. c, f> î, 7. — Schelmenz., fo i, 2. 

»o Narrenb., ft> d, 1 . 

»i O. c.,f>f, 7; g, 4; h, 2. Etc. 

9» O. c, f> 1, 4; h, 1; n, 5. 

»» O. c, f> n, 6. 

»* 0. c, f» e, 2. — Schelmenz.f f> î, 2. — OeuchmaU, f9 e, 3. Etc. 



\ 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 309 

qui jouent les grandes dames et qui ne résistent pas à la séduction '^^ 
les begliards et les béguines hypocrites ***, les théologiens qui torturent 
le sens des Ecritures, et les prédicateui*s qui, au lieu de prêcher sur la 
foi et les vertus, ^parlent de canards bleus" •'; les prêtres qui vendent 
les grâces de rÉglise®', les inventeurs de miracles et de lieux de 
pèlerinage ^^. En toutes ces plaintes, sauf la crudité de quelques 
expressions, Murner est comme Técho de Geiler et de Wimpheling; 
pour chacune de ses tirades on pourrait citer une invective parallèle 
du prédicateur ou du pédagogue. „I1 me semble, dit-il quelque part, 
que si Jésus-Christ revenait armé d'un fouet pour chasser les profe- 
nateurs du Temple, il commencerait par le clergé, et je crois qu'il ne 
ferait pas mal** *®°. Pour une de ses censures les plus mordantes il 
prend poui* texte, en la modifiant un peu, la fable du renard prêchant 
aux poules : Les oies ont formé une ligue contre le loup ; celui-ci les 
attire dans une église, dont il a soin de fermer les portes ; après leur 
avoir chanté la messe, il monte en chaire et annonce que désormais 
tous les loups se feront prêtres ; les oies, rassurées par cette nouvelle, 
oublient leur ligue ; aussi sont-elles croquées Tune après l'autre *®*. 
Un des derniers chapitres de la Narreribeschwôrung est intitulé La 
grande compagnie *°*. „Je me suis donné beaucoup de peine pour 
réunir tous les fous ; cependant j'ai hésité à en citer deux, de crainte 
de les offenser; Tun est l'empereur, l'autre le pape. Toutefois, comme 
je dis que la folie est le péché , je les prierai poliment d'approcher un 
peu ; je ne doute pas qu'ils ne me répondent que comme fils d'Adam 
eux aussi sont pécheurs et fous. Je me garderai de leur adresser des 
conjurations ; qu'ils veuillent seulement me dire si j'ai bien conjuré 
les autres, et si les pouvoirs spirituel et temporel ne devraient pas 
intervenir par des châtiments, car bientôt il serait trop tard, le clergé 
surtout a besoin d'être ramené à Tordre. On dit, il est vrai, que la 
barque de saint Pierre ne peut pas manquer d'arriver au port, mais 

95 Oeuchmatt, ft> H, 1. — Schdmenz.^ f> f, 4. 

96 Narrenb.f f^ b, 2. 

97 O. c, f> a, 5. - Schelmenz,, fo a, 4. 
»8 Narrenb., f» 1, 4. 

99 0. c, f» k, 4. 

199 OtuchmaU, f» C, 3. 

101 JVarrwi., ft> k, 8. 

19« Die grosie geséUsckaft; 0. c. f> v, 8 et buîv. 



310 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 



je connais des fous qui prétendent qu'elle est sur le point de chavirer. 
Il est temps que le pape et Tempereur avisent; Thonneur, le droit , les 
mœurs, tout est ruiné". A cet endroit Murner saute brusquement 
dans la politique ; il se plaint du désordre qui règne dans l'Empire ; 
il accuse les princes et les villes libres de refuser à Maximilien Tobéis- 
sanco ; les princes disent au poète : „De quoi te mêles-tu? ces choses 
ne te regardent pas , occupe-toi de tes psaumes et de ton encensoir" ; 
les bourgeois prétextent leur pauvreté, eux qui sont assez riches 
pour 8*adonner au luxe et pour corrompre par leur exemple les 
paysans. 

Selon Murner, TAUemag^ie n'était dans une situation déplorable 
que parce que les Etats ne soutenaient pas Tempereur; il eût été plus 
juste de dire que l'empereur était trop préoccupé des intérêts de sa 
maison. Murner avait pour la majesté impériale le même respect que 
ses contemporains ; il ne s'écartait de la foule que par la liberté de sa 
pensée en fait d'hérédité monarchique : „0n prend pour roi un enfant 
encore au berceau ; il ne sait pas dire un mot, et on lui met une cou- 
ronne d'or ! Il eût mieux valu pour le royaume de le laisser dormir 
ou de lui donner sa bouillie , et de choisir à sa place un homme sage ; 
malheur au pauvre peuple dont le roi est un enfant !*^ ^^^^ En écrivant 
ces lignes, Mui'ner s'était rappelé .un passage de l'Ecclésiaste , X, 16. 

Assurément il y a dans les plaintes de Murner sur l'état moral de 
son époque autant d'exagération que dans celles de Brant et de Geiler 
de Kaysersberg; mais en faisant la part des hyperboles oratoires et 
poétiques, il reste assez pour constater un relâchement général des 
mœurs. Un fait qui à bon droit peut nous surprendre, c'est l'extrême 
liberté qu'on laissait à la parole et à la presse; les savants, les prédi- 
cateurs, les poètes pouvaient s'exprimer, principalement sur le clergé, 
avec une hardiesse que dans d'autres temps on n'eût pas tolérée. 
Ceux qui exerçaient l'autorité se figuraient sans doute que le peuple 
était encore trop ignorant pour tirer des conséquences de ce qu'il 
lisait ou entendait. Mais le temps de la soumission aveugle était passé, 
les laïques avaient commencé à réfléchir. Le résultat inévitable des 
satires de Murner a dû être le même que celui des sermons de Geiler, 
l'ébranlement du respect pour les hommes d'Eglise. Murner le sentait 

103 o. c, f> g, 8. 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 3H 

lui-même ; il s^élève contre ceux qui méprisent les prêtres, il est im- 
pitoyable pour les laïques qui empiètent sur les privilèges du clergé, 
qui s'emparent de ses biens , qui ne réclament une réforme des cou- 
vents que pour s'en attribuer les revenus **^*. ^Honorez les serviteurs 
de Dieu à cause de Dieu" *®*; il ne veut pas que du haut de la chaire 
on dévoile leurs vices aux yeux du peuple ^°®. Croyait-il donc qu'en 
voyant ces vices raillés dans ses satires , on en serait moins frappé 
qu'en les entendant critiquer par un prédicateur? 

Ses censures du clergé ont eu le singulier sort de devenir un grief 
contre son caractère. On a trouvé qu'elles étaient en contradiction 
avec l'attitude qu'il prit à l'égard de la Réforme. Suivant les uns, il 
ne se décida à combattre pour l'Eglise que parce qu'il était jaloux de 
la réputation de Luther; suivant d'autres, il prouva, en refusant de 
s'allier à Luther, qu'avant la Réforme il ne s'était plaint des abus que 
pour mieux vendre ses livres, et qu'après il ne prit la défense du 
catholicisme que dans l'espoir d'être payé de ses services *^\ Ces re- 
proches sont dépourvus de fondement ; Mumer était vain , mais il a 
eu d'autres motifs pour attaquer la Réformation qu'une vanité blessée, 
et de son temps on ne faisait pas fortune comme écrivain; on n'a qu'à 
se rappeler les quatre florins que l'imprimeur HupfuflF lui paya pour 
sa Geuchmatt ; s'il convient lui-même qu'il a reçu de l'argent de quel- 
ques princes, il veut parler de la petite pension qu'il devait recevoir 
de l'empereur en qualité de son chapelain, et de la somme que 
Henri VIII lui avait donnée pour s'en retourner à Strasbourg. Quel- 
que léger qu'on le suppose , on n'a pas de raison pour le croire vénal 
ou malhonnête *®*. Sa position vis-à-vis de la Réforme n'a pas été plus 
inconséquente que celle de Wimpheling ; ils ont suivi tous les deux 
la même ligne de conduite ; ils ont demandé dans l'Eglise une amé- 



AO* 0. c, f>i, 7;r, 8. 

10» 0. c, f> c, 7, 8. 

lOC II appelle Schdm ein pfaff der ander pfaffen schent 

Und in der predig an sy wentj 
Den leyen ctagt ir uhelthat 
Uff der kantzel do es hat 
Weder glympff und tneder fug. Schelmenz.f P g, 3. 

107 GervinuB, T. 3, p. 418. — llagen, DeutscMands literarisehe und religioHC Ver- 
hUlinûse, T. 1, p. Gl. 

108 Lessing s'estait ddjà proposa de défendre Murner contre le reproche de cupî- 
ditë et de vënalitë. Sclieibl*^, Kioster, T. 4, p. 579. 



312 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSAGE. 

lioration do la discipline et ont espéré qu'elle serait accomplie par les 
évoques ; mais ils ont protesté dès qu'on eut touché aux doctrines et 
au culte. Dans ses traités do controverse, Mumer revient plus d'une 
fois sur les abus, „qu'aucun homme d'honneur ne peut justifier", 
mais ils ne suffisent pas, selon lui , pour motiver un schisme ; si on ne 
peut pas les extirper, il faut les tolérer comme inhérents à la faiblesse 
humaine ^°*; c'était, au seizième siècle, l'opinion de beaucoup de 
catholiques. Si Murner s'est montré inconséquent, il l'a &it avant la 
Béformation, quand, lui prêtre, sans s'inquiéter des conséquences, 
il a livré le clergé au mépris des laïques. Qui sait si plus tard il n'en 
a pas éprouvé un remords, et s'il n'a pas voulu racheter par un excès 
de zèle anti-luthérien la licence de ses satires anti-cléricales ? Seule- 
ment, après avoir tant blâmé les abus et les vices, il a été assez loyal 
pour ne pas se donner un démenti en s'en faisant le défenseur. Un 
libelliste vulgaire ne se serait pas fait scrupule de ménager ses inté- 
rêts, en adorant ce que d'abord il avait brûlé. 

Peu d'hommes, je l'ai dit en commençant, ont été jugés avec autant 
de rigueur que Murner. Son nom est arrivé à la postérité chargé des 
imputations les plus malveillantes ; depuis Wimpheling il s'était 
formé sur son compte une tradition reprise par les écrivains du 
temps de la Réforme et acceptée encore aujourd'hui. Les uns lui 
refusent même le talent poétique; d'autres, qui ne le lui contestent 
pas, lui trouvent im caractère méprisable. On prend à la lettre les 
passages où il met ironiquement sa propre personne en scène; on exa- 
gère ses défauts en fermant les yeux sur ses qualités ; on va puiser 
des détails pour sa biographie dans des brochures telles que le Lévia- 
tJian^^^. Quand on connaît la violence de la polémique du seizième 
siècle , on devrait se méfier des personnalités injurieuses dont abon- 
dent les pamphlets des disciples de Wimpheling et ceux des luthé- 
riens. De même qu'un écrivain qui se respecte ne fera pas l'histoire 
de Luther en ne consultant que les ouvrages de ses adversaires, on ne 
doit pas juger Murner uniquement d'après les témoignages des partis 

109 Die miszbretich die aie Moyen 

Die lobt hein erenman; 
leh musz die warheyt sagen, 
}Vir haben achuld daran, 

Ein neu Lied, Kloster, T. 8, p. 669. — V. aiiSBÎ An den deuUchen Adel, f> I 2. Etc. 

110 Gomme le fait encore en partie Lappenberg. 



LIVRE V. — . THOMAS MURNER. 313 

avec lesquels il s'était brouillé. Il faut dirO; sans doute , que si on Ta 
malmené; il y a eu de sa faute ; il a été d'une nature légère et incon- 
stante , impétueux , frondeur, plein d'une haute opinion de lui-même, 
amateur de singularités, s'occupant de tout et n'approfondissant 
rien ***. Il a heurté les habitudes des savants alors célèbres,. il a per- 
siflé sans ménagement leurs idées quand elles lui ont semblé fausses , 
et s'est engagé ainsi dans des querelles diverses. Toujours prompt à 
la riposte, il rendait avec usure les coups qu'on lui portait *** ; par sa 
jactance, par sa coutume do se mêler de tout sans avoir toujours l'air 
de prendre les choses au sérieux, par ses railleries mordantes, il 
s'était fait des ennemis dans tous les camps. Mais l'âpreté avec laquelle 
on lui a reproché ses défauts de son vivant, s'explique par le fait qu'il 
a eu plus d'esprit que la plupart de ceux qui l'ont combattu. Personne 
n'a été moins pédant à une époque où le pédantisme a régné en 
maître ; ^par ma nature, écrit-il à un ami, je suis poi*té au rire mal- 
gré moi, mon esprit déborde de facéties** ^^^, Il y a du Babelais en 
lui ] il aurait pu dire comme le curé de Meudon : Le rire est le propre 
de l'homme. Quand dans le Léviathan on lui prête ces paroles : „Quel- 
qu'un «e moque-t-il de moi , je ne m'emporte pas, je ris à mon tour*^, 
on le caractérise tel qu'il a été avant de se lancer dans la polémique 
religieuse***. Il est l'antipode de Wimpheling, qui, susceptible et 
morose, se plaint sans cesse d'être persécuté ; jusqu'à la Réformation 
Mumer est d'une bonne humeur inaltérable ; quand on l'attaque , il 
riposte par des satires; au lieu de dénigrer ses adversaires, il se 
borne à se vanter plus fort. Il ne devient violent qu'après s'être laissé 
entraîner dans les luttes de la Réforme; alors il ne rit plus, il se 
fôche, sa colère devient de la fureur, il ne connaît plus d'autre arme 

11 A IHxit mihi untis quod tcdis doctor {3fumer) in omnibus artibus scit altquid. Tune 
ego audiena dixi : in omnibus aliquid, in toto nihil. Epistolœ obscur» vir., p. 169. Ce 
jugement est fonde, quoique exagërë. Il en est de même quand on lui f&it dire : 
Oarrulua aum et vagus, nuUius rei magis impatiens quam tranguillitatis. JLevitUhan, 
ft>B, 3. 

11^ Les paroles qu^il met dans la bouche du meunier, Miilej f^ F, 6 : Fiegt man 
mir den schaden zu — Desselben glycken ich auch thu, expriment son propre sentiment. 

^^^ Et egOf ut nosti, meapte natura non sum serius, sed ad risum (etiam me de hoe 
dolente) pronissimtts, estgue animus meus joci perquanf, ferax et fertilis. A Phil. Keil- 
bach, 1511. Arma patientiœ, 

1** Irridet me quis^ nihil indignor, sed et ultro arrideo. Léviathan^ f^ B, 2. V. aussi 
les derniers vers de la Schelmenzunft. 



314 HISTOIRE LITTÉRAIRE DE L'ALSACE. 

pour défondre sa cause et sa personne que Toutragc ; quelque spiri- 
tuel que soit son Grand fou hitliérien, il trahit à chaque page la pas- 
sion ardente qui Ta inspiré. 

Dans la première partie de sa carrière , qui est la plus importante 
de Murncr envisagé comme littérateur, il a eu Tesprît vif, ouvert , 
curieux, saisissant au premier coup d'oeil les contrastes que présentait 
la vie de ses contemporains ; malgré la légèreté de son caractère, il a 
eu la conscience de la justice et le courage de dévoiler les abus et les 
travers dont il était témoin. Pour le talent satirique il est supérieur à 
Brant ; il n'est surpassé lui-même que par un autre Strasbourgeois , 
Jean Fischart. Un de ses principaux mérites est d'avoir été écrivain 
populaire ; ses traités sur les cartes peuvent être oubliés , quelque 
intéressants qu'ils soient comme curiosités pédagogiques ; ses écrits 
de controverse religieuse, à l'exception du Fou luthérien , se perdent 
dans la masse de ceux qui ont inondé alors l'Allemagne et la Suisse ; 
mais ses traductions du droit et ses siitires prouvent que ce moine 
mendiant, plus familiarisé avec les besoins du peuple et plus libre de 
préjugés que les vivants des universités, avait compris l'esprit de son 
temps. Il se sépare à son avantage des humanistes et des juristes qui 
n'admettaient que le latin comme langue de la poésie et de la science. 
Il est vrai qu'on ne lira plus guère ni son Enéide ni ses Institutes alle- 
mandes, mais quiconque voudra étudier les mœurs du commencement 
du seizième siècle, devra s'adresser k ses poèmes. La peinture qu'il 
fait de ces mœurs n'est pas une autre que celles que nous ont laissées 
Wimpheliiig , Geilcr et Briint ; cette concordance est d'autant plus 
frappante , que par le caractère Murner est plus éloigné de ses trois 
compatriotes. J'ai déjà dit que chez tous il y a de l'exagération ; ils 
emploient volontiers des couleurs trop sombres; mais l'impression 
générale qui résulte de la lecture de leurs ouvrages est qu'à bien des 
égards leur siècle a été une époque de relâchement ; cependant , à 
côté de cette impression il s'en dégage une autre, savoir que ce même 
siècle a aussi été une époque où ont fermenté les germes d'un ordre 
de choses nouveau. Dans les satires dcî ilurner, c'est surtout le peuple 
qui parle, c'est lui (jui expose, à sa manière, ses griefs contre les 
classes privilégiées, contre les seigneurs, les docteurs, les prêtres; 
on entend gronder de loin les orages qui se préparaient. Après avoir 
contribué à ébranler le respect des laïques pour les institutions reli- 



LIVRE V. — THOMAS MURNER. 315 

gieuses, Jes coutumes sociales; les habitudes savantes du moyen âge, 
Murner s'était effi-ayé de son audace ; pour conjurer les dangers qu'il 
avait aidé à faire naître , il était devenu le champion de son Eglise , 
mais n'avait su mettre à son service que ses colères et son vocabulaire 
d'injures. Comme caractère et comme écrivain il est loin d'être irré- 
prochablo; mais on ne saurait méconnaître ni son talent ni son impor- 
tance historique. Il est un de ces esprits mobiles et complexes qu'il 
est diflScile de saisir; à peine semble-t-il fixé quelque part, qu'il 
quitte sa résidence , et souvent on ne sait pas où il va ; il en est de 
même de son caractère : on croit le tenir, et aussitôt il vous échappe. 
Il réunit en lui tous les contrastes de son temps ; tour à tour moqueur 
et grave, le plus impatient des hommes, et ayant pour devise pa- 
tientiay ardent à réformer des mœurs grossières et brutal dans son 
langage, passionné pour les nouveautés et se cramponnant aux tradi- 
tions, il caractérise mieux qu'aucun autre cette époque inquiète et 
tourmentée qui clôt le moyen âge et qui annonce les temps modernes. 



INDEX BIBLIOaRAPHIQUE 



I. 

WIMPHELING. 

1. Ouvrages de TVimpheling lui*niônie. 

1486. 

1. Laudes ecclesiœ Spirensis. S. 1. et a. 18 feuillets in-4^; dont le 

premier et le septième sont en blanc. Sans titre et sans signa- 
tures. Goth. Publié aussi avec : Eisengrein^ Chronicon Spirense. 
DiUîngen, 1584. 

1492. 

2. Epistole et carmina quibus elegantissime in médium datur repu- 

diatio filie Régis Romanorum Maximiliani per Regem Francorum 
Carolum facta et superductio filie ducis Britonum^ prefati Roma- 
norum Régis sponse. S. 1. et a. Goth. Dans les Amœnit. frib.; 
p. 179, le titre est un peu différent; il est cité d'après Maittaire, 
Annales typogr. cent. T. 2, P. l,p. 552. Riegger, Amœn. frib., 
p. 515 et suiv., donne le texte avec quelques variantes d'après 
un Ms. qu'il croit être de la main de Wimpheling. 

Idem. Disceptatio oratorum duorum regum Romani (Jacobi Phini- 
phelingii) scil. et Franci (Roberti Gaguini) super raptu illustris- 
simœ ducissse Britannise. S. 1. et a. in-4^. Hain, 16181. D'après 
la manière dont est écrit le nom de Wimpheling, cette édition 
paraît être faite en France où il était inconnu. 

Les pièces qui composent la brochure sont reproduites par 
Jean Linturius, Append. ad Fascic. temporum Wemeri RoUe- 
wink, dans Pistorii Scriptt, rer, german. , éd. Struve, Ratisb. 
1726, f>, T. 2, p. 587 ; et dans le Reichstag-Theatrum de MttUer, 
Jena 1718, T. 1, p. 127. 



318 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 



Eyn gelicht von dem romescliem kunyge und dein kunyge 
von Frankreicli. Von dem kunigk von Frankerich durch Jaco- 
bum Sietzstat des romeschen Kunigcs redner geticht. S. 1. eta.^ 
4 feuillets în-4**, sur le titre une gravure. Hain, 16188. 

1493. 

3. Oratio querulosa contra Invasores Sacerdotum. S. 1. et a. 8 feuillets 

in-4°. Goth. 

Riegger, Amœnit. frîb., p. 178 et 383, mentionne une autre 
édition également s. 1. et a., in-4*' avec une gravure qu'il repro- 
duit, p. 397 ; il la croit imprimée à Bâle. — Une troisième : 
Delf in Hollandia, s. a., 6 feuillets in-4°. Goth. Amœnit. frib., 
p. 383. Hain, n** 16195. — Hain, n** 16191, en connaît encore 
une quatrième, s. 1. et a. — Le texte est réimprimé dans les 
Amœnit. frib., p. 383 et suiv. 

4. Immunitatis et libertatis ecclesiastlcae statusque sacerdotalis 

defensio. S. 1. et a. — Réimprimé, Amœn. frib., p. 398 et suiv. 

5. De triplici candorc Mariœ ad reverendissimum D. Bertholdum 

Hennenbergcnsem Archiepîscopum Maguntînum et principem 
sacrosancti Ro. imperii electorem. S. 1. et a., in-4**. Goth. 

De conceptu et triplici Mariœ virginis gloriosissimœ candore 
Carmen Jacobi Wimpfelyngii Sletstatini. Gravure : la Vierge 
posant les pieds sur la lune. Au-dessous : J. B. Au f* e, 8, la 
même gravure. A la fin, la marque de Jean Bergmann d'Olpe; 
1494, nihil sine causa. J. B., in-4**. Dans cette belle édition 
Tcxordium adressé à Tarchev. de Mayence a quelques vers de 
moins que dans la première ; elle ne contient pas non plus le 
commentaire sur cet cxorde, qui dans la première remplit les 
feuillets 2 à 6 ; en sus elle a des arguments versifiés et une ode 
de Séb. Brant. 

6. Jacobi Vimphelingi Sletstatensis Elegantiarum medulla : orato- 

riaque preccpta : in ordincm inventu facilem copiose : clare : 
breviterque rcducta. S. 1. et a. In-4°, Goth. Au titre une gra- 
vure : un maître d'école. 

Idem. S. 1. et a. lii-4**, car. rom., au verso du titre une gravure: 
un homme à genoux, au haut J. C. dans des nuages. 



INDEX BIHLIOGRAPHIQUE. 319 



Idem. Argent., Mat. Brant, s. a. In-4®. Amœnit. frib., p. 180. 

— Lipsi» 1499, in-4^ Hain, 161C8. 

— Impressum Liptzk per Jacobum Thanner Herbipolensem. 
Anno supra millesimum quingentesimum tertio. Marque de 
Timpr. In-4°. Goth. 

— Ib., 1506, in-4°. Amœnit. frib., p. 181. 
-- Argent., Mat. Hupfuff, 1506, in-4% Goth. 

— Ib. Joh. Knoblouch, 1508, in-4^ 

— A magistro Nycolao de puteo diligenter cmendata. Impres- 
sum parrhisiis per Nicolaum desprati trecensem campanum 
fidelem ealcographum lioncsti viri Dyonisii Roce bibliopolo 
bene meriti in vico saneti Jacobi sub intersignio divi Martini 
se continentis. Anno domini M.CCCCC.VIII. Marque de 
Denis Roce. In-4**. 

— Spir», 1508, in-4^. Amœnit. frib., p. 181. 

— Lipsise, 1513, in-4®. Ib. 

Ëlegantise maiores. Rlietorica pueris utilissima. Multa inventes 
hic addita aliorum impressioni : multa castigata : et in ordi- 
nem longe faciliorem redacta, S. 1. et a. In-4**. Goth, Hain, 
16162. 

— Heidelb. 1499, in-4^ Hain, 16163. 

— Tubing» 1499, in-4^ 

— Pforzheim, Thomas Anshelmus, 1509, in-4°. 

— Ib. 1511, in-4®. Amœnit. frib., p. 181. 

— Argent., M. HupfuflF, 1511, in-4^ 

— Ib., castigatioribus formis apud Tribotes Joann. Knoblou- 
chius opéra quoque qua potuit vigilantiori exscripsit. Anno 
M.D.XIII. In-4^ 

— Tubingœ, Th. Anshelmus, 1513, in-4*'. 

— Impressum Argentinse per Mat. Hupfuff. Anno domini 
M.D.XV. In-4^ Goth. 

— Argent., J. Knobfouch, 1516, in-4". 

— Hagenaw (Th. Anshelmus), s. a., 1519, in-4^ 

1494. 

7. De nuntio angelico ad Philippum Comitem palatinum Heroicum 
ad Ludovicum eiusprimogenitum, Ëiegiacum Jacobi W. Sletsta- 



320 INDEX BIULIOGRAPHIQUE. 

niai. S. 1., 1494. Nihil sine causa. J. B. (Bâle^ J. Bergmann). 

Iii.4^ 

Idem. S. 1., Anno M.CCCC.XCV, 6 feuiUets in-40. Goth. 
— S. 1., 1499, in-4^ Hain 16174. 

1495. 

8. Stilpho Jacobi Wympfelingii Sletstanini. S. 1. Anno chriati im- 

pressum M.CCCC.XCV, 10 feuillets in-4^ Goth. 

Idem. S. 1., 10 feuillets in-4^y car. rom. La date est par erreur 
M.CCCC.LXX. 

9. Ad lUustrissimum Prîncipem Ëberardum : Wyrtenbergensem : 

Theccensemque ducem Carmen Heroicum, Hecatostichon. Corn 
eius explanatione. Que nonnuUa principibus décora. JSt rébus 
publicis salutaria continet. Jacobi Wynpfelingii Sletstattini. — 
Impressum per Industrium Johannem Prysse civem Argentl- 
nensem. Anno Domini M.CCCC.LXXXXV. 10 feuillets in-4^ 

1497. 

10. laidoneus germanicus ad R. D. Georgium do Gemmingen Spî- 
rensem prepositum Jacobi Vymphelingî Slcstatini. La dédicaco 
est du 21 juin 1496, exNemeto. S. 1. et a., in-4*', Goth., au titre 
une gravure : un savant à sa table de travail, à ses pieds un 
chat; après la table des matières, la marque de Grttninger. 

Idem. S. 1. et a., in-4**, Goth., sans la gravure et la marque. 

Idem. Avec cette addition au titre : Epistola eiusdem ad filios 
Philippi, com. rhe. pala. In Fridericum victoriosissimum Bavarie 
ducem oratio funebris, ac ipsius cpigrammata in cundem. S. 1. 
et a., in-4**. 

Dans la plupart des exemplaires de cette édition que l'on 
connaît, Taddition manque; elle parut aussi séparément : In Fri- 
dericum victoriosissimum Bavarie ducem et magnificentissimum 
principem oratio funebris magistri Hervici de Amsterdamis théo- 
logie professons doctissimi cum epistola Ja. V. Slest. ad nobi- 
lissimos principes Philippi Co. rhe. Palatini filios. Epigrammata 
in ipsum Fridericum. Philippe salus et Victoria. Armoiries do 
Bavière. S. 1. et a., in-4*', 6 feuillets. 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 321 

Idem. Actum per magistrum Joh. Grttninger, civem Argentinen- 
sem. S. a., in-4**. Hain, 16179. 

Idem. Argentin», Joh. Grttninger, 1497, în-4®. Goth. Hain, 1G180. 

1498. 

11. Philippîca Jacobi Vuîmpflingi Sletstatîni. In laudem et defen- 
sionem Philippi Comitis Rheni Pulatini Bavariœ Ducis, etc. 
Sempiterna salus Domui Bavarise. — Impressum a Martine 
Schotto Cive Argentinensi. XIII Kal. Decembris. Anno Christi 
XCVni. 14 feuillets in-4**. Au titre, les Armoiries de Bavière. 

12. Agatharchia. Id est bonus Principatus : vel Epithoma condi- 
cionum boni Principis. Ja. Vuimpfelin. Sletstatensis. Sempiterna 
salus Domui Bavarise. — Impressum a Martine Schotto Cive 
Argent. XI Kal. Décembres. Anno M.CCCC.LXXXXVIII. 

10 feuillets in-4®. Au titre, les Armoiries de Bavière. 
Agatharchia sive Epitoma conditionum boni principis, ad Ludo- 

vicum Philippi Electoris Palatini filium. Accesserunt Ludovici IX 
Régis Francorum et Ludovici IV Electoris Palatini Parseneses 
principales ad filios. Ex recognitioneNicolaiReusneri,juriscons., 
sacri palatii C»s. comitis. Jenœ, cum privilégie. S. a. Petit in-12**. 

1499. 

13. Pro concordia dialecticorum et oratorum inque philosophia di ver- 
sas opiniones sectantium quos modernes et antiques vocant. 
Oratio habita ad gymnosophistas Heydelbergenses Anno domini 
M.CCCC.XCIX. Pridie jdus Augusti. A Jacobo Uympfelingio 
Sletstatino. S. 1. et a. 6 feuillets in-4**. Goth. 

14. De Himnorum et Sequentiarum auctoribus. Generibusque Car- 
minum que in Hymnis inveniuntur. Brevissima erudiciuncula, 
S. 1. et a. 6 feuillets in-4^ Goth. — Hain, n^ 16175 et 16176 a 
deux éditions différentes. S. 1. et a., in-4^. 

1500. 

15. Ad lUustris domini Ludovici Comitis In Leuenstein filium primo- 
genitum D. WolfgangumAdolescentia Wympfelingii. — Ex oflS- 
cîna providi viri Martini Flach civis Argentinensis : sexto Kalen* 

11 21 



322 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

das Septembris anno millesimo quingentesimo. In-4**. Trois gra- 
vures : la mort en faucheur sur un cimetière ; un jeune noble se 
promenant dans une rue ; un mourant dans son lit entouré de sa 
famille et de deux moines. 

Adolescentia, cum novis quibusdam additionibus per Gallina- 
rium denuo revisa ac elimata. — Impressum Argentine felici 
auspicio impensis et opéra Joannis Knoblouch. Anno Salutis. 
MCCCCCV.XX. die Februarii. Marque de Knobloucli. In-4^ 
Mêmes gravures que dans la V^ édition. 

Idem. Argent. Hupfuff., lôOG, in-4". Amœnit. frib., p. lOô. 

— Hagenaw, Henr. Gran impensis J. Knoblouch, 1508, in-4**. 

— Argent. J. Knoblouch, 1508, in -4**. 

— Ib., Mart. Flach impensis J. Knoblouch, 1511, in-4®. 

— Ib., Ilupfuff, 1514, in-4^ 

— Ib., Hupfuff, 1515, in-4®, sans les gravures. 

— Ib. J. Knoblouch, 1515, in-4*^, sans les gravures. 

1501. 
16. Declamatio Philippi beroaldi de tribus fratribus. ebrioso : scor- 
tatore et lusore. — Germania Jacobi Wimpffelingii ad Rempu- 
blicam Argentinenscm. — Ad unîversitatem heydelbergensem 
oratio Ja. Wiinpfe. S. de annuntiatione angelica. — Finit collatio 
scu peroratio Ja. W. S. Impressa per industrium Johannem 
priisz Civem Argentinenscm. Tredecimo Kalendas Januarii. 
Anno Millesimo quingcntesimo primo. In-4*'. 

Au commencement de la Germania, deux gravures, Tune des 
armoiries de Strasbourg, Tautre de la Vierge comme patronne 
de la ville. 

La Germania fut publiée de nouveau par Jean Michel Mo- 
scherosch sous le titre de : Jac. Wimpfelingii cis Rhenum Ger- 
mania. Argent., 1649, in-4°; et par nous-meme avec la Ger- 
mania nova de Murner, Genève, G. Fick, 1875, in-4®. 

Tutschland Jacob Wimpfflingens von Slettstatt, zu Ere der 
Statt Strassburg und des Rinstroms. Jetzonach 147 Jahren zum 
ïruck gegeben von Hansz Michel Moscherosch. Strassb., 1648, 



i 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 323 

in-4®. Sur le titre et au verso du dernier feuillet de la dédicace^ 
les armoiries de Strasbourg. 

1502. 

17. Declaratio Jacobi Wimpfelingii ad raitigandum adversariuin. — 
S. 1. et a. 4 feuillets in-4®. 

Réimprimé avec un commentaire, sous le titre : Carolus Magnus 
Germanus, hoc est Germaniam a Gallia per interfluentem Rhe- 
num maie dividi, declaratio Jacobi Wimpfelingi, o bibliotheca 
Barptolomsei Agricolse, j. u. d., cumeiusdem notis margiualibus. 
Heidelb., 1615, in-4% 18 pages. 

1503. 

18. Epistola Ja. wymphelingi de inepta et superflua verborum 
resolucione in cancellis : et de abusu exempcionis in favorem 
omnium episcoporum et archiepiscoporum. -^ S. 1. et a. 4 feuil- 
lets in-4°. Go th. 

Riegger, Amœnit. frib. , p. 225, mentionne une édition, s. 1. 
et a., ayant au titre une image de T Annonciation de la Vierge. 
Réimprimé, Amœnit. frib., p. 225 et suiv. 

1505. 

19. Jacobi Wimphelingi De integritate libellus. — Joannes Knob- 
louch civis A rgentinensis ex Archétype imprimebat anno quin- 
gentesimo quinto supra millesimum. III. no. Mar. In-4**. Goth. 

Idem. Cum epistolis prsestantissimorum virorum hune libellum 
approbantium et confirmantium. — Joannes Knoblouchus civis 
Argentinensis ex Archétype denuo imprimebat. Anno quingen- 
tesimo sexto supra millesimum. XI. kalendas Novembris. In-4**. 

Idem, Ib., 1515, in-4°. 

Dan8j|xn ms. du XVI® s., conservé àlabibl. nationale de Paris 
et contenant divers extraits de Pic de la Mirandole, de Reuchlin 
et de Lefèvre d'Etaples, se trouvent aussi, f* 16 à 19, quelques 
fragments du De integritate. 

20. Hic subnotata continentur. Vita M. Catonis. Sextus Aurelius de 
vitis CfiBsarum. Benevenutus de eadem re. Philippi Beroaldi et 
Thomse Wolphii junioris disceptatio, de nomine imperatorio. 



324 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

Epithoma rerum Germanicarum usque ad nostra tempora. — 
Johanixes Priis in «edibus Thiergarton Argentinse imprimcbat. 
Matliias Schiirer recognovît. Anno M.D.V. quinto Idus Martii. 
Conrado Duntzeiiiio Dictature Argcntineusi. In-4**. 

L'Epitome de Wiinpheling est publié de nouveau : 1 ) dans 
Wittickindi Saxonîs rerum ab Henrico et Ottone I. Inipp. gesta- 
rum libri très , cum aliis quibusdam raris et auteliac non leetis 
diversoruin auctorum liistoriis. Bas., Jo. Herwag, 1532, în-f*; — 
dans Siin. Schardius, Historicum opus seu scriptores rerum germ., 
Bas., Henriepetrî, 1574, in-ï^, et dans la 3® éd. de ce recueil, 
Giessen, 1673, in-f*, T. 1 ; — 2) Jac. W. epitome rerum genn. 
hactenus a multis desiderata. Marb. 1562, pet. in-8**; — Rerum 
Germ. epitome, auctore Jac. W., seorsum excusa. Avec 2 ti'aités 
de Pirckheimer et de Geldenhauer. Uanau, 1594, in-12.- — ' 
Riegger, Amœnit. frib., p. 2oS), parle d'après Freitag, Analecta 
litt., p. 101)5, d'une édit. de Uanau, 1524, in-12; 1524 est sans 
doute une erreur pour 1594. 

21. Jacobi Wimpfelingii De arte metriticandi libellus. — Impressum 
per Mathiam Uupfuff civem Argentinensem. S. a. 12 feuillets 
in-4^ Goth. 

22. Appologetica (sic) declaratio Wimphelingii in libellum suum de 
integritate : de no : An sanctus Augustinus fuerit monaehus. 
Cum epistolio Thoiue Volphiî iunioris. Keyserspergiî epistola 
elegantissima de modo predicandi passionem domini. Oratio 
Wymphelingii metrica. S. 1. et a. 12 feuillets în-4**. 

Idem. Phorcai in aîdibus Thoinse Anshelmî, sexto Cal. Apr. 150G, 
in-4^ 

— Ib. 1516, in-4^ 

23. Soliloquium Wimphelingii Pro pace christianorum*6t pro Hel- 
veciis ut resipiscant. Ad honorem Régis Romanorum et princi- 
pum. Ad cautelam etiam Civitatum Sa. Ro. Imperii : ne apostate 
fiant. S. 1. et a. 16 feuillets in-4®. Goth. 

Réédité avec une trad. ail. en regard par Jean Conrad Hei- 
degger, AItzunftmeister à Zurich, dans le Schwolzerisches Mu- 
séum, Zurich 1789, p. 58 et s., avec la fausse date 1510. On a 



S 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 325 



fait un tirage à part du texte latin, avec quelques changements 
dans la disposition des pages. S. 1. et a. 31 pages in-8^. 

1506. 

24. Jacobi Wimpfelingii Apologia pro Republiea Christiana. — Phorcœ 
in œdibus Thomaï Anshelmi sexto kal. Apriles. Anno M.DVI. 
In-4^ 

25. Contra quendain qui se Franciscum Schatzer appellat : compli- 
cesque sues: Expurgatio Ja. wimphelingi. — Ad honorem dei et 
vite christiane defensionem Impressum anno 1506. S. 1. 4 feuil- 
lets in-4«. Goth. 

26. Epistola excusatoria ad Suevos. — Mathias Hupfuflf imprimebat. 
M.D.vi. 6 feuillets in-4^ Goth. 

27. De vita et miraculis Joannis Gerson. Defensio Wimphelingii pro 
divo Jeanne Gerson : et clero seculari : qui in libro (cui titulus 
suppleinentum celifodine) graviter taxati sunt et reprehensi. — 
S. 1. et a. 8 feuillets in-4^. 

1507. 

28. Jacobi Vimpfelîngii Schletstattensis Theosophi Oratio de sancto 
spiritu. — Phorcœ in œdibus Thomœ Anshelmi Anno M.D.VII. 
Mense Maio. 8 feuillets in-4^. 

29. Ad Julîum II. Pontificem max. Querulosa excusatio Jacobi 
Wimphelingii ad instantiam Fratrum Augustînensium ad curiam 
Romanam citati : ut propria in persona ibidem compareat : prop- 
terea quod scripsit divum Augustinum non fuisse monachum vel 
fratrem mendicantem. S. 1. et a. 4 feuillets in-4*^. 

Réimprimé, Amœnit. frib., p. 286 et suiv. 

30. Avisamentum de concubinariis non absolvendis quibuscunque : 
ac eorum pcriculis quamplurimis. A theologis coloniensibus ap- 
probatum cum additionibus sacratissimorum canonum. — Im- 
pressum Nuremberge per Hieronymum Holtzel. Anno quo supra 
(1509). Die vero XII. mensis Novembris. In-4®. Au titre une 
gravure : une courtisane assise à terre, un diable lui montre un 
miroir, derrière elle un autre tenant deux chiens. 

Réimprimé dans les Sermones et varii tractatus de Geiler^ 
f> 138 et suiv. Ind. bibl. 198. 



326 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

1508. 

31. Argentinensium Epîscoponira Catlialogus : cum eorundem vîta 
atque certis liistoriis : rebusquc gestis : et îllustratîone totius fere 
Episcopatus Argeixtinensis. — Joannes Grienînger : Oivis Argen- 
tinensis : formis excusit Anno natalium christianorum : millesimo 
supra quiixgentesimum : octavo. Die vero undetrigesîraa meiisis 
Augusti. Castigatoribus Joanne Adelplio Miilingo Argentiaensi 
et Gervasio Souphero brisgoico. In-4°. Au verso du titre une 
gravure : l'éveque Guillaume, assis, à côté de lui deux seigneurs 
et deux chanoines ; Tauteur lui présente son livre. 

Jac. Wimpholingi Catalogus episcoporum Argent. , ad sesqiii- 
seculum desideratum. Restituit Joli. Micli. Mosclierosch. Argent., 
apud hseredes Joh. Andrese, 1651, in-4**; — ib., Josias Stâdel, 
1660, in-4°. 

1509. 

32. Ein trôstliche predig sant iohannes Chrisostomi gênant mît dem 
guldin mund. von dem das kein mensch geletzt mag werden dan 
von îm selbs. — Getruckt in der lobliclien freyen stadt Stras- 
burg durch Joh. Grunînger im Jahr der Geburt Christi 1509, 
ufF unser Frawen Lichlmessabent. 9 feuillets in-f*. 

Idem. Gedruckt durcli Jo. Grttninger, 1514. 18 feuillets petit 
in-f*. Titre encadré d^arabesqucs ; en bas S. Jean Tévangéliste 
avec Taigle; au verso du titre une gravure : une forêt d'où sort 
un chasseur sonnant de la trompe, d'un côté une femme, do 
Tautre un ermite. 

33. Ein sendtbrief des wolgebornen Graven Joannis Pici von Mirandel 

zu seinem vettern zu ermanen zu cristenlichem leben und zu 1ère 
der heiligen geschrifFt unangesehen ergcmusz. — Getruckt zu 
Straszburg, s. a. 6 feuillets in-4". Sur le titre une gravure : un 
clerc présente un écrit à un roi, à côté duquel se tient un jeune 
noble. 

1510. 

34. In Johannis Keiserspergii theologi : doctrina : vitaque probatis* 
simi : primi Argcntinensis Ecclesie predicatoris mortem : Planctus 
et Lamentatio cum aliquali vite sue dcscriptiono et quorundam 
Epitaphiis. — Impressum Oppcnheym : Anno M.D.X. In-4**. 



Ht^ 



INDEX BIBLIOORÂPHIQUE. 327 

. , 

35. Contra turpem libellum Phîlorausî. Defensio theologise scholasticae 
et neotericorum. Continentur in hoc opusculo, a Jacobo Vuim. 
licen. éxtemporali et tumultuaria syntaxi coneinnato : Virtuosa 
sterilis musse ad nobilem et subtilem philosophiam comparatio. 
Subtilis dialecticse theologiœque scholastieœ quœ per qusestiones 
procedît defensio. Theologorum de diiobus vitiis quœ mulopoeta 
ipsis asscripsît excusatio. — S. 1. et a. 18 feuillets in-4**. Au titre 
une gravure grossière : Jésus-Christ sur Tâne, entrant à Jérusa- 
lem. Au verso du dernier feuillet, une gravure meilleure, un 
sage et un fou se disputant ensemble dans une rue. Cette image 
se trouve aussi dans la traduction latine de la Nef des fous, par 
Locher, en tête du chapitre sur les beghards, et dans la Navicula 
fatuorum de Geiler, f** Q, 2, où elle se rapporte aux Einrichtig 
Narren; elle n'est pas dans le Narrenschiflf allemand de Brant, 
où ce chapitre, le 36®, a une gravure diflférente. 

1511. 

36. Soliloquium ad divum Augustinum Jacobi wimphelingi Slettstat- 
tini théologie licentiati : De beata virgine Maria deque matre eius 
sancta Anna carmen Joannis Renati ex Wyla sacerdotis contra 
avariciam quorundam sacerdotum et monachorum. Cum epistola. 
argument© previo et explanatione sequente Jacobi wimphelingi. 
Due epistole eiusdem Jacobi Wimphelingi. S. 1. et a. 8 feuillets 
in-4^ Goth. 

1512. 

37. Orationis Angeli Anachorit» vallis Umbrosœ ad Julium II super 
concilio Lateranensi confirmatio cum exaggeratione Jac. Wimph. 
heremit» sylvse hercinœ. S. 1. et a., in-4**. 

Réimprimé Amœnit. frib., p. 325 et suiv. 

. 

38. Oratio vulgiad deum Op. Max. Pro ecclesia catholica et romana. 
S. 1. et a. 4 feuillets in-4**. 

1513. 

39. Castigationes locorum in canticis ecclesiasticis et divinis officiis 
depravatorum Jacobi Wimpfelingii SIetstattensis. — Argentinae 
Joanne Schotto impressore. 1513. 28 feuillets in-4^. 



328 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

40. Hymni de terapore et de sanctis : in eam formam qua a suis auto- 
ribus scripti sunt dcnuo redaeti : et secundum legem carminis 
diligenter emendati atque interpretati. Anno Domini M. D. XIII. 
Impressi per Joannem Knoblouch : insignem Argentinorum im- 
pressorem : Ultima die Martii : anno salutis nostrœ Millesimo 
quingentesimo torciodecimo. In-4**. Goth. 

Forme la deuxième partie de : Sequentarium luculenta inter- 
pretatio : nedum scholasticis sed et ecclcsiasticis cognitu noces- 
saria : per Joan. Adelphum physicum Argentinensem collecta. 
Anno domini M.D.XIII. Les signatures se suivent à travers les 
deux parties. 

Panzer 0, 02, cite de Touvrage de W. une édit. de Strasb., 
1519, in-4^ 

41. Ein heilsam kostliche Predîg Doctor iohans geiler von Keisers- 
perg predicanten dor loblichen stat Straszburg. Die er zu bischofF 
Albrcchten von Straszburg und andern erwirdigen prelaten, und 
seiner gantzen Ersamen priesterscliafft vor zeiten gethon bat, ir 
und ires gesindes régiment und reformation antreffend usz wol- 
geziertem latein durch iacobum wimpfflingen darzu durch grosse 
bit bewegt in tUtscbe sprach verandert und transferiert. — Ge- 

• 

truckt zu Straszburg... uszgangen montag nach sanct Nicolai. 
anno domini. M.D.XIII. 12 feuillets in-f*. Trois gravures : 
1) Cristus der gut hirt, la même planche que dans Geiler, Evan- 
gelia mit Uszlegiing, Strasb., Grttninger, 1517, in-f>, f» XCIX' ; 
— 2) Geiler en chaire, la même planche que dans ses Sundcu 
des munds, Strassb., Griininger, 1518, in-f», f^ A, 2^; — 3) la 
Vierge allaitant Tenfant. 

Réimprimé dans la Fortgesetzte Sammlung von alten und 
neuen theologischen Sachen. Leipz. 1747, p. 71)5 et suiv. 

1.514. 

42. Ad Leonem decimum pontifieem maximum carmen Jacob. Wîm- 
phelingii contra prodiges in scorta in tanta pauperum, pustula- 
torum et puerorum expositorum multitudine. S. 1. et a. 4 feuillets 
in-4^ 

Réimprimé, Amœnit. frib., p. 427 et s. 



i^ 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 329 

43. In hoc lîbello, Amice Lector, iam primum in lucem édita conti- 
nentur : Isocratis , de regno gubemando ad Nicoclem liber, a 
Martino Philetico interprète Divo Friderico III. Dicatus. ad Do- 
minum Jacobum de Bannissis. Quinti Hsemiliani Cimpriaci 
Poetae et Comitis Palatini, Epicœdion Tetracolon in divum 
Fride. III. Impe. ad Maximilianum Ro. Regem, cum Epistola 
liminari Jacobi Spiegel, mire erudita, ad Dominum Sebastîanum 
Sperantium. Aloisii Marliani Mediolanen. ad Jacobum de Ban- 
nissis Cœs. Secretarium, Epistola elegantissima, qua calamitosa 
Phîlippi Uispanise régis, in Hispaniam navigatio graphice de- 
scribitur, ad Laurentem saurer. Joaclûmi Vadiani Helvetii de 
sancto Gallo Carmen, Maximorum Csesaris Friderici III. patris 
et Filii Maximiliani, laudes continens. Anno M.D.XIII, in se- 
cundaria Friderici sepultura et parentatione emissum, ad Maxi- 
mil. Caes. Aug. cum eiusdem epistola ad Reverendum Episcopum 
vienuensem. Jacobi Wimphelingii Selestensis, ad Jacobum Spie- 
gel ex sorore uQpotem expurgatio contra detractores. cum Epis- 
tola Ja. Spiegel ad D. petrum de motta Theologum. Epitha- 
phium Rudolphi Episcopi Herbipolensis. — Joannes Prus iunior 
Civis Argentinensis excussit, Anno virginei partus. M.D.XIII. 
In-4°. 

L'Expurgatio de Wimpf. commence au f* H, 4. 

Idem. Leonliardus et frater eius Lucas Alantsee cives et biblopolœ 
Viennenses , Cœsaris et rerum csesarearum studiosissimi , lios 
augustales libelles prodire voluerunt in lucem, expensis suis, im- 
primentibus eos et typis cffigiantibus Hieronymo Vietore et 
Jeanne Singrenio calcôgraphis sociis... Viennse Austriae Idibus 
Februarii anno M.D.XIII. In-4<*. 

L'Expurgatio est réimpr., Amœnit. frib., p. 41G et suiv. 

44. Diatriba iacobi wimphelingii Seletstattini : sacre pagine licentiati 
De proba institutione puerorum in trivialibus : et adolescentum in 
universalibus gymnasiis. De interpretandis ecclesise collectis Re- 
gul» XVI. De ordine vite sacerdotalis. — Excusum Hagenaw per 
Henricum Gran Expensis Conrad! Hist Anno domini M.D.XIIII. 
Mense Auguste. 15 feuillets in-4^. Goth. 



330 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

1515. 

45. Germania iEnese Sylvii. In qua candide lector continentur. Gra- 
vamina Germanicœ nationis. Confutatio eorundum cum replicîs. 
Etc. (V. le titre complet, Amœnit. frib., p. 430.) — Excusum 
in inclyta urbe Argentinensi per Renatum Beck in sedibus zum 
Thîergarten, Anno virginei partiis 8esquimillesimoXV.X\T kal. 
Jul. In-4^ 

Les Responsa et replîcœ de Wimph., aussi chez Goldast, Polît. 
imper., T. 2, p. 1045; dans Freheri Scriptores rerum Germ., 
T. 2, p. 687; et Amœnit. frib., p. 437 et s. 

1520. 

46. Divo Maximiliano iubente Pragmaticœ sanctionis Medulla ex- 
cerpta. — Sclestadii in sedibus Lazari Schurerii, mense Maio. 
An. M.D.XX. Marque de Schilrer. In-4°. 

47. Gravamina germanicœ nationis cum remediis et avisamentis ad 
Csesaream Maiestatem. — Selestadii impressum in officina Schii- 
reriana. S. a. 12 feuillets in-4**. 

2. Ouvrages dont "Wimpheling a été l'éditeur, ou â la publication desquels 

il a concouru. 

1481h 

48. Trac ta tus restitutionum usurarum et excommunicationum. — 
Spire impressum anno domini M.CCC.LXXXIX. In-f*. Goth. 

49. Directoriuiu statuum. Seu verius. Tribulatîo seculi. S. 1. et a. 
Strasb. In-4^. Goth. 

1491. 
.50. Bonavcntune Perlustratio in libres quatuor sententiarum. S. I. 
et a. (Nurcmb., Ant. Koberger). 4 P. en 2 vol., in-f*. Goth. — 
11 s'y trouve une lettre de Nie. Tinctoris, prédicateur de la cath. 
de Bamberg, à Téditeur Jeiiu Beckenhaub, datée de 1491; la 
recommandation de Touvrage par W. ad quoslibet theologife 
studiosos, est également de 1491. 

Idem. Per Anthonium Koberger. Nurnberge impressus anno domini 
millesimo quingentesimo. In-f". Goth. — Là la pièce de W. est 
datée do 1499. Ilain, 3540. — Réimpression : Seraphici profun- 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 331 



dissimique doctoris ordinis fratrum minorum divi Bonaventure 
cardinalis : et sanctorum cathalogo ascripti : opus non minus 
subtilissimum quain speculativum super primo libre sententia- 
rum. Prima pars. Marque de Fr. Regnault. Prostat vénale Par- 
rhisiis in edibus Francisci Regnault bibliopole : ad intersignium 
divi Claudii : e regione saneti Ivonis vici saneti Jacobi moram 
agentis. S. a. Petit in-4*^. Goth. 

51. Ludolfi Cartnusiensis qui et autor fuit vite Christi : in Psalterium 
expositio. Prœfatio W. universis optimorum literarum eultoribus; 
1 jan. 1491. S. 1. et a., in-4°* 

Jdem. S. 1. et a. (1499), in-f». 
— Parisiis in sole aureo vici Sorbonici venundantur. — Pari- 
siis per Udalricum Gering et magistrum Bertholdum Rembolt 
socios. Anno 1506 die vero penultima Januarii. In-f*. 

1494. 

52. Theoderici Gresemundi iunioris Moguntini lucubratiunculœ, bo- 
narum septem artium liberalium Âpologiam eiusdemque cum phi- 
losopliia dialogum et orationem ad rerum publicarum rectores in 
se complec tentes. — Impressum in nobili civitate Moguntina per 
Petrum Fridbergensem. Anno virginei partus M.CCCC.XCIIII. 
In-4°. Goth. 

1495. 

53. Cathalogus illustrium vîrorum germaniam suis ingeniis et lucu- 
brationibus omnifariam exornantium : domini Johaimis Tritemii 
abbatis spanhemensis ordinis saneti benedieti : ad Jacobum 
Wimpfelinguni Sletstatinum theologum. A partir du f* o : Pros- 
thesis sive additio illustrium germanorum Jacobi Wympfelingi 
Sletstatensis post cathalogum domini Johannis Tritemii Spanhe- 
mensis composita. 6 feuillets. S. 1. et a., in-4®. Goth. 

1497. 

54. Lupoldus Bebenburgensis. Germanorum veterum principum 
Zelus et fervor in christianam religionem deique ministres. Nihil 
sine causa. J. B. — Opéra et impensis domini Jo. Bergman de 
Olpo... Basile» impressus anno salutis christianœ 1497, idib. 
Maii. Nihil sine causa. J. B. In-f». 



332 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 



1498. 

54*. Pétri Schotti Lucubratiunculœ. Ind. bibl. 197. 

1500. 

55. In pustulas malas, morbum^ quem malum de Francia vulgus 
appellat, quœ sunt de génère formicarum : salubre consilium 
doctoris Conradi Scliellig Heidelberg. illustrissimi clementissi- 
mique principis Philippi Comitis Rhenî Palatini, Bavarîaî ducis 
et electoris, pliysici siii expcrtisHinii. S. 1. et a., in-4''. 

1501. 

56. Questiones Marsilii super quattuor libres sententionun. — Ex 
ofRcina Martini Flach iunioris civis Argentin, IIII kal. sept, 
anno domini 1501. In-f . Goth. 

57. Baptist» Mantuani duarum Parthenicum libri. Ind. bibl. 203. 

1502. 

58. Jodoei Badii Ascensii stultiferai iiaviculae seu seaphœ fatuarum 
mulîerum : eirca sensus quinque cxteriores fraude navigantium : 
Stultiferai naves sensus animosque trahentes mortis in exitiuin. 

— Impressit honestus Joliannes Prusz, civis Argentinensis anno 
salutis M.CCCCC.II. ln-4". 

59. Quarta pars opcrum Jolmnnis Gerson prius non impressa. ^ — Jam 
vero prodeunt féliciter ex officina Martini Flacci iunioris Argen- 
tinensis exactisstnia Mathie Schurer Sletstatini consobrini eius 
opéra, III kal. Martii anno 1502. In-fo. Au f" B, une grande 
gravure : Gerson en pèlerin. 

(50. Defensio Germaniaj Jacobi Wympfelingii quam frater Thomas 
impugnavit. Epistola T. Volfii Junioris D.D. ad F. Tho. Mur- 
lier in dcfensioneni Jacobi Wynipfelingi. Impressum FRIBV. 
S. a., in-4**. Avec une gravure, reproduite dans les Amœnit. 
frib., p. 215. 

61. In hoc libelle liée eontinentur : Versiculi Theodorici Gresemundi 
Leguiii Doctoris. Epistol» ïhome Wolffii iunioris. Decretorum 
Doct. Carmina Esticampiani Poète laureati. Tetrastichon Jacobi 
Wimphelingi. Epistola Thome Murner. Lector eme et gaudebis. 

— Joannes Strosack féliciter impressit. S. a. 6 feuillets in-4'. 
Goth. 



I 

I 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 333 



1503. 

62. Magnencii Rabaui Mauri de laudibus saiicte crucis opus crudi- 
tione versu prosaque mirificum. Prœfatîo et pcroratio Wimpfe- 
lîngii. — Phorzheim in «edibus Thoinœ Anshelmi. Martio mense. 
M.DIII. Iii-f». Gravures. 

63. F. Baptiste Mantuani Bucolica seu adolescentia in dcceiu aiglo- 
gas (sic) divisa. Ab Jodoco Badio Ascensio farailiariter exposita 
cum indice dictionum. Carmen ciusdem de saneto Johanne 
Baptista. Carmen Sapbicum Hermanni Buschii de contemnendo 
mundo. Et alia multa non âoccipendenda. — Impressuin Argeu- 
tinse Impensis houesti Jobannis Prusz. X kal. Aprilis : Anno 
M.D.III. In-4". Au titre les armoiries de Strasbourg, même gra- 
vure que dans la Germania do Wimpheling. 

Idem. Impressum Argentin» per bonestum Johanncm Prils civem 
Argentin. In scdibus zum Tbiergarten. Anno M.CCCCC.IIII. 
In-40. Cette édit. n'a pas le carmen de H. Buscb. 

— Argent., PrUsz, 1506.1507. In-4^ Panzer, T. 6, p. 34.37. 

— Ib., 1510,in.4^ 

— Ib., 1513, in-4®. Amœnit. frib. , p. 224; — 1514. Panzer, 
T. 6, p. 36. 

— Tubing», in œdibus Thomse Ansbelrai Badeusis mense 
Auguste. M.D.XV sub illustriss. principe Udalrico Wirten- 
bergeusi. Marque de Thomas Anshelm. In-4'*. 

— Argent. Knobloucb, 1515, in-4'*. Panzer, 6, 71. 

— Argent., Renatus Beck, 1517, in-4°. Amœnit. frib., p. 224. 

— Argent., J. Prttss, 1520, in-4". Panzer, 6, 92. 

64. Concordia curatorum et fratrum mendicantium. Carmen elegia- 
cum deplangens discordiam et dissensionem christianorum cuius- 
cunque status dignitatis aut professionis. S. 1. et a. 10 feuillets 
in-4\ 

65. Statuta synodalia episcopatus Basiliensis. S. 1. et a., in-f*. Goth. 
— Au verso du titre une grande gravure : la Vierge sur la lune, 
à ses pieds Tévêque de Bâle à genoux, derrière lui un cardinal 
et une sainte. Sur le deuxième titre les armoiries de Tévêque. 



334 INDEX niBLIOGRAPIIIQUE. 

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65*. Hortulus animae. Ind. bibl. 162. 

1504. 
G6. Opéra Joannis Piei : Mirandule Comitis Concordie : Ittterarum 
principis : novissime accurate revisa (addito generali super omni- 
bus mcmoratu dignis regesto) quaruincunque facultatum profes- 
soribus tam iucunda quam proficua. — Dib'genter impressit Indus- 
trius Joannes Priis civis Argentinus. Anno salulis M.CCOCCIIII. 
Die vero. XV. Marcii. lu-f". 

67. Biblîa latina cum postillis Hugonis a S. Caro tituli Habinae car- 
diiialis primi de ordinedivi Dominici. — Basile»; per Jo. Amor- 
bacliium et socios. 1504. 6 vol. in-f*. 

67*. Garson de miseria humana. Ind. bibl. 217. 

1506. 

68. Paulus de Citadinîs, Tractatus juris patronatus. — Impressus 
Argentine anno domini 1506, finitus in vigilia Joh. Bapt. per 
Johanncm Reinhart alias Groninger. In-é*. Goth. 

61). Vita sancti Adelphi patroni collegii Novillarensis, in dominio 
Liechtenbergensî, dyocesis Argentinensis , ubi et corpus ejus 
requiescit. Gravure : les armoiries de Hanau-Lichtenberg ; au 
verso du titre : un évêque à genoux devant un autel,, sur lequel 
est une image de la Vierge avec Tenfant Jésus. — Joannes Prys 
impressit anno M.CCCCC.VL 10 feuillets in-4°. 

70. Joli. Eck, Bursa pavonis. Logieœ exercitamcnta , appellata 
parva logicalia. S. 1., 1506, in-4°. 

1507. 

71. Divus Bernardus in symbolum apostolicum. Idem in orationem 
dominicam. Idem de lide christiana. Thomas Wolphius iunior 
in Psalmum beuedicite. — Argentoraci quse insignis Elvetiorum 
urbs est : Nonis Januariis Anno Christi septimo et quingentesimo 
supra millesimum. Joannes Knoblochus imprimebat Matthias 
Schtlrerius recognovit. In-4**. 

72. Spéculum vite humane In quo discutiuntur commoda et incom- 
moda, dulcia et amara, solatia et miserise, prospéra et adversa, 



k 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 335 



laudes et pericula omnium statuum. Auctor nobilissimi huius 
libri fuit dominus Rodericus Episcopus Zamorensis Castellanus^ 
et Referendarius Pape Paiili II. In theologia, utroque jure et 
omnibus aliis bonis litteris doctissimus Summus christianœ reli- 
gionis cultor et defensor, Ferventissiinusque et constantissimus 
salutis animarum zelator. — Johannes Botzhemius abstemius D.D. 
Jacobus Wymphelingius. S. pa. L. Symphorianus poUio sacer- 
dos recognoverunt, Johannes prys cîvis Argentinus in œdibus 
lustri vulgo zum Thiergarten impressit. Ad morem gerendum 
generoso domino Philippe domino in Duno et lapide superiori, 
Argentinensis ecclesie Preposito et ad preces Pauli Burger eius- 
dcm summissarii : Pridie idus Januarii. Anno salutis M.D.VII. 
In-f». 

73. Basilii magni de legendis autiquorum libris opuseulum divinum. 
— Impressum Argentinœ anno incarnationis dominicœ millésime 
quingentesimo septimo. Die vero lunai an te purificationis Mariœ 
per honorabilera virum Mathiam HupfufF. In-4**. 

74. Conradi Summenhard Commentaria in summam physicœ Alberti 
magni. — Excusse asolerti Hem'ico Gran chalcographo in Hage- 
nau... anno 1507 septimo kal. Maias. In-f*. 

75. Guilhermus episcopus Parisiensis de collationibus et pluralitate 
ecclesiasticorum beneficiorum. Albertus Magnus De adherendo 
soli deo. Sanctus Bonaventura ad fratres mendicantes, quales 
esse debeant erga prœlatos et ecclesiarum rectores. — Prodie- 
runt hœc fœliciter ad dei laudem ex officina Joannis Knoblouchi. 
Anno salutis nostrœ. M.D.VII. Kalen. Julias. In-4°. 

76. Spéculum anime : seu soliloquium : Heinrici de Hassia maximi 
theologi secularis. Contra poetas pro theologis epistola Joannis 
Campani. De poetarum infœlicitate carmen Fausti. In theologo- 
rum laudem versus eiusdem. Elegia Joannis pape. XXIII. in 
concilie Constanciensi depositi. Elegia Sebastiani Brant : in 
mortem Philîppi régis Castelle filii Maximiliani régis. — Impres- 
sum Argentoraci a Jeanne Knobloucho. XVII. Kl. Augusti. 
Anno M.D.VIE. In-4^ 



336 INDEX BIDLIOGIIAPHIQUE. 



1508. 

77. QusDStiones de parvulis Judeorum baptisandis, a commune doc- 
torum assertione dissidentes, in quibus prêter stili nitorem, 
rara iucunda et grata invenias. Âb excellentissimo viro UdaU 
rico Zasio legum doctore earundemque in Gymnasio Fribur- 
gensi ordinario éditas. — Argentinaî providus vir Joannes Grii- 
ningerimpressit Jo. Adelpho castigatore. Ânno salutis M.DVIII. 
In-4". 

78. Lupoldus Bebenburgensis de iuribus et translatione imperii. — 
Matthias Scburerius Schletstatinus id ex offîcina sua impressoria 
Argentoraci emisit : die VIII Julii anno 1508. In-4**. 

79. Huraberti quinti generalis sacrosancti Ord. Prfiedicat. magistri 
sermones ad diversos status. Cum epistola ciusdem de tribus 
votis substantialibus et aliis quibusdam virtutibus. S. 1. et a., f^. 
Goth. 

79*. Fragmenta passionis a J. Geiler prédicat». Ind. bibl. 182. 

1510. 

80. In hoc libelle subiecta continentur : Valerii Probi interpréta- 
nienta literarum singularium in antiquitatibus Romanis, cum 
plerisque circa singulas literas additionibus. Idem Valerius 
Probus de abbreviaturis nominum civium Romanorum, in iure 
civili de legibus et plebiscitis, de actionibus, de ediclis perpe- 
tuis, de ponderibus, de nuraeris. Pomponii Lœti libellus do 
Romanorum magistrat ibus. Idem de sacerdotiis rom. Idem de 
diversis legibus rom. —- Impressum Oppenheim an. Domioi 1510. 
In-4°. 

1511. 

81. Vocabularius Joh. Altenstaig. — Phorc» Thomas Anshelmus, 
1511,in-4«. 

82. Moria encomium. Erasmi Rhoterodami declamatio. — Argento- 
rati, in œdibus Matthiœ Schureriî. M.D.XI. In-4**. 

1512. 

83. De vita et moribus episcoporum aliorumque prelatorum et prin- 
cipum Libellus, etiam privatis pertionis utilis, lectuque iucun- 



IN'UEX BlULlOGllAPHigUE. IW 

dus. Ad Guilhelmuin. III. Episcopum Argentinensem. Brève 
seu Epistola Gregorii magni Papse de castigaiida incontinentia 
et impudîcitia sacerdotum. — Excusum Argentinse in cdibus 
vulgo zuui tliiergarten per Renatum Beck. Anna JVLD.XII. 
Decimoquinto Kal. Aprilis. Marque de R. Beck. Au verso du 
titre, gravure : la Vierge avec l'enfant et un empereur, à leurs 
pieds un évêque à genoux. In-é**. 

84. Declamationes Jo. Icolampadii De passîone et ultime sermone. 
Hoc est saerosanctis septem dictîs domini nostri Jesu Christi in 
cruce, sub type concionatoris mîgraturi, quibus Titulus est 
oiaOr^xrj tou àpyaYopTjou. Hoc est testamentum principis concionato- 
rum. — Argentorati Matth. Schurerius exscripsit mense de- 
cembri anno 1512. In-4°. 

1513. 

85. Modus Predicandi subtilis et compendiosus Stephanî Hôst theo- 
logi vise moderna3 Heidelbergensis. Oratio ciusdem ad sjoiodum 
Spirensem. In qua exhortatur clerum ad honestatem vit», et ad 
studia literarum. Tetrastichum eiusdem in ambitionem cuiusdam 
fraterculi. Oratio Pallantis Spangel theologî Heidelbergensis ad 
Caîsarem Maximilianura , in arce illustrissimi principis comitis 
Palatini habita ex tempore. Epitaphium Joannis Keiserspergii 
prœdicatoris Argentinensis. Tetrastichum contra bellisequaces, 
in sanguinem Christianum grassantes, no manibus laboraro 
cogantur. Rithmus Germanicus de eodem. — Argentoraci... Ex 
sedibus Joannis Priis iunioris. Anno M.CCCCC.Xni. 10 feuil- 
lets in-4**. 

86. Dogma moralium philosophorum , compendîose et studiose col- 
lectum a Jodoco Clichtoveo. Argent. Mat. Schtlrer, 1513. In 8**. 

Une nouvelle édition faite par Schtirer in-4**, 1514, n'a pas la 
lettre de W. qui est dans celle de 1513. 

1514. 

87. Theod. Gresemundi carmon de historia violataî erucis. Ind.. 
bibl. 259. 

88. Erudita admodtim prcclaraquc cxpositio in cvangelium secun- 
dum Matthcum... Cristiani Druthinari (sic) Aquitanensis mona- 

11 22 



338 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 



chi... Cum appendice compcndiolorum in Lucam Johanneinquo 
divi Martini presulis. — Excusum Argentoraci opéra et Impcnsis 
probati viri Jo. Grunigeri (sic). Anno incamationis dominice 
M.VC.XIIII. Mense Augusto : die décima. In-f^. 

A cause de la faute Druthinari on fit un nouveau titre : 
Christiani Druthmari Grammatici expositio in Matheum cvange- 
listam. Familiaris luculenta et lectu jucunda. Cum epithomatî- 
bus in Lucam et Joannem. San. Martini epistola ad Mironem 
regem. Gravure : armes pontificales. Pour le reste c'est la même 
édition. 

Idem. Haguenau, Jo. Secerius, 1530, f'. 

89. Sermo ad iuvenes, qui sacris ordinibus iniciari, et examini se 
submittere petunt. Cum epistolio Jac. Wimphelingi ad Hieron. 
Gebuilerum, et responso eiusdem. — Argentorati ex œdibus 
Schurerianis mense septembri an. 1514. In-i**. 

Idem. Impressum Argentinae mense Januario anno M.D.XIX. 
In-8^ 

90. Dosiderii Erasmi Roterodami de duplici copia verborum et rerum 
commentarii duo. Argent. Mat. Schurer, 1514. In-4®. 

Plusieurs fois dans la suite. 

90*. Petrus Aureoli, Brcviarium bibliorum scu epitome universaî s. 
ScriptursB iuxta literalem sensum. — Jeanne Schotto pressore 
Argentinensi, 21 februarii anno Christi 1514. In-4^ 

1516. 

91. Heinricus de Hassia plantator Gymnasii Viennensis in Austria 
contra disceptationes et contrarias prœdicationes fratrura mendi- 
cantium super conceptione beatissimœ Virginis Mariai, et contra 
maculam S. Bernhardo mendaciter impositam. S. L et a. 
(Argent., Renatus Beck). In-4°. 

92. Nycholai Dttnckelspûhel Tractatus hoc volumine contenti. I De 
dilcctione dei et proximi. II De preceptis decalogi. III De Ora- 
tione dominica. IIII De tribus partibus penitentie. V De octo 
beatitudinibus. VI De septcm peccatis mortalibus : et septem 
virtutibus illis oppositis. VII Confcssionalc. VIII De quînquc 



s 



INDEX DlliLlOGKAPlIlQUE. 3^31) 



sensibus. — Joannes Schottus Argen. 3 Kal. Septembris. Anuo 
salutis 1516. F^ Goth. 

1517. 

93. Formicarius Joannis Nyder tlieologi profuudissimi, pulchemmus 
Dialogua ad vitam christianam exemplo conditionum Formice 
incitativus : historîisque Gennanîe refertissimus. Mentionem 
passiin faciens de Principibus, Episcopis, etc. 1517. — Formî- 
carium Jo. Nyder, sumptibus providorum Jo. Knoblouclii, et 
Pauli Gœtz, Joannes Schottus prelo suo Argentine restituit. 
In-4°. Goth. 

Idem. Per Jacobum le brum impressorem, sumptibus vero honesto* 
rum virorum Engleberti et Joannis de Marnef bibliopolarum 
iuratorum in aima universitate Luteciana. Anno domi (sic) mille- 
simo quingentesimo nono^ sole vero Januarii Tricesimo clau- 
dente. In-4®, Goth., 2 col. 

1519. 

94. Lamentatio Pétri iEgidii in obitum Csesaris Maximiliani. Et in 
hanc Scholia pauca in gratiam amici a Jacobo Spiegel Schlesta- 
diensi adiecta. Etc. — Argentorati apud Joannem Scotum in 
Thomœ loco. S. a. In-4®, 12 feuillets. 

1520. 

95. F. Baptistœ Mantuani Carmelitœ theologi fastorum libri XII : 
quibus prsemittitur Carmen ad Julium. II. pontificem maximum. 
Carmen ad Leonem. X. pontificem maximum. Vita auctoris a se 
ipso descripta carminé elegiaco. Etc. — Stanneis characteribus 
excepti sunt iVrgentorati, instinctu et œre Matthias Huprufi", 
mensc Martio 1520. In-4**. 

96. In Aurelii Prudentii démentis Cœsaraugustani. V. C. De mira- 
culis Christi Hymnum ad omnes horas, Jacobi Spiegel Selesta- 
diensis interpretatio. — Selestadii in sedibus Lazari Schurerii, 
anno M.D.XX. Marque de Schtlrer. F^. 

97. D. Erasmi llotcrodami epistola ad rcvcrcndisbimum archiepisco- 
pum ac Cardinalem Moguntinum , qua commonefacit illius celsi- 
tudinem de causa doctoris Martini Lutheri. — Selestadii in offi- 



340 INDKX UIliLlOGRAI'lllQUË. 

cina Schurerii. Sumptu Nicolai Cufcrii bibliopolse Selcstadiensîs. 
Anno 1520. In-4°. 

• 1Ô24. 
*J8. Canonis missœ contra Uuldricum Zwingliuin dcfensio. 
M.D.XXIIII. S. 1. In-4». 

II. 
BRAN T. 

1. Ouvrages de Bran t. 

1490. 

99. Expositîones sive declarationes omnîum titulorum iuris tain 
civilis quam cauonici per Sebastianum Brant collecte et révise. 
— Impressuin Basilee per Michaelem Furter opéra et impensis 
prœstantîssîmi viri doctoris Andrée lielmuttotius iuris nionarche. 
Anno salutifere incarnationis Milles, quater centes. nonagesimo 
Kalendis octobribus. In-4**. jGoth. 

Idem. Ib., 1500, in-4^, avec des vers de Brant ad studiosos juris. 

— Ibr. 1503, 1504, 1505, in-4^ 

— Bas., Jac. de Pfortzen, 1508, in-4^. 

— Ib., Adam Pétri de Langcndorf, 1514, in-4°. 

— Ib., per Gregorium Bartholomei de nova Angormundis, 
1514, in-4°. 

— Paris, Franc. Regnault, 1518, pet. in-8**. Gotli. 

— Lyon, 1518, in-8^ 

— Ib., 8eb. Gryphius, 1553, in-8^. 

— Venetiis, apud hajredes Pétri Dohuchini, 1584, in-8^. 

100. Do moribus et facetiis mensc. Thesmopliagia. — Translatuni in 
thcutonicum Basilee per Sebastianum Brant u. i. doctorem, 
anno, etc. nonagesimo Kalendis aprilibus. In-4*^, — Euimprînié 
chez Zarncke, Narnnscliiff, p. 147 et suiv. 



INDEX DIRLIOGRAPIIIQUE. 341 

1492. 

101. Von dein Donnersteîa gofallen im XCII iar vor Eusisheim. 
Feuille volante in-P. Au bas : Niit on ursach. J. B. (Jean Berg- 
niann). En haut une gravure : à gauche du spectateur une ville 
avec le nom Ensisheim, à droite le village de Battenheimj un 
homme à cheval et un piéton se sauvent effrayés ; du sein d'un 
nuage est lancée une grosse pierre au milieu d'éclairs. Vers 
latins et allemands sur deux colonnes; au bas, vers allemands 
également sur deux colonnes, entre lesquelles Taigle impériale. 
— Les vers latins, aussi dans les Varia carmina, i^ e, 6, sous 
ce titre ; De fulgetra immani iam nupcr anno etc. XCII prope 
Basileam in agros Suntgaudiœ iaculata. Seb. Brant. — La ver- 
sion allemande, dans la Chronique de Berler, Code hîst. et diplo- 
mat. de la ville de Strasbourg, T. 2, p. 103. Ce texte présente 
quelques variantes; comme le manuscrit de Berler, qui existait 
à la biblioth. de Strasb., est brûlé, je ne saurais dire si ces 
variantes se sont trouvées dans Toriginal, ou si elles sont des 
erreurs du copiste qui a transcrit la chronique pour le Code histo- 
rique. — Reproduit par M. Pierre Mérian, de Bâle, dans les 
Annalen der Physik, de Poggendorf, t. 122 (1864), p. 182. 

1492 ou 1493. 

102. Rosarium ex floribus vitœ passionisquo domini nostri Jesu 
Christi consertum, sanguinolentis quoque rosis compassionis 
quinque gladiorum Virginis intemeratse intertextum. Varia car- 
mina, f*. B, 2^. La preuve que cette poésie fut publiée séparé- 
ment est fournie par ce passage de Lilio Giraldi : „Fuit et 
Sebastianus Ticio, germanus ex Argentorato, qui pêne infinîta 
poemata apud sues scripsit, quorum quœdam in Italiam advecta, 
ut Rosarium de Virginis matris sapphicum, et Navis quœ stulti- 
fera vocatur". Dialogi duo de poetis nostrorum temporum. 
Giraldi opéra. Bas., 1580, f*'. T. 2, p. 406. — Der Rosenkrantz 
mit blumen des lebens und lydens unsers herren Jesu Christi 
geflochten, mit den blutfarben rosen des mitlydens der lobwtir- 
digesten iunckfrowen Marie uiiderzogen. Publié dans : Der 
ewigen wiszheit Betbtichlein. Bas., 1518, in-8*^, f*^ XCIII, et 
d'après ce texte par Phil. Wackernagel, Das deutsche Kirchen- 



342 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

lied, T. 2, p. 1099. Cet auteur, qui dans le tome 1^^ de son 
ouvrage, p. 226, donne lui-même le Rosarium latin, ne paraît 
pas s'être aperçu que le Rosenkrantz n'en est qu'une traduction. 

1494. 

103. Vita sanctî Onofrii. Basilese, J. Bergmann, 1494. Feuille 
volante in-P. Zarncke, Narrenschiff, p. XXIX. — Aussi dans 
les Varia Carmina. 

104. In laudem gloriose Virginis Marie multorumque sanctorum varîî 
generis carmina Sebastiani Brant utriusque iuris doctoris famo- 
sissimi. S. 1. et a. (Baie, Jean Bergmann, 1494.) In-4*'. 18 pièces, 
chacune précédée d'une jolie gravure; 47 feuillets. 

105. NarrenschiflF. — Le titre des premières éditions est formé par 
une gravure divisée en deux parties; dans la supérieure, au haut 
de laquelle sont gravés les mots : das NarrenschyflF, il y a un char 
attelé, conduit par un fou et portant des fous, à côté marche 
un autre fou portant une hallebarde; dans la partie inférieure 
la grande nef chargée de fous, et deux barques qui se hâtent 
d'en approcher ; en haut , d'un côté : ad narragoniam , de 
l'autre: gaudeamus omnes, avec les notes du chant; au bas: 
zu schyff, zu schyfF, esz gat, esz gat. — A la fin de la 1** 
édit. : Gedruckt zu Bascl uflFdie Vasenacht die man der narren 
kirchwicli nennt, im jor noch Christi geburt Tusent vierhundert 
vier und uuntzig. 1494. Marque de Bergmann ; au-dessous : Jo. 
B. von Olpe. In-4«. 

1495, chez le même imprimeur, édition augmentée de 2 cha- 
pitres et de quelques gravures. In-4**. 

1499, chez le même, reproduction de l'édition de 1495, avec 
addition d'une protestation contre les contrefacteurs. In-4^, 

1506, chez le même. In-4°. 

1509, Baie, Nicolas Lamparter. In-4*^. 

1512, Strasbourg, Mat. Hupfuflf, 1512. In-4^ 

Ce sont là les éditions originales. Contrefaçons (d'après 
Zarncke) : 

1° Simples réimpressions : Reutlingen, 1494, in-4®; — Nurem- 
berg, Peter Wagner, 1494, in-4"; — Augsbonrg, 1494, în-8°. 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 343 

2° Avec interpolations et altérations : Strasb. 1494, in-4°, avec 
la marque de Jean Griininger; — Augsb., Hans Schcinsperger, 
1495 et 1498, in-4°, d'après Tédition de Griininger. 

Sur ces éditions, ainsi que sur les contrefaçons et imitations 
allemandes à partir de 1531, V. Zarncke, p. LXXIX et suiv. 

Éditions modernes : 

Das NarrenschiflF von D' Seb. Brant, nebst dessen Freiheitstafel, 
neue Ausgabe von Strobel. Quedlinb, 1839. 

Seb. Brants NarrenschiflF, herausgeg. von Zarncke. Avec un por- 
trait de Brant et fac-similé de trois gravures. Leipz. 1854. 

Das NarrenschiflF von Seb. Brant, herausgeg. von Gœdeke. Leipz. 
1872. 

L'édition de Scheîblé, Stuttg. 1845, est une reproduction de celle 
de 1574, dans laquelle chaque chapitre de Brant est suivi du 
sermon correspondant de Geiler. 

Traduction en allemand moderne: 
Seb. Brands NarrenschiflF, ein Hausschatz zur Ergôtzung und Er- 
bauung, erneuerfc von Karl Simrock. Avec le portrait de Brant 
et la reproduction de toutes les gravures d'après les éditions ori- 
ginales. Berlin 1872. 

Traductions latines : 
V Stultifera navis Narragonice profectionis nunquam satis laudata 
navis : per Seb. Brant vernaculo vulgarique serraone... nuper 
fabricata : Atque iampridem per Jacobum Locher, cognomento 
Philomusum : Suevum : in latinum traducta eloquium : et per Seb. 
Brant : denuo seduloque revisa : fœlici exorditurprincipîo. 1497. 
Nihil sine causa. — Infine : In laudatissima Germanise urbe Basi- 
liensi, nuper opéra et promotione Johannis Bergman de Olpe anno 
salutis nostrœ millésime quadringentesimo nonagesimo septimo 
kalendis Martiis. Marque de Bergman. Pet. in-4*', gravures. — 
Hain et Brunet citent aussi une édît. pet. în-8** avec la même date. 
— Réimprimé avec quelques additions et quelques gravures nou- 
velles, kal. augusti 1497 et de nouveau 1498. — A Paris: in 
laudatissima urbe Parisiensi nuper opéra et promotione Gofridi 
de Marnef, anno salutis nostrse M.CCCCVCXIII, die VIII Martiî, 
in-4*^; — à Lyon : Impressum per Jaçobum Zaconi de Romano.,, 



Mi INDEX r.inLIOGRAPIIIQrE. 



MCCCCLXXXVIII (sic) die XXVUI, mcnsis Junii, in.4«; — à 
Augsbourg, Jean Sclionsporger, 1497, pet. în-4**; — Strasbourg^ 
Jean Griininger, 1497, pet. în-4**; — à Baie, Ucnrîcpetrî, 1572, 
in-8^ 
2° Navis stultifora a domino Seb. Brant primum edificata... deinde 
ab Jacobo Locliero philomuso latinitate donata : demum ab Jodoco 
Badio Asccnsio varie carminum génère non sine eorundem famî- 
liari explanatione illustrata, Venundatur Parrhisiis in vico saneti 
Jacobi sub Pelicano et in monte divi Hylarii in edibus Ascen- 
sianis. — In fine : Ex officina nostra in Parrliisiorum academia 
nobilissima VI calendas octobris anno salutis M.D.V. , in-4*^, 
Gotli. Gravures. — Nouvelles édit. 1507, 1513, 1515, Paris; 
Caen, s. a.; Baie, Nie. Lamparter, 1505, 1507. 

Traductions françaises : 

V La nef des folz du monde (trad. par Pierre Rivière). A la fin : 
Imprimée pour maistre iehan philippcs Manstener. Et GeoflFroy 
de Marnef libraires de paris. Lan de grâce M.CCCC.XCVII. 
In-f*. Gotli., gravures. 

2^ La grant nef des folz du monde... translatée de rime en prose... 
par maistre Jehan Droyn... imprime a Lyon sur le rosne par 
maistre Guillaume Balsarin... IcXP iour du moys daoust de l'an 
de grâce mil quatre cens quatre vingz et dix-huit. Pet. in-f^, 
Goth., gravures. 

Nouv. édition : La grant nef des folz du monde auec plusieurs 
satyres : aditions nouuellement adiousteez par le translateur (Je- 
han Droyn). Lyon, Guillaume Balsarin, 17 novembre 1499. 
In-f^. Goth. Gravures. 

Idem. Geoffroy de Marnef, Paris, 8 fév. 1499. In-f'. Grav. 

3** Sensuyt la grand nef des fols du monde... 1530. On les vend a 
Lyon en la maison de François Juste, imprimeur devant nostre 
dame de Confort. In fine : Imprime a Lyon sur le rosne par 
Francoys Juste imprimeur le dernier iour du moys de iuîng lan 
M.CCCCC.XXIX. Pet. in-4^ Goth. Grav. — Idem. Imprime a 
Paris par Philippe le Noir. S. a. In-4*^. Goth, Grav. 

Traductions anglaises : 
1° The Shyppe of fooles (trad, jmr Ilcnry Watson). In fine : Em- 



INDEX nïBLÎOGnAPIIIQUE. 345 

prynted at London in Fletestreto by Wynkyn de Worde prynter 
imto the excellent pryncesse Margarete Countosse of Rycbemondo 
and Derbye... The yere of our lorde M.CCCCC.IX... The VI. 
daye of Julii. Pet. in-4". Goth. Grav. — Nouv. édit., 1517, in-4°. 

2** The Shyp of folys of the worlde... Translated outof Latin into 
Englishe by Alexander Barclay Priest. — London, Rich. Pinson 
1509, pet. in-f*. Gravures; texte latin et anglais en regard, — 
Nouv, édit., London, John Cawood, 1570, in-f*. 

Traductions flamandes et IwUandaises : 
Van Prœt (Catal. des vélins, T. 4, p. 233) fait mention d'une tra- 
duction flamande, qui aurait été imprimée à Paris, chez Guy 
Marchand, 6 juin 1500. 

Der sotten schip oft dat Narrenschip. In fine : Dit Narrenschip is 
gevisitoert end geapprobiert van den eerweerdîghen end gheleer- 
den Heer Jan Goosens van Oorschot Licentiœt in der Godlieyt 
cnde Prochiaen van Sinto Jacobs kercke Thantwerpen, end is 
toeghelaten bi consente van den hove te moghen printen Ma- 
rien Ancœt gesworene boecprinteresse der K. M. Datum te 
Bruessel den eersten dach Septembris, Anno M.D. end XL VIII. 
Onderteckent Meester P. de Lens. In-4**. Grav. 

Navis stultorum of der sottenship... Tantwerpen, gedruckt op do 
Lombaerde Veste, by my Jan van Glielen. 1584, in-4**. Grav. 

Affghebeelde Narren Speelschuyt... Overgheset in onse neder- 
duytsche sprake door A. B. T'amstelredam by Jan Evertsz 
Cloppenburgh... 1635, in-8**. Grav. 

Je n'ai vu ni Tédition de 1584 ni celle de 1635; d'après les ex- 
traits que Zamcke donne de cette dernière, elle paraît être une 
réimpression modifiée de celle de 1548, que Zarnckc ne connaît 
pas. 1635 a au commencement quelques pièces qui manquent dans 
1548 et a remanié parfois le texte. Dans la préface de 1635 on 
rappelle que la traduction a été faite „il y a quelques années" à 
Anvers. 

Traduction eti bas-allemand : 
Dat nye schyp van Narragonien... Gedrucket to Rozstock dorch 
Ludovicum Dietz. In dem iare nach unses heren Cristi gebord 
veflFtheinhundert negenteyne (1519). In-4^. Grav. 



346 INDEX niULIOGRAPHIQUE. 

Sur les traductions v. Bruuet, 5® éd., T. 1, p. 1203 et suiv., et 
Zarncke, p. 174 et suiv., p. 206 et suiv. ; là on trouve aussi des 
extraits. 

1495. 
100. Ad clarissimum Rhomanorum Thegis (sic pro Régis), cancella- 
rium dominum Conradum Sturcel iurium interpretem prestan- 
tissimum, de monstroso partu apud Wormaciam, anno doniini 
MCCCCLXXXXV quarto Ydus Septembris cdito. Explanatîo 
Seb. Brant. S. 1. et a. 4 feuillets in-4°, sur le titre une gravure : 
la ville de Worms et le monstre. 

Traduct. allem. : An den allerduchleuchtigsten hem Maximi- 
lianum romischen kiinig, von der wunderbaren geburd des kinds 
bei Wurms des jars MCCCCXCV..., ein auszlegung Seb. Brant, 
S. 1. et a. 4 feuillets in-4°, avec la même gravure. Hain 3759, 

Le texte latin, Varia carmina, f^ g, 2. 

107. De origine et convcrsatione bonorum Regum : et laude civitatis 
Hicrosolymaî : cum exhortatione eiusdcm recuperandae. Sebas- 
tianus Brant. — In fine : ...Basilcaî opéra et impensa Johannîs 
Bergman de Olpe anno. 1.4.9.5. kalendis Marciis, in lionorem 
sacrosanctœ regiœ maiestatis imprcssum : finit foliciter. Mar- 
que de Bergmann. In-4*^. Gravure du titre : le roi Maximilien, 
portant de la gauclio une bannière marquée d'une croix, et rece- 
vant de la droite une épée et une branche de palmier que la main 
divine lui tend du haut du ciel ; à un arbre est suspendu Técu 
impérial; au fond une ville: Jherusalem. Au f** T, 4, gravure, 
représentant Maximilien et quatre princes; la main divine tend 
à jMaximilien une épée et une palme. — Le carmen de Brant, 
qui clôt le volume, in vitam et conversationem regum Israhel et 
Juda, aussi Varia carmina, f° D, 1. 

Traduct. ail. par Caspar Frey, de Baden en Suisse, résidant à 
Rorschach : Von dcm Anfand imd Wesen der hailîgen Statt Jéru- 
salem, und zu welchen zeyten dieselb dcm auszenvolten volck 
Gottes ingegeben... durch Seb. Brant beder rechten doctor, 
eemals in lateinischer histori vergriffen. 1518. — Getruckt in der 
loblichen statt Straszburg durch den Ersamen Johannem Knob- 
louch. Als man zalt nach Christus gebiirt Filnfftzehundert und 



INDEX niBLlOGRAPHIQUE. 347 

Achtzehen jar. An dem tzwelfftcn tag des Monatz Mertzen. und 
sàlîgklich geendet. In-f*. Gravures sur bois, en partie empruntées 
à des ouvrages plus anciens. 

108. Confederatio divorum AUexandri (sic) pape VI Maximilianique 
Romanorum Régis semper augusti ac serenissimorum Regum His- 
paniarum Ducis Mediolanensis et Dominii Venetorum quinquo 
lustris duratura. — S. 1. et a. Nihil sine causa. (Basil.; Joh. 
Bergmann, 1495.) 4 feuillets in-4**. — Haîn 3761. 

Dans les Varia carmina, f^ f, 1, sous le titre : Ad reverendis- 
simum patrem et dominum Johannem Dalburgi Wormatiensem 
prsesulem, de salutifera summi pontificis Alexandri sexti cum 
serenissimo Maximiliano Romanorum auguste, aliisque nonnullis 
regibus principibusque christianis anno domini 1495 kalendis 
aprilibus facta confœderatîone, congratulatio Seb. Brant. 

1496. 

109. Ad sacsosanti Romani imperii invictissimum regem Maximîlîa- 
num, de portentifico sue in Suntgaudia, kalendis Mardis anno etc. 
XCVI edito, coniecturalis explanatio Seb. Brant. Feuille volante 
avec une image du monstre. S. 1. et a. Nihil sine causa (Basil., 
Joh. Bergmann, 1496). In-f^. — Hain 3762. — Varia carmina, 
f^ f, 6. 

Vers 1496. 

110. Cato in latin durch Seb. Brant getiitzschet. S. 1. et a. In-4**. 
Sur le titre le nom et le signe de Michel Furter de Augusta 
(Augst près de Baie). Weller, n° 219, met avec peu de vraisem- 
blance cette édition en Tannée 1502. 

Idem. 1498, Niit on Ursach, Olpe, in-4**. Sur le titre le même por- 
trait que sur celui des Varia carmina. 3 édit. diflférentes, s. 1. 
et a. 16 feuillets in -4^ Weller, 185, 186, 220. 

— Impressum Phorce. S. a. 16 feuillets in-4*'. (Weller, n*^ 218.) 

— Impressum Argentine per Mathiam hupfuflf, anno salutis 
Millésime quingentesimo primo. 18 feuillets in-4*^. Au titre 
une gravure. (Weller, n® 184.) 

— Ib. 1504, in-4". (Weller, n« 275.) 



348 INDEX DICLÎOGRAPIÎIQUE. 

— Improssum Nuremberge per Hieronymum Hôltzol. Anno 
domini 1507. XXVIII die mensis Junli. 14 feuillets in-4**. 
(Weller, n^ 383.) 

— Impressum Argentine per Joh. Knoblouch, 1508. 14 feuillets 
in-4^ (O.c, nM3L) 

— Ib. 1509, in-4°. (0. c, n« 481.) 

— Auguste, Joliannes Schonsperger, 1511, în-4®. (Strobel, Beî- 
trâge, p. 24.) 

— Impressum Nuremberge per Hieron. Holtzel. Anno domini 
1512. die VIII Mensis Julii. 14 feuillets in-4«. (Weller, n«G83.) 

-- Impressum Basile» per Nicolaum Lamparter. S. a. 14 feuil- 
lets in-4^. Au titre une gravure. (0. c, n** 886.) 

— Impr. Nurnberge per Jodocum Gutknecht. M.CCCCC.XV. 
IG feuillets in-4^ (0. c, n« 887.) 

— Ib. Anno 1517, în-4^ (0. c, n^ 1044.) 

— Augusta Vindelicorum. Joann. Otmar. Anno 1517. In-4*'. 
(0. c, n° 1043.) — Réimprimé chez Zarncke, p. 131 et s. 

111. Liber faceti docens mores hominum, precipue iuvenum ; in sup- 
plementum illorum qui a Cathone erant omissi : per Seb. Brant in 
vulgare noviter translatus. — In fine : Nihil sine causa. l49G. 
Joh. Bergman de Olpe. IG feuillets in-4**. 

Idem, Memmingen, Alb. Kunne de Duderstadt. S. a. In-4^ (Hain 
G890.) 

— Ulm, Joh. Schafler, 1497. 14 feuillets in-4^ (Hain G893.) 

— Imprcssus Basile» per Jacobum de Pfortzen. 1498, In-4^, 
(Hain 6894.) 

— Au titre le même portrait que dans les Varia carmîna ; au- 
dessous : 1499. Nit on ursach. Olpe. A la fin, la marque do 
J. Bergmann. In-4*'. 

— Impressus Rcutlingen per Michaelem Greyflbn. Anno 
M.CCCCLXXXXIX. 8 feuillets in-4^ Au titre une gravure : 
la Vierge sur la lune. 



INDEX liliiLlOGRAPlIIQUE. 341) 



— Augsb., Joh. Froschauer. 1501. Iii-4**. (Strobel, Beitràge, 
p. 23.) 

— Facetus in latin durch Sebastianum Brant getUtschet. — 
Impressum Pfortzheym per Thomani Anshelmi de Baden. Anno 
M.CCCCC.II. 14 feuillets iu-4^ (Weller, n*> 221.) 

— S. 1. et a. In-4®. Au titre la marque do Michel Furter de 
Baie. 2 édit. différentes. (Weller, n«« 222, 223.) 

— Nuremb., per Hieron. Hôltzel. 1503. 12 feuillets in-4^ 

— Ib. 1507, în-4^ (Strobel, Beîtrâge, p. 23.) 

— Impressum Moguntie per Fridericum Hewman. 1509. 10 
feuillets in-4^ (Weller, n« 486.) 

— Impressum Auguste. Anno domini M.CCCCC. und. XL 
12 feuillets in-4**. Gravure au titre. (Weller, n° 640.) 

— Lipsise, per Wolfgangum Monacensem. 1513. In-4**. (Stro- 
bel, 0. c., p. 23.) 

Weller, n® 1111, cite une édition s. 1. et a., qu41 rapporteà 
Tannée 1518. 

Réimprimé chez Zarncke, p. 137 et s. 

112. Liber moreti docens mores iuvenum in supplementum illorum 
qui a Cathone erant omissi, per Seb. Brant in vulgare noviter 
translatus. Au titre une gravure représentant une école ; au-des- 
sous la marque de Bergmann d'Olpe avec la date 1496. — In 
line : 1499. Nihil sine causa. Olpe. In-4*^. 

Il paraîtrait d'après la date du titre qu'il y aurait eu ime édi- 
tion dès 1496. 

Idem. Iraprossus Constantie per Joannem Schaffeler Anno 1506. 
Septimo kalcndas Februarii. 14 feuillets in-4°. Gravures au 
recto et au verso du titre. (WcUcr, n° 368.) 

— Johannes Knoblouch imprimebat. Argentin. Anno domini. 
M.D.VIII. 12 feuillets in-4°. Au titre une gravure. 

Réimprimé chez Zarncke, p. 142 et s. 

Vers 1496. 

113. Sîiut Bcrnarts Roscnkrantz. Publié à la suite des traités: Dcr 



350 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

Cursz vom Sacramcnt. Uszlegung des gloria patri. S. 1. et a., 
in- 16°. Go th. 

Réimprimé dans TAlsatia d*Aug. Stœber. Colmar 1875, p. 65 
et suiv. 

? 

114. Ave prUclara Sebastiani Brant. S. 1. et a. Feuille volante iu-f*. 
Le texte est encadré d'une bordure gravée. — L'exemplaire de 
la bibl. de S. Gall a ce titre : Def' hiibsch sequentjs Ave praclara 
von unser l. froicen Sebastiani Brant *, les mots en italique sont 
écrits à Tencre rouge. 

Ave praclara getutst durch Seb. Brant. Gedi'uckt zu Tubin- 
gen, s. a., in-f*. Le texte est accompagné des notes du chant; 
au haut , une gravure de la Vierge à la lune, Zarncke , Narren- 
BchifF; p. 163 , dit à tort que la Vierge pose les pieds sur une 
ancre ; il paraît ignorer que la Vierge sur un croissant est une 
des conceptions les plus fréquentes de Tart religieux du moyen 
ûge. 

Ce cantique se trouve, avec quelques altérations, dans le 
Gesangbtichlein de Michel Vehe, Leipz, 1537 , n*' 181 , sous ce 
titre: Ein geystlich Prosa von der mutter Maria, geteutscht 
durch Seb. Brant. Phil. Wackernagel publia ce texte dans son 
Deutsches Kirchenlied. Stuttg. 18il, p. 124; dans la nouvelle 
édition de cet ouvrage, T. 2, p. 1098, il donne le texte de la 
feuille de Tubingue, tel qu'il est déjà reproduit par Zarncke, 
1. c. 

? 

115. Verbum bonum gettttst durch Sebastianum Brant. S. 1. et a. 
Feuille volante in-f^. A la partie supérieure, une gravure de la 
Vierge avec Tenfant sur les bras, deux anges lui posent une 
couronne sur la tête. Des deux côtés de Timage, une prière en 
prose ; au-dessous le cantique avec les notes. — Réimprimé 
dansTAlsatia, 1875, p. 61. 

1496. 

116. Ad ornatissimum impcrialium leguni intcrpretem Johanncm 
Reuchlin alias Capnion , omnis literariœ tam grœcse atque latinœ 



INDEX lUDLIOGUAPHlQUE. 351 

quain hebraicse disciplinée professorem acutîssimum de pcstilen- 
tiali scorra sive impetigine anni XL VI clogium Seb. Brant. 
Dans : Tractatus de pestilentiali scorra sive mala de Franzos , 
originem remediaqûe eiusdem continens, corapilatus a venera- 
bili viro magistro Joseph Grttnpeck de Burckhausen, super car- 
mina quedam Seb. Brandt utriusque iuris professons. S. 1. et a. 
17 feuillets in-4°. Qoth. Gravure sur bois : la Vierge couronnant 
de la droite un empereur à genoux, de la gauche tenant Tenfant 
Jésus, de la main duquel émanent des rayons qui tombent sur 
deux femmes atteintes du mal; un homme nu couché à terre, 
couvert de pustules. 

Le Carmen de Brant, Varia carmina, f* g, 7. 

1498. 

117. Varia Sebastianî Brant Carmina. — Au-dessous de ce titre: 
une gravure composée de trois bois ; le plus grand représente 
un homme a genoux, qui doit être Brant ; il tient à la main un 
papier ; à un arbre est suspendue une couronne de roses ; au 
pied de Tarbre, un écusson avec une roue de moulin sur un 
coussin. A côté, deux bois plus petits: Tun, les trois mages 
devant la Vierge avec Tenfant Jésus ; Tautre, le martyre de S. 
Sébastien. Au-dessous, trois distiques par lesquels Brant dédia 
ses poésies à la Vierge ; puis : 1498. Nihil sine causa. Olpe. — 
Dédicace de Borgmann d'Olpe à Wynmar d'Erklens. Bâle, 
15 mars 1498. Le volume se compose de deux parties : 1^ 1^ A-K, 
les carmiua religieux du recueil de 1494, augmentés d'une 
vingtaine de nouveaux; 2® f^ a-m, des pièces morales, politi- 
ques et de circonstance ; à la fin un index, sur la première page 
duquel il y a : des vers do Bergraann à Wynmar ; 2*^ la note : 
carminum Seb. Brant tam divinas quam humanas laudes decan- 
tantium opus : fœlîci fine consummatum Basile» opéra et im- 
penses Johannis Bergman de Olpe. Kal. Maiis Anni etc. 
XCVIII. En bas la marque de Bergmann. In-4°. — En tête de 
la 2° partie , une gravure : deux chevaux attelés derrière un 
char; sur celui-ci un fou placé la tête en bas; un autre fou, 
ayant les éperons à la pointe des pieds et tenant un fouet par le 
haut bout ; au-dessous du char les armoiries des quatre monar- 



302 INDKX DlllLlOGUAPlllQUE. 



clîîes de Daniel, au-dessous un écusson avec une écrevîsse. En 
haut une table avec des signes astrologiques. Au f** d, 1, la 
môme gravure qu'au titre du De origine et conversatione bono- 



rum regum. 



Le volume parut ainsi d'abord en mai 1498. Un exemplaire 
en existe à la Bibl. de Colmar. Au mois de septembre Brant 
publia : Thurcorum terror et potentia , avec une gravure : le 
Sultan, à cheval, précédé de fantassins, est en fuite devant des 
cavaliers, dont Tun porte la bannière impériale. Au-dessous : 
Anno 98. Kal. septembribus. Ce poème reçut la signature n 
pour être ajouté aux exemplaires des carmina non encore vendus, 
mais fut aussi débité séparément. La dernière page est occupée 
par une Exhortatio ad divum Maximilianum regem. Un exem- 
plaire du Thurcorum terror est à la Bibl. de Colmar, un des car- 
mina avec TExhortatio à Maximilien, dans la mienne. 

En août le libraire strasbourgeois Grilninger avait fait une 
contrefaçon des Carmina ; entre les deux parties il avait inter- 
calé les Scenica progymnasmata de Reuchlin (c'est ainsi du 
moins que l'édition est décrite par Hain, 3732); à la fin : con- 
summatum Argentine opéra et impensis Joannis Grtlninger, kal. 
Augusti anni etc. XCVIII, în-4**. Brant, fâché de cette publica- 
tion, fit supprimer alors l'Exhortatio do la dernière page de la 
feuille n et la remplaça par quelques distiques ad lectorem car- 
minum suorum ; il prévient le lecteur qu'il doit se méfier des 
contrefacteurs et n'acheter que le volume imprimé par Berg- 
maun, corrigé par lui-même et contenant aussi, le Thurcorum 
terror. Au-dessus de ces vers fut mis le même portrait qu'au 
frontispice. L'index primitif resta le même, il ne mentionne pas 
le Thurcorum terror ; la note finale avec la date du l*'** mai resta 
également la même. — Un choix des carmina, chez Zamckc, 
Narrenschifi*, p. 174 et suiv. 

1500. 

118. Somnia domini Sebastiani Brant utrîusque juris doctorîs. ÎS. 1. 
et a. 6 feuillets in-4<*, dont le dernier est blanc. Goth. Au titre 
une gravure: une croix, de laquelle coulent des gouttes; au 
pied, un homme endormi dans un fauteuil. — D*" Scb. Brants 



1^ 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 353 



Trauin în tutsch. — In fine: Gedruckt zu Pfortzheym, 1502. 
In laudem deî. 4 f. in-4®. Mefne gravure qu'à rorîginal. 

1502. 

119. Opus Calamîtatum Baptistœ Mantuanî cum commentario Sebas- 
tianî Murrhonis Germanî Colmarîensis. Au f* Cil : per Joannem 
Schottum calcographum Argentinensem. Idibus Marcii. Anno 
salutis Christian». M.CCCCC.n. In-4^ A partir de f> XLVH : 
Collecta Sebastiani Brant in opus Baptistœ Mantuani quod Cala- 
mitatuin inscribitur : post commentarii Sebastiani Murrhonis 
defectum. 

1504. 

120. Von der wunderlichen zaïnefiigung der (Jbersten Planeten. 
Feuille volante in-f* ; au bas : anno MCCCCC und viere , quarto 
kalendas Januariis. S. Brant. Au-dessus des vers une gravure, 
dont la description est donnée dans l'article sur Brant. 

Réimprimé dans TAlsatia, 1875, p. 65. 

1506-1507. 

121. Bischoff Wilhelms von Hoensteins waal und einrit auno 150G 
und 1507. Conservé en ms. aux Archives de Strasbourg, d'après 
une copie faite peu de temps après la mort de Brant. Publié 
dans le Code hist. et diplom. de la ville de Strasb., P. 2, p. 239 
et suîv. Zarncke, Narrenschiff, p. 199 et suiv., en donne quel- 
ques extraits. 

1507. 

122. In pramaturam mortem optîmi princîpis Philippi Castellœ et 
Legionis atquc Granatœ régis priistantissimi nœnia sapphica Seb. 
Brant, 1507, kal. Jan. Argent., Joh. Knoblouch, 1507, in-4**. 
(WeisUnger, Catalogus librorum impressorum in Bibliotheca 
ordinis S. Johannis Argent. Arg. , 1749, inf*, p. 33.) — Aussi 
dans le recueil d'opuscules public par Wimpheling, dont le pre- 
mier numéro est le Spéculum animse Henrici de Hassia. Ind. 
bibl. 76. — Brant reproduisit la pièce , avec quelques variantes 
dans ses Panégyriques de Maximilien, 1520 (ci-dessous 124). 
D'après ce texte, chez Zarncke, p. 198. 

U 25 



354 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 



1518. 

123. Ad divurn Maximilianum Câsarem invictissîmum , cunctosquc 
Christiani noininîs principes et populos, Nœnia Sebastiani brant^ 
In Thurcarum nyciteria, cum arripiendœ in eosdem expeditioHis 
exliortationc. — Ex Argentoraco Nonis Februariis Anno M.D. 
XVIII. 4 feuillets in4<>. 

1520. 

124. In laudem divi Maximiliani Caîsaris invict. ex paiiegyricis 
Sebastiani Brant ttoixîXwv tcov xXa7|AaTrov Ta$£. — Argentoratî apud 
Joannem Scotum in Tliomœ loco. S. a. 10 f. in-4®. 

Réimp. en partie chez Zarncke, p. 196 et suiv. 

125. An den allcrdurchleuclitigsten groszmcclitigisten Fursten und 
herren Herrn Carolum den fUnftcn Romischen Keiser unnd 
Hyspanischen , auch der ganzen Welt Imperatorem KUnigen 
unnd Regierer. In das Loben und tugendtlicbe geschichten 
Keyser Tyti Vespasiani des miltenu durcb Scbastianum Brant 
vcrteutschet. Labor Sebastiani Brant. Ex Argentoraco. Anno XX 
supra M.D. 20 feuillets in-f'. 

V 

Épigrammes, 

12G. Dans un recueil manuscrit forme par Jacques Wenckcr et 
conservé à Strasbourg, aux archives de S. Thomas, se trouvent 
77 petites pièces allemandes do Brant \ la plupart d^enlre elles sont 
précédées d'un texte latin tiré soit de FAncien Testament soit d'un 
auteur classique ; les rimes allemandes ne sont que des para- 
phrases de ces passages. Théophile Dachtler (Elychnius) , secré- 
taire du magistrat au commencement du dix-septième siècle, 
copia ces pièces d'après les originaux \ ce qu'il y a dans le 
volume de Wencker n'est pas la copie de Dachtler lui-même; ce 
dernier savait le latin , tandis que le manuscrit que nous avons 
trahit un copiste qui ignorait cette langue. Strobel, Beitràge zur 
deutschen Litcratur, p. 37 et suiv., publia pour la première fois 
49 do ces morceaux, en leur donnant le nom d'Epigrammes ; 
Zarncke les reproduisit dans son édition du Narrenchiff, p. 154 
et suiv. Dans ce mémo ouvrage, p. XXXVI et suiv., Zarncke 
donne 29 pièces du même genre , d'après une copie faite égale- 




INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 355 

ment au dix-septième siècle et appartenant aux archives des 
princes d'Ysenbourg à Budingon. Dans ce manuscrit le nombre 
total des pièces est de 57, dont 23 se rencontrent parmi celles de 
Strasbourg publiées par Strobel ; 13 de celles de Zarncke man- 
quent chez nous ; par contre nous en avons 10 qui ne sont pas à 
BUdingen. Dachtler assure qu'il a trouvé les vers sur des petits 
papiers conservés jadis aux archives de la ville ; probablement 
il n'en fit qu'un choix; un autre, peut-être Josias Glaser, fit un 
choix un peu différent, c'est ce qui explique le rapport entre les 
deux recueils. Le n^ 76 du manuscrit strasbourgeois est la pro- 
phétie de Brant pour l'année 1520 (Strobel, Narrenschiff, p. 34; 
Zarncke, p. 161); le n° 78 est la partie, allemande du carmen 
de periculoso scaccorum ludo (Varia carmina, f° h, 5); le n° 1 
du recueil de Budingon est également dans les Varia carmina, 
1. c. , mais là il est plus court, sous cette même fonne il est le 
n" 77 du recueil de Strasbourg. Enfin le n® 29 de Budingen 
(Zarncke, p. XXXIX) n'est pas de Brant; c'est l'inscription 
qui naguère encore se voyait sur un des murs de la porte 
Nationale avec la date 1418. 

J'ai publié dans l'Alsatîa de 1875, p. 71 et suiv., les 10 pièces 
encore inédites, ainsi que 15 de celles que Zarncke a données 
d'après le manuscrit de Btidingen ; notre texte a quelques 
variantes. 

Après 1501. 

127. Freihcitstafel. Cette pièce, conservée par Dachtler, recopiée 
par la même main qui a copié les épigrammes, se trouve dans le 
même volume que ces dernières. Elle fut publiée par Strobel à 
la suite de son édition du Narrenschiff, p. 301 et s., et d'après 
ce texte par Zarncke, p. 158 et s. 

Après 1501. 

128. Eyn Chronick ûber Deutschland, zuvor des lands Elsasz und 
der loblichen statt Straszburg, durch Seb. Brant versamlet. 
47 pages à la suite de Hedio, Auserlesene Chronick von Anfang 
dor Welt ans dem lateinischen des Abts von Ursperg, mit einem 
Anhang von Friedrich 2, 1230-1537, aus Joh. Tritemius und 



336 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

' ' * 

andern bewàrten Hîstorîkorn, ins deutsche gebracht, zusammen- 
getragen und beschrieben. Straszburg, Crafft Myller 1539, f*. 

2. Ouvrages dont Brant a été l'éditeur, ou à la publication desquels 
il a concouru par des préfaces ou par des vers. 

1489. 

129. Augustinus de cîvitate Deî. Basil., Joh. Amerbacb, 1489, Idi- 
bus Februarîis. In-f". Goth. — Idem, de Trînîtate. Ib., 1489. 
In-f*. Goth. — Idem, Plura ac diversa sennonum opéra. Ib., 
1494. In-f'. Gotb. Chacun de ces volumes a un carmen de 
Brant ; il fondit les trois en un seul, Ad divum Aurelîum Augus- 
tinum, Varia carmîna, f* H, 5. 

1493. 

130. Opéra S. Ambrosii. — In urbe Basiliensium per Magîstrum 
Johannem de Amerbach împressum. Anno salutiferî virgînalis 
partus nouages, secundo supra milles, quaterque centes. 3 vol. 
f*. — Chaque volume a au titre la même gravure : S. Ambroîse 
assis devant un pupitre ; au-dessous, dix vers sans nom d'auteur. 
Ces vers sont de Brant; il les intercala, en les modifiant un peu, 
dans son carmen in laudem sanctissimi patris Ambrosii, Varia 
carmina, f* H, 7. 

131. Decretum Gratiani summo studio elaboratum correctum et 
cum libris Biblie accurato concordatum. — In urbe insîgni 
Basilea... per Joannem Froben de Hammelburg impressorie artis 
primarium asseclam fidelemque operarium anno salutis M.CCCC. 
nonagesimo tertio. Idibus Junii... In-4®. — Au titre une gm- 
vure : Gratianus compilator decrcti. Au-dessous, sur deux 
colonnes, un carmen de Brant; à la fin, un épilogue de lui en 
prose ad Icctorem. 

Idem. Basileœ per magistrum Joh. Amerbach et Joh. Froben de 
Hammelburg anno salutis M.CCCCC. Kal. Julii. In-4^ Sous 
le titre, trois distiques de Brant. La gravure avec le carmen 
n'est reproduite qu'après l'index. Dédicace de Brant à François 
de Luxembourg, archev. de Besançon, 1*^** juillet 1500. A la fin 
le même épilogue que dans la 1*^ édition. 



iw 



INDEX IHBLIOGRAPHIQUE. 357 

Plusieurs fois réimprimé. On ne comprend pas comment 
Mess. Stockmeyer et Reber ont pu dire d<ans leurs Beitrjlgc zur 
Basler Buchdruckergeschichte (Baie 1840, p. 49) que la gravure 
représente le portrait de Brant. 

132. Oratio Jasonis Magni legatî ducis Mediolanensis in Germanîam 
in nuptias Maximiliani et Blancœ Mariœ. S. 1. (Basil., J. Berg- 
mann), 1493, Kal. decembr. In-4°. Contient de Brant: Infeli- 
cem faustamque conîunctionem aquilae bicipitis cum serpente 
anthropophage epithalamion in nuptias Maximiliani régis et 
BlancsB Marias. 

Idem. Inspruck, die XVI Martii anno a natali Christi 1494. In-4°, 

1494. 

133. Decretalium domini pape Gregorii noni compilatio accurata 
diligentia emendata summoque studio elaborata et cum scripturis 
sacris aptissime concordata. — Johannes Froben de Hammel- 
burg litterariœ officinsB solers indagator anno 1494... Idibus 
Maiis féliciter consummavit. In-4®. Carmen de Brant. 

Idem. Basil., Joh. Froben et Joh. Amerbach, 1500. In*4**. 

134. (Joh. Trithemii). Liber de scriptoribus ecclesiasticis. S. I. et a. 
(Basil., Joh. Amerbach, 1494). In-f*. A la fin un carmen de 
Brant. 

134*. De conceptu et triplici Marise Virginis gloriosissimae candore : 
Carmen Jacobi Vimphelyngii Sletstatini. — Basil., 1494. In-4**. 
Argumenta et Ode Seb. Brant. V. Ind. bibl. 5. 

135. In laudem serenissimi Ferdinandi Hispaniarum régis : Bethicœ 
et regni Granatœ obsidio Victoria et triumphus. Et de insulis in 
mari Indice nuper inventîs. — In fine : 1494. Nihil sine causa 
J. B. In-4®. Au verso du l^^^ feuillet : In bethicum triumphum 
congratulatio Seb. Brant. Puis vient : Caroli Verardi Cœsenatis 
cubicularii pontificii in historiam baeticam ad K. P. Baphaelem 
Riarium S. Georgii Diaconum Cardinalem prsefatio. Suit une 
sorte de drame en prose, à la fin duquel on lit : Acta ludis Roma- 
nis Innocentio octave in solio Pétri sedente anno a natali salva- 
toris MCCCCXCn undecimo Kalendas Maîi. A la fin : De insu- 



358 INDEX BIRLIOGRAPIIIQUE. 



lis nuper inventis epistola Cristoferi Colom. , avec 4 gravures. 
Cette même épître fut aussi publiée à part, 8 feuillets pet. in-8°, 
s. 1. et a., mais avec les caractères de Bergmann et avec les 
mêmes gravures que dans Tédit. in-4**. — Le carmen de Brant, 
aussi Varia carmina, f^ bc, 4. 

Vers 1494 ? 
13G. Annotationes sive reportationes Margaritarum omnium decreta- 
lium secundum alphabeti ordinem. S. 1. et a. (Basil., Nie. 
Kessier), in-f*. Carmen de Brant. — Nouvelle édition : Margarita 
decretalium. S. 1. et a. (ib.), in-4^. 

1495. 

137. Quadragesimale novum editum ac predicatum a quodam fratre 
minore de observantia in inclita civitate Basiliensi. De filio pro- 
dige et de angeli ipsus ammonitione salubri per sermones divi- 
sum. — Impressum Basilee per Michaelem Furter. Civem Basil. 
Anno... MCCCCXCV. Marque de Furter. In-8% sur 2 colonnes. 
Goth. Avec gravures. Au verso du titre : In sermones de filio 
prodige carmen Seb. Brant. 

Ibidem, 1497, in-S°. (Stockmeyer et Reber, p. 79.) 
Parabola filii glutonis profusi atque prodigi nedum venuste 
verum etiam utiliter et dévote per venerandum patrem fratrem 
Joannem Meder ordinis minorum observantium Basilee concio- 
nata et collecta : pro totius anni precipue quadragesime sermoni- 
bus accommodata. — Impressum Basilee per Michaelem Furter 
civem Basiliensem. Anno incarnationis domini. M.CCCCCX. 
XIII. Kal. scptembris. Marque de Furter, une autre du même 
sur le titre, et une troisième à la fin de Tindcx. In-8°, sur deux 
colonnes. Goth. Mêmes gravures et carmen de Brant que dans 
redit, de 1495. Le carmen, avec quelques changements, et sous 
le titre : De clementia piissimi patris in receptîone filii prodigi, 
dans les Varia carmina, f° I, 2. 

Vers 1495. 

138. Libri artis logice Porphyrii et Aristotelis cum explanacione 
magîstri Joannis de Lapide. — Per magistrum Joannem de 
Amerbach Lapidani quondam discipulum accuratissima impres- 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 359 

sione apud Basileam. S. a. In-f*. A la suite de ce traité : Tracta- 
tus Jo. de Lapide de propositionibus exponibilibus cum tractatu 
de arte solvendi importunas sophistarum argumentationes. En 
tête de cette partie une Elegia commendaticia de Brant. — Les 
vers de Brant, aussi Varia carmina, f* 1, 4. 

139. Vita beati Brunonis. S. 1. et a. (Basileœ), in-f°. Deux carmina de 
Brant : divi Brunonis vitœ institutio et de laude et exornatione 
ordinis Carthusiensis (Varia carm., f° F, 3), et Exhortatio ad 
lectorem de vita solitaria (ib., P F, 7). — La première de 
ces poésies aussi dans le recueil : In hoc volumine continentur 
que sequuntur. Primo libellus pulcherrimus sancti Basilii de 
laude solitarie vite. Guigo cartusianus de laude solitarie vite. 
Tractatus epistolaris prestantissimi viri magistri Nicolai de 
clamengiis de fructu heremi et laude solitarie vite. Carmen 
saphicum de laude et exornatione ordinis cartusiensis Scbastiani 
Brant. Vénales reperiuntiu* Parisius a Johanne Lamberto eius- 
dem civitatis bibliopola. S. a. In-8**, Goth. — et en abrégé dans 
Henrici Herp collationes très notabiles pro cupientibus ad rec- 
tissimam christianse religionis normam pervenire. Coloniae, Joh, 
Landen, 1509, in-8^ 

1496. 

140. Theologica emphasis... Jacobi Locher Philomusi. Gravure; au- 
dessous : 1494. Niliil sine causa. J. B. — In fine : Marque de 
Bergmann d'Olpe. In-4®. Au verso de Tavant-dernier feuillet un 
Elogium de Brant. 

141. Locher, Heroicum Carmen de S. Katherina. ex fragmentis his- 
toriaî. — 149G. Nihil sine causa. J, B. In-4^ Elegidion S. 
Brant, 

142. ConcordantiaB maiores Biblie tam dictionum declinabilium quam 
indeclinabilium diligenter vise cum textu ac secundum veram 
orthographiam emendate. — Basilee, per Joh. Pétri de Langen- 
dorf et Joh. Froben de Hammelburgk socios, anno dominî 
MCCCCXCVI. In-f>. 

143. Librorum Francisci Petrarchœ Basilese impressorum annotatio. 
(suivent les titres des œuvres latines do Pétrarque). — Basilee 



360 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

per magistrum Joannem de Âmerbach anno domini nonagcsimo 
sexto fiupra millosimum quater centesimum. In-f°. Au verso du 
titre, des vers de Brant; sous le titre : De Fr. Peti'arcliœ laudc 

et prsestantia, Varia carra.; f* i, 3. 

• 

144. Passio S. Meynrhadi martyris et heremite. S. 1. et a. (Basil., 
Mich. Furter, 1496). In-4**. Hexastichon S. Br. ad lectorem. . 

1497. 
f 144*. Lupoldus Bebenburgius , Germanorum veterum principum 
Zclus etc. Ind. bibl. 54. Hexastichon de Brant sur le titre, et 
Carmen à Févêque Jean Dalburg de Worms. Les deux pièces, 
Varia Carm., f° K, 3 et suiv. 

145. Clarissîmi vîrî iuriumque doctoris Felicis Hemmerlin, cantoris 
quondam Turicensis , varie oblcctationes , opuscula et tractatus. 
S. 1. et a. (Basil. Nie. Kessler, 1497). In-4®. Sur le titre une 
gravure : Hemmerlin assailli par un essaim de guêpes ; au- 
dessous, des distiques de Brant; dédicace en vers du même à 
rarchevcque Herrmann de Cologne, 13 août 1497. Aussi, Varia 
Carm., f> K, 2. 

1498. 

146. Joannis Rcuchlin Phorcensis Scenica Progymnasmata : Hoc 
est : Ludicra preexercitamenta. 1498. Nihil sine causa. Olpe. — 
In fine : 1498. Nihil sine causa, Olpe. In-4®. Au titre, distiques 
de Brant adressés à Tévêque de Worms. 

Plusieurs fois réimprimé. 

147. Methodius primum olympiade : et postea Tyri civitatura epî- 
scopus, sub Diocletiano Imperatore In Calcide civitate (que 
nigropontus appellatur ut divus scribit Hieronymus) martirio 
coronatur : qui cum eruditissîmus esset vir : multa edidit docu- 
menta et prœsertim de mundi creatione eidem in carcere reve- 
lata: passus fuit quarta décima Kalendas Octobris. Gravure, 
représentant Methodius recevant la révélation. Au-dessous : 
Edidit Seb. Brant. — Finit Basilee per Michahelem Furter 
opéra et vigilantia Sebastiani Brant. Anno M.CCCC.XCVUI. 
Nonis Januariis. In-4°. Goth. Gravures sur bois. Dédicace de 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 361 

Brant au francîscain Jean Meder, 1®^ nov. 1497. — La 2® édition 
a sous le titre de la l'^ les mots : De revelatione facta Ab angclo 
beato Methodio in carecre détente. — Finit Basilee per Mieba- 
helem Furter opéra et vigilantia Sebastianî Brant Anno 
M.CCCCC.IIII. In-4^ Mêmes gravures. 

Ibidem. 1516, in-4^ 

Eyn biechlein sancti Methodii martrers und bischoflF zu partî- 
nentz in Kriechenland : in dem begriflfen sind. gôttlich oflfenba- 
rungen von dem hailigen engel gescheben. von dem anfang der 
welt. und aussreutung menger reicbtumb und des letzten 
Ktlnigs der rômer gescbicht. und ktinfftige ttberwindung. wider 
die Tiirken. Etc. — Getruckt zu Basel dureb Micbael Furter 
(1504). In-4^. — Stockmeyer et Reber, p. 82. 

148. Collatio babîta in publiée conventu Cluniacensium ordinis S. 
Benedicti per prœstantissimum S. paginœ professorem magistrum 
Jobannem Raulin Parisîensem. nunc vero professum monacbum 
eiusdem monasterii. de perfecta religionis plantatione incremento 
et instaurât ione. 1498. Nibil sine causa. Olpe. — Impressum 
Basile» opéra Joannis Bergman de Olpe. Anno etc. 1498, 
10 Kal. Julii. In-4°. 

149. Opus totius Biblie continens glosam ordinariamcumexposîtione 
Lyrœ litterali et morali. necnon additionibus et replicis. — Per 
Jobannem Pétri de Langendorf et Jobannem Froben de Hammel- 
burg cives Basilienses magna diligentia et opéra Basilee impres- 
sum. Anno domini MCCCQXCVIII. 6 vol. in-f^ Gotb. - Au 
1^^ vol., dédicace de Brant à Févêque Dalburg de Worms, 
5 sept 1498; dans cbaque volume des epigrammata du même, 
indiquant le contenu. 

1499. 

150. Baptiste Mantuani Carmélite : de patientia aurei libri très. 1499. 
Nibil sine causa. Olpe. — Impressum Basileœ opéra Jobannîs 
Bergman de Olpe. XVI. kl. septembres. Anno salutis. M.CCCC 
LXXXXIX. In-40 — Carmen de Brant. Adressé à Wynmar 
d'Erklens, doyen d'Aix-la-Cbapellc. 

151. Sextus decretalium. — Basilee per Job. Froben de Hammel- 
burg, MCCCCXCIX. In-4^ Gotb. Préface et carmen de Brant. 



362 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 



Idem. Basilee, Jo. Amerbacli et Jo. Froben de Haramelburg. 
Anno MD. In-4°. Gotli. Les mêmes pièces de Brant, et en outre 
les mêmes vers ad studiosos iiiris que dans Tédition de cette 
année de ses Expositiones. 

A ces éditions du 6® livre des Décrétâtes devait être joint le 
traité de Nicasîus de Worda , Arborum trium consanguinitatis, 
affinitatis cognationisque spiritualis lectura. Brant ajouta un 
carmen sur ce livre; il est reproduit dans les édit. de Nicasius, 
Cologne, Henri Quentcll, 1502, 1505, 1506 et 1508. In-4*>. 

152. Summa magistri Joannis de S. Geminiano ordinis fratrum pre- 
dicatorum. de exemplis et similitudinibus rerum. — Impressa 
per magistros Jo. Pétri de Langendorf et Jo. Froben de Ham- 
mclburg Basiliensis urbis cives anno MCCCCXCIX. In-4**. Goth. 

153. Décréta concilii Basiliensis. S. 1. et a. (Basil., 1499). In-4°. 
Goth. — Sur le titre : Ad urbem Basileam epigrama (sic) Seba- 
stiani Brant. Dédicace du même au cardinal Jean-Antoine de 
S. Georges, P^ mars 1499. 

154. Liber decretorum sive Panormia (sic) Ivonis accurato labore 
summoque studio in unum redacta. — Expensis Mihaelis (sic) 
Furter elaborata. Anno fructifère incarnationis M.CCCC.XCIX. 
mensis Martii die scxta. Marque de Furter. In-4«. Goth. Au 
verso du titre, la même gravure que dans leDecretum Gratiani. 
Dédicace de Brant à Jean Gotz, curé à Baie, 7 mars 1499. 

1 55. Hortulus rosarum de valle lachrymarum. continens egregias et 
devotas sententias. 1499. Nihil sine causa. Olpe. In-8^. Avec un 
carmen de Brant , et à la fin ses deux invocations à la Vierge, 
d'après Apulée et d'après S. Bernard. 

1500. 

156. (Joh. de Gazalupis). De modo studendi in utroque iure cum 
nominibus omnium scribentium in jure. — Impressum Basilee 
per Michaelem Furter atque per Scb. Brant licet perfunctorie 
revisum. Anno salutifere incarnationis atque aurei iubilei Mille- 
simo quingentesimo. Kal. Septembr. In-4**. Goth. Dédicace de 
Brant en vers au chanoine Arnold zum Lufft. 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 363 



Plusieurs fois réimprima, le plus souvent avec les Expositiones 
de Brant. 

1501. 

157. Esopi appologi (sic) sive mythologi cuin quibusdam carminum 
et fabularuni additionibus Sebastiani Brant. Deux parties, la 1*^ 
de 123 feuillets avec gravures, la 2*^® do 79, également avec gra- 
vures. La l^ est dédiée par Brant à Adelberus de Rapperg (sic), 
doyen du chapitre de Baie, 26 janv. 1501; cette dédicace est 
suivie de la préface que Laurent Valla avait mise en tête de sa 
version de quelques fables d^Esopo, et qui est adressée à Arnold 
Sevolla, 1®^ mai 1438, Gaëte. La 2^*^ partie s'ouvre par quelques 
distiques de Brant, Invitatio ad lectorem •, au verso de ce feuillet, 
le même portrait de Brant qu'au frontispice des Varia carmina, 
à Texception des deux petits dessins latéraux. Puis vient une 
lettre de Brant à son fils Onuphre, s. d. ; il y ajoute un extrait 
du traité de Boccace, De genealogia deorum, sur Futilité des 
fables. — In fine : Mythologi Esopi clarissirai febulatoris : una 
cum Aviani et Remicii quibusdam fabulis : per Sebastianum 
Brant nuper revisi : additisque per eum ex variis auctoribus cen- 
tum circiter et quadraginta elegantissimis fabellis facetis dictis 
ac versibus : ac mundi monstruosis compluribus creaturis : Im- 
pressi Basilee opéra et impensa magistri Jacobi de Phortzheim : 
Anno dominice incarnationis primo post quindecim centesimum : 
félicite finiunt. Li-fol, Goth. 

Brunet (éd. de 1861, t. I, p. 91) cite d'après le Trésor des 
livres rares de Grasse : xEsopi fabulœ motrice cum glossa Seb. 
Brant. S. 1. et a. , in-f', goth., 75 feuillets à 44 lignes par page, 
avec figures sur bois. Brunet dit : „ Cette édition, qu'on suppose 
avoir été imprimée à Mayenco par P. SchôfFer vers 1497 , est 
citée par Grasse, qui laisse du doute sur l'exactitude du chifire 75 
indiquant le nombre des feuillets." J'ai des doutes au sujet de 
l'existence de cette édition ; Brant n'a eu aucune relation avec 
Schoflfer de Mayence ; jusqu'en 1501 il ne s'est servi que des 
imprimeurs bâlois, qui étaient ses amis. D'ailleurs la dédicace à 
Adelbert de Kotperg ne fait aucune allusion à une édition anté- 
rieure. Il se peut que Grasse n'ait vu que la seconde partie du 



Î364 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

volume ; et que Texemplaîre qu'il décrit soît incomplet vers la 
fin ; de là aussi son incertitude sur le nombre des feuillets. 

Eu 1508 parut une édition allemande : In diesem buch ist des 
ersten teils : das leben und fabel Esopi : Aviani : Doligani : 
Adelfonsî : mit schympffreden Pogii. Des andern teils uszuge 
schôner fabeln und«cxempelen Doctoris Sebastianî Brant, ailes 
mit synen figuren und Registern. — Getruckt zum Thiergarten 
durch Joannem Priisz, burgern zu Strasburg. 1508. In-f*. — 
Jean Adelphus dit dans la dédicace de sa traduction allemande 
des sermons do Geiler sur la Passion (Strasb., 1514, f^), qu'entre 
autres traductions qu'il a déjà publiées, il y a aussi „Doctor 
Brandes fabelbucli zu dem Esopo." Cela ne se rapporte qu'à la 
seconde partie de l'édition latine de 1501. Le texte allemand de 
_ 1508 est la reproduction de la version de Steinhowel; les fables 
de Brant sont intercalées entre celles de Rimicius et celles 
d'Avianus. L'édition de 1508 fut réimprimée plusieurs fois, 
entre autres à Fribourg, 1533, 1539, 1554, 1569, in-4®; à 
Francfort, 1578, 1G08 ,1622, in-8^-, s. 1. , 1618, in-8^; à Erfurt, 
1617, in 8°; à Baie, 1676, in-8°; toutes avec de petites gravures 
faites d'après celles de l'édition latine de 1501. 

157*. Baptistae Mantuani... duarum Partlienicarum libri. Ind. bibl. 
203. — Distiques de Brant. 

158. Boetius de philosophico consolatu sive de consolatione philo- 
sophie : cum figuris ornatissimis noviter expolitus. — Argentine 
per Joh. Grttninger MDI. Kal. VIII. septembris. In-f*. Goth. 
Gravures. Epigramma Seb. Brant. 

1502. 

159. Hexastichon Sebastiani Brant in memorabiles evangelistarum 
figuras (pas d'autre titre). Au-dessous des vers de Brant, un 
tetrastichon de Georgius Relmitius Anipimius. — In fine:... 
Ista tibi Thomas Phorccnsis cognomento Anshelmi tradidît... 
ir)02. In-4''. Recueil de 15 images, dont l'auteur est Pierre de 
Rosenheim, bénédictin du couvent de Molk en Autriche, vers 
1420. 

En 1505 Thomas Anshelmi donna une nouvelle édition sous le 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 365 

titre de : Rationarium ovangelistarum omnia in se evangelia 
prosa : versu : yinaginibusque quain inirifice eomplectens. In-4®. 

160. Biblia cuiu glosa ordinaria... Nicolaî deLyra... Cura et împen- 
sîs.,. Joh. de Amerbach, Joh. Petrî de LangendorfF et Joh. Fro- 
ben de Hammelburg... arte vero et industrîa, ipsîus Joh. Fro- 
ben... Basiice împressum anno domini mîllesîmo quîngentesîmo 
secundo, îdibus Maiis. 6 vol. in-f*. Dans le V^y lettre de Brant 
àFroben, 13 sept. 1501. 

161. Der heilgen leben ntiw mit vil me Heilgen, und darzu der Pas- 
sion und die grossen fest, daz lesen, mit figuren zierlich und 
nutzlich den menschen. — Getruckt in der keiserlicben fryen 
stat straszburg durch Johannesgrtlninger, und seligclich voUendt 
ufF montag nach sant Matliis tag, des Jares von gottes mensch- 
werdung Tausent fttnflfhundert und zwey jar. In-P. 2 parties, 
Winter- und Summerteil, chacune avec une pagination à part. 
Grand nombre de gravures, de différents dessinateurs et de valeur 
très-inégale. Pour la Passion il y en a trois, occupant chacune 
une page entière ; elles n'ont ni monogramme ni date. Au verso 
de lavant-dernier feuillet il y a une gravure d'une composition 
fort remarquable : au bas une des plus anciennes vues de Stras- 
bourg que Ton connaisse; en haut la Vierge avec Tenfant Jésus; 
d'un côté de la ville, des ressuscites auxquels un ange montre la 
Vierge, de l'autre, l'enfer dans lequel sont précipités des démons; 
au fond une mer; aux deux coins du haut des vents qui goufflent ; 
sur une espèce de promontoire, les planètes sous des formes 
humaines; sur la mer trois barques, dans chacune un homme 
tenant un livre ouvert qu'il offre à la Vierge; au-dessus de l'un 
est écrit S. Brand, au-dessus du second, qui est en costume ecclé- 
siastique, S.MRH; sur la barque du troisième, qui est un moine 
auquel un ange pose une couronne sur la tetc, il y a les lettres 
ATSAMNVN, que je ne saurais déchiffrer; c'est peut-être pour 
Ratsamhusen. Je ne doute pas que la composition de cette image 
ne soit de Brant lui-même; elle rappelle, à ne pas s'y tromper, 
le genre des images du Virgile. La même gravure est reproduite 
au dernier feuillet de l'Evangelibuch de Geiler, Strasb. , Grû- 
ninger, 1515, in-f*. Dans le Heiligenleben la gravure est suivie 



366 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 



d'un feuillet : Zu eren der wirdigen muter gotes bescLlus dis 
wercks durch Seb. Brant; traduction de son invocation à la 
Vierge, composée d'extraits d'Apulée. 

Der lieilgen lebcn ntiw getruckt mit vil schônen figuren und 
etlichen zusatz andrer Heiligen lieplicli zu Icsen. — Getruckt in der 
keyserlichen freyen stat Straszburg durch Johannem grtininger, 
seligklîch vollendet aufF montag vor dem palmtag, des Jares vor 
gottes menschwerdung Tausent fiinflfhundert unnd zehen iar. 
In-f>. 

Der heiligen leben neuw getruckt. Der hohen unteilbaren 
drivaltigkeit zu lob, Mario der wtlrdigsten Junckfrawen und 
mutter gottes zu eren und den Christenmenschen zu heil und 
seliger underwysunge. — Gedruckt in der keyserlichen freyen 
statt Straszburg durch Mathis Hupfuff, seligklich vollendet ufiF 
montag vor Johannis des teuffers, des Jahres von gottes mensch- 
werdung tausend und fiinffhundert und drey zehen jar. In-f*. 
Parmi les gravures il y en a quelques-unes d'Urs Graf, tirées de 
sa Passion, publiée en 1506. Celle de la fin, avec la vue de Stras- 
bourg, est remplacée par une grande image de la Vierge. — Une 
nouvelle édition fut faite à Strasb. en 1521, impr. par Martin 
Flach pour Jean Knoblouch. 2 T. in-f°. 

162. Hortulus animse. Il existe sous ce titre plusieurs recueils de 
prières, les uns en latin, les autres en allemand; tous ont avant 
les prières un calendrier et sont ornés de gravures. 

En 1502 l'imprimeur Jean Wehinger chargea Brant de ti'a- 
duire un de ces livres en allemand. 

En 1498 et en 1500 avait paru à Strasbourg, per Wilhelmum 
ScliafFcner de Roperswilre, un Ortulus anime, in-S**, Goth., avec 
gravures. (Hain 8936; le n° 8933, qui est le Hortulus de 1500, 
a chez Hain le titre : Ortus aniniœ; je suis persuadé que c'est le 
môme ouvrage que celui de 1498.) Ne l'ayant pas vu, je ne sau- 
rais dire s'il est l'original traduit par Brant. La traduction porte 
ce titre : 

Ortulus anime 

Der selen gilrtlin wurdo ich gnent 

von dem latein man mich noch kent 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 367 



zu Straszbui'g in seyni vattcrlant 
hat mich Sebastianus Brant 
besehenn und vast corrigiert 
zu tûtschem ouch vil transferiert 
mich druckt Johannes Wâliinger 
der hat erlangt durch grosz beger 
den kristenmenschen zu andacht 
vonn Rômscher konigklicher macht 
mich niemans sol by pen vast hoch 
in dry joren y m druckenn noch. — 

Getruckt und geendet zu Straszburg durch Johannem Wa- 
hinger am mitwoch noch sant Bartholomeus des hoyligen zwolff 
potten tag nach gottes geburt XVhundert und ij jar. Der disz 
btichlein mit sampt dez lateinischen ortulus anfengklich und zu 
aller ersten mit groszem floisz : mtig : cost und arbeyt dem almech- 
tigen got zu lob zesamen gesetzt : gelesen : und gebracht und 
darnach in dcn truck geben hat. Und hat auch diszes an vyl orten 
und enden gemeret und gebessert als der lesende das wol sehen 
und hôren wiirt. 320 feuillets pet. in-8®, avec 66 gravures très- 
fines. 

Il résulte de la déclaration de Wchînger qu'avant la traduc- 
- tion allemande il avait fait une édition latine. 

Idem. Ibidem, am mitwoch nach dem sontag Rerainîscere. Nach 
gottes geburt ftlnfFzehen hundert und vier Jar. 

— Strassb., Martin Flach, 1512, les vers du titre un peu 

changés. 

D'après le premier vers : Der selen gartlin wurde ich gnent, 
on peut supposer que le Hortulus anime , Zu teutsch gênant der 
selen gartlin, imprimé à Mayence par Pierre Schôflfer en 1513 
et en 1514 (Weller, 783, 835), est une contrefaçon de celui de 
Wehinger. 

En 1503 Wehinger publia aussi denuo le texte latin, revu et 
corrigé par Brant et Wimpheling : Hortulus anime denuo diligen- 
tissime per prestantissimos viros et dominos doctorem Brant et 
magistrum Jacobum Wimpflfelingum castigatus. — Impressum 
Argentine per Johannem Wehinger veneris post Galli anno do- 
mini M.D.TII qui hortulus anime tam in vulgari theutonico : 



368 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

quam in latino primuiu magna cum diligentia laboribus et ex- 
pensis in laudem ot gloriam omntpotentis dei et omnibus 
christîfidelibus ad profectum et salutem imprimi fecit et cura- 
vit. Insuper hortulo in presenti plura superaddidît que in prie- 
ribus non habcntur. Deinceps prestantissimis viris et dominis 
doctori Brant : et magistro Jacobo Wimphelingo Sletstatino ad 
corrigendum et emendandum commisit. Petit in-8°. Goth. Les 
mêmes gmvurcs que dans l'allemand. Au-dessous du titre, qui 
est imprimé en rouge, il y a, en noir, quelques distiques de Brant 
ad lectorem. 

Voici quelques renseignements sur d'autres Hortuli : 

P Une édition, sans autre titre que Hortulus anime, ayant 77 gra- 
vures, Argentine per Joannem Knoblouch quinta feria post fes- 

- tum purificationis Marie virgînis. Anno domini M.CCCCC.Vlil, 
pet. in-8°, est différente de celle de Wehinger et de la suivante : 

2° En 1500 et en 1508 il parut un Hortulus latin chez Grttninger; 
le mcmc chez le même en allemand en 1501 et en 1503. Il com- 
mence par ces mots : 

Ortulus anime. 

Dyses bttchlin ein wurtzgart ist 

Der sel, die sich darin erfrist 
In einem schowendcn leben 

Dardurch ir owigs wtlrt geben. 

Les strophes du calendrier, les prières, les gravures différent 
de celles du Hortulus de Wehinger. — Le Hortulus anime zu 
teutsch Selenwlirtzgertlin gênant, imprimé en 1519 et en 1520 
par Frédéric Peypus à Nuremberg pour le libraire Jean Kober- 
ger, pourrait bien être une reproduction de celui de GrUnînger,* 
à en juger du moins d'après le premier vers de ce dernier. (Wel- 
Icr, 1193, 1401.) Déjà en 1513 Jean Clein avait imprimé à Lyon 
un Hortulus poiu* Antoine Koberger de Nuremberg. (Weller, 
782.) 

3° Sur un Hortulus de 1515, zu Basel durch Michaelem Furter, et 
un de 1518, Basel 1518 (Weller 898, 1116), je ne puis pas même 
faire de supposition. J'ignore s'ils donnent le même texte que 
celui qui en 1519 parut en latin chez Thomas Wolf à Baie, et en 




INDEX BI13LI0GRAPHIQUE. 369 

1520 en allemand chez le même. Quelques-unes des gravures rap- 
pellent celles du Ilortulus de Knobloucli de 1508; mais le texte 
n*a rien de commun avec aucun des strasbourgeois. 

4° Un Hortulus, publié en 1518 à Augsbourg par Jean Miller, com- 
mence par ces mots : 

Gott schuff den mensclien nach seîner gestalt 

Gab jm das paradeysz gcwalt 
Nach dem fal must er darausz gon 

Die widerfart ist in disem puchlin ston. 

(Weller 1115.) 

Je puis d'autant moins prétendre à avoir Spuisé la bibliogra- 
phie de ces livres, que je n'ai pas pu les voir tous moi-même; 
cela ne rentrait du reste pas dans mon plan. 

163. Virgilii opéra cum quinque vulgatis commentariis expolitissimis- 
que figuris atque imaginibus nuper per Sebastianum Brant super- 
additis exactissimeque revisis atque elimatis. — Impressum regia 
in civitate Argentenensi (sic) ordinatione : elimatione : ac relec- 
tione Sebastiani Brant : operaque et impensa non mediocri ma- 
gistri Johannis Grieninger. Anno incarnationis Christi Millésime 
quingentesimo secundo quinta kalendas Septembres die. Marque 
de rimpr. In-f*. Le texte, qui occupe le milieu des pages, est 
entouré des commentaires. — Au verso du titre, carmen de 
Brant; dans le cours du volume, des arguments en distiques du 
même pour les différents poèmes de Virgile; et dans TAppendix, 
1** XIII : ad cunctos probœ indolis adolescentes expurgatio Seb. 
Brant cur priapeiam presenti opère non inseruerit. 

Les gravures de cette édition sont reproduites dans les Opéra 
virgiliana cum decem commentis docte et familiariter exposita. 
Lugduni in typographaria ofBcina Joan. Crcspini. 1529. In-f*. 

1503. 

164. Tercntius comico carminé. — Impressum in nobili Helveciorum 
urbe Argcntina per Johannem Grilninger mira etiam arte et dili- 
gentia. Anno M.D.III.XV. Kalendas Aprilis. In-f*. Au verso 
du titre : Ad Terentium afrum contra comici carminis mastices 
et criticos sympathia Sebastiani Brant. 

H 2^ 



370 INDEX yiBLIOGRAPHiQUE. 

164^. Rabanus Maurus, De laudibus crucis. — Ind. bibl. G2. — Car- 
men de Brant : Ad magni ingenii viruiii bonaruïnque rcriini in- 
dagatorem solertissimum fratrein Nicolaum Keînbôs. ordinis 
S. Jolianuis Hierosolimitani. plebanum Durlaecnsem. in inirifi- 
cuin'opus Rabani Mauvi de laudibus crucis ourua^t; sive commen- 
datio. Ce même poème est joint à ses Somnia. Ind. bibl. 118. 

1506. 

165. Sermones convivales Conradi Peutingeri de mirandis Germanie 
antiquitatibus. — Joannes Prtis in œdibus Thiergarten Argentin» 
imprimebat. Mathias Schurer recognovit. S. a. In-4**. — In i)raî- 
stantissimi illustratoris Germanise domini Conradi Pytingeri 
Augustensis symposiarchi (sic) convivales sermones carmen Scb. 
Brant. 

1507. 
165*. Spéculum vitœ humanseRoderici Zamorensis. Elegia Seb. Brant. 
Ind. bibl. 72. 

165^. Thomas Wolf. In Psalmum XXIII. Carmen de Brant tk éo^svctov 
xwv '^aXixtov Toû VoX^tou vsûtcoou sÇaîti/ov, vers latins. Ind. bibl. 218. 

165*^. Thomas Wolf. In Psalmum domine quis habitabit in tabema- 
culo tuo. — Argentor. 1508. In-4°. — Ilexastichon Seb. Brant 
viri clarissimi in Thomse Vuolphii -laÀiJLOYpa^iav. — Ind. bibl. 219. 

165*^. Lupoldus Bebenburgensis de iuribus et translatione imperii. — 
Hexastichon Seb. Brant. Ind. bibl. 78. 

166. Frcidank. Titre : 

Don freydanck niiwe mit den figurcn 
fiigt pfaffen, adel leyen burcu 
man hielt ctwan uff kcin spruch niclit 
don nit herr Freydanck het gedicht. 

Conclusio correctoris : do man zalt funffzelicnhundert iar und 
acht, was gutsy daswcrdwar. Joh. Griininger, 74 feuillets in-4^, 
avec 46 mauvaises gravures. 

Idem. Augsburg, Hans Schonsperger; 1510, in-i^. Etc. 



INDEX B113L10GRAPIIIQUE. 371 

1509. 

167. Layen Spiegel. Von rechtmUszigen ordnungcn in Burgerlichcn 
und peinlichen regimenten. — Volbracht... in der kaiserlicheu 
liaubtstadt Vindelica yetz Augspurg des lands schwaben, von 
Maister Hansen Otmar. Durcli ordnung und darlcgung gantzes 
kostens des... herrn johann Rynnmann von Oeringen... des jars 
als man zalt nacli christi geburt M.D.IX. In-f^. Gravures. Pro- 
faces de Brant et de Locher. 

Idem. Strassburg, M. Hupfuff, M.D.X, am dornstag vor S. Bar- 
tholomeus. In-f^. Gravures, en partie diflferentes de celles de 
rédition de 1509. — Ib., 1511, in-l^ 

Der neu Layenspiegel von rechtmàszîgeD ordnungen in Bur- 
gerlichcn und peinlichen Regimenten. Mitt addition, auch der 
guldin BuUa, koniklich reformation landfriden. auch bewarung 
gemeiner rccht und andemi antzaigen. Augsb. , Otmar, 1511, 
in-f''. Gravures. C'est Tédition la plus complète. Elle fut réim- 
primée par le même éditeur en 1512, puis en 1514 à Strasb. par 
Hupfuff; sans que celui-ci uoit nommé; également à Strasb. en 
1518, 1527, 1530, 1532, 153G, 1538, 1514, 1550, 15G0. — Sur 
de prétendues éditions antérieures à celle de 1509, V. Stintzing, 
Gesch. der popul. Litorat. des roraisch. und kanon. Rechts, 
p. 425 et suiv. 

1510. 
167*'^. In mortem Johannis Keiserspergiî. Dans la brochure publiée 
par Wimpheling. Ind. bibl. 34. — La suscription : Carmen istud 
a Seb. Brant sepulchro Keyserspergii affixum est, permet de 
supposer que la pièce a paru d'abord comme feuille détachée, 
dont Brant déposa un exemplaire sur le sépulcre du prédicateur. 
Avec quelques variantes, dans les Icônes do Reusner, Strasb., 
1590, p. 27. En rimes allemandes dans les sermons de Geiler, 
Die Emeis. 

151G. 

1G8. Der richterlicli ClagspiegeL Ein nutzlicher begriff wic man 

setzen und formieren sol nach ordenung der rechten ein yede 

clag, antwort und uszzcsprechen urteylen, gezogen usz geist- 

lichen und weltlichen rechten... Durch doctorem Seb. Brandt 



k. 



372 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

wider durchsichtiget und zum teyl gebessert. — Gctruckt selîg- 
lichen durcli Matliis Hupfuff Burgcr zu Straszburg, und voln- 
bracht iiff Matliie apostoli als nian zalt von der geburt Chrîsti 
unsers herren tausent filnfF liundert und sechzehen jare. In-f*^. 
Avec gravures sur bois. Dédicace en vers aux sénateurs de 
Strasbourg Jean Bock et Pierre Museler. 

Idem. Strasb., Job. Albrecht, 1533, in-f*. 

1G8*. Heinricus de Hassia contra disceptationes etc. — Ad Jacobum 
Wimphelingum hexastichon Seb. Brant, et à la fin quelques vers 
allemands du même. Ind. bibl. 91. 

1518. 
161). Derewigen wiszbeit betbuchlin. Basel 1518, in-8^ Au jP>XCIII 
il y a de Brant : Der Rosenkrantz mit blumen des lebens und 
lydens unsers herren iesu Christi geflochten, mit den blutfarben- 
roscn des mitlydens der lobwiirdigesten iunckfrowen Marie un- 
derzogen, mit dem engelschcn Grusz. Sàlig syest du andechtigcr 
léser. C'est la traduction du Eosarium, Varia carmina, f* B, 2. 

1520. 

170. (Angélus de Clavasio), Summa angelica de casibus conscientiœ, 
denuo revisa a Seb. Brant. Argent., Job. Knoblouch, 1520, în-f°. 
Avec une rbapsodia de Brant. 

1532. 

171. Franciscus Petrarcha. Von der Ai'tzney beyder Gluck, der 
gutcn und widerwertigen. Unnd wesz sich ain yedcr inn Gcliick 
und ungliick bal ton sol. Ausz dem Lateinisclien in das Teutscli 
gczogen. Mit kiinatlichcn fyguren durcbausz gantz lustig und 
sclion gezycret. 2 Parties, la 1^ de 144 feuillets, la 2*-* de 178. 
Au bas du titre : Gedruckt zu Augsburg durch Heinricli Steyner. 
M.D.XXXII. In-f*. Le traducteur de la 1^ partie est Pierre 
Staliel, de Nuremberg; celui de la 2**, Georges Spalatin, chapelain 
de rélccteur de Saxe. L*ouvrage est dédié aux médecins Sigis- 
mond Gryinm et ilaximilicn Virsing, qui avaient conseillé de 
faire la traduction. Les titres des deux parties ont la même 
grande gravure, la roue de la fortune; en outre il y en a une 
l>our chaque chapitre, toutes très-belles, exécutées, comme le 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 373 

(lit rimprimeur dans sa préface au lecteur, d'après les indications 
de feu le docteur Brant. Au f" 3^ • Vorred Sébastian! Brandt, en 
rimes. Cette préface, ainsi que la date 1520 sur la dernière gra- 
vure, prouve que dès cette époque on avait projeté la publica- 
tion. 

Idem. Petrarcha. Trostspiegel in Gluck und Ungliick. Frankf. 
1572, in-f*, sans la préface de Steyner, mais avec les mêmes 
gravures et les mêmes vers de Brant. 

III. 
GEILER DE KAYSERSBERG. 

Le libraire Jean Gruninger, qui en 1512 fit paraître la rédac- 
tion allemande abrégée que le docteur Eck avait faite des ser- 
mons sur la Nef de la pénitence, annonça Tintention de publier 
j,tous les livres" de Geiler dans le même format. Dans les années 
suivantes il donna en effet quelques recueils, mais il n'arriva pas 
à une édition des œuvres complètes. Les Opéra omnia de Geiler, 
mentionnés dans la Biographie universelle do Micliaud (édit. 
de 1856, T. 16, p. 381) comme ayant paru en 1509, 1510 et 
1518, n'ont jamais existé ; Tauteur de Tarticle s'est sans doute 
laissé induire en erreur par le titre de la collection publiée par 
Wickram: Sermones et varii tractatus, ind. bibl. 198; cette 
collection, du reste, ne parut pas avant 1518. 

172. Wie man sich halten sol bei einem sterbenden menschen (Trad. 
de Gerson). — Anno LXXXII. 6 feuillets in-4**. 

Idem. S. I. et a., in-4**. — Réimpr. avec quelques modifications 
dans n^ 199. — Nouv. éd. en fac-similé avec une întrod. par 
Tabbé Dacheux. Paris 1878. 

173. Oratio habita in sinodo Argen. in presentia Episcopi et clerî 
anno millésime CCCC. LXXXII. feria quinta post domînicam 
quasi modo, per doctorem iohannem geiler de Keisersperg. S. 1. 
et a., 5 feuillets in-f^, sans pagination ni signatures. 

Réimprimé dans le Directorium statuum, publié par Wimphe- 



374f INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

ling, Strasb. 1489, in-4*', et dans les Sermones et varii tractatus 
de Geilcr. 

Ein heilsam kostliche Predig Doctor iohans geilcr von Kcisersperg 
predicanten der loblichen stat Straszburg. Dio cr zu bischoft' 
Albrechten von Straszburg nnd andern erwirdigen prelaten, und 
seiner gantzcn Ersaincn priesterschafft vor zciten getbon bat, ir 
nnd ires gesinds régiment und reformatîon antreffend. usz wol- 
geziertem latein durcli iacobum wimpflingen darzu durch grosse 
bit bewegt in tutscbe spraeb vcrandert und transferiert. — Und 
ist disz biicblin getruckt zu Straszburg... uszgangen niontag 
nach sant Nicolai. anno dornini. M. D. XIII. 12 feuillets in-f*, 
2 gravures. Dédié à Anne d*Endingen, femme de Louis Sturm, 
22 déc. 1512. 

174. Gersonis opéra. Argent. 1488 et 1489, 3 vol. f^ Basil., Nie. 
Kessler, 1489, 3 vol. f^. — Argent., Mart. Flacb, 1494, 3 vol. 
f^. — 4*^ volume, ib., 1502, f^ — Les 4 vol., J. Knoblouch, 
1511, f. 

175. Dise nachgescbriben predig liatt gclert und geprediget ein 
bocbgelertcr andecbtiger doctor mit namcn Jobannes von 
Keyscrsperg. — Anno domini M.CCCC.LXXXIX jabre. S. 1. 
6 feuillets in^*'*, au verso du 1*^^ une gravure : un arbre avec 
autant do brancbes qu'il y a de lettres dans Talpbabet ; au pied 
de Tarbre un prédicateur et quelques auditeurs. Ce sermon 

. fut publié par ;,une personne pieuse'^ a laquelle Gciler en avait 
donné une copie. 

Ein heylsame 1ère und predig des Wurdigen und llocbgelerten 
docters Doctor Johansen Geilcr von Keysersperg. — Anno 
domini. M.CCCC.LXXXX. jare. S. 1. 6 feuillets in-4°; mémo 
gravure que ci-dessus. 

Hain, n® 97G5, cite une édition s. 1. et a., 8 feuillets iu-4^, 
avec une gravure: Jésus flagellé, prés de lui sa mère. — Les 
idées, énumérées d'après les lettres de l'alpbabet, forment les 
tbomes des sermons n" 204. 

17G. Der bilgcr mit seinen eygenscbafl'ten aucli figuren. — Im 
XCIIII jar. S. 1., in-4'*, gravures sur bois. 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 375 

Eîn nutzlich buechlin das man nennet den Pilgrîm das hat der 
wiirdig doctor Keyscrsperg zu Augspurg gcpredigct. — Hat 
getruckt Lucas Zeisseiimair zu Augspurg und volendet am frei- 
tag nach sant Johans tag do man zalt nach cristi gepurt 
M.CCCC. und in dem XCVIIII jar. In-4^ Hain, n« 9767. 

Dans le recueil cité plus bas sous le n** 180, il y a, f' 39 et 
suiv., 18 sermons von Bilgerschaft, réunis en forme de traité ; 
comme je n'ai pas vu les deux premières éditions, je ne saurais 
dire si ce traité en est une reproduction, ou s'il est la publication 
imparfaite, c'est-à-dire incomplète, des sermons sur le même 
sujet dont parle Other dans la préface de l'édition qui suit. 

Christenlich bilgerschafft zum ewigen vatterland, fruclitbarlich 
angzeigt in glyclmusz und eigenschafft eines wegfertigen bîl- 
gcrs, der mit flysz und ylent sucht sin zitlich heymut. Gepredigt 
durch den hochgelerten herr Johanns geiler gnant von Keysersz- 
bergk, doctor der heiligen schrifft, predicant lœblicher gedecbt- 
nusz zu Straszburgk. — Gedruckt zu Basel durcb den fursich- 
tigon Adam pétri von LangendorflF, noch Christi geburt tusent 
fiinfï hundert und zwelff iar, des Monatz Junii an dem fûnff- 
zehenden tag. In-f^, gravures avec le monogramme d'Urs Graf. 
L'édition est dédiée par Other à Radegonde Gossenbroter, de 
Fiissen, 29 mai 1511, Fribourg; Other dit que Geiler lui avait 
remis le manuscrit écrit de sa propre main. 

Peregrinus doctissinii sacre théologie doctoris Joannis Geiler 
Keyserspergii concionatoris Argentinen. celebratissimi a Jacobo 
Othoro discipulo suo congestus. — In fine : Argentinse. Ex Aedi- 
busMatthie Schurerii, anno. M.D.XIII. Mense Februario. In-4°. 
Go th. Dédié à Jean Brisgoicus, prof, de théol. à Fribourg, 
10 juin 1512. Traduction résumée. — Dans la Biographie uni- 
verselle de Didot, T. 20, p. 358, il est parlé de Sermones de 
jubilseo, Strasb. 1500. Ce sont sans doute les sermons sur le 
Pèlerinage prononcés par Geiler lors du jubilé de 1500 et 
publiés par Other en 1511. Une édition latine de 1500 me paraît 
douteuse. 

177. Ein sendtbrieff gethon an die wUrdigen frauwen zu den Reu- 
weren zu Freiburg im Breisgau, darinu sie ermanend zu der 



376 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

waren evangelischen geystlichkeit. Strassb., s. a. (1499), în-4^. 
— Nouv. éd., s. 1. et a. (16® s.), in-4**. 

178. Der Trostspiegel. Au-dessous de ce titre une gravure, puis : 
Doctor Keyserspergs Trostspiegel, so dir vatter, muter, kînd 
oder friind gestorben sind. — NUt on ursach. Jo. Berckmîvn von 
Olpe. 16 feuillets in-4^ 

Idem. Strasb., s. a. (1503), in-4^. — Augsb., Hans Froschauer, 
1507, in-4*^. — Strassb., Joh. Knoblouch, 1511, f**. — Augsb., 
Froschauer, 1512, in-4^ — Basel 1583, in-8^ 

Reproduit dans les recueils ci-dessous n^ 185 et 186 ; dans le 
n** 185 il est dit que ces sermons furent prêcliés lors d*une 
peste, puis résumés en forme do traité à la prière du chanoine 
Charles de Bade. 

179. Passionis christi unum ex quattuor evangelistis textura. Rîng- 
mannus Philesius ad lectorem. — Au bas de f' D, 6 : Joannes 
Knoblouchus imprimebat Argen. S. a. 26 feuillets f^, 26 gra- 
vures avec le monogramme d'Urs Graf. Cette 1"* édit. se recon- 
naît à la répétition d'une des gravures, qui sert à la fois au 
chap. 23, la garde du sépulcre par les soldats romains, et au 
chap. 24, la résurrection. 

Der text des passions oder lidens christi usz den vîer evangelisten 
zusammen inn eyn syn bracht mit schônen figuren. — Getruckt 
von Johannes Knoblouch zu Straszburg anno millésime quingen - 
tesimo sexto. 34 feuillets f^, avec les mêmes gravures, sauf que 
celle qui dans la première édition servait à la résurrection , est 
remplacée par une de Jean Wâchtelin. 

Passio domini nostri Jesu Christi, ex evangelistarum textu quam 
accuratissime deprompta additis sanctissimis exquisitissimisque 
figuris. Heus eme Icctor nam et lachrymas (nisi lapideus fueris) 
ista tibi excutient : et sanctiorem vitam protinus inspirabunt. 
Rigmannus (sic) Pliilcsius ad lectorem... — Joannes Knoblou- 
chus imprimebat Argen. Anno. M.D.VIII. In-f**. Mômes gra- 
vures que dans Tédition allemande. A la fin on a retranché l'épi- 
logue de Ringmann et les vers sur Marie-Madeleine. — Strasb., 
Joh. Knoblouch, 1517, f^ Panzer 11, 357 ; — 1509, f>; — 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 377 

« 

Mat. Hupfuff, 1513, f', avec addition do quelques gravui'es 
plus petites. 

La traduction allemande, sauf* le dernier chapitre, forme la 
partie de la Passion dans la Postill de Geiler. Ind. bibl. 200. 

180. Predigen teutsch : und vil gutter leercn des liocli geleerten 
herrn Johann von Kaisersporg. in der gotliche geschrifft doctor 
und prediger zu dcin hohen stiflffc unser lieben frauwen mynster. 
der stat Stroszburg. Aux quatre coins de ce titre, des médaillons 
avec les symboles des évangélistes. — Gedruckt zu Augspurg 
von maister Hannszen Otmar... anno 1508. In-f°. Deux grav. 
sur bois. — D'après une note au verso du titre, le volume fut 
publié, à rinsu de Geiler, aux frais de quelques prêtres et 
laïques d'Augsbourg. Il contient : 

1° Von dem berg des schauwens, sermons prêches dans la 
cathédrale d'Augsbourg en 1488. Texte latin, Sermones et varii 
tractatus, f° 77. 

2° Von bilgerschafft, v. ci-dessus n® 176. 

3° Sermons divers prêches au couvent de Sainte-Madeleine 
en 1495, 1490, 1498, transcrits par une des religieuses et en 
partie rédigés en forme de traités. 

4*^ Von sieben eselhefften, sermons prêches pendant Ta vent 
de 1497 -, en latin, de uncinis asinariis, dans les Serm. et varii 
tract. 

181. Dis bilchlin wisot wie sich ein yeglicher Cristenmensch schicken 
sol zu einer gantzen volkomnen und gemeîner beicht, und îst 
gebredig (sic) und corrigieret worden durch doctor Keisersberg 
zu Straszburg. Gravure. — Gedruckt zu Basel durch Niclaus 
Lamparter. S. a. 16 feuillets in-8°. 

182. Fragmenta passionis domini nostri Jesu Christi. A celeberrimo 
(divini eloquii oratore) domino Jeanne Geiler ex Keisersberg 
theologo, sub type placente mellee predicate. Per Jacobum 
Otherum familiarem eius in hune modum collecta. Gravure. Au 
verso du titre, distiques de Wimpheling et de Béatus Arnold. — 
Ex cdibus Matthie Schurerii Mense Decenrbri. Anno. 1508. 
In-4«. Goth. 



378 INDEX RIBLIOGRAPIIIQUE. 



Ammon, p. 23, s'est trompé en parlant d'une éd. de 1507 ; les 
sermons furent proches pendant le carême de cette année, mais 
ne parurent qu'en 1508 , comme on le voit par la lettre d'Otlier 
îi Wimplieling, 17 déc. 1508. 

Idem. Pas de gravure au titre, mais les distiques de Wimpheling. 
Ex cdibus Matthie Scburerii mense Novembri. An. M.D.XI, 
In-4^ Goth. 

Doctor Keiscrspergs Passion des Heren Jesu. Ftirgegeben und 
gcpredîget gar betrachtiglich (partîeuliert) und geteilt in stiickes 
weis oins tiiszen lebkuchen uszugeben (por quadragesimam) als 
durcli die gantze fusten allen tag wol ein Predig darusz zu 
nemen ist. Neulîch usz dem latyn in ttltsclie sprach Transferîert 
durcli Johannem Adelplium Physicum von Straszburg. Gravure : 
Geiler en cliaire. — Au f° 109 : Getruckt und selicklichen vol- 
endet durch Jolianem griiniger (sic) buchtrucker zu Strasz- 
burg, ufF mon tag vor sant Andréas tag im aduent und iar 
M.D.XIIII. Suit une gravure : la résurrection, puis quatre 
pages : Beschlusz dis buclis, et la traduction en rimes allemandes 
des- vers de Wimpheling et d'Arnoaldus. In-P. 38 gravures dont 
14 grandes. Le livre est dédié par Adelphuâ à Christophe de 
Rcineck, custode du chapitre do Trêves, 11 nov. 1513. C'est 
une traduction littérale du texte publié par Other. F° 66, Adel- 
phus a intercalé un passage sur la consécration de Tévêque 
Guillaume de Honstein. 

183. Dis sclion buch gênant der seelen Paradisz, von waren und 
voikummcn tugonden sagend. hatt geprediget, und zuletzt corri- 
giert, der gottfôrchtig hochberilmt doctor und predicant. 
Johannes Geiler von Keyszersperg zu den Reuwern in Strasz- 
burg. Als man zalt nach der geburt Christi unszers herren 
Tausent Filnff hundcrt und dreu jar. Gravure : la désobéissance 
d'Adam et d'Eve. — Gcdruckt in der Keyszerlichen frey stat 
Straszburg von dem wolgeleerten magistro Mathie Schurer, im 
jar als man zalt funfzehen lumdcrt und zehen jar, nach christus 
geburt , am zwen vnd zweintzigisten tag des Brachmonat. In-f*. 
Publié par Other et dédié par lui à Jean de Schonau, de Fri- 
bourg, 5 juin 1510. Sermons prêches de 1503 à 11^05 chez les 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 379 

Pénitentes , écrits par la prieure Susanne Horwart et, après sa 
mort en 1504, par la sœur Ursule Stigel; Geiler revit le texte et 
lui donna la forme cVun traité divisé en chapitres. 

184. Celeberrimi sacrarum littcrarum doctoris Joannis Geiler Keisers - 
bergii : Argentinensium Concionatoris bene meriti De oratione 
dominica Sermones. Per Jacobuui Otherum Ncmetensem hac 
forma collecti. — Matthias Schûrerius Argentorati emisit, 
IIII. Kal. Augusti. ^\nno II.D.X. In-4^ Goth. — Dédié par 
Other à Jodocus Gallus et à Jean Vigilius, 17 mai 1509. Ser- 
mons prêches dans la cathédrale en 1508, pendant et après le 
carême. 

Doctor Keiserspe;:gs pater noster. Des hochgclerten wirdigcn Pre- 
dicanten der loblichen statt Straszburg. Vszlegung, liber das 
gebette des herren, so wir tiiglich sprechen. Vatter vnser der du 
bist in den hymeln etc. Gravure : Geiler en chaire. — Getruckt 
und volendet in der loblichen statt Straszburg. Durch den fiir- 
sichtigen Mathiam Ilupfuflf, buchtrucker. vff Letare oder halb- 
fastcn. Als man zalt von der geburt Christi vnsers herren, 
Tausent, funfF hundert vnd fiinfftzehen jare. In-P. A la fin une 
des gravures de la Passion d^Urs Graf. Le traducteur est Jean 
Adelphus, alors médecin de la ville de Schaffliouse ; il dédia le 
livre à Tévéque GuiHaume de Strasbourg, 25 mai 1514. 

185. Das buch granatapfel. im latin gênant Malogranatus. helt in ym 
gar vil vnd manig haylsam vnd siisser vnderweyzung vnd leer, 
den anhebenden, auflFnemenden , vnd voUkommen raennschen, 
mit sampt gaystlicher bedeutung des auszgànngs der kinder 
Israliel von Egipto, Item ain merckliche vnderrichtung der 
gaysllichen spînnerin. Item etlich predigen von dem hasen im 
pfeffer Vnd von siben schwertern , vnd schayden , nach gaist- 
licher auszlegung. Meerers tails gepredigt durch den hoch- 
geleerten doctor Johannem Gayler von Kaysersporg etc. — Ge- 
druckt zu Augspurg von maister Hannsen Otmar mit hilff vnd 
verlegung des Erberen Jorgen Diemars, vnd volendet gluck- 
sàligklich aufF sambstag nach nativitatis Marie, des iars do man 
zalt. 1510. In-f*^. Six gravures, dont 4 marquées H. B., Hans 



380 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

Burgmaier. — Les diverses pièces composant le recueil parurent 
• aussi séparément, chacune a son explicit, Augsbourg 1510. 

Idem. Gcdruckt zu Straszburg durch Joliannem Knoblaucli auff 
Frcytag nach Gregorii, Dos jars do man zaltM.D.XI. In-f®. Six 
gravures, imitées de celles de l'édition d'Augsbourg, mais d'une 
meilleure exécution ; trois en ont la marque de Hans Baldung 
Grien. 

Idem. Gcdruckt zu Straszburg durch Johannem Knobloch uff 
Freytag vor Johannis baptiste. Des jars do man zalt M.D.XVI. 
In-f>. 

A chacune des trois éditions est ajouté à la fin le Trostspiegel 
(v. ci-dessus n*^ 178). 

Le traité intitulé Granatapfel n'est pas de Geiler; c'est un 
résumé allemand d'un ouvrage latin intitulé Dyalogus dictus 
Malogranatum. In fine: Explicit dyalogus ...compilatus a quo- 
dam venerabili abbate monasterii Aule régie in Bohemia ordinis 
Cysterciensis. Anno domini M.CCCC.LXXXVII. S. 1. In-1^. 
Goth. , 2 colonnes. Trois livres de dialogues entre un fils et son 
père, do statu incipientium, de statu proficientium , de statu 
perfectorum. La forme est scolastique; chaque livre est divisé en 
plusieurs distinctions, chaque distinction en plusieurs chapitres. 
Le texte allemand n'a de neuf que la symbolisation des trois états 
par Lazare, Marthe et Marie. 

La Geistliche Bedeutung des Ausgangs der Kinder Isi'ahel 
ans Egipto est une reproduction, peu modifiée, d'un traité sous 
le même titre , dont un ms. de la fin du quatorzième siècle avait 
existé à la bibl. de Strasb., Cod. B, 138, in-4**. 

Un texte latin du Has im PfefFer, Sermones et varii tractatus, 
f> 62. 

• 

186. Das irrig Schaf. Sagt von kleinmûtikeit vnd verzweiflung. 
Gebrediget, vnd gedeutscht, durch den wtirdigen vnd hoch- 
gclerten doctorem Johannem Geiler von Keiserszberg, mît sampt 
den nachvolgenden tractaten (v. le titre plus complet de l'édi- 
tion suivante). Gravure : une brebis. 

Getruckt durch magistrum Mathiam Schiirer. S. a. In- 4**, 
2 gravures outre celle du titre. "^ 




INDEX BIBLIOGUAPIIIQUE. 381 

Das Irrig schafe. Das irrig scliafe sagt von cleinmiitikeit vnd bOser 
anfechtung. Der helliscli Low von bôser anfechtunge. Kristliclie 
Kungin Von vnderscheid tôtlicher vnd teglicbcr siind. Der 
dreieckigt Spiegel der gebott : der beiebt und wol sterben. Der 
eschengriidel. Anfang der menschen in dem dienst gotes. Das 
Klappermul derhinderredung. Der Trostspiogel des vnvernunff- 
tigen traurens. Geprediget vnd getutscbt, dureb den wirdigen 
und hocbgelerten doctorem Jobannes Goiler von Keisersberg 
mit sampt den obbestimten TracUite. — Gctruckt dureb Joban- 
nem greininger (sic) , uszgangen ufif samstag zu mitfast im iar 
1514. In-P, 8 gravures. 

Texte latin du Irrig Scbaf, Sermones et varii tractatus, 
P 121. 

187. Navicula sive spéculum fatuorum Prestantissimi sacrarum lite- 
rarum Doctoris Joannis Geyler Keysersbergii Concionatoris 
Argentinen. a Jacobo Otbero collecta. Compendiosa vitse eius- 
dem descriptio per Beatum Rbenanum Selestatinum. Gravure : 
un vaisseau avec 4 personnes ; au-dessus : ad Narragoniam. 
Après Tindex : gravure imitée , avec quelques cbangements , de 
celle des Varia carmina de Brant, î^ a, 1. 8. 1. et a., in-4^, Gotb. 
La Vita, caract. rom. et signatures à part. — Sermons prêcbés 
en 1498, traduits par Otber (le texte allemand a, par erreui', 
Ecber) ; dédiés à Jean Wydel de Gernsbacb , abbé des bénédic- 
tins de Scbuttern, 11 févr. 1510. 

Idem. Argentorati transscriptum XVI. die Mensis Januarii. An. 
M.D.XI. In-4®, Gotb., avec les mêmes gravures que le Narren- 
scbiff de Brant, d'après Téd. latine de Locher. 

Idem. Argentorati in officina literaria Joannis Knobloucbi, iteruui 
castigatiusque transscriptum. XXIIII. die Januarii. Anno 
M.D.XIII. In-4°, Gotb., sans gravures. 

Dans les Amœnit. frib., p. 75, on cite, d'après Maittaire, T. 1, 
P. 2, p. 708, une édition de 1499; c'est évidemment une 
erreur. 

Dos bocbwirdigcn doctor Keiserspergs narenscliiff so er geprcdigt 
bat zu Straszburg in der boben StifFt daselbst Predictant (sic) 
der Zeit. 1498 dis gepredigt. Vnd vsz latin in tutscb bracht. 



382 INDEX lilHLlOGUAPHIQUE. 

■ — ■ 

darin vil weiszheit ist zu lernen, vnd leert auch die naiTenschel 
hinweck werffen. ist nutz und gut alen mensclien. Cuin Privi- 
légie. — Gctruckt zu Straszburg von Johanne Gricninger, vnd 
seliglich gcendet, vf sant Bartho Ioniens abent In dem iar der 
geburt Cliristi Tusent.CCCCC.XX. In-f^, 2 colonnes, titre 
encadré, mêmes gravures que dans Tédition latine, mais dans 
un ordre un peu différent. — Le traducteur est le frère Jean 
Pauli ; il commença le travail le 15 juin 1519 et Tacheva le 
8 janv. 1520. Après Findex, des vers allemands d'Onuphrius 
Brant faisant Téloge du poème de son père. 

188. Sermones prestantissimi sacrarum litterarum doctoris Joannîs 
Geileri Keiserspergii Concionatoris Argentinen. fructuosissimi de 
tempère necnon de sanctis et festivitatibus principalioribus per 
totumannum. Cum Privilégie. — Joanncs Griininger vir circum- 
spectus ac providus. Argentine impressit. Anno. milesimo quin- 
gentesimo decimo 4. In vigilia Annuntiationis marie. In-f°, Goth., 
2 colonnes, gravures. 

Ces sermons furent traduits en latin par Jacques Bîethen, de 
Riquewihr, et dédiés par lui à Conrad Wickram, vicaire général 
du diocèse de Strasbourg, et à Clément Daniel, curé de Ribeau- 
villé, ex aîdibus domini mei Pétri Wickram , summae sedis con- 
cionatoris. Bietlien dit que Geiler lui-même avait désiré la 
publication de ces sermons, precliés en 1495, en partie dans la 
cathédrale, en partie à Sainte-Madeleine et à Saint-Nicolas-aux- 
Ondes. 

Sermones... de sanctis accomodandi. Ue arbore liumana. De XII. 
Excellcntiis arboris Crucifixi. De XII. fructibus spiritus sancti. 
De XIII. Conditionibus mortis sub type maioris villani arborum 
cesaris. dorfnieier. holtzmeicr. De morte Virtuali sine gratia. De 
XXIII. Obsoquiis mortuis impendendis que sermonibus de morte 
virtuali annectuntur. — Joannes Grtlninger vir circumspectus 
ac providus. Argentine impressit. Anno millésime quadringente- 
simo (sic) decimo 4. In vigilia Annunciationis marie. In-f'^, 
Goth., 2 colonntîs; mêmes gravures que dans Tédition ci-dessus. 
Bien que le jour de la mise en vente, la veille de TAnnoncia- 
tion, soit le môme dans les deux éditions, elles diffèrent non- 



INDEX BIBLIOGHA'PHIQUE. 383 



seulement par le titre, mais aussi parce que dans Tune la date 
est 1514, et que dans l'autre, par suite d'une erreur typographi- 
que, il y a 1414. 

Idem. J. GrUninger... Anne millésime quingentcsimo. dccimo 
quinte. In vigilia Natiuitatis Marie. In-f°, Goth., 2 colonnes; 
mêmes gravures. Sur Tencadrement du titre on voit les lettres 
E. F. et G. W. 

— Argent., 1518, in-4°. Amœnit. frib., p. 86. 

— J. Grtiniger (sic)... Anno millésime quingentcsimo. decimo 
nono. In vigilia Purificationis Marie. In-f**, Goth., 2 colonnes, 
mêmes gravures. Encadrement du titre différent de celui de 
1515. 

Das buoch Arbor humana. Von dem menschlichen baum, gc- 
prediget von dem hochgelcrten Doctor Johannes Keysersberg, 
darin geschicklich und in gottes lob zu lernen ist, des holtz- 
meyers des dotz, frolich zu warten, Einem yeden menschen 
ntitz und gut. — Datum in dem iar M.D.XXI. Uff sant Grego- 
rientag gotruckt zu Straszburg von Johannes grieninger; in-f'', 
mômes grav. que dans les éd. latines. — Le traducteur n*est pas 
nommé et la version n'est pas littérale. 

Des éd. du texte latin et du texte ail. de 1510, citées par 
Oberlin, p. 12, me paraissent suspectes; le privilège impérial 
de Téd. de 1514 est du 19 janv. de cette année. 

189. Navicula penitentie. Per excellentissimum sacre Pagine docto- 
rem Joannem Keyserspergium Argentinensium concionatorem 
Predicata. A Jacobo Othero collecta. Ecce ascendimus hieroso- 
limam. Gravure, marquée H. B. : un vaisseau, sur lequel un 
prédicateur et des auditeurs. — Ordinatione magistri Johannis 
otmar locatis expensis per circumspectum virum Georgium 
Diemar... in Augusta vindelicorum féliciter sunt impressi et 
finiti in hebdomade post nativitatem beatissime virginis Marie. 
Anni Millesimi Quingentcsimi Undecirai. In-f*, Goth. — Ser- 
mons prêches dans la cathédrale pendant les carêmes de 1501 
et de 1502, mis en latin par Other et dédiés par lui à Grégoire 
Rcisch , prieur de la chartreuse de Fribourg, 15 nov. 1510. 



384 INDEX UIBLIOGIIAPIUQUE. 

Idem. Argentorati. In sedibus Mattbie Schurcrii Mense Maio. 
Anno M.D.XII. Tempus observa. In-4^, Gotb. 

— Argent. lalS. 1517. 1519. In-4". Amœnit. frib., p. 81. 

Das Schiff der penitentz iind buszwurckung gepredigt in dem 
hoben stifft, in vnser lieben frauwcn mtinster zu Stroszburg, von 
dem Wirdigen bocbgelerten berren Doctor Jobann Qayler von 
Kaysersperg, in Teutscb gewendt vom latin, ausz seiner aygncn 
bandtgescbrifiFt. Ecce ascendimus bierosolymam. — Gedi'uckt 
zu Augspurg von maistcr Johann Otmar, mit zutbun vnd bilfF 
in verlegung des erbern Jorgen Dîemar Vnd volbracbt in der 
ersten Fastwocb. Anno domini FtlnfiFzebenbundert vnd viert- 
zeben, etc. In-f^, titre encadré, avec le cbifFre L B*, au verso 
du dernier feuillet une gravure avec le monogramme de Hans 
Scbauffelin. 

Idem. Strassb., Mat. HupfufF, 1515, inf^. 

Das scbiff des Heils AufF das aller kiirtzest bie uszgelegt Nacb der 
figur die doctor Jobannes von Eck gcmacbt bat zu Ingoltstat. 
bewegt ausz den predigen des wirdigen Herren doctor Jobannes 
geiler von Keisersperg etwan Predicant zu Straszburg in dem 
Elsas. M.D.XII. — Getruckt durcb Jobannem Grtlninger, in 
der loblicben fryen stat Straszburg (der aucb der meinung ist, 
aile btlcber doctor Keiserspergsz zu trucken, in der grôsze diszes 
bappyrs) vnd geendet vff sant Bartbolomeus abent, in dem iar 
von Cbristi vnsers lieben berren geburt. Tausent fiinflfbundert 
zwolffe gezalet. In-f®, 24 feuillets avec 9 gravures, dont quelques- 
unes plusieurs fois répétées, en tout 13. — Ce volume ne con- 
tient pas les sermons mêmes de Geiler, il ne donne que l'expli- 
cation d^me image que Jean Eck avait composée d'après ces 
sermons. Cette image, formant une double feuille in-P, paraît 
avoir été publiée d'abord à paii; ; un exemplaire s'en trouve en 
tête du Scbiff des beils que possède la bîbl. de Baie; on y voit à 
peu près toutes les scènes de la construction du navire, du départ, 
de la navigation, etc., dont avait parlé Geiler. Les petites gra- 
vures dans le texte, exécutées par le même artiste, excepté celle 
de f* 21 , reproduisent sous une forme plus détaillée quelques- 
uns des motifs réunis sur cette curieuse feuille. La Uszlegung 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 385 

diescr Figur, imprimée sur le revers avec les mêmes caractères 
que le livre, est un résumé du texte. 

190. Predig der bimelfart Ma. Dis seind fier predig von vnser lichen 
Frawen Eine seit von irer himelfart... Gepredigt durch den 
wirdigen vnd hochgelerten doctorem Johannem geiler von 
Keisersperg. Anno domini, etc. 1409 (sic) vnd seind von seinem 
mund abgeschriben. — Getruckt durch Johannes grttninger in 
der lohlîchen fryen stat Straszhurg vnd voUendet uff den ahent 
vnser lichen frauwen der gehurt, vnd inn dem iar von christi 
vnsers Herren gehurt Tusent ftlnffhundert vnd zwôlflfe gezalt. 
In-P, 18 feuillets, 2 col., 4 gravures. 

191. Von dem haum der seligkeit alphaheth in XXIII predigten an 
einem haum XXIII est vflFzesteigen zum ewigen lehen. Strassb. 
1512 et 1517, in-f^ Amœnit. frihurg., p. 83. 

Von dem Baum des ewigen lehens nach dem Alphabet geordnet 
und gepredigt durch den hochgelerten doctor Keysersberg. A la 
suite du n° 197 ci-dessous, et séparément chez Grlininger, 1518, 
in-f>, 40 feuillets. 

23 sermons prêches en 1490 dans les couvents de Sainte-Mar- 
guerite et de Sainte- Agnès 5 en partie ce ne sont que des résumés. 
Texte latin , Sermones et varii tractatus , P 93. V. ci-dessus 
n** 177. 

192. Tractatus de dispositione ad felicem mortem XXVII sermonibus 
absolutus. S. 1. et a., in-f'>. Aussi à la suite de quelques-unes des 
éditions des sermons de arbore humana. 

Von frUchten der penitentz der sterbenden kunst, à la suite du 
n« 199. 

Ces sermons sont peut-être le traité von dem Beichtweh que, 
suivant Béatus Rhénanus (dans son édition de Tertullien, Bâlo 
1521, in-f^, p. 471, argument du traité de pœnitentia), Geiler 
aurait écrit pour rassurer les âmes timorées. 

193. Das Evangelibuch. Das buoch der Ewangelien durch das gantz 
iar, mitt Predig und vszlegungen durch den wirdigen hochge- 
lerten Doctor Johannes Geiler von Keisersperg, der zeit Predi- 

II 25 



386 INDEX biblioghaphique. 

cant in dem holien Stifft der kcîserlichen freien stat Straszburg, 
die cr in seinen fier letsten Jaren gepredigt hat. Vnd das vsz 
seînem mund von wort zu wort gescliriben. Anno etc. M.D. vnd 
fier iar. Fast nutzlich vnd gut, nit allein den leyen etc. Vnd ist 
vor nie getruckt. Cum Privilogio. — Gctruckt in der keiserliclien 
freien stat Strazburg von Joliannes Grieninger in dem Iar als 
man zalt von der geburt Christi M.D. XV. In-f*, 2 col., gravures 
do différents maîtres et de différentes grandeurs; deux ont lo 
monogramme de Hans Schœuffelin, une est marquée H. F. Au 
dernier feuillet, la vue do Strasbourg qui se trouve à la fin du 
Heiligenleben de Brant, édit. de 1502. 

Evangelia mit vszlegung des hochgelerten Doctor Keiserspergs : 
und vsz dem Plenarium vnd sunst vil gutter Excmpel nutzlich, 
Sumer und Winttertheil durch das gantz iar. Introit, anfang der 
Mcsz Epistel und Collect etc. und auch me von den Heiligcn 
vnd die zwolff Evangelia die der Doctor auch gepredigt und 
vszgelegt hat, seint von seinem mund abgeschriben, und getruckt 
mit gnad und Priuilegio vszweiszet wie nach stot. — Getruck (sic) 
in der keiserlichen freien stat Straszburg. von Johanncs grie- 
ninger, volendet vff sant Adolffs abent des heiligcn Bischoff in 
dem iar als man zalt von der geburt Cristi. M.D. XVII. In-fo, 
2 colonnes. Quelques-unes des gravures de Tédition de 1515 
sont supprimées ; plusieurs sont remplacées par d\autres. 

Euangelia. Das plenarium vszerlesen vnnd davon gezogen in des 
hochgelerten doctor Keiserspergs vszlegung der ewangelicn vnd 
leren Anfang der Mesz, Colect, Secret, Epistel und Complend. 
Auch de sanctis von den heihgen. Summervnd Winterteil durch 
das gantz iar. Vil gutor exempel. Priester und leien nutzlich. 
Auch, XII. ewangeli von doctor Keiserspergs mund gesehriben 
hie in niiw getruckt. mit gnad und priuileg vszweiszt Keiserlicher 
brieff. — Getruckt in der keiserlichen stat Straszburg von 
Johanni Grieninger, volendet vff sant Gregorius abent in dem 
iar als man zalt nach der geburt Christi Tausent. CCCCC vnd 
XXII. In-f^, gravures. 

Ce recueil se compose de sermons et d'extraits réunis par 
Jean Pauli au profit des personnes qui sont empêchées d'aller à 
réglise ou qui aiment une lecture instructive. 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 387 

A cause de Tanalogie du titre , les rédacteurs des catalogues 
de quelques bibliothèques et même des auteurs d'ouvrages 
bibliographiques ont confondu ce volume avec un autre qui, tan- 
tôt sous le titre de Evangelia und Episteln, tantôt sous celui de 
Plenarium oder Evangelibuch, ou de Evangelia mit uszlegung 
dcr glos, epistel, prophecy etc., a été imprimé fort souvent 
depuis 1478, à Augsbourg, à Strasbourg, à Baie, Ce ne sont 
pas des sermons, c'est une simple traduction des péricopes et de 
quelques parties de la liturgie. 

194. Die Emeis. Dis ist das buch von der Omeîssen. vnnd auch, Her 
der Ktinnig ich diente gern. Vnd sagen von Eigentschafft der 
Omeissen vnd gibt underweisung von den vnholden und hexen, 
und von gcspenst der geist. und von dem wiitenden heer wun- 
derbarlich, vnd ntitzlich ze wissen, was man darvon halten oder 
glauben soU. Vnd ist von dem hochgelerten doctor Joannes 
Gciler von Keisersperg.... geprcdigt worden.... F° G6 : Item 
dîsz buch das ist geruckt (sic) und scUiglich geendet durcli 
Johannem Grieninger , In der Stat Straszburg vfF Freitag vor 
der Herren fastnacht inn dem iar M.D.XVI. In f , 2 colonnes, 
gravures. 

Idem. . . . J. Grienninger, geendet vor mitfast iu dem iar nach 
gcburt Christi 1517, f*. Mêmes gravures. — Sermons prêches 
pendant le carême do 1508 et recueillis par Pauli. 

195. Her der Kiing ich diente gern. Also ist dis btichlin gênant vnd 
hultet in funffzehen schôner niitzlicher leer und predig, auszge- 
legt von dem hochgelerten gotzfôrchtigen doctor Johannes 
Geiler von Keisersperg... Gravure: empruntée au Virgile de 
Brant, f'378, un roi entouré de sa cour, dans une salle. Getruckt 
in der Keiscrlichen freien stat Straszburg, von Johannes Grie- 
ninger vnd geendet vfF sant Mathis abent in dem iar von der 
geburt vnsers herren Cristi. M.D.XVI. In-f®, 2 colonnes. 

Idem, avec une autre gravure au titre : un roi assis sous un por- 
tique ouvert, devant lui cinq courtisans, au fond une ville. — 
Grienninger... sant Mathis abent in dem iar... M.D.XVII, La 
gravure du titre est reproduite dans le Barbarossa d'Adelphus, 
éd. de Strasb. Grttninger, 153^, f». 



388 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

Ordinairement ce recueil fait suite à TEmeis ; la pagination 
se suit à travers les deux ouvrages , mais il existe aussi de chacun 
des exemplaires à part. 

196. Die brôsamlin doct. Keiserspergs vffgelesen von Frater Johann 
Paulin barfuserordens. Vnd sagt von den funffzehen Hymelschen 
StaflFelen die Maria vflFgestigen ist, vnd gantz von den vier Leu- 
wengeschrei. Auch von dem Wannenkromer, der Kaufliit sun- 
derlich htipsche matery bei. LXII. predigen, nutzlich vnd gut 
den menschen die das lesen , on zweifel wol dadurch gebessert 
werden. Cum Priuilegio. — F® 110*: Getruckt von Johanncs 
Grtlningern in der Keiserlichen freien stat Straszburg/ vff Mit- 
woch nach vnser lieben frawentag der liechtmesz, in dem iar 
von der geburt Christr unsers herren. 1517. 

Suit une seconde partie sans titre, mais avec pagination à 
part; à la fin... Grtininger... uff vnser lieben frauwen abent 
der verkiindigung. In dem iar als man zalt von der geburt 
christi tausent fttnffhundert und. XVII. In-f*, 2 colonnes, titre 
encadre, gravures qui, depuis f* 45 jusqu'à P 87 de la 1^ partie, 
sont marquées H. F. avec la date 1516. 

Ces miettes ont été ramassées par le frère Pauli; depuis la 
mort de Geiler, dit-il, on a publié quelques recueils de ses ser- 
mons où Ton a omis Taccidens facetise; c'est pourquoi il croit 
devoir rétablir le texte tel qu'il l'a entendu lui-même 5 en outre, 
il ajoute des sermons et des fragments de sermons qui n'avaient 
pas encore paru. 

P® partie. 1*^ 22 sermons von den 15 staffeln. Dans ces dis- 
cours, proches dans la cathédrale en 1508, Geiler applique à la 
Sainte- Vierge les psaumes 119 à 133, appelés cantica graduum. 
Cela méfait supposer que ce sont les Prcdigten von den Stuffen- 
Psalmen, dont Oberlin, p. 25, et Riegger, Amœnit. friburg., 
p. 90, citent une édition de 1515, Strasb., in-f*. 

2° Von den vier Lcuwengeschrei, 17 sermons prêches pen- 
dant la foire de 1507 dans la cathédrale et dans quelques cou- 
vents. 

3° Der Wannenkromer, sermons de foire. 

La 2® partie contient, outre des fragments divers, quelques 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 389 

sermons (juo Pauli avait oublié d'insérer dans ses recueils précé- 
dents. 

197. Das buch der siLnden des munds. Von dem hochgelerten 
Doctor Keisersperg; die er nent die blatren am mund davon er. 
XXIX. predîgen und leeren gethon bat, Auch darby Doctor 
Keiserspergs alphabet in. XXIII. predigen geordiniert Niitzlicb 
vnd gut den menschen die das lesen, davon wol gebessert môgen 
werden. — Getruckt in der Freien statt Straszburg, durch 
Johanneiu Gricninger, vnd vollendt vff sant Fridlins tag. Im 
iar nach Christi geburt. M.CCCCC. vnnd. XVIII. In-f% 
2 col. Titre encadré, gravures, dont quelques-unes sont marquées 
de Ilans Baldung Grtin, et une, à ce qu'il paraît, de Hans 
Schauffelin. 

Les sermons von den stinden des munds, prêches dans la 
cathédrale pendant le carême de 1505 et publiés par Pauli, se 
terminent au f® 90; puis viennent, avec un nouveau titre (gra- 
vure , Tarbre de vie) et avec une pagination à part : Des hoch- 
gelerten doctor Keiserspergs alphabet in XXIII Predigen. 
V. ci-dessus n° 191. 

198. Sermones et varii Tractatus Keiserspergiî iam recens excusi : 
quorum Indicem versa pagella videbis. Endecasyllabum Otto- 
mari Liiscinii. . . Cum Priuilegio Imperiali. — Petrus wickgram. . . 
Joanni Grtininger calcographo ingenuo tradidit... Anno restitute 
salutis. 1518. Kalcndis augusti. In-f^, Goth., 2 col., titre enca- 
dré, 4 gravures. 

Idem. 1521. Kalendis augusti. In-f*, Goth,, 2 col., mêmes gra- 
vures, mais autre encadrement du titre. 

199. An dem Ostertag bat der hochgelert Doctor Keisersperg gepre- 
digt von den dry marien wie sie vnsern heren iesum cristum 
wolten salben Vnd von den mucken die vnsz die salben verdcrben. 
Von dem senflfkôrnlin. Vnd von den friichten des wolsterbens. 
Angeschriben von einer ersamen iunckfrawen vnd die erbeten 
das sie sollchs in den druck gelasen hat, in hofFnung zu gut allen 
menschen. — Seliglich geendet vnd gedruckt von Joannes 
Grieninger in der Keyserlichen statt Straszburg aufif mitfasten 
im iar 1520. In-f®, 2 col., gravures, dont une au titre. 



390 INDEX niBLIOGRAPIIIQUE. 



Sermons prêches dans le cloître de la cathédrale^ entre Pâques 
et la Pentecôte de 1495. Ceux sur Tart de bien mourir, von 
friLchten der penitentz, der sterbenden kunst, commencent f* 31 ; 
ils avaient déjà paru à part en latin ; v. n® 192. 

200. Doctor Keiserspergs Postill : Vber die fyer Euangelia durebs 
jor, sampt dem Quadragesimal, vnd von ettlichen Heyligen, 
newlich uszgapgen. Au-dessous : le portrait de Geiler. — Ge- 
truckt, vnnd selîgklich vollcndt durch Joannem Schott zu 
Straszburg... anno Christi M.D.XXII. In-f*, 4 parties, chacune 
avec sa pagination. 33 grandes gravures de Jean Wâchtelin et 
de nombreuses petites. 

Ce recueil, qui embrasse toute Tannée ecclésiastique, fut 
publié par Henri Wessmer, qui, dit-il, avait entendu et écrit les 
sermons; il y en a de différentes années, 1499, 1506, 1507, 
1508, 1509; quelques-uns se retrouvent par extrait dans les 
Evangelia mit uszlegung, ou par fragments dans les Brôsamlîn. 
Le texte de la Passion est celui qui parut en 1506 avec les gra- 
vures d'Urs Graf. 

23 des planches de Wâchtelin se retrouvent dans Touvrage 
intitulé : Passio Jesu Christi salvatoris mundi varie carminum 
génère F. Benedicti Chclidonii Musophili doctissime descripta 
cum figuris artificiosissimis Joannis Wechtelin. S. 1. et a., in-f', 
27 gravures. 

Dans le Catalogus librorum impressorumbibliothecîeS. Johan- 
nis..., Strasb. 1749, in-f* p. 88, est indiqué: Geileri Postill. 
Bas. 1491 , Martin Schott, in-f"". Weislingcr, Tauteur du cata- 
logue, a confondu la Postillc de Geiler avec le Plenarium publié 
par Martin Schott à Strasb., une 1*^ fois en 1481 et de nouveau 
en 1491 ; du reste, Martin Schott n'a rien imprimé à Baie. — 
Dans les Amœnit. frib., p. 84, on cite une édition de la Postille 
de 1512 ; il faut lire 1522. 

IV. 
PIERRE SCHOTT. 

201. Pétri Schotti Argentin. Patricii : Juris utriusque Doctoris con- 
sultissimi : Oratoris et Poct» elegantissimi : gr»cseque linguse 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. • 391 



probe fieruditi (sic) : Lucubraciunculae omatissimaî.. — A la fin, 
avant le registrum operis : Impressa a Martine Schotto Cive Argen. < 
Sexto Nonas Octobres Anno Christi M.CCCC.LXXXX.Vm. 
Au-dessous: Tinsigne des Schott, des deux côtés les initiales 
P. S. In-4^. Les mots grecs clans les lettres de Scliott et de ses 
îimis sont laissés en blanc. 

202. De mensuris syllabarum epithoma sicuti succinctissimum ita et 
fructuosissimum. — Impressum per Johannem Schottum civem 
Argon. Nono Kal. Januarias Anno salutis human» MCCCCC. 
14 feuillets in-4^. 

Epithoma de sillabarum quantitate ac versuum connexione, — Im- 
pressum per Mathiam Hupfuff civem Argen, Anno salutis humane 
M.CCCCC.VI. In-4°. A la fin est ajouté le carmen sur sainte 
Madeleine attribué à Pétrarque. 

V. 
SÉBASTIEN MURR. 

203. Baptistœ Mantuani Poetœ Oratorisque clarissimi duarum Par- 
thenicum libri : cum commentario Sebastiani Murrhonis Ger- 
mani Colniaricnsis : Hœbraice (sic) Grœcœ Latinseque linguarum 
intei'j)rî3etis (sic) doctissimi. — Impressum Argentin» quinte 
Kalendas Septembres. Anno Christi M.CCCCCI. Marque de 
Jean Schott. In-4®. 

Idem, augmenté do la 3® Parthenica. Argent. J. Knoblouch, 1515 
et 1518, in-4°. 

203^. Opus calamitatum Baptistœ Mantuani. 1502. V. Ind. bibl. 119. 

Idem. Argent., J. Knoblouch, 1515 et 1518, in-4®. 

Les deux ouvrages avec les commentaires de Murr et de 
Brant , aussi dans Fédition de Paris : Novem fratris Baptistse 
Mantuani ...opéra prsetercœtera moralia, familiari quidem Jodocî 
Badii Ascensii explanatione elucidata omnia, quœdam vero etiam ' 
argutissima Seb. Murrhonis et Seb. Brantii Germanorum doctis- 
simorum elucidatione decorata. Venundantur ab Joanne Parvo 
et ipso Ascensio Parrhisiis, et ab Jacobo Forestario Rothomagi, 



392 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

in suis cuiusque «edibus. — In fine : Coimpressa in sedibus 
Asconsianis împendio ipsius Ascensii Joannis Parvi et Jacobi 
Forestarii. Anno salutis M.D.VII, ad cal. Decemb^ In-f'. — 
Nouv. éd., 1513, 3 T. in.f>. 



VI. 



JODOCUS GALLUS. 

204. Mensa philosophica. — ImpressumHeidelbergseannoM.CCCC, 
LXXXIX. 46 feuiUets in-4^ Goth. 

204*. Jodoci Galli Rubiacensis Oratio habita in sînodo Spirensî 
Quarto ydus May Anno MCCCCLXXXIX. — Dans le Dii'ecto- 
rium statuum, Ind. bibl. 49. 

204**. Monopolium et societas vulgo das liechtschifiF. Questîo minus 
principalis a Jodoco Gallo rubiacensi In disputatione quodlibc- 
tari excitandi ioci et animi laxandi causa heydelberge determi- 
nata. Dans le même volume que le numéro précédent. 

205. Nosce te ipsum. S. 1. et a. (1489). In-4®. Goth. Sur le titre il 
n'y a que le tetrastichon de Gallus. 

206. Francisci Philelfi poète et oratoris clarissimi conviviorum libri 
duo. F** i, 4 et suiv. : Epithoma epularis lauticie Jodoci Galli 
Rubeaquensis. — Spiris Conradus Histius imprimebat anno a 
natali M.D.VIII. In-4^ Goth. 

VIL 
JACQUES HAN. 

207. Oratio pulchra et elegans de statu clericali Jacobi Han argen- 
tinensîs ad clerum spiris habita. S. 1. et a. (1493). 8 feuillets 
in-4°, le dernier vide. Goth. 



^ 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 393 



vm. 

ULRIC SURGANT. 

208. Homiliarius doctorum. Au-dessous une grande gravure : au 
milieu un prêtre entouré de peuple, des deux côtés les bustes 
des principaux Pères qui ont été prédicateurs. — In fine.... 
factorc Nicolao Kesler in inclyta Basiliensi urbe iinpressuin anno 
incarnationis dominice Millesimo quadringentesimo nonagesimo 
tertio pridie Kal. octobris. Marque de Kessler. In-f°. Gotli. 

Idem : Omiliarius doctorum de tempore. Même gravure. — In 
fine : ...impensa providi viri Wolfgangi Lachner in officina ma- 
gistri Jacobi de Pforczen Basilee élaborât um Anno a partu vir- 
ginis salutifero Millesimo quingentesimo quinto. In-f®. Goth. 

Reber et Stockmeyer, p. 64, citent une édit. de 1506, Baie, 
Kessler. 

209. Manuale cui'atorum predicandi prebcns modum : tam latino 
quam vulgari sermone practico illuminatiun : cum certis aliis ad 
curam animarum pertinentibus : omnibus curatis tam conduci- 
bilis quam salubris. — Féliciter ac fausto finit liber animo : labo- 
riosa diligentia imprcssus : anno fructifère incarnationis Millesimo 
quingentesimo tercio : mensis vero Augusti die decimo quarto, 
In-4°. Goth. Au titre la marque de Michel Furter de Bâle. 

Ibidem, 1504, in-4^ — Revue d'Alsace 1873, p. 328. 
Augustœ Vindelicorum, 1504, in-4**. — Panzer 6, 133. 
Basile», M. Furter, 1506, Jan., in-4°. 
Argent., Joh. Priiss, 1506, in-4®. 
Basile», M. Furter, 1506, 8 Mart. , in-4^ 
Maguncie, Joh. Schôffer, 1508, in-4^ — Panzer 9, 538. 
Basile», Furter, 1514, in-4^. — Weller 844. 
Argent., impensis Pauli Gotz Jo. Schottus impressit. 1516, 
26febr., in-4«. 

Argent. Joh. Knoblouch., 1520, 24 febr. 

210. Regimen studîosorum. S. 1. et a. (1502), in-4®. Goth. 



394 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE, 



IX. 
JKAN HUGONIS. 

211. Quadruvium Ecclesie quatuor prelatorum officium quibus omnis 
status tum secularis tum vcro Ecclesîasticus subiîcîtur. Gravure. 
— Exaratum est opus hoc salubre In inclitissima Helveciorum 
urbe Argentina pcr Joannem Gruninger Calcographie artifieem 
ipso die Inventionis prottomartiris Stephani Anno salutis Millé- 
sime quingentesiino quarto. Suivent des emendationes, la marque 
de l'imprimeur et une Protestatio de non quitquam scripsisse 
quot est contra ecclesiam ad Imperium. In-f**.- Gravures, Car. 
rom., la Protcstiitio en car, goth. Impression mauvaise et pleine 
de fautes, 

Der heiligen Kirchen und des Romisclien Reichs wagen fur. — 
In fine ante protest, : Getruckt in der Keiserlichen freien stat 
Straszburg durch Johannem Grôininger und selig volendet uff 
moutag nacli unser lieben frowen geburt des Jars von gottes 
menschwerdung M.D.IIII, In-f*. Mêmes gravures que dans 
redit, latine. 

X. 

JÉRÔME BRUNSCHWIG. 

212. Dis ist das buch der cirurgia. Hantwirchung der wundartzn}' 
von Hyeronimo brunsclnvig. Gravure : un homme nu criblé de 
blessures, chacune avec Tinstrument qui Vu produite. — Durch 
Johannem Gruninger gedruckt und vollendet zu Straszburg 
uff dinstag nach sant Peter unnd pauls tag. Anno domini 
M.CCCC.XCVII. In-f°, 2 col., 47 gravures. 

Il y a des exemplaires qui ont à la fin : durch iohannes gril- 
niger gedruck und volendt zu strasburgk uff zinstag nach sant 
peter und pauls dag. Anno domini M.CCC.XCVII. C'est a 
cause des fautes qu'on réimprima le dernier feuillet. 

Idem. Augsb., Hans Schonsperger, 141)7; in-f*. 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 395 

Das bucli der wundartzeny. Handwîrckung der Cirurgia von 
Jycronimo brunschwick. Niiw getruckt mit ordenlicher zusagung. 
Mêmes grav. que dans Féd. de 1497. — Getrutkt (sic) duroh 
Johannem Griininger uff den Palmabent in dem Jar M.D. und 
XIII. In-f*; 2 col. Mêmes grav. que dans l'édition de 1497. 

Trad. anglaise : The noble cxperyence of the virtuous hand- 
worke of surgerie. Lond. 1525, in-f^, 

213. Liber do artc distillandi, de simplicibus, Das buch der rechten 
Kunst zu distilieren die eintzigen ding von Hieronymo brunsch- 
wygk. — Getruckt durcli den wolgeachten Johannem grueninger 
zu Straszburg an dem achten tag des moyen. Als man zalt von 
der geburt Christi ftinfftzehenhundert. Lob sy got, — In-f®, 
2 col. Gravures. — Hain 4021. 

Medicinarius. Das buch der gesuntheit. Liber de arte distillandi 
simplicia et composita. Das nuw buch der rechten Kunst zu 
distillieren. Ouch von Marsilio ficino und anderer hochberopmter 
(sic) Artzte nattirlich und gute kunst zu behalten den gesunden 
leib und zu vertryben die krankheit mit erlengcrung des lebens. 
Deux gravures : ]\Iarsile Ficin assis, devant lui un jeune homme 
et un vieillard 5 au-dessous un jardin, deux jeunes filles cueillent 
des fleurs, deux jeunes gens dont Tim occupe près d'un fourneau 
sur lequel est un alambic. — F° V, 8 : . . .Und ist das buch in 
der keiserlichen fryen stat Straszburg getruckt durch don wol- 
geachten Johannem grueninger in dem apprelen als man zalt 

. von der geburt Christi ftinfftzehenhundert und. V. Jar. A la 
fin, marque de Gruninger. In-f*., 2 col. Gravures. — L'ouvrage 
est divisé en 6 livres; les 2 premiers sont TArs distillandi de 
Brunschwig; le 3® et le 4®, la traduction par Jean Adelphus des 
2 premiers livres du de triplici vita de Marsile Ficin; le 5® traite 
des Composita, le G® des remèdes faciles à obtenir ; à la fin une 
page sur les moyens d'écrire avec de Tor, de ramollir le fer, le 
cuivre, etc. 

Idem. Strassb., Gruninger, 1509, in-f". 

Liber de arte distillandi de compositis. Das buch der waren kimst 
zu distillieren die composita und simplicia, und das buch thesau- 



396 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

rus pauperum, Ein scliatz dor armen gênant Micariuin, die brô- 
samlin gefallen von den biicliern dcr Artzny, und durch Experî- 
ment von rair Jheronimo brunschwick uffgeclubt undgeoffeiibart 
zu trost denen dio es begeren. Gravure : Distillatorium ad aqua 
vite (sic); appareils et deux hommes. — ...Getruckt und gendigt 
in der keisserlichen fryen stat Straszburg uff sant Mathis abent 
in dem Jar M.VC. und XII. In-f*. 2 col. Gravures. — Weller, 
822, mentionne une éd. de 1514. 

Idem. Das buocli zu distillicrcn die zusamen gethonen ding compo- 
sita gênant, auch die eintzigen ding , und das buoch Thésau- 
rus pauperum. Etc. — Getruckt und volendet in der keiscr- 
lichen stat Straszburg durch Johannem Griininger ufF sant 
AdolflFs abent in dem Jar so man zalt nach Christî geburt 
M.CCCCC.XIX. In-f^. 

— Strassb. 1531, 1532, 1557. Etc. 

Trad. anglaise : The vertuoso boke of distyllacion of thc waters 
of ail maner of herbe, translate out of duyche (by Lawrence 
Andrew). Southwark 1525, Lond. 1527, in-P. Ne contient que 
la distillation des simples. 

214, Liber pestilentialis de venenis epidimie. Das buch der vergiffl 
der pcstilentz das da gênant ist der geinein sterbent dcr Trusen- 
blatern von Jeronimo brunswig. — Getruckt und volendt durch 
meister Hansen griininger uflf mitwoch nach unser lieben frowen 
hymelfart in dem iar als man zalt. 1.600. iar. — In-f*. 2 col., 
36 feuillets. Gravures, 

215. Thésaurus pauperum sive Hausapothek guter gebràuchlicher 
Artzney. Strassb. 1512, in-f^, Haller, Bibl. medicinae practic«. 
Berne 177G, in-4°. T. 1, p. 476. — Forme aussi le 5»^ livre du 
DistilUrbuch de 1512 et de 1519. 

Je n'ai pas pu me procurer Ted. de 1512 ; dans une d'Augs- 
bourg, Henri Steyner, 1543^ inf", l'ouvrage a ce titre: ILius- 
apothok. Zu ycden Icibsgebresten, fur den gemaynen inann und 
das arm Landvolck, durch Hieronymum Braunschweyg getrew- 
lich zusammentragen und an den tag gegeben. Avec grav. en 
bois. 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 397 



XI. 
THOMAS WOLF. 

216. Hic subnotata continentur Vita.M. Catonis. Scxtus Aurelius de 
vitis Caesaruin. Benevenutus de oadein re. Philippi Beroaldi 
et Thomse Vuolphîi Junioris disceptatio de nomine imperatorio. 
Epithoma rerum Germanicarum usque ad nostra tempera, — 
Joh. Prtts in œdibus Tbiergarten Argentinaî impriniebat. Aune 
M. D. V. quinte Idus Martii. In-4°. 

217. Joaunes Garson de miseria humana. — Joannes Grtlninger quarto 
nonas Martii Anne M. D. V. Argentin» imprimebat. 20 feuillets 
in-4^ 

218. Divus Bemardus in symbolura Apostolorum. Idem in orationem 
dominicam. Idem de fide christîana. Tbomas Wolpbius iunior in 
psalmum Benedicam. — Joannes Knoblochus imprimebat. Ma- 
thias Schurcrius recognovit. In-4**. Le traité de Wolf commence 
au f' C, 2. 

Thomaî Vuolphii junioris in Psalmum tercium et trigesiinum expo- 
sitio. Expressum Erphordi» Anne MDVII. 18 feuillets in-4°. 
Cette édition a de plus que celle de Strasbourg une lettre de 
Spalatin à Mut. Rufus, 18 sept. 1506, ex vallibus georgianis, et 
des vers du même, d'Eoban Hess et de Henri Urbanus ; elle n'a 
pas ceux de Brant, de Bebel et de Vogler. 

219. Thomas Volphius junior D. Doctor in Psalmum, Domine quis 
habitaiibt (sic) in tabernaculo tue. In expositione sexti versus 
paucula qusepiam per transgressionem dicta pro invictissimo 
Caîsare Maximiliano Auguste contra Guilhelmum episcopum 
Lodoviensem. — Joannes Grtlninger Argentoraci imprimebat, 
Anne Christi M.D.VIH. Die. XXVI. Maii. 24 feuillets in.40. 

220. Subnotata hic continentur. Magni Athanasii in psalmos opus- 
culum. Enchiridîon Epicteti stoici. Basilii oratio de invidia. Plu- 
tarchus de differentia inter odium et invidiam. Tabula Cebetis 
Thebani. — Mathias Schurcrius artium doctor id libelli veluti 
primitias ex officina sua impressoria féliciter emisit, die VIH, 
Junii anno M.D.VHÎ. In-4^ 



398 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

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XII. 
MATTHIAS RINGMANN PHILÉSIUS. 

221. Hemistichia poetarum sententiosiora pro pueris. — Joannes 
Knoblochus imprimebat, Argent. S. a. (1505). In-S®. 

222. De ora antarctica per rcgem Portugallie pridcm inventa. Gra- 
vure : quatre sauvages et cinq navires. — Impressum Argentin» 
per Mathiam HupfufF. M. V^ V. In-4^ Goth. 

223. Opusculum Michaelis Coccinii Tubingensîs alias Kochlin dicti. 
De imperii a grsecis ad gerraanos tralatione. In quo etîani disse- 
ritur qui Galliœ populi spectcnt ad ius et ditionem imperii. — 
Joannes GrUninger imprimebat Argent. S. a. (1506). In-4**. 

223*. Passionis Christi unum ex quatuor evangelistis textum. Ind. 
bibl. 119. 

224. Juiius der erst Rômisch kcîser von seinen Kricgcn. crst mais 
vsz dem Latin in Ttltsch braclit, vnd nttw getruckt. — Gedruckt 
in der loblichen frycn statt Straszburg durch flysz Johannis 
GrUninger, vflF den siibenden tag des Mertzen anno domini 
M.CCCCC.VII. In-P. 12G feuillets numérotés, une seule colonne. 
(Gravures sur bois. 

Juiius der erste Romiscli keiscr von seinem lebcn vnd kriegen 
erstmals vsz dem latein in ttitsch gebracht vnd mit andrer 
ordnung der capitel vnd vil zusetz niiw getruckt. — Gedruckt in 
der loblichen fryen stat Straszburg durch Joannem GrUninger, 
vff saut AdolfFs des heiligen bischoffs tag im Jar M.CCCCC.VIII. 
In-f*^, sans pagination. Gravures sur bois. — Une nouvelle édi- 
tion, revue et avec quelques changements dans le titre, parut à 
Mayence (Jean Schofier), 1530, in-f^. 

225. Cosmographiîiî introductio, cum quibusdam gcometrîie ac astro- 
iiomioi principiis ad eam rem necessariis. Insuper quator Americi 
Vespueii navigationes. Universalis cosmographise descriptîo tam 
in solide quam piano, iis etiam insertis quai PtholomaiO ignoUi a 
nuperis reporta sunt. — A la fin, une marque dont Brunet 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 399 



(5® édit.; t. 2, col. 316) donne un fac similc, et qui selon toute 
apparence est en partie une imitation d'une de celles de notre 
imprimeur strasbourgeois Jean Schott (v. p. ex. la 2® édition de 
la Margarita philosophica, 1504, in-4°); c'est une circonférence 
traversée par un diamètre ; du centre part un rayon perpendicu- 
laire, qui se continue au-dessus du cercle où, coupé par deux 
branches, il devient la croix de Lorraine; dans les cercles les 
initiales S. D. signifient Saint-Dié, G. L. Gaultier Lud, N. L, 
Nicolas Lud, le monogramme composé de M. J. Martin Jlaco- 
mylus. Au-dessous de la marcfue : Finitum. VIL Kal. Maii Anno 
supra sesqui millesimum VII ; sur les côtés les deux distiques : 

Urbs Dcodate tuo clarescens nomine prsesul 
Qua Vogesi montis sunt juga pressit opus 

Pressit et ipsa eadem Christo monimenta favente 
Tempore vcnturo cœtcra multa premet. 

52 feuillets in-4*'. — Outre Texcmplaire qu'a décrit M. d'Avezac 
et qu'il a cru être un unicum, il en existe un à la bibliothèque 
do Schlestadt, provenant de la collection de feu M. Dorlan. 

Idem. Pressit apud Argentoracos hoc opus ingeniosus vir Johannes 
Griiningcr. Anno post natum salvatorem supra sesqui millesimum 
nono. Jeanne Adelphe Mulichio Argentinensi castigatore. In-4®. 
Goth. — Le Globus mundi declaratio sive descriptio mundi, 
corrigé également par Adelphus, parut chez le même imprimeur, 
le 31 août 1509, 14 feuillets in-4^ Goth. — M. d'Avezac, p. 114 
et suiv., prouve que ce traité est dans une connexion intime avec 
la Cosmographire introductio. Cette dernière parut aussi à Venise, 
per Joa. Ant. et fratres de Sabio ex requisitione Melch. Sessse, 
1533, pet. in-8° 

226, Grammatica figurata octo partes orationis, secundum Donati 
editionem et rcgulam Remigii ita imaginibus expressae ut pueri 
iucundo chartaruin ludo facîliora gmmmaticae prœludia discerc 
et exercere queant. Suit un tétrastique. — 1509, — V. la des- 
cription, T. II, p. 119 et suiv. 

227. Renati secundi Siciliai Régis Lothoringise ducis vita per Johan- 
nem Aluysium Crassum Calabrum édita. Au-dessous : les armoi- 



400 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 



ries de René II. Au dernier feuillet : Distichon Pétri de Blar- 
rorivo in quo literse numérales importiint annum obitus Renati : 

Rex probus in sancta requiescat pace Renatus 

Truxque gravi cesus antea morte Léo. 

Christianam vite inte- 

gerrime agenti 

christianus contigit 

obitus. 

Laus deo. 

S. 1. et a., 6 feuillets in-4°. Dans la dédicace, exopido divi Deo- 
duti anno MDX, Ringmann dit : „eam (vitani) ego mox in ofHcina 
GualtheriiLudii, viri optimatis, disseminandam publicandamque... 
putavi". D'ailleurs le papier, le format, les caractères sont les 
mêmes que ceux des autres publications de Lud. Aucune des 
bibliothèques de Paris ne possède cet opuscule ; je ne Tai trouvé 
que dans celle de Schlestadt, collection de feu M. Dorlan. Brunet 
ne le connaît pas. Il est réimprimé, d'après une copie due à 
Tobligeance de M. Wendling, archiviste-bibliothécaire de Schle- 
stadt, dans le Journal de la Société d archéologie lorraine , Juin 
1875. 

228. Instructio manuductionem prestans in cartam itinerariam Martini 
Ililacomili : cum luculentiori ipsius europse enarratioiie a Ring- 
manno Philesio conscripta. — Argentorati ex officiua impres- 
soria Joannis Griiningcr... anno salutis. M.D.XI. mense Aprili. 
In-4^ 22 feuillets. 

22U. Apologia muHcrum in viros probrosos Joannis Motis Neapolitani 
sacre sedis apostolice secretarii. Jo. Ilisco lectori : Sta Icctor cu- 
piens novi — Mox audire aliquid ioci. — Sexus fœminei venit — 
Patronus , tibi quid velit — aut expostulet : auribus — Gratis 
accipe si placet. — Unquam vel placuit tibi — Ingens laus mu- 
licrculœ. — Ilecatosticha et peuthadccas elegiaca : de obsccnis 
mundi voluptatibus extemporalis Georgii Gockeuschnabelii 
Oringcnsis. — Excussum in Thermis Antoninis oppidi Badensis 
perRenatum Beck civem Argent incnsem. Anno M.D.XI. nono 
kal. Jauuariis. quando pcstis prêter solitam crudclitatem Argen- 
torati incrudescebat. Au dernier feuillet la marque de Beck. 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 401 

In-4®; 18 feuillets. — Le poème de Motis avait d'abord paru en 
Italie sous ce titre : Invectiva cœtus feminei contra mares édita per 
magistrum Joh. Motis. S. 1. et a. 5 feuillets in-4**. Goth. 

230. Continentur in hoc libelle quatuor Plauti comœdi» : Amphitryo, 
Aulularia^ Duo captivi et Menechmi^ familiaribus anuotationibus 
declaratae. Argent., Joli. Grtininger. S. a., in-4**. Gravures sur 
bois. — Les vers de Ringmann se trouvent aussi dans : Aulularia 
Plautinarum comœdiarum lepidissima. Argent., Joh. Friisz. 
S. a., in-4^ 

231. Lilii Graegorii Ziraldi Ferrariensis syntagma de Musis. Au-des- 
sous une gravure dans un cadre carr6 : la fontaine d'Hippocrone 
dans laquelle se baignent- les neuf Muses, avec l'inscription : ewEa 
OuyatEpEç |X£YaXou 8toç. Autour du cadrc : Ab Jove principium Musa3 
— Dulces antc omnia Musse — Nympliaî noster amor — x*^P"^ '^^'^^^ 
ôio;. — Mathias Schurerius artium doctor summa cum diligentia 
impressit, non omissis accentibus in ois que grseca sunt. Argen- 
torat. Ann. salutis M.D.XI. Idibus Augusti. 13 feuillets in-4'*. 
Gravures sur bois. Les accents grecs ne sont omis que sur la gra- 
vure du titre. 

Ibidem, mense Julio M.D.XII. In-4**. — Le traité se trouve 
aussi dans les œuvres de Giraldi, Baie 1580, in-f*. T. 1, p. 531 
et suiv. 

XIII. 
JEAN ADELPHUS. 

232. Das buch des Icbens. Marsilius Ficinus von Florcntz von dem 
gcsunden und langen leben, der rechten artznyen, von dem 
Latein erst ntlw zu tûtsch gemacht durch Johannem Adclphi 
Argent. Inséré dans le Medicinarius de J. Brunschwig, 1505, 
P 131 et suiv., et dans le Ncuw Distilîerbuch du même, 1509, 
1531. Ind. bibl. 213. 

Publié à part mit vil nuwen zusatze der quinta essentia und 

anderer sttlck. — Getruckt... zu Straszburg, durch Johannem 

Grtininger, ufif sant Hylarius tag im iar M.D.VIII. In-f^. Grav. 
Il 20 



402 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 

.. « 

Ibidem, ufF sant Adolffs tag, in dem iar nach der geburt 
Christi Tausent funflf hundert und XXI. In-f*. Grav. 

233. Oratio proverbiorum condiU a Philippe Beroaldo qua doctrina 
reinotior continetur. — Impressa Argentine per Matthiam liupfufF 
chalcographum accuratissimum anno salutîs M.D.V, die VII 
Junii, Conrado Duntzemio dictatore de patria bene merito. In-4°. 
Go th. 

234. Alcimi Aviti Viennensis episcopi poetae christianissimi libri VI 
de origine mundi, de originali peccato, de sententia dei, de dilu- 
vio mundi , de transitu maris rubri, de virginitate. Marque de 
Timprimeur. — Fœliciter impressum anno virginei partus 
M.CCCCC.Vn. feria quinta post Bartholomei. In-8®. Goth. Au 
verso du titre sont des vers de Philésius et d'Adelplius; dans 
ceux du premier, Griininger est nommé comme Fimprimeur du 
livre. 

235. Marsiliî Ficini Florentini de religione christiana et fidei pietatc 
opusculum. Xenocrates de morte, eodem interprète. — Impres- 
sum Ai'gentine per Joa. Knoblouch, anno domini M.D.VU. 
Nonas decembris. Marque de Knoblouch. In-4®. 

236. Hi sunt in hoc codicc libelli X divi Grcgorii Nazanzeni (sic) 
Apologeticus. Liber 1. De epiphaniis sive natali domini. De 
luminibus, quod est de secundis epiphaniis. De fide liber I. Do 
Nicena fide, de pcnthecoste et spiritu sancto. De semetipso ex 
agro re verso. De dictis hieremie présente imperatore. De recon- 
ciliatione et unitate monachorum. De grandinis vastatioue. De 
arrianis quod non liceat semper et publiée de deo contendere. — 
Impressus Argentine per Joannem Knoblouch. Anno domini 
M. D. VIII. Hilarii. Marque de Knoblouch. Li-4®. 

237. Plautus poeta comicus. Marque de l'imprimeur. — JoannesGru- 
ninger Argent, imprimebat. anno humanitatis Christi M.D.VIIL. . 
octavo die aprilis. Argentine. Gravures. In-8®. 

237*. Traduction de TEsope de Brant. V. n« 157. 

238. Margarita facetiarum. Alfonsi aragonum régis vafredicta. Pro- 
verbià Sigismundi et Friderici tcrtii Ro. Imperatorum. Sconiata 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 403 

Joannis Keisersberg concionatoris Argentînensîs. Marsilii Ficînî 
Florentini de sole opusculum. Hermolaî Barbari orationes. Fa- 
cctiae adelpliiuse. — Impressiim per honestum Johannem Gril- 
ninger anno nostrse redemptionis octavo supra millequingentos. 
Argentinse. In-4:®. 

Dédié à Léonard Nusbach, avocat à la cour épîscopale de 
Trêves, Strasbourg 1^^ mars 1508 ; les Scommata de Geiler sont 
dédiés à Jodocus Gallus, Strasb. 27 fév. 1508 ; les deux discours 
d'HermoIaus Barbarus contra poetas à Dietrich Grésémund, 
Strasb. 1^^ mars 1508; le traité de Mars. Ficinus à Jean Spiegel, 
Trêves 15 mars 1508; les facetise adelphiuae à Georges Uebelîn, 
Strasb. V^ fév. 1508. — A la suite du traité de M. Ficinus, De 
sole, il y a quelques chapitres du traité du même, De lumine, f° F, 
4^, parmi les scommata de Geiler, le passage : ^Persuasio trini- 
tatis in una esscntia. Frater minor est tonsus ut fatuus, ligatus 
fune ut fur, nudus pedes ut histrio, lotterbub". A la fin, un dic- 
tum jocosum suivi d'une traduction en rimes allemandes. 

Margaritafacetiarum. Alfonsi Aragonum régis vafredicta. Pro- 
vcrbia Sigismundi et Fridericî tertii Ko. Imperatorum. Tropi 
sive sales Joannis Keisersberg concionatoris argentinensis, in 
quarum priori (sub nomîne Scomatum) impressione, nonnull» 
indigestœ similitudines casu insertae sunt prœter autorem, e qui- 
bus una saltcni lisec est : de persuasione trinitatis in una essentia, 
frater minor est tonsus etc. Nemo igitur in viro innocentissimo 
scandalisetur. Marsilii Ficini Florentini de sole opusculum. Her- 
molai Barbari orationes. Faceti» Adelphinse. — Impressum per 
honestum Johannem Gruniger (sic), anno nostrae redemptionis 
nono supra millequingentos. Argentin». In-4**. 

Les deux lettres à îs usbach (qui dans cette édit. est appelé 
Nussbaum) et à Jodocus Gallus sont datées, par erreur, de 150P. 
Les extraits de M. Fie. de lumine et les rimes allemandes de la 
fin sont supprimés. En tête des facéties de Geiler il y a tropes au 
lieu de scommata. Le passage persuasio trinitatis est remplacé 
par un autre qui n'est pas non plus très- délicat. Enfin Adelphus 
ajoute deux bons mots qui ne sont pas dans Téd. de 1508, f* F, 
4 : Tria virum domo expellunt, et f* G, 3 : Veterum et moder- 
norum sacerdotum comparatio , et à la fin quelques vers : doc- 



404 INDEX lUBLIOGRAPHIQUE. 

trina pro hipocrîtis. D'après le titre du livre on i)Ourrait croire 
que plusieurs des facéties de Geiler sont supprimées, mais celle 
sur les fi:anciscains est la seule qui soit omise. 

239. Der Welt kugel. Beschrybung der welt und des gantzen Ert- 
reichs Lie angezôgt und vcrgleieht einer rotunden kuglen , die 
dan sunderlich gemacht hiezu gehôrcnde, darin der kauffman 
und ein ietlicher sehen und mercken mag wie die menschen un- 
den gegen uns wonen und wie die Son umbgang, licrin bcschrî- 
ben mit vil seltzamen dingen. Gravure. — Getruckt zu Strasz- 
burg von Jobanne grunigcr (sic) im Jar M.D.IX. uff ostem. 
Johanne Adelphe castigatorc. In -4®. Onze gravures, dont dix 
splicres. 

240. Warhafftig sag oder red von dem Rock Jhesu christi neulich in 
der heyligon stat Trier erfunden mit anderm vil kostbarn heyl- 
thum, in gegenwertigkeit des keysers Maximiliani , und andrer 
fdrsten und herren daselbs im Rychstag versambt. Anno. 
XVC.XII. Gravure. — Getruckt zu Straszburg durch Mathias 
Hupfuff. Im iar. Tusent FUnflfhundert und zwoiflF. 14 feuillets 
in-4®. Trois gravures. 

Idem. Godruckt zu Niirnberg, durch herrn Hannsen Weyssen- 
burger, Priester, 1512. 8 feuillets in-4®. Panzer, Annalen, T. 1, 
p. 340. 

241. Die Morin. Ein schon kurtzweilig lescn wciches durch weiland 
herr Hermann von Sachszenhcim Ritter (eins obenturlichen lian- 
dels halb, so im in seiner iugend begcgnct) lieplich gedicht und 
hcrnach die Morin gencmpt ist. Allen denen so sich der Rittcr- 
scbafFt gebruchon, auch zarter frcwlin diener gern sein wolten 
nit allcin zu lesen kurtzweilig , sundern auch zu gctrewer war- 
nung erschieszlich. Gravure. — Getruckt von Johannes Gril- 
ninger in der lobiichen frcien stat Straszburg, und voUendct ufV 
sant Kathercinen abent inn dem Iar von geburt Crisli Tauscnt 
fiinffhundert XII. In-f", 2 colonnes, 58 feuillets, gravures. 

Idem. Worms, Seb. Wagner, 1519, in-f*^. Etc. 

242. Ilistoria von Rhodis wie ritterlich sie sich gehalten mit dem 
Tyrannischeu keiser Machomet usz Turckyen, lustig und lieplich 



INDEX UIRLIOGRAPHIQUE. 405 

zu Icscn. Gravure. — Getruckt zu Straszburg diirch den fiir- 
siclitigcn Martinum flach, uflFsant Paulus bckôrung tag, lin iar 
nach der geburt Christi Jcsu imsers herren Tausent funffhundert 
unnd dreyzehn. Marque de Flach. In-f', 2 col., 23 gravures. 

243. Déclaration und crclerung der warlieit des Rocks Jesu crîsti, 
newlich zu Trier erfunden , das er der recht und wor sye , durcli 
Joannem Adelphum Physicum abermals beschriben. Gravure; 
au-dessous : Von dem Rock des herren ein neuw gedicht und 
bewerung. — Datum zu Straszburg uflF den Sontag Letare , im 
iar. M.CCCCC.XIII. Gedruckt durch Martinum Flach. 7 feuil- 
lets in-4°. 

244. Sequentîariuni luculenta interpretatio : nedum scholasticis , sed 
et ecclesiasticis cognitu necessaria : per Joan. adelphum physi- 
cum Argentin, collecta. Anno domini. M. D. XIII. (Suivi do 
Wimpheling, Hymni de tempore, etc.) — Impressi per Joannem 
Knoblouch : insignem Argentinorum impressorem : Ultima die 
Martii : Anno salutis nostre Millésime quingentesimo tei'tio dé- 
cime. In-4®. Goth. 

. 245. Alexandri Magni Régis Macedonum vîta. Per Gualtherum 
Episcopum Insulanum heroico carminé elegantissime scripta. 
M.D.XIII. — Renatus Beck civis Argentinensis Impressit Anno 
M.D.XIII. In-4°. 

246. Mundînus. De omnibus humani corporis interioribus menbris 
(sic) anathomia. — Impressit Argentine Martinus Flach Anno 
domini. M.D.XIII. Au-dessous une gravure : un homme nu , le 
torse ouvert et entouré des signes du zodiaque. In-4**. Goth. 

246\ Geilers Passion. Ind. bibl. 182. 

247. Das ist der Passion In form eins gerichthandels darin Mîssiven 
KaufFbrieflf Urtelbrieff und anders gestelt sein, kurzweilUg und 
niitz zu lesen. — Getruckt zu Straszburg durch Joh. Gruninger. 
1514. In-f^. Gravures de divers maîtres. 

Panzer cite plusieurs édit. postérieures, dont Tune de Munich, 
1516, in-f*, avec un titre qui ne paraît pas exact; Touvrage est 
faussement attribué à Geiler. 



406 INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 



247*. Geilers Pater noster. Iiid. bibl. 184. 

248. Die Turckisch Chronîca Won (sic) îrem ursprung anefang und 
régiment, bîez uflfdise zeyt, sampt irem Kjriegen und strejten 
mit den christen begangen , Erbarmklich zu lesen. Gravure : 
cinq Turcs à cheval. — Getruckt zu Straszburg durch den fUr- 
sichtigen Martin Flach, im iar des herren M.CCCCC.XIII, uff 
sant Grégorien tag. In-f*, 2 colonnes, 24 gravures de deux 
mains différentes. 

Idem. Gedruckt und volendet in der loblichen statt Straszburg, 
durch Johannem Knobloch. Als man zalt nach der geburt Chrîstî 
unsers herren, Tausent fiinffhundert und sechzehen Jare. In-f*., 
2 colonnes, mêmes gravures que dans Téd. de 1513. 

249. Ludus novus. Feuille volante avec gravure et vers; au bas : lo. 
Adelfus Phisicus Scaffuscnsis scripsit, edidit et publicavit anno 
1516. Réimpr. par Weller dans le Serapeum. 1859, p. 12 et suîv. 

250. Barbarossa. Ein warhafftîge beschreibung des Icbens und der 
geschichten Keîser friderichs des ersten, gênant Barbarossa. 
Durch Johannem adelffum Statarzt zu Schaffhausen. Erstmals in 
latin vcrsamlet usz allen glaubwirdigen geschrifften und hysto- 
rien der alten Chronickcn. Und aber ietzo in ttische zungen 
trùlich bracht. Gravure : Barberousse à cheval, tenant une ban- 
nière. — Getruckt usz Keiserlicher freiheit in der loblichen 
stat Straszburg, von Johanno Griieniger (sic), in dem iar nach 
der geburt Cristi unsers herren. M.D.XX. uff sant Adolffs oder 
sant Johanns enthauptung abent. In-f^, 2 colonnes. Gravures. 
77 feuillets chiffrés. • 

Idem. Strassb., Am. Farkall 1530, Barth. Grttninger 1535, f^. Etc. 

251. Enchiridion oder handbtichlin eîns Christcnlichen und Ritter- 
lichcn lebens, in latin beschriben durch Doctor Erasmum von 
Roterdam. Und newlich durch Joannem Adelffum statarzet zu 
Schafflmsen vertutschct. — Getruckt in der loblichen statt Basel 
"durch don fiirsichtigen Adam Pétri von Langendorff, In dem 
iar als man zalt nach Christi geburt. M.D.XX. Marque d'Adam 
Pétri. In-4®. Gravures, 



INDEX BIRLIOGUAPUIQUE. 407 

XIV. 
THOMAS VOGLER, AUCUPARIUS. 

252. Poggii Florentini oratoris clarissimi ac sedis apo. secretarii ope- 
rum Primse partis contenta... (Suivent les titres des traités for- 
mant la l"^*' partie et de ceux de la 2®). Argent. J. Schott> 1511, 
in-P. 

Idem. Argentinse impensis providi Joannis Knoblouci : literario 
prelo Joannis Schot pressum hoc opus Poggii sub annum domini 
MDXIII. Kalen. Septembris. In-f*. Avec une gravure d'Urs 
Graf. 

253. Terentii comœdîse cum brevi vocabulorum diflScilium enarra- 
tione pro puerulis a Thoma Aucupario condita. — Argentoratî 
ex officina litteraria ingeniosi viri Joannis Grtininger. Anno 
virginei partus M.D.XI. Mense Februario. Marque de Timpri- 
meur. In-8®. 

254. Claudii Ptolemei... opus Geographise novitcr castigatum et ema- 
culatum. — Joannes Grtininger civis Argentoratensis opéra et 
expensîs proprîis id opus insigne œreis notulis excepit laudabi- 
lique fine perfecit Xll. die Marcii anno M.D.XXII. In-f*. 

XV. 
JÉRÔME GEBWILER. 

255. In septera psalmorum penitentialium brevis explanatiuncula a 
Hieronymo Gebwilerio ex divo Gregorio ac cetoris collecta. 
Oratio exhortatoria eiusdcm ad discipulos ut ad dignam eucha- 
ristie sumptionem sese préparent. S. 1. et a. 4**, Goth. 

Jung, t. 2, p. 303, mentionne: Exhortatîo admodum brevis 
sacram communionem adiré cupientibus haud inutilis a Hiero- 
nymo Gebvilero édita. Item confitendi modus a Deuspaterio 
Ninivita per quœstiunculas literariis tyrunculis excusus. S. I, 
et a., in-12®. Je n'ai pas pu voir ce traité. 



408 INDEX niBLIOGRAPHlQUE. 

256. Polydorii Vergilîi urbinatis de inventoribus rerum librî très. 
M. Antonii Sabellici de artium inventoribus ad Baffum carmen 
clcgantissimum. — Argentoraci, in officina Matthias Schtirerîi 
Ilclvctensis, art. doct. Mcnso deccmbri, anno M.D.VIIII. In-4**. 

Idem, 8. 1. et a., 4° (après 1509). 

— Argent., M. Schiirer, 1512, 4®. 

257. Artificialîs introductio Jacobi Fabri Stapiilensis : In Decem 
Etliicorum Libres Aristotelis : Adiuncto Familîari Commentario 
Judoci Clichtovci Declarata. Leonardi aretini dialogus de Mori- 
bus : Ad Galeotum Amicum Dialogo Parvorum Moralium Aris- 
totelis ad Eudemium Respondens. Jacobi Fabri Stapulensis intro- 
ductio in politicam. Xenophontîs dialogus de economia. — Joannes 
Groninger Argentorati ex officina sua impressoria publicavit. 
Anno ab incurnatîone domini virtutum M.D.XI. Mense Martio. 
In-4^ 

258. Grammatica Jo. Cochlei Norici rudimenta ad usum latinœ 
Iingua3 necessaria continens. Sive Prosa, sive Carminé latine 
scribendum loquendumve sit. Alexandri etiam versiculis utilio- 
ribus introsertis. Anno M.D.XIIII(sic). — Excusum Argentin» 
per Renatum Beck, in officina sua quam vulgo zum Thier- 
garten rfoininant, acrîori castîgationis lima adhibita. Anno salutis 
humanaî M.D.XIII. 4°, titre imprimé en rouge. 

Idem, avec cette addition au titre : Et nimc secundis stanneis cala- 
mis diligenter exscripta ac revisa. Habes insuper candide lector 
grammaticœ sîntaxis et prosodiœ appendicem... — In Or,pîOTpo9£iw 
id est vivario Argentoraci a Renato Beck stanneis exscripta 
calamis virgula Aristarchi adhibita. Anno humanœ redemptionis 
decimo quarto supra millesimum quingentesimum. Duodecînio 
kalendas novembrias. 4°. 

Idem, avec une nouvelle addition : Additus etiam est punctandi 
modus perutilis. — Argent., Joh. Prtlss, 1515, 4**. 

— Argent., Joh. Knoblouch, nonis aprilibus, 1519, 4°. 

259. Theoderici Gresemundi Carmen de Historia violatœ crucis. Et 
eius vita. Cum interpretatione Hieronymi Gebuileri scholarum 



INDEX RIBLIOGRAPHÏQUE. 409 

sumini teinpli Argentoratensium moderatoris. Gravure : le Christ 
crucifié, à ses côtés S. Jean, la Vierge et Marie-Madeleine; un 
homme le frappe avec un sabre. — Excusum Argentinaî per 
Rcnatum Beck civem Argent inensem. Anno M.D.XIIII. 4°. 

260. Quinti Horatii Flacci liber epistolarum. Eiusdem de arte poetica . 
Multa preterea hic sunt correcta vel mutata ad exemplum Aldi. 
(Cum praîf. Gebwileri ad M. Schurer). — Ex sedibus Schurerii, 
mense Februario. Anno M.D.XIIII. 4°. 

261. M. Actii Plauti Asinii Comici clarissimi comœdise quinque... 
Cum lucubratiunculis ex commentariis Pyladis Brixiani ornataî. 
— Argentorati. Ex œdibus Matthiœ Shurerii. Mense Auguste. 
Anno Christi salvatoris M.D.XIIII. 4°. 

• 

202. Introductio in physicam paraphrasim : adiectis annotationibus 
explanata. A Jacobo Stapulensi édita. Anno M.D.XIIII. Argen- 
tinae per Renatum Beck. 4**. 

263. Libertas Germanîœ, qua Germanos Gallis, neminem vero 
Gallum, a christiano natalî, Germanis imperasse, certîssimis 
classicorum scriptorum testimoniis probatur. Etc. Hieronymo 
Gebuilero autore. — Argentorati apud Joannem Scotum in Thomaî 
loci pomerio. 1519. In-4**. 

264. Pancgirîs Carolina continens Hecatosticon elegîacum carmen in 
sacratissimae cœsare» atque catholicîe Maiestatis prseconium a 
Hieronimo Gebvilero lusum adiunctis eodem authore scholiis 
quibus sequentia lectu non îniucunda obitcr inseruntur. — 
Excusum Argentin» per Joannem Priisz anno M.D.XXI. IMensc 
Auguste. Tn-4®. 

Réimprimé, Strasb., J. Phîl. Miilb. 1641, in-4^ 

265. Ein schone warhafftig und hievor ungehôrte hystérie des Furst- 
lichen stammens und hàrkommens der heiligen junckfrawen 
Otilie, irer eltern, vatter, muter, brUdeiTi, schwestern, auch 
vettern , so Hertzogen , Graven und Herren seind gewesen , in 
Schwaben, Elsasz und Breyszgaw... Mit ciner schônen Figur 
und Baum ires geschlechtes. S. 1. et a. , in-4** ; P 6 et 7, Tarbre 
généalogique. 



^M INDEX BIBLIOGRAPHIQUE. 



Public (le nouveau par Jean Schuttenheimer, curé d'Ottrott et 
S. Nabor, Freiburg 1597, îu-8^ 

266. Contenta in hoc libelle. Ysidorus de sectis et nomînîbus hœre- 
ticorum. Divi Augustini libellus aureus de fido et operîbus. 
S. Hieronymi liber de perpétua glorios» Virginis Mariae virgî- 
nitate. Epistolœ eiusdem contra Vigilantium de venerandis sanc- 
torum reliquiis. — Argentoraci ex officina litteraria ingeniosi 
viri Joannis Grueninger, anno salutis. M.DXXIII. Duodecimo 
die Martii. In-4*^. 

267. Beschirmung des lobs und eren der hochgelobten Iiymelîschen 
kunigin Maria, aller Heiligen Gottes, auch der wol angesctzten 
Ordnungen der cliristlichen kirchen wider die frevelicben Hei- 
ligeuschinulier, die da spreclien. Maria sey nit ein Muter Gottes, 
Maria sey ein fraw wie ein ander fraw, und hab nicht fur unsz 
armen sunder zu bitten. Etc. — 1523, in-4**, — Jung, t. 2, p. 306. 

268. Concertîitio haud inelegans Culsameri lutlieriani et F. Barto- 
lomci Usingensis theologiœconsultiaugustîniani, lectu dîgnissima 
ac piarum mentium sedificativa. — Excusuni Argentin» impensis 
et opéra honesti viri Johamiis Grieninger, in vigilia divi Erliardi. 
Anno salutis. 1523. In-4^. 

269. Compendiosa Bœmicœ seu Hussitanse hajreseos or tus et eiusdem 
damnatorum articulorum descriptio, lectu non iniucunda, nuper 
a Theophilo Pectono congesta. — Argent. J. Griininger, 1524, 
in-4^. — Panzer 6, 104. 

270. Epitonia regii ac vetustissimî ortus sacrse csesareae atque catho- 
licaî Maiestatis, serenissiini principis et domini do. Fordinandi 
Boemiaî régis. . . autore Ilieronimo Gebwilero literariae pubis 
Hagnoviensis moderatore. — Excusuin communibus